Epictète
Par sanieptia le dimanche 2 avril 2006, 13:49 - Epictète - Lien permanent
Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa
ESCLAVAGE, LIBERTE
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« Le souhait de l’esclave est d’être affranchi le plus tôt possible. Pourquoi ? Pensez-vous qu’il soit si pressé de donner de l’argent au percepteur de la taxe du vingtième ? Pas du tout, mais il s’imagine que tout ce qui l’a gêné, tout ce qui l’a rendu malheureux jusqu’à présent vient de ce qu’il n’était pas libre. « Si l’on m’affranchit, se dit-il, ce sera le bonheur : je n’aurai à me soucier de personne, je parlerai en égal avec tout le monde, je voyagerai comme je le voudrai, j’irai et je viendrai où bon me semblera. » Une fois affranchi, ne sachant comment trouver sa nourriture, il cherche quelqu’un à flatter pour pouvoir dîner chez lui. Puis il se met à faire commerce de son corps, en supportant les pires traitements. S’il vient à trouver un râtelier, le voilà tombé dans un esclavage bien pire que l’ancien. A mois que, fortune faite, il ait le mauvais goût de s’éprendre d’une jeunesse : alors, malheureux en amour, il éclate en sanglots et regrette son esclavage. « De quoi me plaignais-je ? On m’habillait, on me chaussait, on me nourrissait, on me soignait quand j’étais malade ; je n’avais qu’à rendre quelques menus services. Maintenant, pauvre de moi ! maintenant j’en bave ; je suis l’esclave de plusieurs maîtres au lieu de l’être d’un seul... Mais, se dit-il, si j’arrivais à obtenir l’anneau d’or, à moi le bonheur et la tranquillité ! » (L’anneau est à Rome l’insigne et le privilège des chevaliers.) D’abord, il accepte, pour les obtenir, d’être traité comme il le mérite ; une fois qu’il les a obtenus, il recommence. Puis il se dit : « Si je m’engageais dans l’armée, je serais débarrassé de tous mes ennuis. » Il s’engage, on le traite comme un moins que rien ; cela ne l’empêche pas d’en redemander, une fois, deux fois. Enfin, le bouquet : il devient sénateur et, dès qu’il entre au sénat, le voici esclave : alors commence pour lui la plus belle et la plus dorée des servitudes. »
Savoir dans quelle mesure on est « esclave », dans quelle mesure on est « libre ». Accepter cet « esclavage » et cette « liberté », en profiter, voilà encore une des clés du bonheur et de la tranquillité.
Commentaires
Etre un esclave éclairé; n'est-il pas suffisant finalement de se laisser la possibilité du choix ? L'esclave lucide sur sa condition n'a de chaînes que consenties.