- Au fil de ce récit, on voit que, comme l'évolution de l'univers, celle de la vie a été pour le moins chaotique.

- Oui. Elle a connu une accélération constante, mais aussi des crises, des culs-de-sacs et des périodes de grande extinction. Il y a deux cents millions d'années, les dinosaures règnent sur la planète. Jamais des espèces n'avaient réussi à conquérir tous les milieux comme ils le font : il y en a des petits, des énormes, des végétariens, des carnivores, des coureurs, des volants, des amphibiens... Une formidable diversité qui les rend adaptés à leur environnement.

- Et pourtant, ils vont disparaître... L'hypothèse que cela est dû à leur mauvaise adaptation est donc stupide ?

- Totalement. A la fin du jurassique, il y a soixante-cinq millions d'années, une énorme météorite de 5 kilomètres de diamètre tombe dans le golfe du Mexique, près du Yucatan. Le choc est tel qu'il est répercuté de l'autre côté de la planète et provoque une résurgence du magma. Ce double bang crée un incendie mondial, les forêts s'embrasent, libèrent du gaz carbonique et des poussières qui recouvrent la Terre d'un immense voile. La planète s'obscurcit, un froid terrible en résulte, avec probablement par la suite, un effet de serre qui conduit à un réchauffement.

- Seules quelques espèces survivent ?

- Oui. C'est le cas des lémuriens, qui sont mobiles, adaptables, munis de mains préhensiles. Ils se réfugient dans les anfractuosités des rochers et donnent naissance aux lignées qui conduiront aux mammifères. Ces derniers acquièrent un nouvel avantage pour assurer la survie de leur descendance: le fait de porter l’œuf à l'intérieur de soi le protège bien davantage que s'il est à l'extérieur. Songez aux batraciens qui font des milliers d’œufs qui sont dispersés, mangés, gaspillés...

Et plus loin, page 120 :

- Si les lémuriens n'avaient pas survécu, s'ils n'avaient pas été capables de se nourrir de baies dans leurs trous au moment où les dinosaures ont disparu, nous ne serions pas là. Il n'y a pas d'intention cachée dans cette histoire. Mais le résultat est que la complexité s'accroît. S'il existe des planètes qui se sont développées dans les mêmes conditions que la Terre, il n'est pas improbable que ces êtres vivants existent et qu'ils ne diffèrent pas plus de nous qu'une autruche d'un crocodile : quatre membres, deux yeux, un cerveau, des systèmes locomoteurs. Et il y a de fortes chances qu'ils en soient à peu près au même point de l'évolution que nous... On ne peut pas dire qu'il existe une loi qui pousse à la complexité. Mais on constate que quelque chose s'organise qui conduit à une intelligence de plus en plus grande et de plus en plus dématérialisée. Mais l'histoire de l'évolution est peut-être l'artefact d'une conscience qui prend conscience d'elle-même.

Ainsi, nous ne serions pas là...
Mais on peut supposer aussi - les dinosaures régnant sur la planète, ayant conquis tous les milieux - en prenant en compte l'idée de la complexité qui s'accroit, que, sans cette météorite, nous pourrions aussi être là, en tant qu'êtres les plus évolués, complexes de la planète. Nous serions seulement des reptiles au lieu d'être des mammifères !

Vais demander à Joël de Rosnay ce qu'il en pense.
Aimerais bien savoir si c'est une bêtise, mais je ne crois pas.
Pour celles et ceux qui seraient intéressés par cet homme, vais mettre en lien son site de communication à la Cité des Sciences et de l'Industrie : Le Carrefour du Futur. Fulcanelli (sans aucune ironie) pour tes recherches concernant la blogosphère... Je pense que tu pourrais y trouver des choses intéressantes ; on y parle beaucoup du web et de son évolution.