être vivant

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samedi 27 septembre 2008

Cul en fleur

Vendredi 26 septembre 2008 - 08h05

Ciel bleu, soleil pas encore levé au-dessus de la gare.

J'ai le cul comme un chou-fleur. Parce que j'ai un peu abusé des bonnes choses hier. J'avais bu, pas mangé, il était 23h. J'étais heureux. Trop de bonnes choses ces derniers jours. Quand je suis dans les extrêmes, en haut ou en bas, ma sexualité elle aussi devient extrême. De plus, après avoir été perturbé (et coincé, de ne pas avoir parlé de Florence à Isis) je me retrouve depuis quelques jours excité comme une puce. Une puce en rut. Je vois des femmes qui ressemblent à des couvertures de magazines X à tous les coins de rue. Me rends compte que je n'ai pas vraiment accès au corps d'Isis. Que c'est du bonheur qui m'attend lorsque cela s'arrangera.

Pour en revenir au début de ce texte, sachez qu'il est dangereux de jouir en poussant comme si l'on voulait chier, en caressant cette chair sortie, habituellement à l'intérieur, car cela peut provoquer une dilatation au moment de l'orgasme qui ne se résorbe pas. Une hémoroïde géante. C'est ce qui m'est arrivé.

A part ce cul en fleur douloureux aujourd'hui, super séance psy mercredi. Réglage du problème Christine Angot sur internet. J'ai donné 10 euros au chinois qui m'a installé Real Player pour que je puisse écouter France Culture. Bouffe avec Emilie mercredi soir. Très agréable moment. Je l'ai trouvée belle, rayonnante. Elle ne boit plus. Elle va mieux. Elle voit deux psy. Quand j'étais allé lui rendre visite après Buenos Aires, elle n'était plus à Ville Evrard (elle n'y est pas restée longtemps) mais à Nogent. On s'était promené dans le parc et elle m'avait parlé d'un garçon qui venait régulièrement la voir. Elle avait mis les choses au clair avec lui pour ne pas être emmerdée et lui lui avait dit que c'était juste comme ça, que ça lui faisait plaisir de l'aider, d'être là pour elle, pour parler avec elle. Je lui avais dit que si ce garçon, qu'elle avait connu à l'auto-école (permis moto) était déçu un jour de ne pas être aimé en retour, c'était son problème à lui, pas le sien, qu'elle pouvait très bien profiter cette présence qui s'offrait à elle, de ces échanges qui lui faisaient du bien, sans pour autant se sentir redevable de quoi que ce soit en retour. Eh bien, cet homme, appelons le Paul, a fait craquer Emilie. Une histoire d'amour a commencé il y a trois semaines et le week-end dernier ils étaient ensemble au bord de la mer. Je suis heureux pour elle. Heureux qu'elle ne boive plus, qu'elle ne se plaigne plus et qu'elle ait envie de guérir. Une dent neuve jeudi. Ca fait du bien d'être riche. Rendez-vous avec Dominique le soir. Je lui dis simplement ce que je ressens, ce que je veux et ça tombe bien. Il est dans les mêmes dispositions. Il est amoureux depuis trois semaines et n'a pas envie de se disperser. Nous passons un agréable moment et nous nous séparons avec le sourire. Je ne sais pas si l'on se reverra. Tout reste ouvert. La vie est bien faite parfois, quand on est dans le timing, quand tout s'encastre, s'arrange, se combine. On se prend à rêver qu'il en soit toujours ainsi, que l'on soit toujoursdans une harmonie positive avec la vie et que tout se passe bien. Mais il faut rester réaliste. Ce n'est pas toujours comme ça que ça se passe. Ca bugue souvent aussi, ça merde. Belle réaction mardi avec un élève. Confirmée jeudi par l'attitude de ce même élève. A l'occasion, je ferai la même chose avec la fille d'Isis. Et la vie sera plus belle.

Et le cul en fleur, au milieu de tout cela, ce n'est pas bien grave.

Plus sérieusement, les oeuvres qui manient l'humour ont tout à nous apprendre

Psy mag, sept 2008, interview de Clément Rosset

Page 75 :

P : Vous venez de citer Courteline, mais dans votre oeuvre, vous prenez volontier appui sur Tati ou Tintin... Est-ce bien raisonnable ?

