Michel Onfray
Par sanieptia le dimanche 13 novembre 2005, 17:17 - Michel Onfray - Lien permanent
L’Invention du plaisir – Fragments cyrénaïques
ARISTIPPE MAUDIT ? COMME CERTAINS PEINTRES (OU ROIS) ?
Page 27 :
« L’homonymie avec Aristippe le Métrodidacte, son petit fils, rend parfois difficile les attributions et répartitions de ce qui revient à l’un ou à l’autre. De sorte que, forts du constat que le nom d’Aristippe n’apparaît à aucun moment dans les dialogues de Platon – sauf dans le Phédon, une fois, pour déplorer l’absence du penseur aux côtés de Socrate en prison – et qu’Aristote passe également son existence sous silence dans les passages consacrés au plaisir dans l’Ethique à Nicomaque, certains concluent qu’Aristippe de Cyrène n’avait rien à son actif philosophique qui pût être discuté, commenté, analysé et critiqué par les deux poids lourds en leur temps. En fait, le corpus de l’école n’aurait été constitué qu’avec son petit fils, le fils d’Arétè, la fille de l’ancêtre. »
Page 28 :
« Que le Philèbe, dialogue tout entier consacré à la question du plaisir, ne mentionne à aucun moment l’existence du philosophe cyrénaïque fait sens, certainement. Mais quel sens ? Jalousie de Platon, qui, on le sait, ne l’aimait pas ? Désir de ne pas donner d’importance à un travail qu’il désapprouve en lui donnant la caution d’une citation, d’une mention, voire d’une critique ou d’une analyse ? Refus de considérer une pensée radicalement aux antipodes de sa célébration de l’idéal ascétique ? Mépris d’une réflexion tenue à l’écart par trop peu, à ses yeux, d’épaisseur et de consistance théorique ? Incapacité à retenir une geste qui se prenait si peu au sérieux ? (Car l’œuvre entière de Platon passe aussi bien sous silence Antisthène et Diogène qui, pourtant, existaient bien, eux aussi, de son vivant.) On ne saura... Force est de constater l’absence, une absence et un silence qui augurent du destin des Cyrénaïques dans les siècles à venir... »
Page 29 :
« L’hypothèse d’un corpus constitué plus tardivement pour justifier le silence de Platon et d’Aristote a le mérite de donner une explication qui exclut le triste spectacle des mécanismes de pouvoir et de comédie humaine, la jalousie et les règlements de comptes avec lesquels on doit aussi composer dans le milieu des philosophes ! Cette seconde lecture transforme Aristippe le Métrodidacte en fondateur de la doctrine et oblige à en considérer la formulation comme postérieure à la rédaction de l’ouvrage qu’Aristote destinait à son fils. Soit un siècle après l’acmé d’Aristippe l’Ancien... J’opte plutôt pour un incompréhensible silence de Platon, voire pour le mépris d’une oeuvre pas assez didactique et trop lyrique, trop peu apollinienne, trop dionysiaque, sinon pour des raisons peu avouables, humaines, trop humaines... »
Décidément, M.O. ne semble pas beaucoup apprécier Platon et Aristote.
Et pour ce qui est de la jalousie et des règlements de comptes (de la comédie humaine) il doit en connaître un rayon M.O., vu son succès et vu ce qu’il propose...