être vivant

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 22 août 2010

Questions

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 110:

"J'ai lu le récit fait par une femme sur son père atteint de la maladie d'Alzheimer. Elle publie son livre à compte d'auteur, pour l'entourage et d'éventuels inconnus. C'est une tentative désespérée et réussie de donner à voir la majesté d'une personne que le vieillissement et la dépendance asilaire ont dépouillée de sa beauté, de son intelligence, de sa liberté, de son passé, de son avenir, bref de tout ce qui fait une personne. L'amour est là devant le pire, confronté à son propre mystère: qu'aimons-nous dans ceux que nous aimons? Leur force - mais quand ils n'en ont plus? Leur charme - mais quand il les a désertés? Leur parole - mais quand elle est détruite? Qu'est-ce qu'une "personne"? Qu'est-ce qu'aimer? Aimons-nous ceux que nous croyons aimer? Questions, questions, questions - et pour les réponses on verra dans une autre vie. Peut-être. Sûrement. Peut-être."

vendredi 20 août 2010

Retour Chinon et départ Montauroux

Samedi 14 août 2010

Retour rapide hier. Nous n'avons pas flâné au bord de la Loire. Nous avons attrapé l'autoroute un peu avant Tour et nous avons filé jusqu'à Paris sans rencontrer de résistance. Lessive, piscine, cinéma, repas, dodo. La journée a été particulièrement remplie et rythmée. J'ai pris le temps de souhaiter un joyeux anniversaire à mon père le soir, et de répondre à un appel de Bertrand - suis tombé sur son répondeur. Vanessa avait appelé aussi. Je vais lui donner un coup de main. Pas de câlins le soir. J'avais besoin de calme, de chaleur, de sommeil. J'avais besoin de me retrouver. Franck est redescendu boire un verre - et se masturber peut-être. Je pense que c'est pour cette raison qu'il ne s'est pas levé ce matin. Les rêves, fidèles à leurs habitudes en ce moment, ont continué de me secouer une bonne partie de la nuit. De très belles femmes, très minces, habillées de façon très sexy, étaient proches de moi mais je ne les désirais pas. La rencontre avec ma soeur n'a pas dû arranger mes problèmes. Comme Véronique, elle est très bien placée pour me ramener à une période trouble et douloureuse de ma vie - période qui correspond aujourd'hui à une partie de ma personne où je ne dois pas mettre les pieds trop souvent. Je pensais que cette rencontre pourrait être l'occasion de reprendre des relations plus intéressantes - on ne se parle quasiment plus depuis plusieurs années. Ce ne sera pas possible. Elle n'a pas changé et ce n'est pas à quarante huit ans qu'elle changera. Elle ne sait que parler d'elle-même et de ses problèmes (un peu comme moi dans ce journal). C'est à peine si elle a posé une question à Franck pour lui demander qui il était, ce qu'il faisait. De toute façon, n'a pas écouté la réponse. Par avance pas intéressée. Heureusement, le restaurant était délicieux. La nourriture, le vin, le service, tout était bon. Au moins ça. Et puis j'étais avec Franck. Nous étions complices. Cela m'a aidé à vivre à cette épreuve. J'avais imaginé un bon moment, simple, et puis non: une épreuve. C'était donc le dernier repas de ce genre avec ma soeur. Ce doit être pour ça que je ne suis pas très en forme aujourd'hui. Au moins les choses sont claires cette fois, et pour toujours: rapports de bon voisinage, des nouvelles de temps en temps, vite fait, cela sera bien suffisant. Elle m'a fait l'effet d'être un petit robot nerveux, ne faisant que parler, un peu en boucle, souvent en boucle. Si je vis à l'écart, coupé du monde, elle, sans s'en rendre compte, est dans une situation bien pire.

La matinée, à l'inverse, fut plus agréable. Après un temps d'écriture au café, nous sommes allés voir la maison d'enfance de Rabelais: La Devinière. Poésie du nom, du lieu. J'avais l'impression d'être à Disney Land, ou mieux, dans Alice au pays des merveilles, dans un conte quelconque mais plutôt beau et heureux, pas angoissant pour deux sous. Les anciennes caves, creusées dans la pierre, étaient immenses. J'étais là-dedans comme dans une oeuvre d'art. Il n'y avait même pas besoin d'y ajouter des dessins comme à Lascaux. C'était beau, simplement beau. Dans certains bâtiments étaient exposées des calligraphies. D'un point de vue pictural, j'ai trouvé cela très raide, et plat. Des images en deux dimensions, sans profondeur, sans volume malgré la dextérité du peintre. Les murs épais des grottes taillés grossièrement étaient à côté de ces dessins d'une légèreté infinie. Ai lu les belles phrases de ces calligraphies et j'ai retenu (pour moi, comme on retient un conseil d'ami) ce proverbe Arabe: "Mets les mots à leur place. A la tienne, ils te placent." A cinq cent ans de distance, c'était comme un conseil de Rabelais. J'ai pris ça comme un signe car, avec ce journal, c'était tout à fait ce que je faisais.

Mardi 17 août 2010

Une belle journée avec Franck samedi, un bon moment avec Vanessa, utile. La route dimanche. Une longue route de 935 kms suivie d'un accueil charmant de notre hôtesse. Tellement charmant que nous l'avons prolongé jusqu'à cinq heures du matin. Nous avons parlé de beaucoup de choses et nous avons beaucoup bu. Nous avons beaucoup ri aussi. Martine, bientôt en retraite (dans un an) deviendra peut-être une amie. Le poivrot en moi, ou le petit diable, ne pouvait rater cette occasion. Heureux d'être heureux, heureux d'être lucide malgré tout le rosé ingurgité, je me suis offert une séance d'alcools forts. Un peu d'Aquavit, de Bas-Armagnac et beaucoup de Cointreau. Dommage, parce que cela m'a rendu malade. Cela n'a pas dû être agréable pour Franck. Vis à vis de notre hôtesse, ce n'était pas terrible non plus de lui demander le matin où était la machine à laver pour tenter d'effacer cette erreur. Cela fait de nombreuse fois que je le pense: je vais devoir apprendre à me diriger, apprendre à prendre plaisir à me diriger - il est grand temps - pour ne pas me faire trop emmerder par ce petit diable.

Un plouf dans la piscine ensuite puis départ pour Saint-Tropez, pour voir Modigliani. Bouchon annoncé par Martine dès Sainte Maxime. Je décide d'abandonner Modigliani, mais Franck a une meilleure idée: nous nous garons et prenons le bateau. Est-ce la gueule de bois? Est-ce Modigliani qui m'a ramené dans le passé? Cette exposition m'a fait souffrir. Je crois que sa peinture touche une part fragile de ma personne, malade, mélancolique. Même si beaucoup de ses oeuvres ne m'ont pas plu, j'ai vu quelques merveilles: Portrait de jeune femme - 1918, Un Nu assis de 1909 (Modigliani a 15 ans), un Petit garçon roux, triste et grave, ressemblant à Bourvil, un portrait au crayon de Léopold Zborowski (1917), un autre de Picasso datant de 1914 ou 1915.

Fatigue le soir. Sans abuser de rosé, nous avons fait la connaissance nouveau arrivants: Damien et Delphine et leurs deux jeunes enfants, Malaury et Florian. Après quelques minutes de stress, j'étais heureux de ne pas coincer. Encore des rires et des échanges intéressants. Et maintenant, il n'y a plus qu'à diriger, décider...