CR : Vous pouvez ajouter à votre liste Samuel Beckett ou Marcel Proust, ça fera plus chic... Plus sérieusement, les oeuvres qui manient l'humour ont tout à nous apprendre : elles mettent à nu les mécanismes absurdes qui nous gouvernent et dont nous devons nous garder si nous voulons faire coïncider nos désirs et le réel, ce qui est la définition même de l'allégresse. Ces connaissances peu académiques n'excluent pas une assez bonne connaissance des philosophes. Mes préférés sont Spinoza, Nietzsche, Pascal et Bergson. J'ai une grande sympathie pour Schopenhauer, un sentiment mitigé pour Freud, capable de fines analyses, mais aussi de théories délirantes, et une aversion pour Kant, pour qui le réel n'est qu'une contrainte inopportune, juste bonne à faire de l'ombre aux beautés de son appareil théorique.

Clément Rosset

Psychologies magazine septembre 2008 (Jamel Debbouze en couverture)

Page 74

Nous avons un arsenal sophistiqué de mécanismes pour mettre notre conscience à l'abri des spectacles indésirables.

jeudi 25 septembre 2008

Florence, Angot sur France Culture

Mardi 23 septembre 2008 – 08h00

Levé tôt aujourd’hui, pour tenter de poursuivre cette histoire de Florence. Autre explication : ayant été perturbé, j’ai besoin d’écrire plus que d’habitude. Comme si cette activité m’aidait à remettre les choses à leur place, m’apaisait tout simplement, me faisait du bien.

Hier, j’étais crevé. Je n’ai pas beaucoup travaillé pourtant. J’ai fait une dernière tentative en fin d’après-midi pour écouter Christine Angot sur France Culture, une émission datant d’il y a une semaine. Ca ne marchait pas chez moi, Windows Media Player demandait je ne sais quoi et quand on lui donnait il n’en voulait pas. Idem chez Isis et Bruno. Chez Bruno (dimanche soir) c’était mieux. On pouvait écouter France Culture en direct, mais pas les émissions passées, et ça ne changeait rien à mon problème. Dernière tentative hier soir donc, sauf qu’il était dit que je n’écouterai pas cette émission, puisque lorsque je suis arrivé chez le chinois, j’ai appris que l’employé qui réglait ce genre de problème était en congé le lundi. Tant pis. Je m’en occuperai à l’occasion, pour ne pas revivre la même chose plus tard avec une autre émission.

J’étais crevé hier et je me suis couché tôt. Crevé je pense à cause de la perturbation Florence, passé. Je me suis couché tôt et quand le réveil a sonné à 6h puis 6h15 ça allait. J’ai allumé la lumière et je suis descendu du lit. J’avais bien dormi, profondément, j’avais rêvé de choses positives, de choses me disant que j’allais bien. La perturbation semblait passée.

Florence était très belle quand elle a poussé les portes de la Closerie. Cela m’a rassuré. Ses joues avaient fondu et elle ressemblait à ces femmes qui font des pubs qui montrent qu’on peu rester jeune et désirable avec un peu de crème antiride, ou avec des fruits, des yaourts ou des fibres. Pas de désir. Ni d’un côté ni de l’autre. Seulement heureux de se retrouver. C’était idéal. On pouvait parler de nos amours librement, de nos vies. Je lui ai parlé de ma démarche psy et on évoqué la sienne qui n’a pas duré. Comme Emilie avant qu’elle ne s’effondre, elle a rencontré l’amour et a décrété que ça allait bien. Elle ne comprenait pas bien non plus, ne sentait pas bien la démarche de son lacanien. Ne croyait pas trop à la démarche en fait, parce qu’elle a émis l’idée qu’elle pourrait faire la même chose face à un miroir. Je lui ai dit que pour moi ça marchait. Que même si la personne ne disait rien, au fil des séances, il se passait des choses, justement parce que la personne n’était pas un miroir, pas un meuble, mais un être humain. Même si c’était mystérieux et peu rationnel il se passait des choses. J’ai essayé de lui parler de mon art, de mon écriture mais je me suis un peu enlisé. N’ai pas été clair. Trop d’émotions probablement. Peut-être aussi dans ses conditions que le second verre de rouge était de trop. Bref, c’était pas bien grave. Elle a été intéressée par mon histoire de littérature pornographique. Je lui ai envoyé le texte le lendemain. De son côté, elle n’avait pas complètement abandonné ses ambitions artistiques. En tant que danseuse, oui, elle avait abandonné, il y a longtemps déjà, pour devenir prof à l’université. Mais elle ne s’était pas complètement coupée de la danse et était devenue chorégraphe amateur. Elle faisait régulièrement de petites créations avec des étudiants, présentées à l’occasion d’évènements universitaires. Et actuellement, sans lâcher son job, elle se demandait comment tenter l’aventure dans le monde professionnel. Je la sens sur la bonne voie elle aussi, qu’elle réussisse ou non en tant que chorégraphe. Personnellement, je n’y crois pas trop. Je sens plus cela comme une velléité pour combler un manque, équilibrer quelque chose. Au sujet des amours, on avait un point commun. On enchainait les histoires. Quelques années à chaque fois. On était fidèle. On avait abandonné l’idée d’un grand amour, d’une relation immense qui dure toute la vie. Quand on s’est quitté à 23h, on a encore eu envie de se serrer dans les bras l’un de l’autre, mais on ne l’a pas fait. Elle a appuyé fort sa joue sur la mienne pour me dire « au revoir » et cela m’a beaucoup plu.

