Journal de celui qui à force d'essayer d'être heureux est en train d'y parvenir

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vendredi 10 mars 2006

Philippe Sollers - Fin

Une vie divine

ETERNEL RETOUR
Page 468 :
« Une fois encore, l’éternel retour n’a rien d’idéal, d’abstrait, d’éternel exsangue, ce n’est pas non plus un projet, un programme, un « futur ». C’est , et toute la question est de savoir si vous êtes écrasé par ce là, ou pas. Comment le vivez-vous, dites-nous. »

Encore une fois, cela me fait penser au présent d’Aristippe de Cyrène.
Personnellement, à quarante ans, je le vis plutôt bien ce , mais je dois avouer que j’en ai un peu chié avant d’en arriver là (sans jeu de mots), et que je ne suis d’ailleurs pas encore complètement sûr d’y être arrivé. La vie étant tellement surprenante...

SOLLERS NOUS FAIT DE LA PUB, NOUS JUSTIFIE (EN CITANT NIETZSCHE)
Page 469 :
" « Les écrits cités, soigneusement et longuement interrogés, pourraient être utilisés comme moyens d’ouvrir, peut-être, l’accès à la compréhension d’un type encore plus élevé et plus difficile que ne l’est même le type de l’esprit libre. » Pas « peut-être », sûrement. "

Ce serait merveilleux !

GRANDE POLITIQUE
Page 500 :
" Car enfin, soyons sérieux : c’est avec M.N., et avec personne d’autre, qu’on entre enfin dans la grande politique.
Il s’en explique dans Pourquoi je suis destin :

« Lorsque la vérité entrera en lutte avec le mensonge millénaire, nous aurons des ébranlements comme il n’y en eut jamais, une convulsion de tremblements de terre, un déplacement de montagnes et de vallées, tels qu’on en a jamais rêvé de pareils. L’idée de politique sera alors complètement intégrée à la lutte des esprits. Toutes les combinaisons de puissance de la vielle société auront sauté en l’air – car elles sont toutes assises sur le mensonge. Il y aura des guerres comme il n’y en eut jamais sur la terre. C’est seulement à partir de moi qu’il y a dans le monde une grande politique. » "

Déplacement de montagnes, catastrophes... Oui, nous aurons tout cela. Mais ce ne sera pas dû au mensonge, plutôt à un déséquilibre de la planète (auquel nous ne sommes pas étrangers d’ailleurs).
De grandes guerres ? Oui encore. A cause du déséquilibre des richesses.
La vieille société saute en l’air ? Joël de Rosnay est justement en train de me le confirmer.

SOLLERS REPREND LA PAROLE
« Un nouveau mensonge remplace l’ancien, et c’est toujours le même. La vérité ne « lutte » pas, elle constate. Mais qui va la dire ? Le prêtre, le philosophe, le savant, l’artiste, l’écrivain ? Tous ces rôles ont brusquement vieilli, on connaît leurs disques. Il faut que la vérité invente quelqu’un. Un professionnel du contre-mensonge. Un musicien inattendu de l’éternel retour. »

Nous allons tous la dire ensemble. (Joël de Rosnay me le dit.)

MERVEILLEUX SOLLERS
Page 522 :
« Un livre pour rien et pour personne. Un livre de l’esprit qui toujours dit oui. »

MOT DE LA FIN
Ecrit à Tunis le 1er février alors que j’en étais à la moitié du livre et que ce cher Philippe - probablement - commençait de me pomper l’air :

« Beaucoup de vide et de répétitions dans ces 500 pages. Néanmoins, toujours aussi agréable à lire. Sollers est un grand bonhomme de toute façon, il n’y a pas à en douter. Intelligent, talentueux, mais surtout : unique. »

Ai décidé de ne pas changer un mot de cette conclusion anticipée.