Jeudi 19 août 2010

Encore du monde mardi, une frère de Martine avec sa compagne et ses petits enfants, la fille de Martine qui fêtait ses 33 ans, accompagnée de son nouveau compagnon, un espagnol charmant nommé Ricard. Une belle tablée animée, arrosée. Un tour de pédalo sur le lac l'après-midi pour dégriser. Et le soir, nous voilà reparti. Martine et Delphine ont envie d'aller danser. Et Franck, quand il s'agit d'aller danser, n'est jamais le dernier. Je ne suis pas motivé mais j'accompagne le groupe. Damien fait de même. Nos trois danseurs s'en donnent à coeur joie. C'est la fête. Et au retour - le bar fermant à trois heures - on ouvre du champagne. Delphine retombe sur terre et ne tarde pas à aller se coucher. Martine et Franck restent en l'air. Et moi, qui ai bu autant qu'eux, je m'étonne d'être aussi lucide, aussi peu ivre. Je mets ça sur le compte de mes bonnes résolutions: me contrôler, me diriger. A un moment, j'ai cru que Martine allait finir dans notre lit. Mais non, mon imagination qui m'a encore joué un tour. Elle nous embrasse et va se coucher. Franck veut prendre l'air, fumer une dernière cigarette. Nous faisons le tour de la maison. Il titube et je le soutiens.

Journée calme donc hier après cette soirée. Mon téléphone indiquait 5h30 quand on s'est couché. Je suis allé marcher. Franck, après avoir désaoulé dans la piscine, s'est recouché. J'ai mangé seul et légèrement: une tomate, un peu de saussisson et un verre de rosé. Je me suis connecté ensuite à internet mais n'ai pas voulu aller sur mon blog, Facebook ou lire mes e-mails. Je suis en vacances. J'ai cherché le nom du guêpe très longue et très fine, noire, qui a l'abdomen séparé du reste du corps par un fil d'un centimètre. Bien sûr, aujourd'hui, je ne me souviens plus de son nom - un nom latin. Mais ça m'a fait plaisir de le chercher. Le temps que je choisisse entre Onfray et Sollers, Franck était debout. Et Martine de retour du coiffeurs. Tous les autres étaient en balade pour la journée du côté de Nice. Nous avons décidé d'aider Martine à l'entretien de sa maison. Une lanterne autour de la piscine à changer et le portail à consolider. Cela nous a tenu de bonnes deux heures. Et puis nous avons préparé avec Martine l'apéritif du soir. Une côte de boeuf délicieuse - on mange très bien chez Martine - accompagnée d'un vin espagnol peu à mon goût. Ai retrouvé sans tarder, la bouteille finie, mon rosé favori. Puis nous sommes allés nous coucher avant d'être saoul.

samedi 14 août 2010

En manque d'inspiration

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 110:

"Ma vie - ou du moins la part la plus déliée de ma vie, la moins obéissante, celle que j'appelle, faute de mieux: mon âme - mon âme, donc, grimpe sur la fumée qui s'élève d'un jardin, traverse les roses qui somnolent dans la cuisine, danse sur la couverture des livres qui m'entourent, ignore superbement les pages de ce carnet et moi je l'attends, un peu bête, un peu creux, pigeonnier vidé de ses pigeons. Cette histoire se reproduit souvent. Elle ne m'inquiète pas, même si je devine qu'un jour elle ira à son terme: mon âme se rendant si légère qu'elle oubliera de revenir et que quelqu'un dira de moi: "il est mort" - puisque c'est ainsi que l'on nomme ce genre de fugues."

vendredi 13 août 2010

Léautaud, Gavalda, Sagan, Véronique, perturbé, vacances à Chinon

Samedi 7 août 2010

Quand Franck est rentré, je l'ai déjà signalé, j'ai fermé son clapet à Sollers. Il était un peu tôt pour l'apéro mais j'avais une idée derrière la tête. Une envie pour être précis. Mais je n'ai pas osé en parler. J'ai attendu le second apéro, la tête qui me tournait un peu pour la lui avouer. Ensuite, je suis allé me doucher et l'attendre dans la chambre. Je me suis assis au bord du lit, face à la fenêtre. "Tu médites, m'a-t-til dit en entrant?" Je n'ai rien répondu. Je l'ai laissé se déshabiller et venir m'enlasser par derrière. Puis je lui ai demandé de se mettre debout devant moi et de me donner sa queue. Je l'ai ressortie de ma bouche pour lui préciser mon envie: qu'il jouisse ainsi, en me baisant la bouche pendant que je me branlais. Et c'est ce qui s'est passé.

Il n'y aura pas de musée Léautaud à Fontenay aux roses. J'y avais cru un peu en découvrant la maison abandonnée la dernière fois que j'y étais allé. Les travaux sont en cours, mais c'est pour diviser la maison en appartements. Un au premier étage (où il écrivait, dormait), un au rez de chaussée ou vivait sa bonne. Je me suis dit que j'y retournerai dans quelques mois, que j'aurai le culot de demander aux habitants la permission de visiter cette maison.

Pause ensuite au Château, deux heures. Nous avons écouté Anna Gavalda parler de Françoise Sagan. C'était très beau. Spectacle ensuite - plutôt réussi - avant de vider une bouteille d'Anjou Trottignon à l'apéro. Libre dans mon corps et dans ma tête en ce moment, j'avais envie de me faire baiser longuement. Mais nous avons mangé d'abord. Ensuite il a pris un Get et moi je suis monté l'attendre dans le lit. Je lui ai dit mon envie dès qu'il est arrivé et, après divers préliminaires et positions pénétrantes, nous avons trouvé celle qui nous convenait. J'ai joui comme une femme, de la pénétration en me touchant la queue juste ce qu'il fallait. Même si je suis en manque de femme, cette façon de jouir est la plus épanouissante pour moi.

En parlant de femme, Véronique, mon grand amour, m'a répondu qu'elle était surprise de me voir attiré par les hommes. Je lui ai donc écrit pour lui expliquer tout cela. Que j'étais finalement, dans ma psychologie, mes zones érogènes, à moitié femme. Que j'avais longtemps occulté ce fait et que c'était sûrement pour cette raison que j'avais eu toutes ces difficultés: dépression, anxiété, manque de confiance en moi.

Dimanche 8 août 2010

Franck est parti hier après-midi. Cela fait du vide. Un vide pas très agréable parce que nous étions bien tous les deux au château ces derniers jours. Quand je parle de vie paisible, c'est comme si je parlais de bonheur. Il sera de retour ce soir. J'ai comblé ce vide en écoutant Onfray et Sollers. Le premier m'amuse plus que le second. Et puis en allant voir Copacabana, le film ou Isabelle Huppert joue avec sa fille. J'ai trouvé Aure Atika très bien. Aussi une vieille peau (le personnage) que joue admirablement Chantal Banlier. Presque trop bien, trop fort, trop crédible. D'ailleurs, aucun comédien ne faisait tache dans ce film. Ils étaient tous bien. Un beau blond, nordique, m'a fait penser à mon homosexualité, Isabelle huppert m'a fait penser à Isis. Pourquoi suis-je attiré par ce genre de femme? Leur fragilité, je pense, et leur secret. J'ai trouvé le film un peu triste, et un peu amusant aussi, rien qu'un peu, comme la vie. Au moins il n'était pas raté car comme la vie il était vivant. Léautaud pour finir ma journée, au lit.

Après quelques recherches, le beau blond s'appelle Jurgen Delnaet, et sa tête ne m'était pas inconnue puisque je l'avais vu dans Moscow, Belgium. La blonde de ce film (Barbara Sarafian) m'avait bien évidemment fait penser à Isis.

Véronique m'a répondu que j'avais toujours aimé la provocation. Je me suis demandé un bon moment ce que ça voulait dire. Et la seule explication que j'ai dénichée est qu'elle m'avait peut-être trouvé un peu trop direct, brutal, voire cru dans ma façon de lui exposer ma vie, de lui parler de ma sexualité, de mon côté femme. Elle a écrit aussi que je n'étais plus celui que j'étais. Et puis elle m'a dit au revoir comme on dit adieu. Pour ma part, je lui ai répondu: "Heureusement, que je n'étais plus celui que j'étais! Et ce pour mon plus grand bonheur!" Je lui ai surtout précisé qu'il n'y avait aucune provocation dans ce que j'avais écrit, que je lui avais exprimé le plus sincèrement du monde ma vie passée et ce que j'étais devenu. J'ai ajouté que la provocation, le cynisme, qui avaient pu me plaire à une autre époque avaient presque complètement disparus, pour mon plus grand bonheur encore une fois. Ca sentait la fin de l'histoire. Une histoire très courte cette fois. Et peu douloureuse. Nos corps s'étaient reconnus à une époque, nos coeurs aussi. Quelque chose avait fait que l'on n'avait pu s'aimer, construire quelque chose tous les deux. C'était il y a longtemps. Je n'avais pas de regret. La vie est rarement ce que l'on s'imagine. Elle nous emporte, se joue de nous - et malheur à ceux qui veulent la domestiquer, leur vie sera probablement terne, inintéressante, comme eux, et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, comme dit mon ami Voltaire. Par contre, si l'on se laisse aller dans ce flot - si l'on ne se laisse pas noyer! - si l'on apprend à nager un peu, la vie peut nous apporter de belles choses, de très belles choses. C'est ce que je crois. Mais en attendant (ces belles choses par exemple), il ne faut pas avoir peur de souffrir. Voilà, toute ma philosophie résumée en deux lignes.

