Epictète
Par sanieptia le dimanche 19 mars 2006, 10:17 - Epictète - Lien permanent
Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa
ENTRETIENS
SAVOIR VOIR
Page 62 :
« Vous laissez vos foyers pour aller jusqu'à Olympie voir le chef-d’œuvre de Phidias ; personne parmi vous qui ne tienne pour un malheur de mourir sans avoir vu le site et la statue. Mais quand il n'est même pas nécessaire de voyager, quand, sans bouger, vous avez les oeuvres sous les yeux, l'envie ne vous vient même pas de regarder et de comprendre ! Voulez-vous mourir sans avoir compris qui vous êtes, ni, le pourquoi de votre naissance et du spectacle que vous êtes conviés à voir ? »
Savoir voir ce que l’on a sous les yeux.
Avoir l’esprit assez calme, ouvert (heureux ?) pour pouvoir le voir.
« - Mais, dans la vie, il y a des choses pénibles, déplaisantes.
- (...) Et alors, n'avez-vous pas reçu les facultés nécessaires pour faire face à tout ce qui arrive ? Grandeur d'âme, courage, endurance, n'avez-vous rien de tout cela ? Si j'ai en moi la grandeur d'âme, pourquoi me soucier de l'issue des événements ? Qu'est-ce qui pourra m'ébranler, me bouleverser, me faire souffrir ? Je ne ferais pas, de mes facultés, l’usage approprié, au lieu de me voiler la face en gémissant sur ce qui m’arrive ?
- D’accord ; mais j’ai le nez qui coule.
- Esclave ! Pourquoi as-tu des mains, sinon pour t’essuyer le nez ?
- Il est donc juste qu’il y ait de la morve dans l’univers ?
- Au lieu d’accuser le monde, tu ferais cent fois mieux de te moucher ! »
Rien à ajouter.
Dimanche 9 octobre 2005
Entretiens
DIEU EST L’UNIVERS ? DIEU EST LA VIE ? LA VIE EST DIEU ?
(peu importe, ce qui est sûr, c’est que nous sommes issus de l’immensité)
Page 64 :
« Si les philosophes ont raison quand ils affirment la parenté de Dieu avec les hommes, nous n'avons pas d'autre parti que celui de Socrate : quand on nous demande d'où nous sommes, ne répondons jamais : « d'Athènes » ou de « Corinthe », mais toujours : « de l'univers ». Pourquoi parler d'Athènes, et non tout simplement du coin de terre où, à ta naissance, fut jeté ton humble corps ? N'est-il pas clair que ton pays d'origine est plus vaste, que c'est l'espace qui englobe non seulement ce petit coin de terre mais aussi toute ta famille ; que si tu te dis athénien ou corinthien, ce n'est qu'en référence au lieu d'où la lignée de tes ancêtres est venue jusqu'à toi ? Quand on a réfléchi longtemps à l'organisation de l'univers, que l'on s'est pénétré de cette vérité que l'ensemble le plus grand - le principal et qui englobe tout le reste - est la communauté des hommes et de Dieu ; que c'est Dieu qui a jeté les semences d'où sont issus non seulement mon père et mon grand-père, mais tout ce qui naît et pousse sur la terre et, en priorité, les êtres doués de raison ; que ceux-ci sont voués dès leur naissance à partager la vie de la divinité, d'autant plus mêlés à elle qu'ils sont doués de raison, pourquoi hésiterait-on à se définir comme citoyen de l'univers ? comme fils de Dieu ? »
Comme je ne crois pas en Dieu, mais que j’aime Epictète, je remplace « Dieu » quand je le lis par « la vie », principe suprême pour moi. Et ça marche très bien.
AVEC UNE PENSEE POUR TOUS LES SUICIDAIRES
Page 66 :
" « Épictète, nous en avons assez d'être ligotés à cette misérable carcasse, de la nourrir, l'abreuver, lui donner du repos et la nettoyer, puis d'aller la traîner sous le nez des uns et des autres. N'est-il pas vrai que tout cela est indifférent, ne nous regarde pas, que la mort n'est pas un mal ? Nous sommes bien parents de Dieu ? C'est bien de lui que nous tenons notre origine ? Laisse-nous retourner d'où nous venons ; laisse-nous défaire les liens qui nous entravent et nous pèsent. Ici, tout est brigandages, vols, tribunaux ; tout appartient à ceux qu'on appelle tyrans et qui s'imaginent avoir sur nous quelque puissance à cause de notre carcasse et de ce qui s'y rattache. Laisse-nous leur montrer qu'ils n'ont aucun pouvoir sur nous. »
Alors je vous répondrais : « Mes amis, laissez le temps à Dieu. Lorsqu'il vous fera signe et vous délivrera de ce service, alors, vous irez le trouver. Pour l'instant, résignez-vous à demeurer dans le dans où Dieu a fixé votre existence. Le temps de ce séjour est bref ; il est plus facile à vivre quand on est disposé comme vous l'êtes (philosophes, ou apprentis philosophes). En effet, quel tyran, quel voleur, quels tribunaux pourraient faire trembler ceux qui comptent pour rien le corps et les biens corporels ? Restez, ne partez pas comme des écervelés. » "
PLAINTES ET PLEURNICHERIES
Page 67 :
« Voilà comment l'éducateur devrait s'adresser à des jeunes gens de bonne trempe. Mais qu'en est-il en vérité ? Cadavre l'éducateur, cadavres vous aussi ! Une fois rassasiés pour la journée, vous vous asseyez et pleurez sur le lendemain : « Qui va nous nourrir ? » Esclave ! si tu trouves à manger, mange ; sinon sors, la porte est ouverte. Pourquoi gémir ? Pourquoi pleurer encore ? Quel prétexte pour se conduire en flatteur ? Pourquoi se jalouser les uns les autres ? Pourquoi ramper devant les riches, devant ceux qui sont aux commandes, surtout s'ils sont puissants et irascibles ? Que peuvent-ils contre nous ? Ce qu'ils peuvent nous faire, nous n'en avons cure ; ce qui nous importe n'est pas en leur pouvoir. Qui donc pourrait avoir barre sur un homme ainsi disposé ? »