Une vie divine

SOLLERS CONTINUE DE CITER NIETZSCHE
Page 56 :
« A-t-on su entendre ma définition de l'amour ? C'est la seule qui soit digne d'un philosophe. L'amour – dans ses moyens, la guerre ; dans son principe, la haine mortelle des sexe... »

Pas très gai tout ça...
Ma définition : échange (de diverses choses).
(C'est un pur hasard si cette citation arrive un jour de Saint-Valentin.)

NIETZSCHE A DU MAL AVEC LES HUMAINS
Page 57 :
" On ne s'étonnera donc pas que M.N. prenne sa plume en douce et écrive : « Le subtil mépris est à notre goût, il est notre privilège et notre art, peut-être notre vertu, à nous autres, modernes parmi les modernes... Nous qui sommes sans crainte, nous les hommes plus spirituels de cette époque, nous connaissons assez bien notre avantage, du fait de notre esprit supérieur, pour vivre justement dans l'insouciance par rapport à ce temps. Il ne nous semble pas probable qu'on nous décapite, que l'on nous enferme, que l'on nous bannisse, nos livres ne seront même pas interdits et brûlés. L'époque aime l'esprit, elle nous aime, quand même nous lui donnerions à entendre que nous sommes des artiste dans le mépris ; que tout rapport avec les hommes nous cause un léger effroi ; que malgré notre douceur, notre patience, notre affabilité, notre politesse, nous ne saurions persuader notre nez d'abandonner l'aversion qu'il pour le voisinage des hommes ; que moins la nature est humaine, plus nous l'aimons ; que nous aimons l'art quand il est la fuite de l'artiste devant l'homme, ou le persiflage de l'artiste sur l'homme, ou le persiflage de l'artiste sur lui-même... » "

Je n'aime pas le mépris, même subtil. Suis d'accord, par contre, avec le léger effroi, puisque je le ressens. C'est vrai que les humains sont souvent moches, désolants et fatiguants, mais comme ils sont parfois l'inverse, ça compense un peu...

SOLLERS S'EXPRIME ENSUITE
Page 58 :
« M.N. S'arrête. Il sait bien que l'époque n'aime pas l'esprit ; qu'elle déteste ceux qui vivent dans l'insouciance ; que ses livres ne seront ni interdits ni brûlés, mais tout simplement ignorés et noyés ; qu'il ne sera ni décapité, ni enfermé, ni banni, mais tout simplement tenu à l'écart ; que tout le monde, aujourd'hui, se croit artiste sauf lui ; qu'il ne ressent plus le moindre mépris mais une immense indifférence, comme s'il était entré dans l'abîme du futur, dans quelque chose de terrifiant, notamment dans sa béatitude ; qu'il n'aura désormais sous les yeux qu'une espèce amoindrie, presque risible, un animal grégaire, quelque chose de bienveillant, de maladif et de médiocre, l'Européen d'aujourd'hui... »

Sollers imagine Nietzsche à notre époque, mais il parle de lui-même.
Je le trouve, comme je l'ai déjà écrit, « plombant ». Comme si l'humain n'avait pas toujours été plus ou moins ce qu'il est... Comme si nous n'avions pas toujours été plus ou moins ce que nous sommes...
Indifférence, abîme du futur, espèce amoindrie, Européen malade, médiocre...
Il nous couve une déprime ?