Une vie divine

NIETZSCHE POETE A TURIN
Page 431 :
" On est en avril 1888, l’année décisive. (...)

« Par beau temps, il souffle ici une brise exquise, légère, capricieuse, qui donne des ailes aux pensées les plus pesantes. » "

Donnons des ailes à nos pesantes pensées, soyons légers...

NIETZSCHE ET SOLLERS, LE TEMPS QU’IL FAIT
ART
IL FAUT PERCEVOIR AUTREMENT CE QU’ON APPELLE LA VIE
« Cela peut paraître secondaire ou insignifiant, mais la sensibilité au temps qu’il fait est devenue, chez M.N., d’une acuité extrême. Il lève le nez au moindre souffle, c’est un marin d’altitude. La pluie, la neige, la brume, les vents, la lune comme ci ou comme ça, la position des étoiles et de son étoile (Zarathoustra veut dire « étoile d’or »), les arbres, les fleurs – tout cela roule en lui et agit sur lui, il n’est nullement spectateur mais acteur. Il en vient tout naturellement à penser qu’il est pour quelque chose dans l’organisation des paysages. Il se sent les moduler, les teinter, les éclairer, les éteindre. C’est un art nouveau et spécial, très différent de ce qu’on a appelé jusqu’ici « l’art » :

« L’art comme seule force de résistance à toute volonté de nier la vie... L’art comme activité métaphysique et l’existence. »

Ce qui veut dire : à chaque instant fonctionne une volonté de nier la vie, oui, oui, à chaque instant, minute par minute. L’obsession du contre-art est fanatique et constante. Il faut donc nier cette volonté de négation de façon négative, la dissoudre dans un élément qui la divise et l’égare. Il faut percevoir autrement ce qu’on appelle la vie. Le temps qu’il fait, oui, quel qu’il soit, voilà un allié, et c’est d’ailleurs ce que M.N., à l’automne, veut dire, en s’extasiant sans arrêt sur le soleil, les arbres explosant en jaunes, le ciel et le fleuve bleu tendre, les raisins de la plus brune douceur :

« J’ai révisé toutes les idées que j’avais sur le compte du "beau temps". »

Et au diable, donc, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, souffrent de la réalité :

« Souffrir de la réalité veut dire être une réalité manquée. »

On comprend mieux la réflexion d’un des amis de M.N., qui note, pendant cette période, que celui-ci semble se mouvoir " dans une atmosphère d’indescriptible étrangeté, comme s’il venait d’une région que personne n’habite ". »

Il faut percevoir autrement ce qu’on appelle la vie... Je n’arrête pas de le répéter.
Et au diable tous ceux qui souffrent de la réalité !
Qu’ils changent !
(De façon de penser essentiellement.)

Je me sens très sollersien et nietzschéen ce soir.