LA BAGUETTE ENCHANTEE D’HERMES

Lorsqu’il nous arrive des choses désagréables, on souffre tous, même le sage parmi les sages - qui n’existe pas. Par contre, l’homme sage (qui existe) le vivra sûrement mieux que l’homme du commun et en tirera plus de profit, comme c’est exprimé dans ce texte :

Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa

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« Tire profit de tout ce qui arrive

Pour ce qui concerne les représentations intellectuelles, presque tous s’accordent à dire que le bien et le mal sont en nous et non dans les objets extérieurs. Personne ne dira que c’est un bien qu’il fasse jour, ou que c’est un mal qu’il fasse nuit ; ni que le pire des maux, c’est que trois soit égal à quatre.
De l’aveu général, le savoir est un bien, l’erreur un mal, en sorte que du faux peut venir un bien : la reconnaissance du faux comme tel. Cette façon de voir, nous devrions l’appliquer à notre vie. La santé est un bien, la maladie un mal ?
- Détrompe-toi, mon cher.
- Quoi ?
- Employer comme il faut sa bonne santé est un bien, mal en user est un mal.
- Donc, même de la maladie on peut tirer profit ?
- Oui, par Dieu ! De la mort aussi, et même d’une infirmité. (...).
- Mais peut-on tirer profit de qui vous insulte ?
- Pour un athlète, un partenaire d’entraînement est capital ? Eh bien, celui qui m’insulte va lui-aussi me servir à m’entraîner : il exerce ma capacité d’encaisser, ma résistance à la colère, mon affabilité. Tu n’es pas d’accord ? Pourtant, celui qui me saisit par le cou, peut remettre en forme mes reins et mes épaules, me faire du bien ; l’entraîneur me dit bien : « Soulève ce poids à deux mains », et plus il est lourd, plus l’exercice est profitable. Et celui qui m’entraîne à résister à la colère ne me rendrait pas service ? Voilà ce que c’est que de ne pas savoir mettre à profit les autres hommes. Untel est mauvais voisin ? Mauvais pour lui-même, oui ; à moi, il est profitable puisqu’il exerce ma bienveillance, mon sens de la justice. Celui-ci est mauvais père ? Mauvais pour lui-même, mais bon pour moi.
C’est comme la baguette enchantée d’Hermès : « Touche ce que tu veux et tu en feras de l’or. » Ou plutôt : apporte-moi ce que tu veux, j’en ferai un bien. La maladie, la mort, la pauvreté, l’injure, un procès qui peut me coûter la vie, grâce à ma baguette d’Hermès, ce sont des biens.
- Que fais-tu de la mort ?
- Que veux-tu que j’en fasse sinon une occasion de gloire pour moi, si je montre, par ma conduite en face d’elle, ce que c’est qu’un homme qui sait plier sa volonté à la nature ?
- Et la maladie ?
- Je montrerai quelle est sa nature ; je m’en ferai une occasion de briller par ma fermeté et ma tranquillité ; je ne ramperai pas devant le médecin, je n’appellerai pas la mort. Que veux-tu de plus ? Tout ce que tu peux me donner, j’en ferai une bénédiction, une occasion de bonheur, une chose sacrée et digne d’envie.
Mais toi : « Fais attention à ne pas tomber malade, ce serait une catastrophe ! » Comme si l’on disait : « Fais attention de ne pas croire que trois égale quatre, ce serait une catastrophe ! » Quelle catastrophe ? Si j’ai, sur la chose en question, une opinion correcte, quel mal peut-elle me faire ? Ne va-t-elle pas m’être utile au contraire ? Ne me suffit-il pas que mon jugement soit juste concernant la pauvreté, la maladie, l’absence de fonctions officielles ? Ne tirerai-je pas profit de tout cela ? Pourquoi irai-je encore chercher le bien et le mal dans les objets extérieurs ?
Mais hélas ! tout cela n’est bel et bon que jusqu’à la sortie de l’école. Sitôt rentré à la maison, plus personne n’en a cure : on recommence à faire la guerre à son esclave, à ses voisins, à ceux qui se sont moqués de nous... »