Voici comme promis cette idée que j'avais soumise un jour à un
café-philo.
Mais, avant de copier ce texte ici, je vous en fait un résumé qui sera
peut-être plus clair.
Voici l'idée, en deux mots :
Si l'on considère l'univers comme quelque chose de naturel, comme quelque
chose représentant ce que l'on nomme habituellement la nature, l'espèce
humaine, issue de cette univers - de cette nature - ne peut être que naturelle,
ainsi que ce que crée cette espèce au cours de son évolution, que ce soit des
pierres polies, des voitures ou des ordinateurs... Ainsi, même si c'est
difficile à avaler, toutes ces choses - fusées, satellites et autres téléphones
mobiles sont naturelles !
Et j'adore cette idée car elle implique de notre part un changement
important de notre vision du monde, et par conséquent de nous-même - animaux
parmi les animaux par exemple...
Pour les croyants, ces notions de naturel et d'artificiel peuvent encore
subsister, car l'humain est considéré comme un être à part, mais pas pour ceux
qui comme moi ne croient pas en Dieu.
Voici le texte écrit pour le café-philo maintenant :
" C’est un grand moment pour moi, ce soir, puisque j’expose pour la première
fois un sujet au café-philo.
En même temps je ne suis pas là (la date de ce sujet n’ayant pu être
changée) et je vous présente humblement mes excuses.
Vous apprécierez tout de même la performance : arriver à vous parler à
tant de kilomètres (je suis en Bretagne) vautré dans un fauteuil Voltaire pour
cause de grosse bouffe et de digestion difficile (nous fêtons les 80 ans de la
grand-mère de ma femme).
Finalement, je ne suis pas si mécontent que cela de ce hasard d’anniversaire,
parce que si j’avais été face à vous, j’aurais sûrement eu beaucoup moins
d’assurance et bafouillé beaucoup.
Là, je suis tranquille, c’est Eugène (le responsable du café philo)
qui va bafouiller à ma place.
Je te remercie au passage, Eugène, de lire ce texte pour moi - et te prie
néanmoins de t’appliquer afin de ne pas abîmer mes quelques effets
comiques.
Merci.
Le sujet maintenant : « Naturel… Artificiel… »
Je me souviens du jour où j’ai proposé cette idée. Il y eut des Aah… Euuh…
Iiih… Ooh… Uuh… Il n’y eut pas de Y mais c’était moins une.
J’étais fier ! Mon sujet faisait de l’effet ! Mais aussi, selon les
réactions, le thème semblait bien difficile à traiter. Cela m’a fichu la
trouille.
Si toutes et tous ici, Eugène compris, trouvaient le sujet trop ardu, est-ce
que je n’allais pas me ridiculiser ? ou pire, provoquer une morne
soirée ? le genre de truc qui arrive parfois, quand, à force de trop
philosopher, on se met à tourner dans le vide interstellaire avant de
redescendre sur Terre en se demandant ce qu’on est allé faire
là-haut ?
Heureusement, ma petite tête a vite trouvé une solution et je vous livre la
phrase telle quelle est prévue pour parer à cette éventualité :
« Si jamais ce sujet… bla-bla-bla… tristesse et vide interstellaire… je
compte sur vous pour le recadrer, ou même en changer complètement, si vous le
désirez.
En résumé, Eugène, je compte sur toi pour sauver les meubles en cas de
problème. »
Maintenant que je me suis détendu, je vais enfin pouvoir vous dire
l’introduction que j’ai préparé pour ce sujet ardu.
J’ai décidé d’abord de vous raconter pourquoi - et comment - m’est venue
cette idée à l’esprit, pourquoi j’ai eu envie de la partager avec vous.
J’ai eu envie d’aborder ce thème avec vous, parce que je trouvais beaucoup
plus sympathique de se prendre la tête à plusieurs plutôt que seul, c’est
beaucoup plus constructif et intéressant, et amusant, parce que seul, c’est
terrible, seul, c’est à éviter.
