Journal de celui qui à force d'essayer d'être heureux est en train d'y parvenir

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dimanche 19 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

LE NARRATEUR N'EST PAS GAI, SEUL AVEC SA GRANDE INTELLIGENCE
(SANS IRONIE)
Page 188 :
(Ils sont à Turin.)
« Ludi :
- Tu as l'air préoccupé. C'est le raz-de-marée ?
- Non, la bêtise.
- La bêtise de qui ?
- La mienne, la mort.
- Tu charries. C'est bête, la mort. Tu as fait quoi aujourd'hui ?
- Un petit tour dans la ville.
- Musées ?
- Ouais.
- C'était bien ?
- Parfait.
- Tu as trop bu ?
- Je crois.
- Dodo, bébé.

UNE DESCRIPTION QUI ME PLAIT (HUMOUR)
Page 195 :
« Ils sont rejoints, maintenant, par une petite femme en noir, genre poétesse surréaliste livide. Elle doit sortir de son cercueil tous les huit jours vers midi. Elle me demande aussitôt ce que je pense de Sade. Le plus grand bien, évidemment. Elle blêmit au-delà du livide. Mais un des types lui parle à l'oreille. 
(...)
Ils se lèvent tous d'un bon. Le petit brun énervé crache sur la moquette du bar, la poétesse folle court vers la porte-tambour. Le barman ne remarquera pas le crachat, l'occulte s'occulte.

Je finis mon café, Ludi me rejoint dans le hall.
- Ca s'est bien passé avec tes poètes ?
- Mais oui, très sympathiques.
- Ils voulaient quoi ?
- Me lire leurs poèmes.
- C'était bon ?
- Eh non. N'importe quoi.
- Comment trouves-tu ce nouveau tailleur ?
- Ravissant. »

« Elle doit sortir de son cercueil tous les huit jours vers midi »... C'est bon, non ?

NIETZSCHE CONSCIENT DE SA PHYSIOLOGIE
Page 198 :
« J'ai une tendance désagréable, presque nerveuse, au dégoût, qui m'a beaucoup compliqué l'existence. »

BONNE LITTERATURE
Page 201 :
« M.N. n'est pas le premier à penser que les hommes sont naturellement fous, et que l'existence ressemble à un énorme asile d'aliénés. Mais il est certainement le premier à prendre sur lui la folie, à la vivre jusqu'au bout dans le non-sens et sa nuit. »

« à la vivre jusqu'au bout dans le non-sens et sa nuit »... Sollers sait être aussi poète.

samedi 18 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

PAS DE REGRETS
Page 117 :
« - Vous pensez que vous avez vécu comme il fallait vivre ?
- Oui.
- Pas la moindre hésitation ?
- Non.
- Vous recommenceriez tout de la même façon ?
- Absolument.
- Encore ?
- Encore. »

Je suis sollersien.

ENFIN SOLLERS PARLE DE MOI
Page 127 :
« Le temps est donc venu, depuis longtemps, du philosophe clandestin, hors cadre, hors université, hors parti, hors médias, hors spiritualité, hors système. Il a déjà existé, il demande à exister de nouveau. »

Je fais ce que je peux... Et si je dois exister un jour, j'existerai.

NIETZSCHE CONSCIENT DE L'IMPORTANCE DE SON OEUVRE
Page 142 :
« Je suis d'aujourd'hui et d'autrefois, mais il y a quelque chose en moi qui est de demain et d'après-demain et de plus tard encore. »

Je ne suis pas aussi mégalo que Nietzsche, mais sincèrement, je ne serais pas surpris d'avoir quelque chose à voir avec demain (pas avec après-demain ou plus tard encore).

POESIE ET PHILO (NIETZSCHE)
« Ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la tempête. Les pensées qui mènent le monde viennent sur des pattes de colombes. »

NIETZSCHE CROIT EN SON AVENIR
Page 144 :
« Ce livre est réservé au plus petit nombre. Peut-être même, de ce petit nombre, aucun n'est encore né. »

ECRITURE
Page 145 :
Lors d'une séance, Nelly lit un morceau des Torrents spirituels de Mme Guyon, et ce que j'en retiens est :
« Ce qui me surprenait le plus était que cela coulait comme du fond et ne passait pas par la tête. »

L'art, selon moi - et les choses importantes en général - passent par des choses plus importantes que la tête (la tête, que nous, sociétés occidentales, avons un peu trop mis en avant...)