lundi 22 septembre 2008

Vincennes, clowns, Isis jalouse

Lundi 22 septembre 2008 – 08h00

Isis m’a rejoint au café samedi et nous sommes allés nous promener au bois. Il faisait beau. C’était délicieux. Je n’avais pas envie de lui parler de Florence. Je voulais juste profiter de ce délicieux et rare moment avec elle. On est rentré et on a mangé dehors, dans la cour. On se serait cru en vacances. Et nous sommes partis vaquer à nos occupations. Castorama et rangement pour elle. Ecriture et changement de fringues pour moi. On est allé voir des clowns le soir à Cergy-Pontoise. Modernes. Drôles. Une amie d’Isis qui nous accompagnait n’a pas aimé. J’ai trouvé ça dommage. Dommage qu’elle ait trouvé ça nul et sans profondeur, sans travail, sans qualité. Le genre de personne qui n’appréciera jamais mes lignes. De mon côté j’ai vécu une bonne heure dans un monde tourbillonnant, fluide, instable et un peu fou. Au troisième degré la plupart du temps, dans un monde parallèle qui était aussi le nôtre, pas spécialement parallèle. Le soir, au lit, je n’ai pas voulu me retrouver sans désir comme l’autre fois, et silencieux, et mal à l’aise. Je me suis décidé à parler. Je lui ai raconté l’histoire comme dans ce carnet. La découverte au printemps de la carte électronique, notre rendez-vous, les rêves qui ont suivi, mon sentiment d’être perturbé et en même temps sur la bonne voie pour dépasser quelque chose, remettre de l’ordre en moi pour améliorer (et enrichir) ma relation avec les autres. Et elle l’a plutôt bien pris.

Dimanche matin, nous sommes allés au marché à Vincennes. Isis avait besoin de grilles pour le lavabo et la baignoire, sa tuyauterie était mal-foutue (le siphon de la baignoire surtout qui n’était pas un siphon) et c’était moins cher et plus écolo d’acheter des grilles plutôt que du déboucheur régulièrement. Encore une petite bouffe au soleil, dans la cour. Seulement, lorsqu’on s’est quitté, moi pour mon fils et elle pour continuer son rangement (la cave cette fois) elle m’a embrassé bizarrement, et a ajouté qu’elle était fâchée. Je lui ai demandé pourquoi mais elle n’a pas voulu me le dire. Je pensais à un mot de travers, mal compris. J’y ai pensé tout l’après-midi. Et le soir, quand on s’est appelé pour se dire « bonne nuit », je lui ai demandé. J’ai insisté parce qu’elle voulait me le dire le lendemain. Il s’agissait de Florence. Elle était jalouse. Je lui ai dit, pour lui dire mon amour, que moi aussi, dans la même situation, je serais jaloux, que c’était un heureux hasard qui allait m’aider à remettre les pieds dans mon passé, qui correspondait au bilan que j’avais fait avec ma psy, comme quoi je n’avais pas accès à une certaine partie de ma vie. Mais je me suis fait jeter. Isis ne voulait pas de mon amour et de ma compassion, pas non plus de ma raison. Elle voulait juste exprimer ce qu’elle ressentait.

Quand à Florence et à la Closerie, encore une fois, je n’ai pas le temps d’en parler.