Message pour Véronique:

"Il faut laisser le passé là où il est. Il est passé. On ne le changera pas. Il faut envisager l'avenir (si on le peux) et tenter de vivre le présent (qui n'est pas toujours drôle). C'est un peu triste comme philosophie, mais je n'en ai pas trouvé d'autre."

Ce qu'il reste de mes écrits de poivrots:

Il y a quelque chose de pervers en moi, de masochiste. J'ai pu le vérifier encore hier soir quand j'ai utilisé des légumes rapportés par Franck à des fins de plaisir. Plaisir qui m'a laissé ensuite des traces de déplaisir. Je ferais mieux d'écouter les conseils d'Onfray, qui préconise d'éviter les plaisirs qui apporte dans un second temps un déplaisir annulant plus eu moins le plaisir. Plaisir masochiste donc, puisque la douleur - ou l'avilissement - a joué pour une bonne part dans ce plaisir. Cela m'arrive de temps en temps.

En écoutant Onfray, je me sens comme un chercheur qui n' a pas encore de résultats à présenter. Puis je me dis que j'aurai des résultats un jour. Des résultats qui seront un feuille de papier agrémentée de vent, de légers mouvements à sa surface. Ce pourra-t-être aussi une limace qui progresse sur un sol sec, ou un escargot que l'on tue un jour de pluie.

Lundi 9 août 2010

Il ne faut pas laisser se marier l'alcool et l'écriture.

C'est pourtant ce que j'ai fait hier après-midi, avant de m'écrouler dans mon lit.

J'avais une bonne excuse. Les poivrots ont toujours de bonnes excuses. C'est que j'avais été touché plus que je ne pensais par ces retrouvailles (par écrit, par l'intermédiaire de Facebook) avec Véronique.

Au café, je m'étais déjà un peu emflammé dans mon écriture. Comme on s'était déjà dit ce qu'on avait à se dire, et que j'en parlais dans mon journal, je me suis dit que j'allais en sélectionner quelques morceaux pour les envoyer à Véronique. Et c'est ce que j'ai fait en arrivant au château. Avant, je m'étais servi un grand américano. Raisonnablement, j'ai envoyé ce que j'avais à envoyer à Véronique avant de boire. Mais c'était trop tard. Alcool ou pas alcool, j'étais grisé de toute façon. Ensuite, j'ai écouté Onfray. Satisfait de moi, heureux d'être sur terre. Et les propos intelligents (et souvent drôles) de l'auteur de la Contre-histoire de la philosophie ont continué de me griser. Alors, au lieu de me calmer et de manger quelque chose, je me suis servi un deuxième américano. Et puis, ma cervelle bouillonnant, je me suis mis à écrire des trucs - des trucs que je relirai cet après-midi, pas maintenant - qui sont probablement des élucubrations de poivrot mégalomane - pas vraiment ce qu'il me faut pour commencer la journée aujourd'hui. Bref, un peu d'Onfray, un peu d'écriture, et beaucoup trop d'alcool. J'étais parti. Je m'en servi un troisième et dernier avant d'aller me coucher.

C'est Franck qui m'a réveillé - pour que je lui ouvre la porte du château. Puis un appel d'Emilie. Elle se demandait ce que je foutais. Je lui ai dit que je m'étais laissé prendre par l'alcool et qu'en conséquence je n'avais pu lui rendre visite comme c'était prévu. On devait prendre le thé ensemble. Je devais lui ramener ses clés qu'elle m'avait laissées pour que j'arrose ses plantes durant ses vacances avec Pierre. Au passage, perturbé par l'alcool et par cette histoire avec Véronique, j'ai fait volontairement une sale réflexion au sujet de Franck, qui était à côté. Le truc débile, gratuit. Il était fâché - à juste titre. Ca nous a donné l'occasion d'une belle discussion, doucement arrosée d'un très vieux et bon Bordeaux. Cela me fait vraiment du bien de parler avec lui. Tout devient clair et simple. Beaucoup plus de bien que de converser par écrit avec Véronique ou d'écouter Onfray en me versant de l'alcool plein la tête. Bref, on s'est réconciliés. On a passé un bon moment. Une belle soirée. C'est une vraie petite lune de miel que l'on vit depuis mon retour du Vieux Boucau. Surprise! pour finir cette belle journée, il avait envie d'inverser les rôles. Je pensais que cette pratique ne lui manquait pas. Eh bien si, ça lui manquait. Et ça ne m'a pas déplu.

Mercredi 11 juillet 2010

Pas d'écriture hier. Préparation des affaires nécessaires pour notre séjour à Chinon et départ. Le soir, à Chinon, je me suis aperçu que j'avais oublié le petit déjeuner et le papier toilette. Plus grave, je n'avais pas pris les oreillers, la couette et le drap house. Heureusement que Franck n'avait pas oublié son duvet. Même effet que la première nuit au Vieux Boucau. La fraîcheur venue du sol imprégnait le matelat gonflable et venait jusque dans mon dans le dos (je m'endors sur le dos), contrastant avec la chaleur d'un duvet fait pour le grand nord qui me chauffait le ventre. Deux températures sur le même corps. Ca n'allait pas du tout. Je me sentais tomber malade. La solution a été de dormir sur le flanc. Un quart du corps seulement au contact du froid. Franck collé à moi derrière et le duvet me chauffant au-dessus et devant. Il fallait que je reste bien vertical dans cette position, parce que si je me mettais à moitié sur le ventre, Franck m'écrasait. Il est comme ça: affectueux.

Aujourd'hui, il pleut. Un crachin très léger, vaporeux, mais qui mouille. De grosses gouttes de pluie nous l'avaient annoncé dans la nuit.

Agréable route le long de la Loire entre Blois et Bourgueil. Un arrêt à La Riche, à côté de Tour, pour voir les vitraux de Zao Wou-Ki récemment installés dans le réfectoire du prieuré de Saint Cosme. Le prieuré dont le poète Pierre de Ronsard a eu la charge en 1565, et où il finit ses jours en 1585. Tous les vitraux du haut sont en noir et blanc. Je n'ai pas trouvé cela très réussi - un peu triste. Mais c'est peut-être un bon choix pour se recueillir dans le néant. Par contre, les trois qui illuminent la chaire du lecteur sont très vifs, presque sanglants. C'aurait plus faire un bel effet de contraste avec tous les autres si ces derniers n'avaient pas été si haut. Pas de communication possible entre eux. Zao Wou-Ki est un maître. Les minuscules peintures, originales, faites pour devenir des timbres poste, nous le criaient. Et certains motifs, faits pour des assiettes de Sèvres, nous indiquaient que ce jour-là - ou cette seconde là - un dieu avait guidé sa main. Un film ensuite que l'on n'avait pas le temps de voir. Il y avait encore de la route et on voulait visiter Chinon avant la nuit. Cependant, on a eu le temps d'apercevoir quelques merveilles. Ce bonheur pictural va me permettre de patienter jusqu'au 15, quand nous irons rendre visite à Modigliani, Morandi et Giacometti - et peut-être aussi Aléchinski et Matisse.

