Philosophie magazine - N°2
Voici ce que j'ai retenu du dossier : "Homme et animal, la frontière disparaît".
Vous allez voir, ça n'est pas grand-chose :
ELISABETH DE FONTENAY pour commencer, page 42 :
"arrogance occidentale"
Tout à fait d'accord.
"Les uns, dualistes comme René Descartes et Emmanuel Kant, opposent radicalement l'humain et l'animal. D'autres, comme Aristote, Gottfried Wilhelm Leibniz, Edmund Husserl, se représentent une gradation de la sensibilité, de la mémoire, de la conscience, affirmant que la nature ne fait pas de saut."
Il va de soi que je suis du côté de ces autres.
"Un personnage du Politique de Platon proclame drôlement que, si les grues avaient la parole, elles se placeraient d'un côté d'une ligne de démarcation et mettraient tous les autres vivants, y compris l'homme, de l'autre côté".
Tout à fait d'accord encore une fois.
"Sans doute est-ce à juste titre que l'ethnologue et philosophe Claude Lévi-strauss a critiqué la notion de droit de l'homme, trop ancré dans une philosophie de la subjectivité, du propre, de l'être moral. Il défendait le principe d'un droit de l'homme en tant qu'être vivant, droit de l'espèce humaine entre autres espèces."
Il n'y a pas si longtemps, les Noirs n'avaient pas d'âme, d'ici à ce que les animaux en aient une (ou que nous soyons des animaux) les poules auront des dents...
PASCAL PICQ page 45 :
"Si cette question, légèrement modernisée, resurgit depuis quelques décennies, c'est grâce aux bouleversements de la paléo-anthropologie et de l'éthologie des grands singes. Aujourd'hui, nous le savons, il n'existe qu'une seule espèce humaine (Homo sapiens) mais, il y a trente mille ans à peine, cohabitaient des hommes de Neandertal (Homo neanderthalensis) en Europe et en Asie occidentale, des hommes de Solo (Homo soloensis) à Java et, toujours en Indonésie, d'autres de Flores (Homo floresiensis) dans l'île du même nom. La multiplication des découvertes d'hominidés - merci aux chercheurs d'os - a rejeté la lignée ancestrale unique et l'analogie mécaniste de la chaîne, au profit d'une métaphore végétale et buissonnante, probablement plus écologiquement correcte et moins anthropocentrée."
Vive les métaphores végétales et buissonnantes, à bas les anthropocentrés !
BORIS CYRULNIK, page 48 :
"L'éthologie se définit comme l'observation du comportement des êtres vivants dans leur milieu naturel ou spontané. On continue à faire la distinction entre éthologie animale et éthologie humaine, mais, en réalité, il s'agit de l'être vivant en général."
Plus de distinction ! Apprenons !
KONRAD LORENZ, par Denis Grozdanovich, page 50 :
"Lorsqu'il se rendait à ses cours de l'Institut Max-Planck, à Munich, Konrad Lorenz arrivait régulièrement avec quelques minutes de retard. Il avait pris l'habitude, marchant à pied depuis son domicile, d'emprunter un certain trajet, assez tortueux, passant par des lieux consacrés. Un jour, ses étudiants lui ont suggéré un trajet plus direct et plus rationnel, qu'il a adopté jusqu'à ce que ceux-ci, prenant conscience que le maître devenait de plus en plus maussade et irritable, le persuadent de revenir à son chemin antérieur. Sur quoi il recouvra sa bonne humeur."
Merveilleux !
Ne soyons pas trop rationnels, faisons confiance à la vie qui est en nous.
"cet instinct d'agression qui couve dans les sociétés humaines."
L'agression. Une histoire naturelle du mal (Flammarion).
Trois essais sur le comportement animal et humain (Seuil).
PHILIPPE DESCOLA maintenant, page 52 :
"Jeune ethnologue, j'ai séjourné entre 1976 et 1979, chez les Jivaros Achuar, en Haute Amazonie. J'ai découvert, là-bas, une manière de distinguer humains et non humains très différente de la nôtre. Chez les Achuar, la plupart des animaux et des plantes, certains artefacts aussi, sont considérés comme ayant une intériorité - une âme, dirions-nous - semblable à celle des humains. Dans certaines circonstances, notamment dans les rêves, les animaux et les plantes peuvent communiquer avec les humains."
"Il me semble depuis très logtemps que la destruction de l'environnement, et pas seulement la déforestation ou le réchauffement climatique, la dévastation de notre univers de vie et de notre rapport au monde, vient de ce que nous traitons les éléments naturels comme des choses séparées les unes des autres et aussi comme des objets, qui n'ont donc pas leur mot à dire. Arrêtons de voir les choses selon notre modèle à nous : culture ou société d'un côté, nature ou environnement de l'autre. Je voudrais que chacun d'entre nous se pose des questions sur sa position dans le monde et ne la considère pas comme acquise. Le point important, c'est l'idée d'une interdépendance entre nature et culture, entre humains et non-humains."
Nous nous considérons à part, je n'arrête pas de le dire, et ce n'est pas bon.
Cela me fait penser à un sujet de café-philo que j'ai proposé il y a quelques années. Le mettrai en ligne bientôt.
ELISABETH DE FONTENAY pour finir :
"S'il y avait une seule caractéristique humaine à conserver, ce serait la responsabilité envers le monde vivant."
Responsabilité qui est notre grand intérêt maintenant : ne pas trop abîmer la planète pour avoir la chance d'y survivre.