Michel Onfray
Par sanieptia le mardi 15 novembre 2005, 11:54 - Michel Onfray - Lien permanent
L'Invention du plaisir - Fragments cyrénaïques
ARISTIPPE A CONNU SOCRATE, A PRIS SES LECONS
Page 30 :
« En considérant ce qui reste visible de l’iceberg cyrénaïque, on peut avancer que la doctrine fourbit une véritable machine de guerre antiplatonicienne. Aristippe a connu Socrate, puis les Sophistes, enfin Platon qu’il a longuement côtoyé à la cour de Denys de Syracuse. Quelques échanges acides, amers, verts, témoignent de la tension entre les deux personnages. Aristippe connaissait l’enseignement de Socrate, la théorie des Idées, la suspicion généralisée lancée sur le corps et le plaisir. Contemporains, Cyniques, Cyrénaïques et Platonicien ne peuvent manquer de fourbir leurs armes intellectuelles et philosophiques les uns contres les autres. Comment imaginer le contraire ? »
La guerre, l’affrontement, sont partout, même chez les sages – ou ceux qui veulent l’être. Cela fait partie de la vie.
LA PHILOSOPHIE COMME MEDECINE
Page 32 :
« Le Cyrénaïque pratique la philosophie à la manière d’une thérapie, il pense son action comme celle du médecin : l’homme du commun est malade, il l’ignore, mais il l’est – malade de se tromper, d’évoluer dans l’erreur, de confondre le vrai et le faux, d’indexer son existence sur des principes fautifs. Pour le soigner, une consultation payante s’impose. (...) Que disent d’autres les psychanalystes vingt-cinq siècles plus tard ? »
CONTRE L’ESPRIT DE SERIEUX
CAR, PEUT-ON ETRE VRAIMENT SERIEUX EN RESTANT SERIEUX ?
« Contre Platon et consorts de l’Académie, Aristippe, Antisthène et alliés inaugurent une méthode plus indexée sur le théâtre de rue que sur l’amphithéâtre universitaire. L’agora ouverte plutôt que l’espace fermé et confiné, l’exotérisme ludique en lieu et place de l’ésotérisme austère, la générosité joyeuse contre l’initiation élitaire, le rire, l’humour et l’ironie pour supplanter l’esprit de sérieux sous toutes ses formes : la geste cyrénaïque oppose une pratique scénographiée à une technique scolastique, elle suppose l’élargissement du proscenium à la vie et transfigure le réel en commedia dell’arte permanente. Le philosophe-artiste contre le philosophe sinistre, le bouffon, le clown contre le prêtre et le professeur, le cirque contre l’université... Quel vent frais et tonique souffle alors sur l’agora ! »
Comment voulez-vous que je ne sois pas séduit par ces gens : c’est de la philosophie comme je l’aime, en prise directe avec la vie, le quotidien. Une philosophie utilisable, un outil pour améliorer sa vie, par opposition à celle que nous connaissons déjà et qui sert surtout à se branler la cervelle - alors que nous avons déjà un sexe pour ça.
(Chaque fois que M.O. parle de « philosophe-artiste », j’ai l’impression qu’il parle moi. C’est normal ?)
CONTRE PLATON
Page 33 :
« Enfin, Aristippe guerroie contre Platon en concentrant son souci philosophique sur le seul réel sensible : la vie, le corps, le plaisir, le désir, la chair, l’incarnation, le quotidien. Le contraire d’un Platon transformant le monde matériel en marchepied pour parvenir aux Idées. Chez lui, par exemple, le corps vaut seulement (voir Le Banquet) dans la mesure où il s’efface et laisse place après son utilisation comme un tremplin vers le Beau en soi. La revendication de l’ici et maintenant, de l’immédiateté concrète, la volonté de jouissance transformée en tension cardinale, voilà qui place Aristippe en vis à vis de Platon. « Chien royal », disait de lui Diogène, faux chien de faïence en l’occurrence face à l’ennemi et adversaire de toujours... »
Le corps, le plaisir, le désir, la chair, l’incarnation, le quotidien...
La vie !