ECRITURE ENCORE (NIETZSCHE)
Page 165 :
« Une mosaïque de mots, où chaque mot, par sa sonorité, sa place, sa signification, rayonne sa force, à droite, à gauche et sur l'ensemble, un minimum de signes en étendue et en nombre, atteignant à un point maximum dans l'énergie des signes. »

« Un minimun de signes »... Que l'on écrive plus ou moins bien, on ne devrait pas s'écarter de ce commandement.

SOLLERS, ENTRE FULCANELLI ET NELSON MONFORT
Page 171 :
« Cependant, il a écrit des livres et il les a publiés. Je les lis, je les vis, je les relis, je les revis, j'appelle ça Une vie divine, roman écrit en l'an 116 de l'ère du Salut, autrement dit au début de ce que le faux calendrier s'obstine à appeler le 21e siècle. Si on persiste à dater en siècles (mais rien n'y oblige), on est donc au commencement du 2e siècle après la Révélation. J'ai ici toute ma raison, les autres livres me paraissent superflus et plats, prouvez-moi que j'ai tort. Vous ne pouvez rien, vous mentez, vous êtes forcés de mentir. Vous êtes des employés de la mort. Vous attendez que je meure, c'est tout. Des témoins ? Faux témoins. Des contemporains ? Mon oeil. Mes seuls témoins aujourd'hui, sont les montagnes, les prés, ce lac, ce rocher, cet océan, ces mouettes. L'espace est fait de points de densités et de méditation (là où quelque chose s'est vraiment passé, en réalité des trous dans l'abîme). Le temps se mesure autrement. Il se démesure, plutôt, ni trop tard ni trop tôt. Il vide. »

L'an 116... Sollers, dans son livre, choisit d'oublier Jésus-Christ et de faire commencer son calendrier en 1888, année de la publication (ou de l'écriture, je ne sais plus) de l'Antéchrist. Il en profite aussi pour faire passer nos siècles en chiffres arabes (allusion à la guerre du troisième millénaire qui a déjà commencée ?)
Point de vue personnel :
Sollers est un animal à sang froid. Il ne devrait pas essayer de s'emballer comme Nietzsche sait le faire.

Philippe Sollers

Une vie divine

CHARABIA, AMOUR, MORT
Page 94 :
« De retour à Paris, et après la lecture de quelques romans américains aussi barbants et faux les uns que les autres, excellente séance avec Nelly. Le texte choisi par elle est un très bon exemple de la bouillie nihiliste qui a déferlé dans le sillage de M.N. Pour colmanter sa percée et empêcher qu'il soit lu. Je le donne ici, il est facile d'en reconnaître l'auteur. Attention à la migraine :

« S 'approcher fait le jeu de l'éloignement. Le jeu du lointain et du proche est un jeu lointain. S'approcher des lointains est la formule qui tente de faire éclater les lointains au contact d'une présence alors qualifiée de lointaine, comme d'une certaine façon elle l'est toujours : ainsi à nouveau présence et lointain auraient partie liée ; présence lointaine, lointain d'une présence, les lointains seraient présents là-bas. Le proche alors seul serait préservé de la contamination d'une présence. Etre proche, c'est n'être pas présent. Le proche promet ce qu'il ne tiendra jamais. Louange à l'approche de ce qui échappe : la mort prochaine, le lointain de la mort prochaine. »

Action et renversement de ce charabia : le proche tient ce qu'il promet, faites l'amour, pas la mort. Faites l'amour comme si vous tuiez la mort. Oubliez les prédicateurs de la mort. »

J'aime le mot « séance », cela me rappelle mon ami Léautaud.
« il est facile d'en reconnaître l'auteur ». Pas assez cultivé, encore une fois, pour reconnaître. Et je ne le regrette pas. Impossible pour moi de lire ce genre de chose ; impossible de comprendre. Avant, j'avais peur de rater quelque chose en ne lisant pas les choses me rebutant. Aujourd'hui, je m'en fous, je me dis que si c'est vraiment intéressant, des « traducteurs » (journalistes ou autres) me feront passer ce savoir.
Faites l'amour comme vous faites l'amour, comme vous le pouvez, et le plus agréablement possible. Laissez la mort tranquille.

