La possibilité d’une île

DOULEUR, PERDITION
Page 320 :
« Je crois surtout que mes actes n'avaient plus réellement de sens, que je commençais à me comporter comme un vieil animal blessé à mort qui charge dans toutes les directions, se heurte à tous les obstacles, tombe et se redresse, de plus en plus furieux, de plus en plus affaibli, affolé et enivré par l'odeur de son propre sang. »

J’ai déjà ressenti cela. J’ai déjà été perdu de cette façon.

HUMOUR ET POESIE
Page 322 :
« A la station Montparnasse-Bienvenüe je repensai à la poésie, probablement parce que je venais de revoir Vincent, et que ça me ramenait toujours à une plus claire conscience de mes limites : limitations créatrices, d'une part, mais aussi limitations dans l'amour. Il faut dire que je passais à ce moment devant une affiche « poésie RATP », plus précisément devant celle qui reproduisait L'Amour libre, d'André Breton, et que quel que soit le dégoût que puisse inspirer la personnalité d’André Breton, quelle que soit la sottise du titre, piteuse antinomie qui ne témoignait, outre d'un certain ramollissement cérébral, que de l'instinct publicitaire qui caractérise et finalement résume le surréalisme, il fallait le reconnaître : l'imbécile, en l'occurrence, avait écrit un très beau poème. je n'étais pas le seul, pourtant, à éprouver certaines réserves, et le surlendemain, en repassant devant la même affiche, je m'aperçus qu'elle était maculée d'un graffiti qui disait : « Au lieu de vos poésies à la con, vous feriez mieux de nous mettre des rames aux heures de pointe », ce qui suffit à me plonger dans la bonne humeur pendant toute l'après-midi, et même à me redonner un peu de confiance en moi : je n'étais qu'un comique, certes, mais j'étais quand même un comique. »

« L’imbécile, en l’occurrence, avait écrit un très beau poème. »
J’aime bien cette façon de ne pas aimer les gens et de reconnaître leur talent, d’aimer leurs oeuvres, au moins certaines d’entre elles. J’aime bien la façon qu’il a de ne pas mâcher ses mots. C’est peut-être ça, d’ailleurs, qu’on ne lui pardonne pas, qui fait polémique.