Philippe Sollers
Par sanieptia le vendredi 17 février 2006, 15:39 - Philippe Sollers - Lien permanent
Une vie divine
VISION DU MONDE
Page 71 :
« De toute façon, la boucle est bouclée, mon génome est déchiffré, le ver elegans est dans ma lignée, la vie est absurde, la mort n'a aucun sens, le néant est sans importance, l'Eternel Féminin est remisé au musée, la guerre des sexes a tourné à l'ennui, le Surhomme a enfanté le Sous-Homme, on est en plein refux millénaire.
Ou bien, le contraire : la Terre est enfin libérée, elle danse ; mon génome est un passeport ; la vie s'allonge en tous sens ; Dieu ressuscite à chaque seconde ; le Diable le sert ; l'Eternel Féminin est plus amusant que jamais ; la guerre des sexes n'a jamais été plus excitante ; la mort s'incline ; le Surhomme plane ; c'est la marée des siècles.
Vous avez droit, chaque matin, à ces deux visions du monde.
Choississez. »
Aucune des deux ne me convient.
ART
Page 72 :
« C'est pourquoi, disait M.N., il nous faut un art pétulant, flottant, dansant, moqueur, enfantin, bienheureux. »
PHILOSOPHIE, AVENTURE, GAIETE (NIETZSCHE)
Page 74 :
« j'ai peut-être découvert des mondes de pensées plus sombres et plus inquiétantes que quiconque, mais seulement parce qu'il était dans ma nature d'aimer l'aventure. Je compte la gaieté au nombre des preuves de ma philosophie. »
ETRE SOI, SENS DU DEVOIR
Page 75 :
" Vers la fin de son existence pleinement lucide, M.N. raconte comment un profond changement s'est opéré en lui après ses 30 ans :
« A cette époque, mon instinct résolut irrévocablement d'en finir avec cette habitude de céder, de faire-comme-tout-le-monde, de-me-prendre-pour-un-autre. N'importe quel mode de vie, les conditions les plus défavorables, la maladie, la pauvreté, tout me sembla préférable à cet indigne « désintéressement » où m'avait fourvoyé mon inconscience, ma jeunesse, et où, plus tard, j'étais resté empêtré par lâcheté, par prétendu « sens du devoir ». "
Attention au « sens du devoir »...
A moins que l'on ait défini soi-même ce devoir.
NIETZSCHE MUSICIEN
Page 80 :
« M.N. A 10 ans. Il raconte l'expérience suivante : « Le jour de l'Ascension, j'entendis le choeur sublime du Messie de Haendel : l'Alléluia. Je pris aussitôt la ferme résolution de composer quelque chose de semblable. »
C'est peut-être pour ça que son écriture est si pleine de musique.
FOLIE
Page 82 :
« Il est dangereux de se rapprocher trop de soi-même ; c'est la folie. Pourtant, on peut l'apprivoiser, la folie, l'enrober, lui jouer des tours, la rassurer, la réduire. Question de vaccin et de goutte-à-goutte depuis l'enfance. C'est un système, on peut le tenir, feindre de s'y abandonner, s'observer en train de délirer, de rêver. J'attrape au vol des rapprochements qui n'ont rien à voir, je saute dans le train fou, le toboggan, la grande roue, la chute, la cascade, l'enfermement. Ludi sait que je suis fou, elle aime bien ça, à condition que rien n'apparaisse. Elle est d'ailleurs folle, elle-aussi, comme tout le monde. Ca ne fait rien, on tient debout. »
Une grande part de mon métier : attraper au vol des rapprochement qui n'ont rien à voir.
HUMAIN
Page 93 :
« Le sous-homme triomphe partout, l'homme n'est pas le moins du monde surmonté, il est devenu rouage. »
Confirmation de ce que j'écrivais tout à l'heure : Sollers croit encore à la-mouche-qui-pète ; car l'humain a toujours été plus ou moins ce qu'il est, et ne changera jamais, ni surhomme ni sous-homme...