Question principale maintenant :
Un jour que je pensais à tout et à rien, comme d’habitude, j’ai senti
s’immiscer un grain de sable dans ma pensée. Je sais que je ferais mieux de
chercher des diamants plutôt que des grain sable, afin de devenir riche et
célèbre, comme c’est mon souhait. Mais bon, c’est ainsi, je ne peux m’empêcher
de m’intéresser aux grains de sable, même lorsqu’ils ne brillent pas…
Et je me suis dit, en gros :
L’humain, comme beaucoup d’autres choses, fait partie de l’univers.
L’univers, même si l’on n’y comprend pas grand-chose, représente pour moi
quelque chose de naturel, se rapprochant plus de ce que l’on appelle
la nature : les océans, les nuages, le vent, les différents fluides tels
que le sang, la sève ou le magma… les atomes, les électrons et diverses autres
petites choses…
L’humain, faisant partie de tout cela, étant constitué de tout cela -
« poussière d’étoile » disent des scientifiques poètes - se serait
construit doucement, comme beaucoup d’autres choses, à partir d’éléments
minimes.
Comment l’humain, minuscule élément dans cette immensité, serait capable de
faire des choses non naturelles, artificielles ?
J’ai trouvé cela bizarre, pas logique.
Comment serait-il possible qu’au milieux de tant de nature, après une si
patiente évolution (évaluée à 4 milliards d’années) l’humain ne soit plus
naturel, capable de choses artificielles ?
Je nous ai imaginé perchés sur une branche courbe de notre galaxie (qui
compte des centaines de milliards d’étoiles, et combien de planètes ?) sur
cette Voie Lactée qui est une parmi des centaines de milliards d’autres, et
peut-être plus encore puisque l’on arrive pas à voir le bout de cet
univers…
Et nous serions l’unique chose non-naturelle et capable
d’artificiel de l’univers ?
- Non, vraiment, ça ne collait pas.
Comme j’aime bien réfléchir, j’ai inisté.
- Est-ce qu’il n’y aurait pas tout de même quelque chose de pas
naturel en nous ?
Et j'ai trouvé ! : Dieu !
C’est lui à l’évidence qui n’est pas naturel, qui nous a construit,
nous a appris à penser, nous a donné pleins de repères intéressants : le
Bien et le Mal ; le Vivant et le Pas-Vivant ; Ame ou Pas Ame ;
Naturel et Artificiel, Dieu et Diable, etc.
Pas zen pour deux sous le bon Dieu – et nous non-plus d'ailleurs.
Il devait rien comprendre aux Indiens d’Amérique, ou d’ailleurs…
Mais bref, revenons à nos moutons.
Dieu, pour moi, serait le seul capable d’expliquer quelque chose, mais comme il
ne vient pas souvent au café-philo…
Je suis hors-sujet ?
OK, Eugène, t’énerve pas.
Donc, grâce à Dieu, nous ne sommes pas 100% naturels.
Il devient donc possible de faire des choses artificielles - poussés
par le diable ou je ne sais qui.
On peut faire des Tour Eiffel, des voitures et des avions, des téléphones, des
Internets, des twin-towers… on peut même les détruire si on veut, et puis aussi
on peut faire des bombes atomiques et plein d’autres choses rigolotes.
OK, Eugène, j’ai du mal à m’expliquer, je suis confus, j’en conviens, mais
je maintiens qu’il y a quelque chose pour moi qui cloche au regard de nos
connaissances scientifiques actuelles dans ces deux notions :
artificiel, naturel.
Il y a quelque chose de bizarre - et d’autant plus bizarre pour un
non-croyant.
Une dernière idée loufoque avant de finir, qui rejoint la deuxième question,
à savoir pourquoi j’ai eu envie de partager mon grain de sable avec
vous :
Je crois que l’humain aurait à gagner à considérer les choses qui sortent de
ses mains comme naturelles.
Je crois que cela lui apporterait une vision plus juste du monde, plus joyeuse
et plus respectueuse à la fois.
Ne comptez pas sur moi pour en faire la démonstration, je n’en suis pas
capable.
Par contre, si la vie m’en laisse le temps, si cette sensation perdure, comptez
sur moi pour qu’à l’âge doublement canonique de la grand-mère de ma femme, j’en
fasse un livre, même illisible, même comique.
Je vous remercie de m’avoir écouté.
Je te remercie, Eugène, de m’avoir lu.
Et vous souhaite un bon débat. "