Un très bon restaurant. Du Vouvray en apéritif, puis un coq au vin largement arrosé de Chinon. Je ne suis pas un fanatique de ce vin. Je trouve qu'il sent la terre. Une bonne terre nourricière peut-être, mais de la terre. Et ça ne me plaît pas. J'ai reparlé à Franck de mes retrouvailles avec Véronique, de comment finalement elles m'avaient perturbé. Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il fallait laisser le passé là où il était. Ca tombait bien. Puisque c'est ce que j'avais écrit en dernier à Véronique. Avant d'être saoûl et d'ajouter d'autres choses que je n'ai pas encore osé relire. Je n'ai pas relu non plus mon journal de poivrot de cet après-midi-là. Vais peut-être le faire maintenant, si Franck ne me rejoint pas.

Jeudi 12 août 2010

Promenade dans la ville le matin et visite du château l'après-midi. De la forteresse pour être plus précis, car c'était sa fonction. Une longue histoire. Un guide à la hauteur - qui aurait pu tout aussi bien être conférencier tellement il maitrisait son sujet. Nous avons donc appris mille choses intéressantes dont nous ne nous souviendrons pas. Peu-importe, durant la visite, toutes ces informations nous ont permis de comprendre ce lieu, de vivre un peu avec tous ceux qui y ont vécu. Dégustation de vins ensuite chez ma soeur. Elle vend des bouteilles pour la grande maison Couly-Duteil. Nous avons convenu d'un rendez-vous pour dîner ensemble. Ce sera pour ce soir. Une douche après ce long après-midi puis un pique-nique au bord de la Vienne. Une nuit meilleure que la précédente parce qu'après la douche, nous sommes allés emprunter à ma soeur un drap et une couverture. Mon corps était content, à bonne température des deux côtés. il s'est endormi paisiblement. De sales rêves ensuites, dû à ma chère Véronique, à ma cuite de dimanche et au fait que je voie ma soeur. Toute cela doit me ramener à un passé lointain et mal digéré. Du coup, j'ai l'esprit embrumé ce matin, épais et trouble comme une soupe dans laquelle on aurait ajouté du lait. Pas envie de détailler ce qui s'est passé hier. En attendant Franck - qui sera là dans vingt minutes - je vais relire et corriger des choses plus anciennes, voire supprimer mes propos de poivrot de dimanche après-midi. Perturbé pour perturbé, autant y aller maintenant.

lundi 9 août 2010

Bobin d'accord avec Léautaud

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 102:

"Il y a une littérature qui est somptueuse, surchargée d'or et d'estime de soi. Elle tient l'écriture pour plus grande que la vie. Elle ne sait rien de plus noble qu'une belle phrase. Elle a sans aucun doute engendré des chefs-d'oeuvre, et elle m'indiffère. C'est une autre littérature ont j'ai faim. Elle est aussi ancienne que la première. Elle ne suppose pas moins de travail mais elle ne cherche pas la même chose. Ou plutôt: il y a une écriture qui cherche, ne trouve que par accident ou par grâce, et continue à chercher. Et il y a une écriture qui tourne devant son miroir, une mariée qui essaie sa robe. Celle-là ne cherche rien. Elle n'a rien à chercher, ayant depuis toujours trouvé qui épouser: elle-même. Sa beauté ne m'impressionne pas. Je n'admire pas une oeuvre parce qu'on me dit de l'admirer, mais pour la puissance d'amour qui vibre en elle. Ce que j'entends ici par amour n'est rien de sentimental. L'amour qui est seul réel est d'une dureté incroyable. C'est le mot: incroyable. Le poète Henri Pichette dit que l'on ne devrait jamais écrire une seule phrase que l'on ne puisse chuchotter à l'oreille d'un agonisant. Eh bien c'est exactement ça. L'écriture que j'aime, c'est exactement ça. Et nous sommes tous des agonisants, n'est-ce pas? Où me mènent de telles réflexions? A rien, à rien. Ce n'est pas grave: une petite poussée de fièvre. Ce que je dis là, je peux le dire autrement: il y a une parole des princes et il y a une parole des gueux. Celle des princes est comme une chambre où il n'y aurait rien et où en même temps tout serait plein, rempli à ras bords. C'est une parole qui est sourde de se suffire à elle-même. Celle des gueux, au contraire, contient en elle assez de vide - d'espace, de silence - pour que le premier venu s'y faufile et y découvre son bien. C'est une parole qui laisse en elle une place à l'autre, qui rend possible la venue d'autre chose qu'elle-même. Vous savez: la vieille tradition de disposer sur la table une assiette en plus pour un visiteur imprévu, étranger. Ce sont ces paroles-là que j'aime. C'est à ces tables que je mange le mieux."

samedi 7 août 2010

La vie paisible avec Franck, un vieil amour appelé Véronique, Sollers, Onfray, Léautaud à Fontenay aux Roses

Jeudi 5 août 2010

C'est le début de la vie paisible avec Franck. Ecriture au café pour moi le matin. Un tour au centre commercial pour lui. Il recherche un opérateur et un téléphone. Ceux qu'il a pour l'instant dépendant de l'entreprise qu'il a vendue. Apéritif à midi, puis une bouffe légère, arrosée d'une demi bouteille de rosé - je vais essayer de ne plus avoir mal au crâne. Une sieste digestive. Trente minutes pour moi, un peu plus pour lui. Pas de câlin. Piscine à Villiers sur Marne. Une demi-heure. Un kilomètre. Un coup de pied aux fesses ensuite pour faires mes comptes. Ca va. Mais je dois rester raisonnable si je veux être en mesure de payer les réparations de la voiture, obligatoires suite au contrôle technique, le pot d'échappement et une jante. Il y a la couronne que j'ai perdu il y a quelques mois aussi. Si je ne veux pas avoir la dentition de Léautaud à 55 ans, c'est-à-dire plus de dents, cet investissement est plus que nécessaire. Trois cent euros. Et peut-être autant pour la voiture. J'ai prévenu Franck pour les vacances que l'on va passer ensemble en août que l'on paiera chacun sa part, jusqu'à ce que je ne puisse plus. Il a regardé la télé l'après-midi, Nestor Burma, et moi, après les comptes, je me suis occupé des e-mails et de Facebook. Voilà, j'avais fait tout ce que j'avais à faire et il était l'heure de l'apéro. Parfait timing. C'est ce que j'appelle la vie paisible, rythmée, qui me fait du bien. Nous n'avions pas à traîner parce qu'à 20h30, dans le merveilleux cinéma du centre ville, nous allions voir Tamara Drew.

Vendredi 6 août 2010

Encore une journée paisible hier. Franck est parti à Augers pour s'occuper du courrier. La boutique a beau être vendu, il reste des choses à traiter, à classer. Il devait s'occuper du jardin aussi. Tonte, mauvaises herbes dans les massifs de fleurs pour que tout soit propre - en partie pour séduire d'éventuels acheteurs. Moi, j'ai gardé mon rythme. Ecriture au café puis courses puis banque pour mon Ex - qu'elle puisse disposer de l'argent de la pension que je verse pour mon fils (je suis gentil, arrangeant) puis Speedy pour leur demander un devis pour le pot d'échappement, mais ils étaient trop occupés, ils m'ont demandé de revenir lundi. Un apéritif, un seul, une bouffe toute simple: du riz, comme en vacances avec mon fils - cela simplifie bien les choses. Trente minutes de sieste méditative - sans dormir. Cela m'arrageait bien que Franck ne soit pas là. Je me sentais plus libre pour répondre à l'amour de ma vie (j'avais 20 ans) qui m'avait demandé des nouvelles il y a quelques jours par l'intermédiaire de Facebook. Je l'avais appelée du temps que j'étais encore marié un soir que j'étais saoul. Elle m'avait jeté. J'ai su plus tard qu'elle avait eu des déboire avec un hommes qui buvaient. Deux filles, deux pères avec des problèmes d'alcool. Il y a 25 ans c'était moi. On buvait pas mal tous les deux. Je suppose qu'elle attire ce genre de personne. J'en saurai plus quand elle me répondra. Aujourd'hui peut-être. J'ai donc pris mon courage à deux mains et je lui ai écrit ceci:

"Je m'y mets et, pour ne pas trop me perdre, je vais commencer par aujourd'hui. Ensuite, si j'ai le temps (et l'envie) je remonterai un peu dans le passé.

