Epictète
Par sanieptia le dimanche 9 avril 2006, 21:29 - Epictète - Lien permanent
Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa
NE PAS JUGER A LA HÂTE
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« L’habit ne fait pas le philosophe
Ne vous fiez jamais aux idées reçues pour louer ou blâmer qui que ce soit, ni pour apprécier son savoir-faire ou son in compétence, et vous ne tomberez ni dans la précipitation, ni dans la malveillance. « Cet homme se lave vite. » A-t-il tord ? Pas forcément. Qu’en est-il donc ? Il se lave vite, c’est tout.
- Alors, tout ce qu’on fait est bien ?
- Pas du tout ; simplement, les conduites dictées par des jugements corrects sont justes, celles qui obéissent à une pensée déshonnête sont déshonnêtes.
Mais pour ce qui te concerne, tant que tu n’as pas examiné dans le détail ce qui dicte sa conduite à tel ou tel, abstiens-toi de prononcer blâmes ou éloges sur ses actes. Il est malaisé de juger de ce que pense quelqu’un d’après son apparence extérieure. « Cet homme est charpentier. » Pourquoi ? « Il se sert d’un rabot. » D’accord ! « Celui-ci est philosophe. » Pourquoi ? « Il a un manteau court et les cheveux longs. » Les mendiants aussi, non ? A cause de cela, dès qu’on en rencontre un qui se conduit mal, on s’écrie : « Regardez ce philosophe, ce qu’il fait. » On devrait plutôt, devant son inconduite, en déduire que ce n’est pas un philosophe. Si un manteau court et des cheveux longs étaient l’image et l’insigne du philosophe, on aurait raison de parler ainsi. Mais si c’est une conduite irréprochable, ne devrait-on pas en dénier l’appellation à celui qui ne respecte pas cette condition ? On en use bien ainsi pour les autres métiers. En voyant quelqu’un raboter de travers, on ne se dit pas : « A quoi peut bien servir un charpentier ? Regardez le gâchis que fait celui-là ! » Au contraire, on se dit : « Ce n’est pas un vrai charpentier, il ne sait même pas tenir un rabot. » De même, en entendant quelqu’un qui chante mal, on ne se dit pas : « Voilà comment chantent les musiciens ! », mais plutôt : « Ce n’est sûrement pas un musicien ! » Cette manière de réagir ne s’applique qu’à la philosophie : lorsqu’on voit un homme dont la conduite ne s’accorde pas avec l’état de philosophe, au lieu de lui en dénier l’appellation, on se dit au contraire que c’est un philosophe, et, comme il se conduit mal, on en conclut que la philosophie ne sert à rien. Comment expliquer cela ? C’est que si nous ajoutons foi à l’idée, bien ancrée en nous, de ce que doit être un charpentier, un musicien ou n’importe quel autre type d’artiste ou d’artisan, il n’en va pas de même pour un philosophe : l’idée que nous nous faisons du philosophe est tellement confuse et embrouillée que, pour en juger, nous nous fions aux apparences. Dans quel métier est-il possible de se lancer avec, pour tout bagage, une certaine allure et des cheveux longs, sans souci de théorie, de pratique, ni de but à atteindre ? »
A notre époque, on devrait plus se soucier du but à atteindre. Etre heureux ? Comprendre mieux le monde et nous-même pour mieux nous conduire ? Enculer les mouches ?