mardi 7 mars 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

STUDIO, CHAMBRE, TEMPLES DE LA PENSEE
Page 453 :
" A un moment de sa Généalogie de la morale, M.N. dit envier Héraclite, qui pouvait disposer, pour sa méditation, des portiques et des péristyles de l’immense temple de Diane (Artémis) à Ephèse. Pourquoi, demande-t-il, ne pouvons-nous pas disposer, nous, philosophes de l’avenir, de temples pareils ?
Mais il se reprend aussitôt : il a eu son temple pour penser, et c’est « ma plus belle chambre de travail de la piazza di San Marco, à condition que ce soit le printemps et le matin entre 10 heures et midi ». "

Moi, j’ai un studio merveilleux, un nid, un atelier d’artiste, à l’est de Paris.
Sollers a écrit un livre qui s’appelle Studio, qui parle un peu de ça, je crois. Il faudra que je le relise à l’occasion – quand Sollers me manquera.

L’ART, CONTACT AVEC LES DIEUX
Page 454 :
« Je connais cette chambre, ce printemps, ces heures. Pour l’instant, près du quai, j’écris ces lignes en attendant Ludi aux yeux de miel, tantôt profonds et voilés, tantôt noirs et lascifs. Elle téléphone : non, elle ne pourra pas tout à l’heure, on se retrouvera ce soir. Je m’enfonce donc dans mes lignes, ou plutôt dans la masse des révélations muettes qu’elles laissent passer. J’entends les bateaux, l’eau bat contre la pierre, je suis seul comme personne dans ce quartier.
Je lève les yeux, les mâts de bois brillent au soleil, les dieux sont là. »

Les lignes, la masse des révélations muettes qu’elles laissent passer. Tout l’art (la magie) des grands écrivains est là. Cela fait toute la différence avec les autres.

AMOUR
Page 460 :
« Tout s’explique, aujourd’hui, il suffit de suivre le guide. Voici une charmante chimpanzée blonde à cheveux courts, sourire et dentition très blanche, mâchoire énergique, qui vous expose le fonctionnement chimique de l’amour :

« Le comportement amoureux est né afin d’assurer la reproduction de l’espèce. Pour survivre, le bébé humain a besoin de deux parents, de deux protecteurs, pendant une période de trois ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il sache marcher et puisse cueillir un fruit pour se nourrir, échapper à un prédateur. Le seul phénomène qui puisse obliger deux parents à rester ensemble pour assurer la survie de leur enfant, c’est la dépendance l’un de l’autre qui correspond à la toute première phase de l’amour. »

Bon dieu, mais c’est bien sûr, et voilà pourquoi l’amour ne dure que trois ans, sauf production ultérieure d’ocytocine, un neurorégulateur qui vous régule sans que vous vous en doutiez. »

Sollers croit aux bêtises de Beigbeder et de son livre : L’amour dure trois ans.

OCYTOCINE
Page 461 :
" « Quand un couple s’embrasse, se caresse, fait l’amour, mais aussi lorsqu’il parle, échange des idées ou rit, il y a libération d’ocytocine, hormone du lien et du bien-être, que le cerveau sécrète à volonté. Cela stimule le système immunitaire et ralentit le cœur. Avec l’ocytocine, un couple dure. C’est un peu une paire de lunettes roses qui nous fait voir la vie avec bonheur. » "

Avec Emilie, on fait peu l’amour en ce moment, voire pas du tout. Cependant, elle est heureuse et je suis heureux. Je suppose que nous baignons dans l’ocytocine.

NIETZSCHE + OCYTOCINE
Page 462 :
« M.N., ce n’est rien, on va vous réguler. Vous avez juste un petit stress passager. Vous travaillez trop, vous écrivez trop, vous pensez trop, votre santé en souffre, vous risquez un cataclysme mental. En réalité vous voulez sans le vouloir de l’harmonie hormonale, de l’hormonie, et ce n’est pas cette pauvre Lou qui pouvait vous l’offrir avec ses scènes stupides. Son ocytocine ne fonctionnait pas pour vous, voilà tout. Venez pas ici, laissez-vous soigner et doser, vous verrez un jour ou l’autre M.N. délivré de vous-même, aplani, pacifié, bouddhisé, normal. Votre éternel retour n’est qu’un retour d’âge. Votre fantasme de Dionysos à la fois bouc et dieu est pénible. Vous voulez dormir sans insomnies torturantes ? Voici. Eviter les migraines épuisantes et les douleurs oculaires ? Voici. Trouver la petite ocytocine porcine qui vous ira comme un gant ? Voici. Devenir enfin un bon humaniste démocrate comme un bon faux Grec éclairé du 19e siècle, sans poésie excessive ni tragédie ? Voici.