Je suis avec un homme depuis une année (Franck). Début septembre, dans moins d'un mois, nous emménagerons ensemble. Ca fait bizarre. Il y a un peu plus d'un an, d'un commun accord, on se séparait avec Isis (une histoire d'une annnée). C'était ce qu'on avait de mieux à faire. Seulement, alors que je ne m'y attendais pas, je me suis retrouvé attaché. J'ai mis un an à l'oublier. Parce que je suis malfoutu au niveau des sentiments, de la sexualité. Je suis complexe et j'ai souvent du mal à me suivre. Bref, après cette rupture, je cherchais une nouvelle copine - et aussi un nouvel amant parce que celui que je voyais ne me convenait plus. Et je tombe sur Franck! On s'entend bien. On tente l'aventure. Il a une grande fille de 20 ans, un garçon de 16. Le mien, Charly, a 12 ans. Les femmes me manquent mais je sens que ce n'est pas le moment de combler ce manque. Avec un peu de chance, nous tomberons un jour sur une coquine à qui cela fera plaisir de faire l'amour avec deux hommes. En attendant, ceinture. Avant, j'ai eu une relation de trois années avec une femme plus jeune, après mon divorce. On est resté ami. Elle fait partie de ma famille maintenant. C'est pendant cette relation que je me suis mis doucement a accepter ma bisexualité. Mais je n'avais pas envisagé de me mettre en ménage avec un homme! Divorce heureux, nécessaire en 2004. J'ai gardé de bons rapports avec mon Ex, et avec mon fils évidemment, avec son nouveau mari (que je lui ai d'ailleurs présenté en 2003) et leur petit garçon qui a trois ans et demi maintenant. Avant, j'étais en dépression (et en psychothérapie). Et encore avant, c'était toi, c'était nous. Il y a eu Sophie et Florence aussi, mais je ne vais pas tout détailler. J'ai bien souffert de notre séparation. Toi aussi je suppose. J'étais à côté de mes pompes. Pour essayer de m'y retrouver, je ne sais pas si j'ai bien fait, je ne le saurai jamais, j'ai dû me couper de mon passé pour essayer de repartir à zéro. Ca m'a bien fait souffrir de me couper de tout et de tous, mais c'était nécessaire, c'était la solution que j'avais trouvé pour démarrer une nouvelle vie, la vie d'artiste à laquelle j'aspirais. Je ne sais pas si tu te rappelles que je voulais écrire quand j'ai décidé de mettre un terme à ma carrière de gymnaste pour mener une vie d'artiste. Eh bien, ça ne m'a jamais lâché. J'écris. Autant pour me faire du bien (m'équilibrer) que pour faire une oeuvre d'art. Il s'agit d'un journal. Ma vie est un prétexte pour écrire sur la vie. Je suis mon propre sujet, héros ou anti-héros de ce long livre qui se terminera à ma mort. Commercialement, c'est pas gagné. Mais je ne me désole pas. Je me sens progresser chaque année, voire chaque mois, et cela m'encourage. Un truc me tient à coeur et me motive. C'est que, si je veux réussir, au niveau littéraire, je vais devoir être excellant, et même plus. Parce que, vu ce que je fais, si je ne suis pas excellant, cela n'intéressera personne. Je trouve que c'est un beau défi, un beau pari, qui donne du sens à ma vie. Accessoirement, comme je l'ai déjà signalé en parlant d'équilibre, cela m'aide à m'y retrouver, à m'accepter tel que je suis: anxieux, instable, avec des hauts et des bas relativement marqués. En exagérant un peu, j'ajouterais que je ne suis pas doué pour la vie, une sorte d'inadapté. Bref, toutes les qualités qu'il faut pour être un bon artiste.

Pour finir, je sais que la vie n'a pas été douce avec toi non plus. Si tu veux m'en dire un mot, ce sera avec plaisir que je t'écouterai.

J'espère que tu vas bien, que les années difficles sont derrière toi.

Au plaisir à mon tour d'avoir de tes nouvelles."

Après avoir écrit cela, j'avais quelques heures devant moi avant l'arrivée de Franck. Je me suis souvenu que j'étais tombé par hasard en écoutant la radio dans ma voiture sur Sollers (peu de temps avant d'arriver à Rocamadour) et puis plus récemment sur Michel Onfray - que l'on entend chaque été refaire l'histoire de la philosophie sur France Culture - sa fameuse contre-histoire de la philosophie que je respecte infiniment. J'ai donc écouté la première émission, datée du 26 juillet. Et ensuite j'ai écouté le début de Sollers. Le début seulement parce que Franck est arrivé. Concernant Sollers, je tente de découvrir qui il est derrière ses multiples masques. Pour l'instant, j'en reste à cette formule: un être très intelligent, qui a compris beaucoup de chose, et qui est triste la plupart du temps à cause de ces choses. En tant qu'écrivain, je le crois moins bon que ce qu'il pense être, mais pas maladroit pour autant, seulement un peu fade (à mon goût) parce qu'il écrit avec sa tête et pas avec son coeur ou son âme - si ces deux choses existent. C'est mon opinion pour l'instant, mais elle peut changer. C'est pour ça que je l'écoute. Pour Onfray, mon opinion est déjà faite: sa contre-histoire de la philosophie est un joyau et il sera reconnu longtemps pour ça. Par contre, en tant que philosophe, il ne m'intéresse pas. Je préfère les olibrius dans mon genre, ou dans le genre de Cioran, Niezsche, Voltaire, Montaigne... Vous voyez le genre...

J'avais une dernière chose à raconter concernant la journée d'hier mais je n'ai pas le temps. Nous avons décidé cet après-midi d'aller faire une visite à Léautaud - à sa maison et à ses compagnons qui dorment sous la terre. Et il est temps. Je vous raconterai la suite demain.

vendredi 6 août 2010

Un jour triste et pluvieux

Paul Léautaud (1872-1956) - Journal littéraire (Tome I, novembre 1893 - juin 1928) - Mercure de France

Page 1681:

"Samedi 19 Décembre. - Il fait un temps affreux: la pluie, la neige, le jardin transformé en marécage. Il ne se passe pas soir que je pense à tous mes chéris enterrés là, à quelques pas de mes fenêtres, tous ces petits êtres délicieux, que j'ai tant embrassés, qui m'ont été une si charmante compagnie, mon Riquet, ma Minne, ma Lolotte, mon Boulot, mon boule, mon Chati, tant d'autres, et mes chiens: le Barbet, Span, Pataud, Loup, Nana, le cher petit Monkey. Je pleure presque en me les rappelant tous."

