Philippe Sollers
Par sanieptia le mercredi 15 février 2006, 18:13 - Philippe Sollers - Lien permanent
Une vie divine
SOLLERS ET LES FEMMES
Page 60 :
« Il n'y a pas que Ludi dans ma vie, il y a aussi des passions discrètes. Pour l'instant, j'en compte neuf : cinq consommées, stables et tournantes, quatre en attente. Pas de double vie, mais vie redoublée. Pour les exercices spirituels, Nelly est ma préférée. »
J'aurais bien aimé faire comme lui. Hélas, ce n'est pas pour moi.
Je suis plutôt beau garçon mais aussi handicapé des relations humaines, émotif, timide, sentimental, qui a fait de son mieux pour se soigner mais qui est finalement resté assez proche de ce qu'il était.
On est comme on est. Et on naît comme on naît aussi. De plus, je ne sais pas mentir, ce qui n'est pas pratique pour envisager des relations avec plusieurs femmes.
NELLY
« Elle est philosophe, c'est le couvent d'aujourd'hui. Je doute qu'ait jamais existé une putain plus délicate, une dévote plus décalée. C'est une bourgeoise brune, jolie, la peau douce et blanche, ironique, reservée, violente, avec quelque chose dans le regard qui appelle aussitôt l'attention. »
NELLY + PHILO
Page 60 :
« De vraies études de philo, une thèse hyper sérieuse sur Héraclite, elle connaît à fond le district. Celui du grand Autrefois, comme celui de nos temps confus et moroses. De l'Antiquité à nos jours, de Platon à Dupont, du grec au sabir, de la dialectique au décousu propagande, comme qui dirait de saint Augustin au curé sportif, de Moïse au rabbin de famille, du Prophète au recteur de mosquée locale. »
PHILOSOPHIE PRATIQUE, SEXE
« Nelly, en bonne carmélite mystique, est vite dégoûtée par le clergé universitaire et intellectuel, elle bascule, en me rencontrant, dans la philosophie pratique. Elle quitte les séminaires pour entrer au boudoir. Elle passe de sa clôture aux rendez-vous programmés du vice. De la vertu au vice, on le savait, il n'y a qu'un pas, mais le pas du vice à la vertu, c'est nouveau, excitant, un saut par-dessus l'abîme. Nelly, en effet, garde toute sa lucidité, sa pudeur, sa rigueur. Elle renforce aussi son horreur de la vulgarité générale. L'obscénité, soit, la faute de goût, non. Elle s'habille très bien, est parfois cliente chez Ludi (mais ne sait pas que je la connais, pas plus que Ludi ne pourrait imaginer que je la vois en cachette), a de beau bijoux de famille, ressemble à un personnage de Stendhal égaré dans un roman populiste ou américain. Elle est à la fois mode tranquille et complètement démodée, contemporaine et farouchement archaïque. Très frigide avant moi, précise depuis. »
PHILOSOPHIE
Page 62 :
« Elle croyait abandonner le rituel catholique de son enfance (déjà en miettes) pour la lumière philosophique : elle n'a trouvé que prétention vide, bavardage, bouillie. Elle a quand même fait l'esprit fort, s'est baladée dans la contestation et la déconstruction, apris acte de la restauration, mais n'a aucune envie de rentrer à la maison, à la cuisine, dans la chambre des enfants, d'adhérer aux associations humanitaires, de relire la Bible ou le Coran, de porter la perruque ou le voile. Elle a lu tous les livres, elle connaît tout ça et tout ça, mais a fini par se demander pourquoi ça la laissait aussi insensible que la supposée existence de Dieu, la rumeur de sa mort, les grandes causes sociales, l'altermondialisation, les succès d'argent, le rock, le pop, la techno, la coke, l'ecstasy, les partouzes, l'échangisme, ou tout bêtement l'alcool. Elle aime les fleurs, la soie, le silence. Elle trouve soudain une satisfaction dans la dégoûtante sexualité. C'est une surprise, elle frémit, elle se pince. »
« Désenchantée... » dirait mon amie Mylène Farmer.
Commentaires
elle est insaisissable car elle même est perdue...
lorsqu'elle s'est égarée, elle a malheureusement croisé la route de Sollers...
> Il ne l'a pas aidée à remettre un peu d'ordre dans sa vie ?