vendredi 17 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

VISION DU MONDE
Page 71 :
« De toute façon, la boucle est bouclée, mon génome est déchiffré, le ver elegans est dans ma lignée, la vie est absurde, la mort n'a aucun sens, le néant est sans importance, l'Eternel Féminin est remisé au musée, la guerre des sexes a tourné à l'ennui, le Surhomme a enfanté le Sous-Homme, on est en plein refux millénaire.
Ou bien, le contraire : la Terre est enfin libérée, elle danse ; mon génome est un passeport ; la vie s'allonge en tous sens ; Dieu ressuscite à chaque seconde ; le Diable le sert ; l'Eternel Féminin est plus amusant que jamais ; la guerre des sexes n'a jamais été plus excitante ; la mort s'incline ; le Surhomme plane ; c'est la marée des siècles.
Vous avez droit, chaque matin, à ces deux visions du monde.
Choississez. »

Aucune des deux ne me convient.

ART
Page 72 :
« C'est pourquoi, disait M.N., il nous faut un art pétulant, flottant, dansant, moqueur, enfantin, bienheureux. »

PHILOSOPHIE, AVENTURE, GAIETE (NIETZSCHE)
Page 74 :
« j'ai peut-être découvert des mondes de pensées plus sombres et plus inquiétantes que quiconque, mais seulement parce qu'il était dans ma nature d'aimer l'aventure. Je compte la gaieté au nombre des preuves de ma philosophie. »

ETRE SOI, SENS DU DEVOIR
Page 75 :
" Vers la fin de son existence pleinement lucide, M.N. raconte comment un profond changement s'est opéré en lui après ses 30 ans :
« A cette époque, mon instinct résolut irrévocablement d'en finir avec cette habitude de céder, de faire-comme-tout-le-monde, de-me-prendre-pour-un-autre. N'importe quel mode de vie, les conditions les plus défavorables, la maladie, la pauvreté, tout me sembla préférable à cet indigne « désintéressement » où m'avait fourvoyé mon inconscience, ma jeunesse, et où, plus tard, j'étais resté empêtré par lâcheté, par prétendu « sens du devoir ». "

Attention au « sens du devoir »...
A moins que l'on ait défini soi-même ce devoir.

NIETZSCHE MUSICIEN
Page 80 :
« M.N. A 10 ans. Il raconte l'expérience suivante : « Le jour de l'Ascension, j'entendis le choeur sublime du Messie de Haendel : l'Alléluia. Je pris aussitôt la ferme résolution de composer quelque chose de semblable. »

C'est peut-être pour ça que son écriture est si pleine de musique.

FOLIE
Page 82 :
« Il est dangereux de se rapprocher trop de soi-même ; c'est la folie. Pourtant, on peut l'apprivoiser, la folie, l'enrober, lui jouer des tours, la rassurer, la réduire. Question de vaccin et de goutte-à-goutte depuis l'enfance. C'est un système, on peut le tenir, feindre de s'y abandonner, s'observer en train de délirer, de rêver. J'attrape au vol des rapprochements qui n'ont rien à voir, je saute dans le train fou, le toboggan, la grande roue, la chute, la cascade, l'enfermement. Ludi sait que je suis fou, elle aime bien ça, à condition que rien n'apparaisse. Elle est d'ailleurs folle, elle-aussi, comme tout le monde. Ca ne fait rien, on tient debout. »

Une grande part de mon métier : attraper au vol des rapprochement qui n'ont rien à voir.

HUMAIN
Page 93 :
« Le sous-homme triomphe partout, l'homme n'est pas le moins du monde surmonté, il est devenu rouage. »

Confirmation de ce que j'écrivais tout à l'heure : Sollers croit encore à la-mouche-qui-pète ; car l'humain a toujours été plus ou moins ce qu'il est, et ne changera jamais, ni surhomme ni sous-homme...

