Philippe Sollers
Par sanieptia le lundi 13 février 2006, 17:55 - Philippe Sollers - Lien permanent
Une vie divine
NIETZSCHE ISOLE ENTRE SA MERE ET SA SOEUR
UN « JE » JOYEUX, OPTIMISTE, COLLECTIF ET COURAGEUX
Page 45 :
" Plus de femmes, donc plus de société, donc retour dément à la mère, puis à la soeur. Cette dernière connaît le spectacle, trafique son image et ses papiers, le replonge dans le baquet wagnérien, offre sa canne à Hitler, la falsification l'excite en tout bien tout honneur, elle s'agite, elle disparaît, pendant que les phrases de son frère persistent, traversent les années, provoquent des tonnes de commentaires passionnés, indignés, érudits, et arrivent jusqu'ici comme si elles venaient d'être écrites. Voyez, l'encre est toujours fraîche : « La clarté du matin ne brille-t-elle pas autour de nous ? Ne sommes-nous pas entourés d'une verte et molle pelouse, le royaume de la danse ? Y eut-il une meilleure heure pour être joyeux ? » Ou bien, à Gênes, en 1882 : « Je vis encore, je pense encore : il faut que je vive, car il faut encore que je pense. » Qu'importe ici qui dit je ? La pensée et la vie seront toujours dites à la première personne. Mais ce je est multiple, c'est aussi un nous : « Nous autres oiseaux nés libres. » Ou bien : « Où que nous allions, tout devient libre et ensoleillé autour de nous. » "
Mon je est aussi un nous. C'est ce que je réponds à celles et ceux qui me traitent d'égoïste, de nombriliste. Ma vie est une expérience, une aventure destinée à l'épanouissement de mon je, à son bonheur (aussi pour lui éviter l'ennui, ce qui n'est pas négligeable...), mais le résultat de cette expérience, s'il s'avère valable - suffisamment intéressant - est bien sûr destiné au nous.
LUDI ET LE NARRATEUR
Page 48 :
" - Quel drôle de type tu es. Tu veux quoi ?
- La gloire.
- C'est-à-dire ?
- Avoir dit ce que personne n'a dit. La vraie vérité vraie. La clé des choses.
- Tu es vraiment fou, je t'adore. Tu fais quoi aujourd'hui ?
- Je travaille.
- Et ce soir ?
- Je travaille.
- A demain, alors ?
- A demain. "
VARIANTE
Page 49 :
" - Quel drôle de type tu es. Tu veux quoi ?
- Rien.
- C'est-à-dire ?
- Rien.
- Tu es vraiment fou, je t'adore. Tu fais quoi aujourd'hui ?
- Rien.
- Et ce soir ?
- Rien.
- A demain, alors ?
- A après-demain. "
A MOI MAINTENANT :
- Quel drôle de type tu es. Tu veux quoi ?
- Vivre, voir s'il est possible d'être heureux.
- C'est-à-dire ?
- Participer à la fabuleuse aventure de la vie, et plus particulièrement à celle de la pensée.
- Tu es vraiment fou, je t'adore. Tu fais quoi aujourd'hui ?
- Je travaille.
- Et ce soir ?
- Je travaille.
- A demain, alors ?
- A demain.
NIETZSCHE SOUFFLé ?
Page 51 :
« Nietzsche, avant de déraper de lui-même, a parfaitement vu la scène : « Les tempêtes sont un danger pour moi : aurai-je ma tempête qui me fera périr ? Ou bien m'éteindrai-je comme un flambeau qui n'attend pas d'être soufflé par la tempête, mais qui est fatigué et rassasié de lui-même, - un flambeau consumé ? Ou bien finirai-je par me souffler moi-même pour ne pas me consumer ? »