Philippe Sollers
Par sanieptia le dimanche 12 février 2006, 19:54 - Philippe Sollers - Lien permanent
Une vie divine
NIETZSCHE S'ISOLE
Page 44 :
« Cinq ans plus tard, le 15 octobre 1888, jour de son anniversaire, il commence la rédaction d'Ecce homo, qu'il achèvera le 4 novembre, mais qui ne sera publié que huit ans après sa mort, en 1908, soit dix-neuf ans après son effondrement. Il en profite, le 20 octobre, pour se brouiller avec sa vieille amie Malwida von Meysenbug, qui avait peu apprécié Le Cas Wagner. "Excusez-moi de prendre encore la parole : ce pourrait être la dernière fois. J'ai peu à peu rompu presque toutes mes relations humaines, par dégoût de voir que l'on me prend pour autre chose que ce que je suis. C'est maintenant votre tour. Depuis des années, je vous envoie mes livres, pour qu'un jour enfin, vous me déclariez franchement et naïvement : « chaque mot me fait horreur ». Et vous seriez en droit de le faire. Car vous êtes une « idéaliste ». - et moi, je traite l'idéalisme d'insincérité faite instinct, de refus à tout prix de voir la réalité : chaque phrase de mon oeuvre contient le mépris de l'idéalisme... Vous n'avez jamais compris la moindre de mes paroles, de mes pas décisifs. Il n'y a rien à faire : il faut que cela soit clair entre nous." »
Il ne faut pas emmerder Nietzsche...
Moi, je suis déjà isolé. Mais, contrairement à Nietzsche, au lieu de m'isoler encore plus, je vais petit à petit être en relation avec plein de monde ; ouvert à la vie, au grand mystère (comme lui) mais aussi ouvert aux humains ; car ces derniers (même s'ils sont fatiguants la plupart du temps) portent en eux - comme tout ce qui fait partie du cosmos - le grand mystère lui-même.
Il ne faut pas se séparer de ce que l'on est.