jeudi 5 août 2010

Mes parents vont mieux, moi aussi

Mercredi 4 août 2010

Lundi matin, je suis allé écrire au café, puis nous avons déjeuné. L'après-midi, une belle promenade le long du canal. Je ne trouve pas ça très gai un canal. Mais c'était plaisant d'être là avec mes parents. Comme je l'avais déjà remarqué au mois de mai, ils semblent mieux s'entendre, se respecter. J'ai noté de nombreuses marques d'attention, voire d'affection, entre eux. Au point que je les soupçonne d'avoir à nouveau des rapports sexuels. Je ne sais pas quel genre de rapports, mais quelque chose a changé, c'est certain. Ils ont 73 ans. S'ils continuent comme ça, ils vont avoir une belle fin de vie. Je les ai quittés mardi un peu avant dix heures. J'étais chez moi à 13h30. Franck m'a rejoint à 14h. On avait prévu de se voir en fin d'après-midi, pour que j'aie le temps de m'y retrouver, ranger mes affaires, m'occuper de mon écriture. Mais, sur la route, à 150 km de Paris, j'ai changé d'avis. J'ai senti que si je débarquais seul au château, j'allais faire n'importe quoi, c'est-à-dire ne pas me nourrir et ne rien faire ou presque, ou boire. Lui, impatient de me retrouver, n'a pas tergiversé. J'étais heureux de le retrouver. J'avais préparé un bon repas et il me restait une bouteille d'Anjou. A 15h30, une sieste digestive s'imposait. Je suis allé prendre une douche, me raser partout où il fallait et nous avons fait l'amour. C'était toujours aussi bien. Même si je ne pouvais me lâcher comme avant, comme il y a un an, ma lutte contre l'alcool ne me permettant pas de me lâcher. Il va me falloir patienter un peu avant de retrouver plus de liberté de mouvement. Et il y a toujours mon homophobie latente, le manque de femme, l'anxiété de la vie commune qui nous attend au début du mois de septembre. Un tour de vélo après la sieste pour lui, du rangement et un travail de correction de mon écriture pour moi. Une bouffe toute simple le soir, pas trop arrosée. Je me suis couché tôt, comme si ce séjour chez mes parents m'avait assommé. Même s'ils vont mieux, même si l'ambiance est meilleure, même si je me sens mieux avec eux, je ne peux m'empêcher d'être plombé après les avoir vus. J'en récolte toujours un brouillard qui me fait voir la vie en gris, un brouillard dont je ne peux me défaire et qui empoisonne mes nuits. C'est mon affaire maintenant. Je vais devoir m'y habituer. Parce que je ne vais pas retourner chez ma psy pour ça. Je crois que je suis allé au bout avec elle et je ne me vois pas passer ma vie sur un divan. Franck m'a rejoint peu après et nous avons été sages. Nous nous sommes endormis. Une longue nuit. Avec un manque d'eau et un désagréable mal de crâne pour moi, comme si je ne supportais plus l'alcool. Au matin, des progrès notables sur ce que j'appelle mon homophobie: j'ai apprécié la présence de Franck dans mon lit, je suis même allé plusieurs fois le chercher pour avoir un peu de chaleur, de tendresse.

mercredi 4 août 2010

Un vrai livre

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 101:

"Un livre, un vrai livre, ce n'est pas quelqu'un qui nous parle, c'est quelqu'un qui nous entend, qui sait nous entendre."

Avec le temps, à force de persévérance, j'arriverai à faire un vrai livre.

mardi 3 août 2010

Vacances avec mon fils

Dimanche 25 juillet 2010

De retour chez moi, mardi, contrôle technique de la voiture, puis Tour de France, puis récupération de mes affaires de camping chez Bruno. Je me couche tôt avec Léautaud. Travail mercredi - qui se passe bien. J'avais un peu d'appréhension après une semaine à ne rien faire. Franck me rejoint au château. Je lui ai préparé une bonne bouffe, avec du bon vin. Nous faisons enfin l'amour - cela faisait longtemps. Jeudi, nous allons à Paris pour rendre la voiture de son entreprise qui était en location longue durée. Nous déjeunons à Augers. Il doit récupérer son cabriolet et se préparer lui aussi pour les vacances avec son fils - il part comme moi vendredi - puis il me rejoint en fin d'après-midi. Tout est prêt pour accueillir Emilie et son homme qui viennent manger à la maison. Nous arrosons la vente de la boulangerie de Franck, notre changement de vie. J'ai soif - et je ne suis pas le seul. Deux bouteilles de champagne sont vidée à l'apéritif. Emilie est très belle. Cela faisait lontemps que je n'avais pas eu envie d'elle. Du coup, je ne lui ai pas fait le moindre compliment sur sa beauté, de peur que mon désir ne s'exprime un peu trop - pas envie de déplaire à son homme. Elle semble aller bien. J'ai eu soif à l'apéro mais ensuite je me suis calmé. Un vieux et délicieux Bordeaux apporté par Franck et rien d'autre. Je poursuis ma lutte contre l'alcool. Je n'ai pas envie de faire l'amour mais Franck me force un peu. Il est convenu qu'il se branle en me suçant et qu'il m'avertisse de la venue de son plaisir pour que je jouisse en même temps. Cette situation me plaît, me permet de l'accompagner. Mais il ne me prévient pas. J'étais prêt à dormir sans jouir mais il s'est occupé de mes mamelons et je me suis branlé. Fin des préparatifs vendredi matin avant le départ, lui pour la Loire Atlantique, moi pour les Landes.

Lundi 26 juillet 2010

Avec mon fils, nous avons décidé de passer la nuit à Angoulême, pour être frais le lendemain au Vieux Boucau. Etap Hôtel au centre ville, parking du centre commercial. En voyant toutes les fresques sur les murs, j'ai percuté que c'était là qu'avait lieu chaque année un important festival de bande dessinée - Hergé a même sa tête, une grosse tête de bronze, sur une place. Nous rejoignons les ramparts au sud-est et nous les suivons, au sud, puis à l'ouest, et jusqu'au nord, jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent. Nous avons presque fait le tour de la ville. Une belle promenade. Et, comme les choses se passent bien parfois, nous arrivons dans la zone des restaurants et nous avons faim. Un magret pour moi, une entrecôte pour lui. De la bonne viande. De la limousine, je suppose. Télé à notre retour, la deuxième moitié du film avec Bénabar et Franck Dubosc. Amusant. J'ai pensé que si Bénabar avait été meilleur acteur, ce film aurait pu faire un carton. Bloqués à Bordeaux le lendemain. Pour cause de Tour de France (contre la montre désisif) et de période classée rouge pour les départs et les retours dans toute la France. On finit par s'en sortir et par arriver au Vieux Boucau vers 16h. Frites et pizza au centre ville. On n'avait rien mangé depuis le matin.

Mardi 27 juillet 2010

Mon fils m'a dit hier que le voisin avait souri en nous voyant monter la tente. Souri ou pas, nous nous sommes débrouillés comme des chefs - bien mieux qu'à Cherbourg il y a un an. Un minimum d'installation et puis la plage. Beaucoup de monde, rien à voir avec le petit village que j'imaginais. Mais c'est grand, immense, même si les zones de baignade surveillées sont étroites. Des surfeurs à droite et à gauche, la baignade au milieu, pas ailleurs à cause des courants dangereux. Au retour, à la petite épicerie en face du camping, nous achetons des steaks hachés, des merguez et des petits pois. Voilà, on est tranquilles jusqu'à dimanche midi. Le soir, nous découvrons que c'est un camping bruyant. Nous allons faire un tour sur la plage pour apercevoir la première étoile et voir s'atténuer les couleurs orange au-dessus de la mer. Nous attendons que le calme s'installe au camping comme si nous attendions une surprise. Eh bien, c'est à minuit moins le quart que la surprise est arrivée. Le matin, à sept heures, certaines personnes parlent déjà fort. C'est effectivement un camping bruyant. A part nous, cela ne semble déranger personne. Je les comprends. Ils sont en vacances. Les mômes se défoulent jusqu'à onze heure et demi. C'est ainsi. Ils doivent bien dormir ensuite. Des courses le dimanche matin, au supermarché (Ceréales, crème solaire etc.), puis mon fils passe sa journée dans l'eau. Heureusement qu'il y a des nuages sinon, j'aurais passé ma journée à m'enduire de crème protectrice. Mon fils adore l'eau, les vagues. C'est un bonheur de le voir s'amuser. Beaucoup de belles femmes sur la plage, et ailleurs. C'est frustrant. Je décide de ne pas me laisser perturber. Je mets l'interrupteur de ma machine à fantasmes sur off. Le soir, nous nous endormons malgré le bruit. A trois heures, mon fils me rejoint. Un abruti a tapé sur sa tente et lui a fait peur. Nous passons une très bonne nuit tous les deux. Cela me plaît de l'avoir près de moi.