Philippe Sollers

Une vie divine

NIETZSCHE, SA MERE ET SA SOEUR
Page 67 :
« Sur la question de la parenté, il faut dire que Nietzsche n'y va pas de main morte :
" Quand je cherche mon plus exact opposé, l'incommensurable basses des instincts, je trouve toujours ma mère et ma soeur. Me croire une « parenté » avec cette canaille serait blasphémer ma nature divine. La manière dont, jusqu'à l'instant présent, ma mère et ma soeur me traitent, m'inspire une indicible horreur : c'est une véritable machine infernale qui est à l'oeuvre, et cherche avec une infaillible sûreté le moment où l'on peut me blesser le plus cruellement – dans mes plus hauts moments – car aucune force ne permet alors de se défendre contre cette venimeuse vermine. » "

On comprendra pourquoi cette dernière (la soeur) a trafiqué ses écrits après qu'il eut été soufflé (ou qu'il se fut soufflé).

STYLE (NIETZSCHE TOUJOURS)
Page 68 :
« Mon style est une danse, un jeu de symétries de toutes sortes, en même temps qu'une pirouette et un pied de nez à toute symétrie, et cela jusque dans le choix des voyelles. »

Philippe Sollers

Une vie divine

VISION DU MONDE
Page 64 :
" On va se laver l'un après l'autre, on revient dans la lumière, on fait comme si rien ne s'était passé, on va dîner. A partir de là, naturellement, la conversation est une moquerie continuelle contre la mascarade générale, le mensonge organisé. Organisé ? Non, sécrété, plutôt, comme une vapeur, une transpiration, une haleine. On parle de pics de pollution, mais là ce sont des montagnes d'air vicié, rebrassé. Nelly a ses favoris dans le sarcasme : le sociologue vaseux, le moraliste bêlant, le scout recyclé, le prophète de feuille de chou, le baveur progressiste ou réactionnaire, le trépignant révolté, l'alluciné apocalyptique, la mondaine astrologue, l'actrice de charité, la vieille féministe, l'homme d'affaire poète. Elle a toujours vu, lu ou entendu un truc marrant, idiot, pathétique, sénile, furieux. La société tout entière ressemble à une grande famille en rut de médiocrité et de haine. "

Je n'aime pas cette vison des choses : mascarade générale, mensonge organisé, médiocrité, haine... car, sachant ce que je sais, cela revient à dire la même chose de l'univers, de la vie elle-même. Et, toujours sachant ce que je sais, il existe une solution pour ne pas subir cette horreur : partir.
Ainsi, j'accepte cette vision du monde pour ceux qui se suicident, je la trouve même cohérente, mais pour ceux qui décident de rester en vie, je trouve que ce n'est pas la meilleure façon de voir, qu'ils ont le cul entre deux chaises et qu'ils subissent cette haine, ce mensonge organisé, cette mascarade générale, cette médiocrité...
Je soupçonne Sollers de croire encore que l'humain peut être (ou devrait être) « humain ». Alors que l'humain – je ne cesse de le répéter – n'est que ce qu'il est, ni plus, ni moins ; alors que nous ne sommes que ce que nous sommes, ni plus, ni moins.
A travers le sociologue vaseux, j'ai cru reconnaître Bourdieu, Jean-Edern Hallier serait le prophète de feuille de chou ? Elisabeth Tessier, la mondaine astrologue ? Emmanuelle Béart, l'actrice de charité ? Et Paul-Loup Sulitzer, l'homme d'affaire poète ? Pour les autres, je ne sais pas. Pas assez cultivé, au-courant.

