Une vie divine

LE NARRATEUR N'EST PAS GAI, SEUL AVEC SA GRANDE INTELLIGENCE
(SANS IRONIE)
Page 188 :
(Ils sont à Turin.)
« Ludi :
- Tu as l'air préoccupé. C'est le raz-de-marée ?
- Non, la bêtise.
- La bêtise de qui ?
- La mienne, la mort.
- Tu charries. C'est bête, la mort. Tu as fait quoi aujourd'hui ?
- Un petit tour dans la ville.
- Musées ?
- Ouais.
- C'était bien ?
- Parfait.
- Tu as trop bu ?
- Je crois.
- Dodo, bébé.

UNE DESCRIPTION QUI ME PLAIT (HUMOUR)
Page 195 :
« Ils sont rejoints, maintenant, par une petite femme en noir, genre poétesse surréaliste livide. Elle doit sortir de son cercueil tous les huit jours vers midi. Elle me demande aussitôt ce que je pense de Sade. Le plus grand bien, évidemment. Elle blêmit au-delà du livide. Mais un des types lui parle à l'oreille. 
(...)
Ils se lèvent tous d'un bon. Le petit brun énervé crache sur la moquette du bar, la poétesse folle court vers la porte-tambour. Le barman ne remarquera pas le crachat, l'occulte s'occulte.

Je finis mon café, Ludi me rejoint dans le hall.
- Ca s'est bien passé avec tes poètes ?
- Mais oui, très sympathiques.
- Ils voulaient quoi ?
- Me lire leurs poèmes.
- C'était bon ?
- Eh non. N'importe quoi.
- Comment trouves-tu ce nouveau tailleur ?
- Ravissant. »

« Elle doit sortir de son cercueil tous les huit jours vers midi »... C'est bon, non ?

NIETZSCHE CONSCIENT DE SA PHYSIOLOGIE
Page 198 :
« J'ai une tendance désagréable, presque nerveuse, au dégoût, qui m'a beaucoup compliqué l'existence. »

BONNE LITTERATURE
Page 201 :
« M.N. n'est pas le premier à penser que les hommes sont naturellement fous, et que l'existence ressemble à un énorme asile d'aliénés. Mais il est certainement le premier à prendre sur lui la folie, à la vivre jusqu'au bout dans le non-sens et sa nuit. »

« à la vivre jusqu'au bout dans le non-sens et sa nuit »... Sollers sait être aussi poète.