Peut-être que Nietzsche ne serait pas devenu fou, qu’il ne se serait pas coupé du monde s’il avait pensé aussi, un peu, à l’ocytocine ?

lundi 6 mars 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

NIETZSCHE POETE A TURIN
Page 431 :
" On est en avril 1888, l’année décisive. (...)

« Par beau temps, il souffle ici une brise exquise, légère, capricieuse, qui donne des ailes aux pensées les plus pesantes. » "

Donnons des ailes à nos pesantes pensées, soyons légers...

NIETZSCHE ET SOLLERS, LE TEMPS QU’IL FAIT
ART
IL FAUT PERCEVOIR AUTREMENT CE QU’ON APPELLE LA VIE
« Cela peut paraître secondaire ou insignifiant, mais la sensibilité au temps qu’il fait est devenue, chez M.N., d’une acuité extrême. Il lève le nez au moindre souffle, c’est un marin d’altitude. La pluie, la neige, la brume, les vents, la lune comme ci ou comme ça, la position des étoiles et de son étoile (Zarathoustra veut dire « étoile d’or »), les arbres, les fleurs – tout cela roule en lui et agit sur lui, il n’est nullement spectateur mais acteur. Il en vient tout naturellement à penser qu’il est pour quelque chose dans l’organisation des paysages. Il se sent les moduler, les teinter, les éclairer, les éteindre. C’est un art nouveau et spécial, très différent de ce qu’on a appelé jusqu’ici « l’art » :

« L’art comme seule force de résistance à toute volonté de nier la vie... L’art comme activité métaphysique et l’existence. »

Ce qui veut dire : à chaque instant fonctionne une volonté de nier la vie, oui, oui, à chaque instant, minute par minute. L’obsession du contre-art est fanatique et constante. Il faut donc nier cette volonté de négation de façon négative, la dissoudre dans un élément qui la divise et l’égare. Il faut percevoir autrement ce qu’on appelle la vie. Le temps qu’il fait, oui, quel qu’il soit, voilà un allié, et c’est d’ailleurs ce que M.N., à l’automne, veut dire, en s’extasiant sans arrêt sur le soleil, les arbres explosant en jaunes, le ciel et le fleuve bleu tendre, les raisins de la plus brune douceur :

« J’ai révisé toutes les idées que j’avais sur le compte du "beau temps". »

Et au diable, donc, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, souffrent de la réalité :

« Souffrir de la réalité veut dire être une réalité manquée. »

On comprend mieux la réflexion d’un des amis de M.N., qui note, pendant cette période, que celui-ci semble se mouvoir " dans une atmosphère d’indescriptible étrangeté, comme s’il venait d’une région que personne n’habite ". »

Il faut percevoir autrement ce qu’on appelle la vie... Je n’arrête pas de le répéter.
Et au diable tous ceux qui souffrent de la réalité !
Qu’ils changent !
(De façon de penser essentiellement.)

Je me sens très sollersien et nietzschéen ce soir.

dimanche 5 mars 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

SADE N’AIME PAS SA BELLE-MERE
Page 415 :
" « Je voudrais aller si loin, si loin de cette odieuse créature qu’il devienne impossible à l’air même d’apporter jusqu’à moi les globules de celui qu’elle respire. »

(A-t-on jamais mieux écrit ?) "

Sollers est persuadé que Sade écrit merveilleusement. Pas moi.

SADE N’AIME PAS LA PRISON
Page 416 :
« En un mot, c’est un enfer, et il est impossible d’imaginer à quel point l’injustice, la vilenie, l’espionnage, le tatillonnage, l’infamie, et toutes les autres vertus qui caractérisent les imbéciles et les traîtres, y sont à leur empire. »

Là, rien à dire, et je dirais même que c’est bien envoyé. (Pour ma part, histoire de tatillonner un peu, j’aurais mis « tatillonnage » après « infamie ».)