jeudi 16 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

PHILOSOPHIE ET PLAISIR
Page 63 :
« Un des exercices avec Nelly consiste à prendre un texte philosophique bien idéaliste, pontifiant, moral, sentimental, abstrait, humaniste, correct, nigaud, faux. Elle s'installe sur le canapé, relève sa jupe, montre bièvement qu'elle n'a pas de culotte, et commence à lire sérieusement le texte en question, pendant que je la mets. Le résultat est assez vite atteint grâce à l'exubérante dissonance ambiante. Je citerai seulement, comme très efficace, des passages entiers de la Critique de la raison pure, vous savez, la loi, le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, tout ça. Jamais de noms d'auteurs, uniquement le sérieux des textes, leur pathos, leur emphase, leur bêtise, leur illusion. Les appels à l'au-delà, au sacrifice, au travail, à la patrie, à la responsabilité, à la solidarité, à la mort sont particulièrement bienvenus. Un certain lyrisme compassé est de bon augure, de même que toute évocation romantique ou naturaliste de crise d'identité ou de labyrinthe sans issue. Plus c'est idéalisant, prêcheur, tarte, plus ça fait bander. Plus c'est lourd, embarrassé, grave, morbide, plus ça fait jouir. Je suis dans la position du pénitent, du fidèle ou de l'aspirant qui écoute un cours d'instruction religieuse, militaire, civique, une exhortation à la maîtrise et au dépassement de soi. Je suis à l'école, dans un camp d'entraînement, objet d'un recrutement ou d'un endoctrinement pour le Bien contre le Mal. Surtout pas de textes érotiques ou pornographiques, ils retarderaient l'érection, l'éjaculation, le spasme inspiré de Nelly. Je vois le Bien, je l'approuve, mais je choisis le Mal, c'est plus fort que moi. J'incarne la brute, l'animal, l'élève taré, l'ours, le nègre, le sale esclave inéducable. Il n'est pas question de rire (sauf après), tout cela est profond, sacré, immémorial. Nelly est sérieuse. Je suis sérieux. Notre histoire remonte le temps, se perd dans la préhistoire, depuis les cavernes jusqu'aux salles de bains. Nelly, à ce moment-là, cuisses ouvertes, seins dehors, est splendide, noire, hiératique, grande déesse et prêtresse de l'autre rive. Elle arrête brusquement sa lecture, éteint la lampe, change de voix, tombe dans les mots maudits, m'embresse avidement, s'effondre. On reprend pied dans l'ombre avec un fou rire. Les morts sont contents. »

mercredi 15 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

SOLLERS ET LES FEMMES
Page 60 :
« Il n'y a pas que Ludi dans ma vie, il y a aussi des passions discrètes. Pour l'instant, j'en compte neuf : cinq consommées, stables et tournantes, quatre en attente. Pas de double vie, mais vie redoublée. Pour les exercices spirituels, Nelly est ma préférée. »

J'aurais bien aimé faire comme lui. Hélas, ce n'est pas pour moi.
Je suis plutôt beau garçon mais aussi handicapé des relations humaines, émotif, timide, sentimental, qui a fait de son mieux pour se soigner mais qui est finalement resté assez proche de ce qu'il était.
On est comme on est. Et on naît comme on naît aussi. De plus, je ne sais pas mentir, ce qui n'est pas pratique pour envisager des relations avec plusieurs femmes.

NELLY
« Elle est philosophe, c'est le couvent d'aujourd'hui. Je doute qu'ait jamais existé une putain plus délicate, une dévote plus décalée. C'est une bourgeoise brune, jolie, la peau douce et blanche, ironique, reservée, violente, avec quelque chose dans le regard qui appelle aussitôt l'attention. »

NELLY + PHILO
Page 60 :
« De vraies études de philo, une thèse hyper sérieuse sur Héraclite, elle connaît à fond le district. Celui du grand Autrefois, comme celui de nos temps confus et moroses. De l'Antiquité à nos jours, de Platon à Dupont, du grec au sabir, de la dialectique au décousu propagande, comme qui dirait de saint Augustin au curé sportif, de Moïse au rabbin de famille, du Prophète au recteur de mosquée locale. »

PHILOSOPHIE PRATIQUE, SEXE
« Nelly, en bonne carmélite mystique, est vite dégoûtée par le clergé universitaire et intellectuel, elle bascule, en me rencontrant, dans la philosophie pratique. Elle quitte les séminaires pour entrer au boudoir. Elle passe de sa clôture aux rendez-vous programmés du vice. De la vertu au vice, on le savait, il n'y a qu'un pas, mais le pas du vice à la vertu, c'est nouveau, excitant, un saut par-dessus l'abîme. Nelly, en effet, garde toute sa lucidité, sa pudeur, sa rigueur. Elle renforce aussi son horreur de la vulgarité générale. L'obscénité, soit, la faute de goût, non. Elle s'habille très bien, est parfois cliente chez Ludi (mais ne sait pas que je la connais, pas plus que Ludi ne pourrait imaginer que je la vois en cachette), a de beau bijoux de famille, ressemble à un personnage de Stendhal égaré dans un roman populiste ou américain. Elle est à la fois mode tranquille et complètement démodée, contemporaine et farouchement archaïque. Très frigide avant moi, précise depuis. »