Mercredi 28 juillet 2010

Lundi matin, je merde. Un peu avant onze heures, nous nous dirigeons vers l'école de surf qui est sur la plage. Vu son look, c'est sûr que c'est celle-là que j'ai choisie sur internet. Comme pour le camping, les papiers de réservation sont restés sur mon bureau et je ne me rappelle plus du nom de l'école. Une fois sur place, ils ne trouvent pas mon fils sur leur liste. Ce ne peut être l'autre école de surf en haut de la dune, trop commerciale, sponsorisée par une marque: Billabong. J'explique au type que je n'ai pu choisir celle-là. Il m'en indique une troisième, alors que je pensais qu'il n'y en avait que deux. On est en retard. Je suis stressé. Et le sable ne nous aide pas à progresser. J'ai de plus en plus de doutes. L'école à laquelle j'ai inscrit mon fils était indiquée sur le plan proche de notre camping. Mais je suis lancé, stressé et lancé et je ne réfléchis pas trop. J'y vais. Avec mon fils qui me suit péniblement à une dizaine de mètres. Pas de fils non plus à cette école. Je leur demande si je peux aller sur internet retrouver l'image, l'école à laquelle j'ai inscrit mon fils. Mais ce n'est pas possible. Ils ont d'autre choses à faire avec leur ordinateur. Et là, je réagis enfin. Je me souviens que j'ai appelé il y a quelques semaines pour demander confirmation de l'inscription - aussi au sujet du brevet de 50 mètres de natation. Donc j'ai leur téléphone, je peux les appeler. Et je m'en veux de ne pas y avoir pensé plus tôt, je m'en veux d'être aussi con parfois, si peu efficace quand je suis pris par le stress ou l'émotion. Je les appelle. C'est bien l'école commerciale. Le type est sympa et me dit qu'il nous trouvera une place pour 13h. Nous y allons, par l'intérieur des terres cette fois, et puis nous nous arrêtrons. Mon fils a cassé sa planche de body surf la veille et j'ai depuis l'idée de lui faire ce cadeau: une planche de qualité. L'école dont nous venons en vend. Nous revenons sur nos pas. Sans taper dans le haut de gamme, nous choisissons un bel objet. Au moins une bonne chose de faite pour cette matinée. Mon fils est content. Content et gêné. Il voulait payer pour cette planche, au moins une partie. Je lui dit non, que cela me fait plaisir, que je ne lui fais pas de gros cadeaux pour Noël ou son anniversaire, que je me rattrape à l'occasion, que cela me fait plaisir. Nous voilà enfin chez Billabong où une charmante brune émet des réserves pour 13h. Nous rentrons. Une pause coca pour lui, bière pour moi. Il est grand temps de faire cuire les pâtes pour être à l'heure pour le stage. A 13h il a sa place et je me calme un peu. Un peu parce que depuis samedi soir je ne vais pas très bien. Ma conclusion aujourd'hui est que lorsque je change d'endroit, de vie, il me faut à peu près faut quarante huit heures pour être à nouveau bien, au moins "normal". En attendant, c'est le stress, et j'ai besoin de ma bulle pour m'y retrouver - une façon de s'isoler, de retrouver la protection du ventre maternel?

Jeudi 29 juillet 2010

Après cette premiere séance de surf, on rentre au camping. Mon fils meure d'envie d'essayer sa nouvelle planche de body mais je le calme. Je viens de cuire deux heures sur la plage et j'ai besoin d'une pause. Il faut faire quelques courses aussi. A 17h, il est de nouveau dans l'eau, mais à 18h, il est cuit. Je lui prête ma serviette et il roupille sur la plage. Pour moi, c'est la meilleure heure, quand le soleil se montre plus doux. On dîne tôt. On se couche tôt: 21h30. Malgré le bruit, on dort. Mardi, je retrouve mon rythme: un petit temps d'écriture après le petit déjeuner, pendant que mon fils prend sa douche. J'ai trouvé un coin à l'ombre derrière la tente. C'est bien agréable d'écrire, même si ce ne sont que des descriptions rapides de notre séjour. Cela me fait du bien, comme la bulle dont j'ai besoin régulièrement. C'est mieux que le ventre de la mère, parce que je suis à l'intérieur tout en étant à l'extérieur. De plus, cette activité m'aide à me relier au monde - que je n'aime pas la plupart du temps, dans lequel je ne me sens pas bien. Puis la plage, dès le matin, toujours pour profiter de la nouvelle planche. Seulement une heure. La séance de surf est à 13h et il faut manger. Pâtes habituelles. C'est notre habitude ici, pour ne pas s'embêter avec la nourriture: pâte ou riz le midi, un repas plus élaboré le soir. Courses après le surf. Je m'achète enfin le maillot de bain dont j'avais besoin depuis plusieurs années. Le mien n'avait plus de forme et par endroits on voyait au travers. Achat de cartes postales aussi, dont une rigolote et sexuelle pour le grand-père maternel de mon fils. Re-plage à 18h. Mon fils ne tient pas longtemps. Une belle femme à côté de nous est inerte depuis que nous sommes arrivés. Son homme est parfois près d'elle mais elle ne bouge pas d'un milimètre. Ses mamelons sont percés d'anneaux métalliques. A un moment, il se met à la branler. Par dessus son maillot. Gentiment mais longuement. Elle ne bouge pas. Puis il insiste, de plus en plus fermement. Je ne comprend pas pourquoi elle ne bouge pas, pour accepter sa caresse ou la repousser. Cela m'inquiète. Elle ne bouge pas du tout. Comme si elle avait perdu connaissance. Je fais patienter mon fils mais au bout d'un moment, il faut y aller. Il n'est pas bien. Il veut rentrer. En haut de la dune, à côté du poste de secours, c'est moi qui ne suis pas bien. La femme n'a toujours pas bougé. L'homme a l'air de la secouer gentiment et elle ne réagit pas. J'ai l'impression qu'il commence d'être inquiet lui aussi. Je ne peux partir avec ce doute. De plus, les CRS Nageurs Sauveteurs vont fermer la boutique. Je m'approche de l'un d'eux et lui dit sincèrement mon inquiétude. J'ai dû être convaincant parce qu'il partent à quatre, en courant, avec une civière et du matériel de réanimation. Arrivés à dix mètres de la femme ils s'arrêtent et font demi tour. Je m'excuse à leur retour de les avoir alarmés pour rien. Nous tombons d'accord pour dire que j'ai bien fait, qu'il vaut mieux ça que le doute. Saucisses lentilles le soir. Couchés tôt. Mon fils écoute de la musique dans le salon tandis que je lis dans la chambre. A 23h, il rejoint sa tente. Je me branle pour la première fois depuis que je suis ici. Pas de fantasme. Juste mon corps et moi, mes mamelons et ma queue que j'agite comme s'il s'agissait d'un gros clitoris.

