Je m’explique.
J’étais à une soirée vendredi et fumais comme un pompier mes cigarettes roulées de pauvre, quand un ancien ami, à quelques pas (ami d’enfance, de sport) me regarde avec de drôles de yeux, paternels, affectueux, genre chien, et joignant son pouce et son index, les collant à sa bouche, me fait comprendre que je termine mes cigarettes en me brûlant les doigts et que je ne suis pas beau à voir (un peu comme un drogué qui n'aurait que la peau sur les os pour se réchauffer, la nuit, sur un trottoir, et dont on ne saurait pas s’il dort ou s’il est mort). Je lui souris moi aussi affectueusement, touché par cette marque d'amour, mais plutôt loup que chien, et malicieux.
Un peu plus tard dans la soirée, nous nous retrouvons et ne sachant quoi lui raconter, je le branche sur la cigarette, lui demande depuis quand il a arrêté, s’il tient le coup (oui, car les envies de durent pas longtemps, il suffit de ne pas craquer durant ces quelques secondes ou minutes qui reviennent régulièrement, et parce qu’il est décidé, n’a pas envie de ruiner les efforts qu’il a fait jusqu’à présent). Je lui explique à mon tour mes aventures, beaucoup moins glorieuses, lui dit comment ça m’a pris un peu avant 36 ans, à cause de l’âge, du chiffre quatre qui se rapprochait... comment j’ai essayé de m’en défaire depuis cinq ans - probablement mal - en faisant le yo-yo et en n’étant finalement pas assez décidé. Je lui explique aussi que je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ça en ce moment, que je suis trop heureux, que j’ai envie d’en profiter, que je ne suis pas encore malade même si je sais que je prends des risques que je regretterai peut-être.
Et là, d’un seul coup, cette illumination ! (peut-être pour arrêter cette discussion qui ne m’amuse pas). Je la lui livre : « J’ai essayé de m’arrêter pendant cinq ans et je n’ai pas réussi, je me donne encore cinq ans et après je laisse tomber », l’air de dire « Merde, je vais pas me traîner ce problème toute ma vie. »
Bon, d’accord, ce n’est pas le genre d’illumination qui va révolutionner la pensée occidentale, mais elle m’a plu ! elle m’a donné une nouvelle motivation pour tenter d'arrêter encore, et un délais ! au-delà duquel je devrai assumer mes conneries et arrêter de tortiller du cul.
Et ça m’a comme soulagé.
Avec un peu de chance, si la mégalomanie et schizophrénie ne me terrassent pas, je pourrai utiliser mon énergie pour lutter contre le cancer. Plus sérieusement, je me dis qu’allant de mieux en mieux, la cigarette va finir par faire tache dans ma vie, et ainsi, si elle m'embête vraiment, je m’en débarrasserai.