ARMEE DES OMBRES - SOLLERS OPTIMISTE
Page 422 :
« Tout le monde, aujourd’hui, se fout des livres essentiels ? Parfait, leur règne recommence dans l’ombre, ou plutôt commence : pattes de colombe, rosée, souffles, comble du discret... La formule « Ainsi parlait Zarathoustra » vient du sanscrit « iti vutta kam », « ainsi parlait le saint ». Il y a, ces jours-ci, mes renseignements sont formels, douze saints terroristes à l’œuvre. C’est amplement suffisant, puisqu’ils sont beaucoup mieux que des saints. »

MERVEILLEUX COMPLIMENT
" Nelly, gentiment :
« Vous comprenez, avec vous, c’est différent. Même si on ne parle de rien, on parle de quelque chose. » "

J’aimerais beaucoup qu’Emilie me dise un truc pareil.

vendredi 3 mars 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

NOUVELLE RELIGION
Page 405 :
« On ne quitte donc pas l’idéal ascétique, c’est-à-dire ce que M.N. a depuis longtemps diagnostiqué comme désir d’anéantissement. Une nouvelle religion se cherche à travers la décomposition des autres ? C’est probable. »

Les grands esprits se rencontrent ?

ARISTOCRATIE
Page 406 :
« En réalité, nous retrouvons là, toujours elle, la plèbe, dont l’ennemi du genre humain et la rancune sacerdotale viscérale ont tôt fait d’orienter l’inlassable animosité. Une aristocratie apparaît, domine, édicte ses lois, impose ses goûts, et puis elle pâlit, elle s’effrite, succombe au milieu des mélanges. Et ça recommence.
Une nouvelle noblesse est nécessaire, pense M.N., une noblesse qui ne doive rien à la généalogie ni à la richesse. Une noblesse du tout petit nombre. Une noblesse d’esprit dans un monde sans esprit. »

Voilà pourquoi j’aime Sollers : il me fait penser à des choses auxquelles je n’avais jamais encore pensé ; exemple, cette histoire d’aristocratie et de plèbe, et de cycle... Cependant, je ne me sens pas noble pour deux sous.

NIETZSCHE VISIONNAIRE
Page 407 :
" Elle (la nouvelle noblesse, la noblesse du petit nombre, la noblesse d’esprit) démasque la volonté d’anéantissement qui préfère vouloir le néant que ne rien vouloir. Elle est animée, elle, par une volonté de vérité devenue consciente d’elle-même. Elle prend acte de la mort de la morale, c’est-à-dire du « spectacle grandiose en cent actes réservé pour les deux prochains siècles à l’histoire européenne, spectacle terrifiant entre tous, le plus douteux, et peut-être aussi le plus porteur d’espoir ». "

SOLLERS OPTIMISTE
« Histoire européenne veut désormais dire histoire mondiale. Spectacle en cent actes ? Nous sommes à peine au quatrième. Terrifiant entre tous ? On l’a vu, à travers des massacres inouïs. Douteux ? C’est le moins que l’on puisse dire. Porteur d’espoir ? Mais oui, du plus bel espoir. »

Je suis optimiste moi-aussi, malgré les massacres à venir.

PAS GENTIL POUR LES SAVANTS (NI JUSTE), SOLLERS ASPIRé A NOUVEAU PAR UNE VISION NEGATIVE ? (OU DEJA VIEUX ?)
« Cette nouvelle noblesse ne peut être ni religieuse, ni philosophique, ni artistique, ni scientifique. Prêtres et philosophes c’est vu. Artistes, la prostitution est générale (sauvons quand même quelques exécutants musicaux). Savants, malgré la nécessité absolue de la science, il y a un problème : leur position est souvent un « refuge », « le manque d’un grand amour », une « tempérance forcée ». « Les savants sont des gens qui souffrent sans vouloir s’avouer ce qu’ils sont, qui s’étourdissent, se fuient eux-même, et n’ont qu’une crainte : prendre conscience de ce qu’ils sont. » (Ici, galerie de portraits de savants à commencer par Einstein et Freud.) »