Jean-Edern Hallier, Florence et moi à la Closerie

Samedi 20 septembre 2008 – 11h30

Nous nous sommes réveillés à 10h. C’est un coup de fil qui m’a réveillé. Je ne connaissais pas le numéro mais quelque chose en moi m’a dit qu’il fallait décrocher. J’ai bien fait. Un truc professionnel assez important. Ensuite, en fumant ma première cigarette dans la cour, avec les premiers éternuements parce que j’étais en chaussettes sur le sol froid, m’est l’idée, l’évidence, comme quoi je devais parler à Isis de cette rencontre avec Florence, de ce retour dans le passé.

Hier soir, j’avais l’impression qu’on ne s’était pas vu depuis longtemps avec Isis, intimement, depuis lundi en fait. Et, bizarrement, mon corps ne réagissait pas. On était allé voir un spectacle avec une amie à elle, de passage à Paris, et Isis ne semblait pas avoir envie de faire l’amour non plus. Ca tombait bien. Mais ça m’embêtait. Parce que je savais que de mon côté cet état bizarre, fermé, coincé, venait du chamboulement qui avait suivi la rencontre avec Florence. Et du fait bien sûr que je n’avais pas parlé de cette rencontre à Isis. Et qu’en conséquence, une partie de moi considérait cela comme une tromperie.

Je suis remonté après ma cigarette. Isis faisait la vaisselle. Ensuite elle étendait le linge. J’ai hésité à lui parler. Et puis j’ai passé un coup de balai pour lui donner un coup de main. Elle m’avait dit hier qu’elle aimerait bien qu’on aille se promener au bois. Je m’en suis souvenu et me suis dit que je lui parlerai de Florence durant la promenade. Au milieu des arbres, avec le soleil au-dessus de Paris, ça allait être facile. J’ai pris une douche et alors qu’elle allait prendre la sienne, je lui ai dit que j’allais au café, que j’essayais d’écrire un truc depuis deux jours et que je n’en avais jamais le temps. Je lui rappelé son idée d’aller au bois. Lui ai proposé de me rejoindre quand elle serait prête. Probablement que mon récit sur Florence et moi à la Closerie sera encore interrompu. Peu importe. Cela ne me chagrine pas. C’est la vie qu’est comme ça. Et je suis dans la vie.

J’en étais à Jean-Edern Hallier. Les Carnets impudiques m’ont plu. L’évangile du fou aussi. Rien d’autre. Talent gâché. Diamant fou. Manque de lucidité. Mégalomanie. Besoin trop important de reconnaissance. Je classais aussi les gens selon qu’ils se situaient en haut du panier, au milieu comme moi, ou en bas, en qualifiant ces derniers de défavorisés. Je n’avais pas fini mon second verre de blanc à 7 euros quand elle a poussé le tourniquet de portes vitrées. Je l’ai regardée une seconde. Elle m’a vu. Je lui ai fait signe. Je me suis levé pour la recevoir. J’avais envie de la serrer dans mes bras mais je ne l’ai pas fait. Je crois qu’elle a hésité elle aussi. Nous nous sommes assis. Nous avons commencé à papoter et entre deux papotages le serveur lui apporté un verre de vin blanc. C’était du bonheur d’être là avec elle. On n’avait pas vécu que de belles choses tous les deux, mais c’était du passé. On était là. Heureux de se retrouver. Heureux de vivre ce moment particulier. Je lui ai proposé de manger là. Elle trouvait que c’était cher, avait prévu d’aller ailleurs. Je lui ai dit que ça allait, qu’il y avait des plats à 20 euros. J’ai tenté de sous-entendre que je pouvais l’inviter aussi, mais je ne sais pas si elle a perçu la nuance. On est allé s’installer dehors. Le gaz ne marchait pas pour chauffer notre table. On a demandé au serveur. La bonbonne était vide. Dommage. On a eu un peu froid.

samedi 20 septembre 2008

Perturbé, à la Closerie

Vendredi 19 septembre 2008 – 08h00

J’ai été à l’ouest tout l’après-midi. Me suis discipliné pourtant. Ai mangé tout de suite en rentrant, n’ai pas bu, ai fait la sieste. Mauvaises sensations. Perturbé je pense par la rencontre avec Florence et le rêve qui a suivi. Je me faisais du souci pour mon cours le soir. Est-ce que j’allais le subir ? Jouer la comédie ? Faire la gueule et être sévère pour montrer ma difficulté d’être et mon déplaisir d’être là ? Bizarrement, ça s’est bien passé, et presque mieux que d’habitude.