PHILOSOPHIE
Page 62 :
« Elle croyait abandonner le rituel catholique de son enfance (déjà en miettes) pour la lumière philosophique : elle n'a trouvé que prétention vide, bavardage, bouillie. Elle a quand même fait l'esprit fort, s'est baladée dans la contestation et la déconstruction, apris acte de la restauration, mais n'a aucune envie de rentrer à la maison, à la cuisine, dans la chambre des enfants, d'adhérer aux associations humanitaires, de relire la Bible ou le Coran, de porter la perruque ou le voile. Elle a lu tous les livres, elle connaît tout ça et tout ça, mais a fini par se demander pourquoi ça la laissait aussi insensible que la supposée existence de Dieu, la rumeur de sa mort, les grandes causes sociales, l'altermondialisation, les succès d'argent, le rock, le pop, la techno, la coke, l'ecstasy, les partouzes, l'échangisme, ou tout bêtement l'alcool. Elle aime les fleurs, la soie, le silence. Elle trouve soudain une satisfaction dans la dégoûtante sexualité. C'est une surprise, elle frémit, elle se pince. »

« Désenchantée... » dirait mon amie Mylène Farmer.

mardi 14 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

SOLLERS CONTINUE DE CITER NIETZSCHE
Page 56 :
« A-t-on su entendre ma définition de l'amour ? C'est la seule qui soit digne d'un philosophe. L'amour – dans ses moyens, la guerre ; dans son principe, la haine mortelle des sexe... »

Pas très gai tout ça...
Ma définition : échange (de diverses choses).
(C'est un pur hasard si cette citation arrive un jour de Saint-Valentin.)

NIETZSCHE A DU MAL AVEC LES HUMAINS
Page 57 :
" On ne s'étonnera donc pas que M.N. prenne sa plume en douce et écrive : « Le subtil mépris est à notre goût, il est notre privilège et notre art, peut-être notre vertu, à nous autres, modernes parmi les modernes... Nous qui sommes sans crainte, nous les hommes plus spirituels de cette époque, nous connaissons assez bien notre avantage, du fait de notre esprit supérieur, pour vivre justement dans l'insouciance par rapport à ce temps. Il ne nous semble pas probable qu'on nous décapite, que l'on nous enferme, que l'on nous bannisse, nos livres ne seront même pas interdits et brûlés. L'époque aime l'esprit, elle nous aime, quand même nous lui donnerions à entendre que nous sommes des artiste dans le mépris ; que tout rapport avec les hommes nous cause un léger effroi ; que malgré notre douceur, notre patience, notre affabilité, notre politesse, nous ne saurions persuader notre nez d'abandonner l'aversion qu'il pour le voisinage des hommes ; que moins la nature est humaine, plus nous l'aimons ; que nous aimons l'art quand il est la fuite de l'artiste devant l'homme, ou le persiflage de l'artiste sur l'homme, ou le persiflage de l'artiste sur lui-même... » "

Je n'aime pas le mépris, même subtil. Suis d'accord, par contre, avec le léger effroi, puisque je le ressens. C'est vrai que les humains sont souvent moches, désolants et fatiguants, mais comme ils sont parfois l'inverse, ça compense un peu...

SOLLERS S'EXPRIME ENSUITE
Page 58 :
« M.N. S'arrête. Il sait bien que l'époque n'aime pas l'esprit ; qu'elle déteste ceux qui vivent dans l'insouciance ; que ses livres ne seront ni interdits ni brûlés, mais tout simplement ignorés et noyés ; qu'il ne sera ni décapité, ni enfermé, ni banni, mais tout simplement tenu à l'écart ; que tout le monde, aujourd'hui, se croit artiste sauf lui ; qu'il ne ressent plus le moindre mépris mais une immense indifférence, comme s'il était entré dans l'abîme du futur, dans quelque chose de terrifiant, notamment dans sa béatitude ; qu'il n'aura désormais sous les yeux qu'une espèce amoindrie, presque risible, un animal grégaire, quelque chose de bienveillant, de maladif et de médiocre, l'Européen d'aujourd'hui... »