La « nouvelle noblesse » sera peut-être issue de domaines bien différents les uns des autres...
Richard Branson par exemple, aperçu il n’y a pas si longtemps chez Ardisson, est selon moi l’un de ces « nobles ». Pas parce qu’il a été anobli par la Reine et s’appelle désormais Sir Richard Branson, mais parce qu’il n’est pas seulement un homme d’affaire selon moi (c’est ce que j’ai ressenti.) Je le verrais plutôt comme un être vivant, un créateur, un grand enfant intelligent et talentueux. (Son regard est simple et lumineux - ce qui est rare.) Un homme qui s’est trouvé ? un homme en accord ? en harmonie avec le grand tout ? Possible. Je pense qu’il fait partie de ceux qui nous montrent le chemin.

NIETZSCHE POUR CONCLURE
Page 408 :
« Nous sommes autre chose que des savants, bien qu’il soit inévitable que nous soyons aussi des savants. »

Je suis de ceux-là. Si je ne me trompe pas sur moi-même, cela va de soi.

mercredi 1 mars 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

BON MOT
Page 361 :
« Est révolutionnaire, finalement, le geste qui ouvre le temps. Réactionnaire, celui qui le ferme. »

L’OISEAU NIETZSCHE
Page 363 :
" Le 14 juillet 1884 de l’ancien calendrier, soit près de quatre ans avant l’ère du Salut, Méta von Salis rencontre M.N. à Zurich :

« Il se nommait, très caractéristiquement, alcyonien, et les moments passées ensemble furent en effet alcyoniens, de nature à répandre sur le restant de ma vie leur reflet doré. » "

Probablement un interlocuteur agréable... (et profond).

NIETZSCHE, CONTENT DE LUI, ECRIT A UN DE CES AMIS
Page 364 :
« Ma doctrine selon laquelle le monde du bien et du mal n’est qu’un monde d’apparence et de perspective constitue une telle innovation que j’en perds quelquefois l’ouïe et la vue. »

LE DEBUT DE LA MALADIE ?
Page 365 :
« Resa vient le voir à Sils, et il lui fait le coup de la visite du rocher de Zarathoustra au bord du lac de Silvaplana. Il lui parle de la rapidité incompréhensible avec laquelle il a écrit ce livre. Est-ce qu’elle comprend pourquoi ? Bien sûr que non, mais elle le décrit, un matin, hagard et livide, se plaignant d’avoir des hallucinations dès qu’il ferme les yeux pour dormir :

« Une profusion de fleurs fantastiques se nouant et s’entrelaçant dans un perpétuel jaillissement, surgissant l’une de l’autre dans un ballet de formes et de couleurs d’une exotique luxuriance. » « Je n’ai pas une minute de répit » lui dit-il. Et il ajoute : « Est-ce que ce n’est pas là un signe de folie naissante ? Mon père est mort d’une maladie cérébrale. »

Cette indication a son importance, puisque la version familiale officielle, répétée par sa soeur Elisabeth, est que le père pasteur est mort après une chute accidentelle. Elisabeth, elle, n’a pas peur de devenir folle : elle l’est froidement et naturellement. »

ATTENTION A L’AUTO-MEDICATION
Page 366 :
" Autre indication : M.N., à l’époque, se fait à lui-même des ordonnances qu’il signe Dr N. Il s’étonne que les pharmaciens obtempèrent et que personne ne lui demande jamais s’il est vraiment médecin. Donc, il a l’air d’un médecin. Il achète ainsi du chloral hydraté et peut-être d’autres substances qu’il avale avec des bières anglaises, stout and pale ale. Etrange docteur, on dit qu’il écrit. "

SOLLERS NIETZSCHEEN
Page 369 :
" La pensée n’est pas un dîner de gala, le combat spirituel est aussi brutal que la bataille des hommes, et aucun Dieu n’est là pour assurer la justice. "

Je trouve ça plutôt beau.

lundi 27 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

UN BON MOT
Page 305 :
« Ou plutôt la radio : encore du Wagner, avant un musicien finlandais d'un ennui sibérien ».