Vendredi 30 juillet 2010

Dernier jour. Cela me rend toujours un peu triste les "dernier jour". C'est la fin de quelque chose. Je pense que cela fait référence en moi à la fin de la vie qui, si la mort n'est pas violente, accidentelle, doit être un peu triste. Donc deux jours d'adaptation et un dernier jour un peu triste. Avant hier (je pense que c'est lié) je n'ai pu maîtriser ma boite à fantasme, et hier, j'avais envie de boire et de fumer. Je n'étais pas très bien, irritable. Sur une semaine, cela fait donc peu de jours à être à peu près bien, normal. A quarante cinq ans, il serait temps que je m'y fasse, que je m'habitue enfin à être comme je suis: instable, et jamais vraiment bien. Et, maintenant que j'ai commencé, même si je n'en ai pas très envie, je vais essayer de poursuivre le récit de ces vacances. Nous en sommes à mercredi. Rien de particulier, à part mon fils qui a écrit les cartes à la pause entre 15h30 et 17h30. Il a voulu faire un texte humoristique pour son grand père (maternel, la carte sexuelle) en suivant le rythme de la chanson de Fernandel: Félicie. Il avait les deux premiers vers mais ramait un peu pour la suite. J'avais des idées, la comparaison avec une baleine, mais ça ne lui plaisait pas trop. Lui préférait évoquer la déflagration et le jeyser qui sortait des fesses de la fille. Au bout d'un moment, je me suis presque énervé et je lui ai dit qu'on avait tous des univers poétiques différents et qu'en conséquence, soit j'écrivais la suite avec le mien, soit il s'en occupait tout seul. Je lui ai expliqué aussi qu'avant de penser aux rimes, il devait savoir ce qu'il voulait dire, et seulement ensuite chercher à le mettre en forme. Ce petit lâchage de vapeur de ma part a eu un effet inattendu. Nous avons trouvé dans les minutes qui ont suivi un truc qui nous convenait à tous les deux. L'histoire, les pieds, les rimes, tout collait. J'espère que papy maternel sera content, touché de cette attention. L'autre chose notable de cette journée est notre soirée au fronton (mur de pelote basque). Un spectacle de danses folkloriques avec les femmes au niveau du sol et les hommes haut perchés sur des échasses. C'était beau et impressionnant. Je me suis dit que les filles devaient avoir de bons mollets, de bonnes chevilles pour sautiller tout le temps comme elles le faisaient, et même, à un moment donné, elles ont enchaîné des sauts groupés - lors de la danse du lapin. Les hommes sur leurs échasses étaient aussi à l'aise que nous sur le sol, quand ils couraient, ou dansaient, on aurait des cerfs sur deux pattes - les pattes avant, le reste du corps ayant été coupé - ou des centaures sans la partie postérieure du cheval. Il s'agissait des danseurs de Soustons. Et j'ai appris qu'ils voyageaient à travers de monde pour participer à divers festivals de danse folklorique. J'ai appris aussi qu'ils étaient sur le stade lors de la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de Séoul en 1988. Cela m'a fait quelque chose. Car j'y étais moi aussi. Ensuite, après cette mise en bouche, on nous a offert une partie de pelote basque. Six champions ou anciens champions ont joué à trois contre trois. Impressionnant encore une fois. Et beau. C'était intéressant de savoir pourquoi la pelote était basque et pas autre chose, à cause du caoutchouc, de comment elle était confectionnée, à la main, à partir d'une bille de buis de deux centimètres de diamètre, des différentes couches qui la recouvraient. Intéressant de comprendre pourquoi et comment ce sport très divers (il y a beaucoup de jeux de pelote différents) était lié au tennis et au squash. Intéressant de savoir que jusqu'en l'an 2000 les joueurs s'auto-arbitraient, demandant à l'aide d'un juge seulement quand ils ressentaient le besoin. Jeudi, hier, a été marqué par le manque de soleil. Il a même plu quelques gouttes par-ci par-là, mais pas au point de nous mouiller. Un bonheur. Un bonheur de ne pas à avoir à s'enduire en permanence de crème solaire. Et puis, pour la première fois, on a pu faire la sieste après le surf. Sieste qui explique peut-être mon insomnie de cette nuit. Me suis endormi vers deux heures. J'en ai profité pour vivre de belles choses, avec Léautaud, mais aussi tout seul. Des moments d'extase presque, de simplicité qui me font cruellement défaut quand je suis occupé, stressé, préoccupé. L'autre fait marquant est l'achat de palmes pour mon fils - des palmes spéciales body-board. J'avais remarqué la veille au soir qu'il ne pouvait pas prendre certaines vagues à cause de cela, prendre la vitesse nécessaire pour ne pas se faire dépasser par les vagues. Ce fut un échec. Il n'était pas à l'aise avec ces pattes de canard, ne pouvait se déplacer comme il voulait. Il a donc continué sans palmes. La troisième chose marquante de ce jour est que j'avais le feu au cul. Un feu psychanalytique. Je me suis soulagé. La quatrième et dernière est que j'avais soif. Seulement, je ne me suis pas soulagé (je lutte toujours contre l'alcool et ça se passe plutôt bien). Ai seulement bu deux bières au lieu d'une le soir. Et, durant la journée, j'avais plus envie de fumer que d'habitude. J'ai donc fumé un peu plus.

Dimanche 1er août 2010

Après une pause hier pour cause de pliage de tente et départ du Vieux Boucau, fin du récit. Une dernière belle journée vendredi. Ecriture le matin pour moi, longuement. Pas de courses à faire. Nous avions décidé de manger à la baraque à frite (et à glaces) devant l'école de surf, et le soir d'aller au restaurant. Mon fils, qui est bien plus entreprenant que moi (plus à l'aise) avait prévu d'inviter une copine de surf à aller voir le coucher de soleil. J'ai cuit une dernière fois de onze heures à treize heures, pendant le surf. Deux bières ensuite. J'avais encore soif et envie de fumer. Pas grand chose à signaler ensuite jusqu'à 18h, l'heure à laquelle l'école de surf organisait un apéro par soucis de convivialité et de commerce. On pouvait acheter un DVD. Dernier bain pour mon fils avant d'aller au restaurant. Le coucher de soleil était annulé. Sa copine de surf, n'était pas disponible. Elle avait un anniversaire à fêter. La marée était haute, les vagues montaient et se cassaient rapidement. La surveillance avait disparue d'où, premier et dernier incident de ce séjour: mon fils s'est pris la pointe un surf dans le bras. Il a un bel hématome aujourd'hui. Le restau, par contre, fut une réussite. Trop bruyant au départ, le coup de feu, les serveurs qui courent partout et qui me stressent. De plus, une fanfare africaine sur la promenade me pète les oreilles et nous empêche de nous parler. Mais ça plaît à mon fils. C'est le principal. Tant pis pour mes oreilles. Et puis, j'ai fini par m'habituer à cette ambiance violente. Le vin blanc m'a aidé à me détendre, et la bonne nourriture aussi. Nous avons échangé de belles choses avec mon fils, des choses profondes. C'est vacances ont vraiment été une réussite. On en passera d'autres. Pas souvent mais on en passera d'autres. Les premières, à Cherbourg, il y a un an, avaient déjà été pas mal. Mais j'étais un peu stressé. Première fois en camping lui, première fois seul avec lui pendant une semaine. Là, pour la deuxième fois, j'étais parfaitement à l'aise, détendu, présent. Un bonheur. On étaient proches comme de vieux amis sans que cela empiète sur nos rapports de père et de fils. Ces vacances, je pense, auront contribué à nous rapprocher, à mieux nous comprendre et nous apprécier mutuellement, à mieux échanger.

Lundi 2 août 2010

J'ai voulu prendre les petites routes pour aller à Rocamadour, point de rencontre pour que mon fils change de voiture et de famille pour aller poursuivre ses vacances à Capdenac. Nous sommes partis à 11h15 du camping pour arriver à 17h30. Les routes étaient jolies mais ce fut long. Une pause à Villeneuve sur Lot pour manger un kébab. Pas le temps de visiter. Je suis reparti à 18h de Rocamadour - paysage incroyable, de science fiction ou de bande dessinée. Une ville collée sur une falaise. Et je suis arrivé chez mes parents, à Gilly sur loire, à 22h15. C'était un record pour moi: onze heures de route. Cela m'a fait quelque chose de quitter mon fils, après cette merveilleuse semaine. Hier midi, mon père avait sorti un bon bourgogne et ma mère avait préparé une pintade. Je me suis laissé aller sur le bourgogne. Après le repas, j'ai dit que j'allais m'allonger une demi-heure. J'ai plongé une heure et demi. Une promenade ensuite au Fleury pour voir si la Loire n'avait pas trop rongé la falaise durant la crue. Ca allait. La ferme au-dessus était encore là. Mais la promenade a été écourtée par des pluies de traîne en bordure de la zone orageuse qui traversait la France du sud-ouest au nord-est. Télé. Edouard Baer chez les Dogons. Repas. Télé. Film de Claude Berry peu passionnant avec Charlotte Gainsbourg, Daniel Auteuil, Miou Miou, Pierre Arditi, Nathalie Baye que nous avons abandonné en cours de route pour les championnats d'Europe d'athlétisme où les français, surprise, ont fait une véritable moisson de médaille.

Je n'ai pas parlé de surf durant mon récit. Dois-je en parler? Mon fils qui regardait par dessus mon épaule pendant que j'écrivais m'a posé des questions. Je lui ai dit que je lui ferai lire ce récit quand il sera corrigé, avec des lignes en pointillées pour les passages ne le concernant pas. Ce dois être pour ça que je pose cette question. S'il lit et ne voit rien sur le surf, il risque d'être déçu? Je vais laisser mon cher inconscient gérer tout cela. D'ici fin août, quand je le reverrai, j'ai le temps.

- page 2 de 159 -