Sollers imagine Nietzsche à notre époque, mais il parle de lui-même.
Je le trouve, comme je l'ai déjà écrit, « plombant ». Comme si l'humain n'avait pas toujours été plus ou moins ce qu'il est... Comme si nous n'avions pas toujours été plus ou moins ce que nous sommes...
Indifférence, abîme du futur, espèce amoindrie, Européen malade, médiocre...
Il nous couve une déprime ?

lundi 13 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

NIETZSCHE ISOLE ENTRE SA MERE ET SA SOEUR
UN « JE » JOYEUX, OPTIMISTE, COLLECTIF ET COURAGEUX
Page 45 :
" Plus de femmes, donc plus de société, donc retour dément à la mère, puis à la soeur. Cette dernière connaît le spectacle, trafique son image et ses papiers, le replonge dans le baquet wagnérien, offre sa canne à Hitler, la falsification l'excite en tout bien tout honneur, elle s'agite, elle disparaît, pendant que les phrases de son frère persistent, traversent les années, provoquent des tonnes de commentaires passionnés, indignés, érudits, et arrivent jusqu'ici comme si elles venaient d'être écrites. Voyez, l'encre est toujours fraîche : « La clarté du matin ne brille-t-elle pas autour de nous ? Ne sommes-nous pas entourés d'une verte et molle pelouse, le royaume de la danse ? Y eut-il une meilleure heure pour être joyeux ? » Ou bien, à Gênes, en 1882 : « Je vis encore, je pense encore : il faut que je vive, car il faut encore que je pense. » Qu'importe ici qui dit je ? La pensée et la vie seront toujours dites à la première personne. Mais ce je est multiple, c'est aussi un nous : « Nous autres oiseaux nés libres. » Ou bien : « Où que nous allions, tout devient libre et ensoleillé autour de nous. » "

Mon je est aussi un nous. C'est ce que je réponds à celles et ceux qui me traitent d'égoïste, de nombriliste. Ma vie est une expérience, une aventure destinée à l'épanouissement de mon je, à son bonheur (aussi pour lui éviter l'ennui, ce qui n'est pas négligeable...), mais le résultat de cette expérience, s'il s'avère valable - suffisamment intéressant - est bien sûr destiné au nous.

LUDI ET LE NARRATEUR
Page 48 :
" - Quel drôle de type tu es. Tu veux quoi ?
- La gloire.
- C'est-à-dire ?
- Avoir dit ce que personne n'a dit. La vraie vérité vraie. La clé des choses.
- Tu es vraiment fou, je t'adore. Tu fais quoi aujourd'hui ?
- Je travaille.
- Et ce soir ?
- Je travaille.
- A demain, alors ?
- A demain. "

VARIANTE
Page 49 :
" - Quel drôle de type tu es. Tu veux quoi ?
- Rien.
- C'est-à-dire ?
- Rien.
- Tu es vraiment fou, je t'adore. Tu fais quoi aujourd'hui ?
- Rien.
- Et ce soir ?
- Rien.
- A demain, alors ?
- A après-demain. "

A MOI MAINTENANT :
- Quel drôle de type tu es. Tu veux quoi ?
- Vivre, voir s'il est possible d'être heureux.
- C'est-à-dire ?
- Participer à la fabuleuse aventure de la vie, et plus particulièrement à celle de la pensée.
- Tu es vraiment fou, je t'adore. Tu fais quoi aujourd'hui ?
- Je travaille.
- Et ce soir ?
- Je travaille.
- A demain, alors ?
- A demain.

NIETZSCHE SOUFFLé ?
Page 51 :
« Nietzsche, avant de déraper de lui-même, a parfaitement vu la scène : « Les tempêtes sont un danger pour moi : aurai-je ma tempête qui me fera périr ? Ou bien m'éteindrai-je comme un flambeau qui n'attend pas d'être soufflé par la tempête, mais qui est fatigué et rassasié de lui-même, - un flambeau consumé ? Ou bien finirai-je par me souffler moi-même pour ne pas me consumer ? »

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