Il fait froid mais il y a du soleil. Il me chauffe la joue droite. Le froid nous prévient que bientôt ce sera l’automne, puis l’hiver. Le soleil nous dit qu’il ne faut pas désespérer. Me forcer à raconter, parce que je n’ai pas eu le temps de le faire hier, alors que c’était bien parti, ne fait pas partie de ma démarche artistique. Un peu comme avec ma psy, sort ce qui sort. Et ensuite, je prie pour que cela ait un sens, communique un peu quelque chose. On est entre l’inconscient et le conscient, le rêve, on laisse sortir, ça a du sens et ça n’a pas de sens, c’est un peu bizarre, hybride.

Je suis arrivé en avance à la Closerie. J’ai appelé Isis avant parce qu’elle m’avait laissé un message, pour lui donner des nouvelles. Elle ne m’a pas demandé ce que je faisais et je ne lui ai pas dit. En entrant, je me suis un peu retrouvé dans la situation que j’avais vécue avec Margaux porte d’Auteuil. Un pauvre parmi les riches. Les gens qui étaient là, on sentait que socio-culturellement parlant, ils faisaient partie du haut du panier. Alors que moi je faisais partie du milieu. Du milieu qui allait en s’appauvrissant d’années en années. Mais qui était encore loin de descendre dans le fond du panier. Florence aimait ce lieu. Elle me l’avait écrit dans ses e-mails. Je me suis dit que j’allais m’y habituer, ne pas jouer les complexés. J’avais regardé la carte avant d’entrer. Il y avait des plats à 30 et 40 euros, mais il en avait quelques uns à 22 ou 24. Et j’en avais déduit qu’on pouvait, si on le voulait, manger ici. J’ai choisi la table qui me convenait le mieux près du bar. Dans un angle de celle-ci, une plaque de laiton indiquait que c’était la préférée de Jean-Edern Hallier. Encore un drôle de hasard. Cela m’a rappelé des souvenirs. J’aurais préféré tomber sur celle de Beckett. Mais bon. Je me foutais complètement de ce genre de choses, mais du hasard d’être tombé sur celle de JEH. Je me suis demandé s’il s’asseyait souvent à cet endroit où si l’on avait déplacé cette table entre-temps. Jean-Edern Hallier avait compté pour moi. Je l’avais vu faire sa promo de ses Carnets impudiques à la télé. En 87 je crois. Et cela m’avait marqué. Je l’avais pris pour un génie. Et pour la première fois, j’avais eu l’idée d’écrire moi-même. Je ne le considère plus comme un génie. Loin de là. Mais ça aurait pu. S’il n’avait eu cette mauvaise construction psychoaffective qui l’a aidé à gâcher son talent. Parce que du talent, c’est indéniable, il y en a dans ses lignes. Même si son œuvre est un peu ratée. Ca n’a pas mûri, ça ne s’est pas épanoui, pas dans le bon sens en tout cas. Bref, j’ai attendu Florence parce que j’étais en avance. Une américaine est venue s’asseoir à côté de moi avec sa fille. Assez jeune mais très jolie (la maman). J’ai continué d’attendre Florence. Je regardais la porte d’entrée, me demandant ce qui allait se passer quand je la verrai faire tourner les portes. Il y avait une jolie brune au bar. Genre artiste, pas pute, qui me plaisait beaucoup plus que l’américaine. Et puis d’autres gens qui faisaient ce qu’ils avaient à faire tout en faisant partie du haut du panier, sans s’en soucier, sans parader, c’était comme ça. Ils étaient là comme moi j’étais chez Jean ou au Brazza. Et si j’habitais le quartier et si j’avais de l’argent comme eux probablement que moi aussi je serais là. Je n’avais rien à leur reprocher. Je trouvais seulement que leur monde était trop différent du mien. Comme le mien était différent de celui de ceux qu’on appelait les défavorisés.

Psychothérapie, passé, Florence

Jeudi 18 septembre 2008 – 08h10

Je me suis levé tôt, comme je le faisais à une époque pas si lointaine pour pouvoir écrire ou flâner. C’est mon esprit qui flâne. Le soleil est au-dessus de la gare, plutôt à gauche, au nord. Soleil d’automne.

Les circonstances dynamisent ma psychothérapie. Hier, j’ai mangé avec mon premier amour rencontré peu après avoir plaqué brutalement mon activité de sportif. Elle s’appelle Florence. Je ne me souvenais plus des dates de notre histoire. Elle me les a rappelées : 1989/1993. 4 ans.

