"Elle jette un coup d’œil sur les chaises du salon où elles étaient assises, tout de travers maintenant. On dirait que ces chaises vides, déplacées, demandent, éperdues, la raison de leur désordre, ce que ces dames sont venues faire, si elles avaient vraiment besoin de lui rendre cette visite. Bah ! il semblerait que oui, qu’il faut vraiment savoir ce que la vie donne ou comment elle se présente à autrui, et ce qu’on en pense et ce qu’on en dit. Besoin de vivre au-dehors pour satisfaire cette curiosité de la vie d’autrui ou pour remplir le vide de la sienne propre, se distraire des désagréments, des tourments qu’elle nous cause. Histoire de passer le temps aussi. Un malheur est-il arrivé ? Une affaire curieuse ? Quoi donc ? Comment s’expliquer ? On court voir, s’informer. Ah, c’est donc ça ? Mais non, voyons ! Il ne peut pas s’agir de ça. Alors de quoi ? Et quand il n’arrive plus rien c’est l’ennui, le fardeau de la routine. Et l’angoisse de voir, comme Mme Lèuca le voit à cette heure, mourir lentement sur les vitres la lumière du jour."

Il s'agit d'un extrait de Toute la vie, le coeur en peine, une nouvelle du livre de Pirandello, que je lis en ce moment : Première nuit et autres nouvelles - Folio, page 77.
Je crois que je vais lire beaucoup de ses livres.
C'est le style que j'aime, vivant comme l'eau d'un ruisseau, sans mot compliqué, proche du langage parlé.
J'aime Maupassant pour les mêmes raisons.
Et mon idole, si vous ne le savez pas, de la même famille (selon moi) s'appelle Bukowski.
Dans l'ordre chronologique : un français, un italien, un américain...

Je prie chaque soir le bon dieu (au sens littéral) de me faire écrire un jour comme eux.