Science & Vie - avril 2006
Ce cher Big Bang, qui nous a longtemps servi de repère, a de plus en plus de mal à tenir la route.
Fin 2005, L'équipe de Mark Dickinson découvre la galaxie HUDF-JD2.
Deux problèmes :
HUDF-JD2 est vieille, 13 milliards d'années, presque l'âge du Big bang, et elle est grosse : quatre fois notre galaxie, la Voie Lactée.
Comment une aussi grosse chose a pu se former en si peu de temps après le Big Bang ?
Et, si le Big Bang est le début de l'univers, comment HUDF-JD2 a fait pour éventuellement commencer sa vie 100 millions d'années avant le Big Bang, comme le montrent certaines estimations ?
Pour plaire au Big Bang :
5% du "contenu" en énergie et en matière de l'univers sont représentés par les étoiles, nébuleuses, galaxies, planètes, etc.
25% serait de la "matière noire" (on ne sait pas ce qu'est cette matière).
70% serait de l'"énergie sombre" (on ne sait pas non plus ce que c'est).
C'est seulement que les calculs, avec le Big Bang, nous disent que nous ne "connaissons" que 5% de l'univers, que le reste, 95%, on ne sait pas ce que c'est : "matière noire", "énergie sombre"...
Jayant Narlikar - directeur du centre d'astrophysique de Pune, membre de la Royal Astronomical Society - pense que le Big Bang est devenu un dogme, et que l'on n'est pas loin d'une sorte de "fondamentalisme scientifique".
L'astronomie moderne serait devenue une véritable "machine à prouver le Big Bang", broyant sur son passage toutes les observations, toutes les hypothèses qui n'abondent pas dans son sens.
Exercer sa curiosité et son questionnement - la raison d'être d'un chercheur -dans les champs célestes plus aventureux de théories alternatives au modèle dominant serait professionnellement suicidaire. Et de fait, personne ne s'y risque...
Selon Jean-Marc Bonnet-Bidaud - astronome du CEA - ses collègues ont voulu aller trop vite. Ils s'imaginaient sur les autoroutes de la connaissance, avec la théorie du big bang leur livrant l'alpha et l'oméga de l'histoire cosmique, alors que l'Univers réel est probablement plus complexe que celui qu'ils génèrent avec leurs modèles mathématiques.
BILAN
La relativité, si féconde un siècle durant, est devenue stérile. La mécanique quantique, de son côté, s'essouffle. La cosmologie actuelle est dans une impasse.
ESPOIR
Des pistes, jusqu'ici inconnues, sont explorées, dans l'objectif, non plus de concilier les deux théories phares du XXe siècle, mais de les contourner : "Il y a aujourd'hui un vrai changement de mentalité, se réjouit J-M Bonnet-Bidaud. Pendant des décennies, personne n'a osé toucher aux monuments de la physique : relativité et mécanique quantique ; or, les jeunes chercheurs ont brisé ce tabou et n'hésitent plus à se lancer dans des voies radicalement nouvelles".
ET POUR NOUS AIDER A Y VOIR CLAIR
Une sonde américaine, Gravity Probe B, est déjà dans les airs.
Le satellite français Microscope, ainsi que son collègue européen Planck, décolleront en 2008.
Alma en 2010 : Européens et Américains installent dans les Andes 60 antenne de 12 m de diamètre.
Un télescope spatial infrarouge, James Webb, installé à plus d'un million de kilomètres de la Terre, en 2013.
Et puis des télescopes de plus en géants, comme le GMT (Giant Magellan Telescope) de 25 m de diamètre et le TMT (Thirty Meter telescope) de 30 m de diamètre, tous deux américains, vers 2015.
En principe, cette "grande armada" de l'exploration scientifique verra littéralement les premières étoiles et les premières galaxies émerger du gaz primordial laissé par le big bang...
Si celui-ci a existé.