Au printemps, j’avais découvert chez mes parents une carte postale électronique disant qu’elle aimerait bien avoir de mes nouvelles, n’ayant pu trouver ailleurs mon adresse ou mon téléphone. J’avais été un moment furieux contre mes parents et contre ma sœur qui n’avaient pas fait passer le message. Contre ma sœur surtout, parce que ma mère allait mal, mon père n’avait plus toute sa tête alors que je savais ma sœur capable sciemment de ne pas faire passer le message. Bref, j’avais écrit à Florence et on avait échangé par mail deux trois nouvelles. On avait essayé de se rencontrer par l’intermédiaire de spectacles mais on n’y était pas parvenus. Le temps était passé, les vacances, Buenos Aires. Rendez-vous était pris pour la rentrée, en septembre. Je lui ai écrit il y a un peu plus de dix jours pour savoir si elle avait toujours envie de cette rencontre. Elle était ravie. Moi aussi. C’était hier. Mercredi soir.

17h00

N’ai pu continuer ce texte ce matin parce que j’ai rencontré Dom. Celui qui m’avait décoincé au niveau de la danse à Tunis il y a un peu moins d’un an. Je l’avais vu déposer sa fille à l’école à côté. Je lui ai fait signe alors qu’il revenait vers le café. On a discuté un peu dehors en fumant une cigarette. Et puis dedans. Je lui payé un café. Je dois aller travailler. J’essaierai de continuer de raconter la rencontre avec Florence plus tard.

Avant je l’aurais peut-être regardé passer sans lui faire signe, faisant mon sauvage ou désirant ne pas interrompre mon écriture. Je considère cela comme un progrès.

mercredi 17 septembre 2008

Hors normes

Mardi 16 septembre 2008 – 12h45

Je me donne à fond dans mon travail et ça marche. Je ne bous pas aujourd’hui. Je suis satisfait de ce que j’ai proposé, surtout de 11h à 12h. Du grand art. Et si par bonheur (et travail sur soi, travail psy) ce genre de séance exceptionnelles devaient se renouveler souvent, je deviendrais un enseignant hors normes.

Les gens dont nous nous occupons sont sensés être hors normes. Dans la mesure de nos possibilités, je pense que nous aussi, enseignants, devons être hors normes.

lundi 15 septembre 2008

Christine Angot, Le marché des amants

Vendredi 12 septembre 2008 – 13h30

J’avais prévu de me coucher tôt hier, mais j’ai fini le livre de Christine Angot. Le marché des amants. J’y ai pris beaucoup de plaisir. Je veux dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. Pour la bonne et simple raison que je suis devenu, depuis Rendez-vous et les autres livres d’elle que j’ai lu depuis, un de ses fans. Un fan de son écriture. Je prends mon pied avec elle, peu importe ce qu’elle raconte, comme je prends mon pied avec Bukowski, Léautaud, Cioran, Houellebecq et tous ceux que j’aime. Mais ce n’est pas ce que je voulais raconter en prenant le stylo avant d’aller travailler. Je voulais dire que je n’avais pas aimé la fin du livre, que je l’avais trouvée terne, ratée, et que pour moi cette fin faisait perdre de la valeur au livre dans son ensemble.

Il va être temps maintenant d’acheter Vu du ciel. Parce que ces derniers mois, je suis remonté jusqu’à L’inceste, et parce que j’en ai marre de remonter. Maintenant, je préfère lire le tout premier, Vu du ciel, et me laisser glisser jusqu’à L’inceste. Si je reste fan. Et je pense que je vais le rester, car elle est pour moi un écrivain comme on en rencontre peu. Je pense d’ailleurs que c’est pour ça (j’ai lu quelques articles) que certaines personnes sont si dures et méprisantes vis à vis d’elle. Je pense aussi que ces personnes ne sont pas réceptives à son art, que cet art ne leur correspond pas, et qu’en conséquence, ne le comprenant pas, ne le ressentant pas, ils ne peuvent l’apprécier. Ce qui ne les empêche pas, ces cons, de juger, de mépriser, d’insulter. Je n’hésite pas à dire « ces cons » parce qu’ils n’ont pas compris que l’art, quelque soit la discipline, était multiple, varié, et que c’était très bien ainsi. Qu’ainsi, chacun, tous les êtres de la terre, pouvait trouver son bonheur, son plaisir, son épanouissement, sa connaissance, dans une chose ou une autre.

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