Un musicien finlandais d'un ennui sibérien !
Cela me plaît beaucoup.

PATIENCE (NIETZSCHE)
Page 311 :
« celui qui se trouve capable d'attendre surpasse toutes les performances et les réussites ».

NOUVELLE PHILOSOPHIE
Page 317 :
« Quant à évoluer par-delà Bien et Mal, généalogies et idoles de tous les temps, dans une expérience passant par le plus de « femme » possible, c'est une autre histoire, et on la trouve ici. Pour le coup, on peut parler de nouvelle philosophie, de toute nouvelle poésie, et même de nouveau roman philosophique. Cette révélation aura pris du temps. La voici. »

Sollers essaie de me piquer ma place...
Je veux bien lui laisser la nouvelle poésie, le roman philosophique, mais pas la nouvelle philosophie.
Je vais le surveiller de près.

NOUVELLE RELIGION, GRACE A NIETZSCHE ET A SOLLERS
Page 323 :
« En somme, la question n'est pas de savoir ce qu'on pense ou non du christianisme, mais de se demander pourquoi il a marché (plus de deux mille ans, c'est quand même une référence). L'expérience a eu lieu, vouloir l'éradiquer, on l'a vu, conduit au pire. Conclusion, on peut procéder à une translation.
C'est ici une correction de vol, effectuée dans les années 113-117 de la nouvelle ère.

Nouvelle philosophie, nouvelle religion, il veut vraiment me piquer ma place !
Cependant, je suis d'accord : procédons à une translation.
(Sachez seulement que nous sommes nombreux à nous retrousser les manches pour cela, pas seulement Nietzsche et Sollers, très nombreux...)

RIMBAUD ILLUMINé
Page 340 :
« je vois que la nature n'est qu'un spectacle de bonté. »

Il n'a pas dû bien regarder...

« je vais dévoiler tous les mystères : mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. »

Sollers a de drôles de potes...

SOLLERS, NIETZSCHE ET RIMBAUD
Page 341 :
" Ce que M.N. appelle « le génie du coeur » (Dionysos), l'autre le nomme « le coeur merveilleux ». "

Nietzsche et Rimbaud la main dans la main - et tous les deux dans la main de Sollers qui s'en sert de boussole...

IL COPIE TOUT, LE SALAUD !
Page 342 :
« Vous avez bien lu : dans des voyages métaphysiques. C'en est un ici. »

Je m'en fous. Le mien (de voyage) est ma vie elle-même, pas seulement un livre.

ETERNEL RETOUR
Page 346 :
« M.N., l'Antéchrist, apporte une formidable et excellente nouvelle. Encore quelques millénaires, et le tour sera joué.

Des millénaires ? Mais oui, ici, tout de suite. Vous êtes donc immortel ? Non. Eternel ? Non plus. Ces vieilles conceptions sentent leur vieux calendrier falsifié. L'éternel retour est tout autre chose. Ici, tout de suite, oui. Là, maintenant, oui. Pas de fuite pour plus tard, au-delà, pas de plans sur la comète du temps, pas de subterfuge monétaire, psychique ou génétique. Pas dans le temps, le temps. Mais vous serez mort ! C'est vous qui le dites.
M.N. est à nouveau seul dans un jardin. Il fait très beau. Il esquisse son petit pas de danse connu de lui seul. Le bleu du ciel lui répond. Les fleurs jaillissent d'un seul coup ensemble. »

L'éternel retour, cela me fait penser au temps présent d'Aristippe (de Cyrène), en plus compliqué, à l'occidental, à la Sollers ; rien d'extraordinaire là-dedans.

vendredi 24 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

NIETZSCHE SE SURESTIME
Page 243 :
« Je suis de force à modifier le calendrier. »

Le début de la folie ?

« Si cette idée est vraie, ou plutôt si on la croit vraie, tout sera bouleversé, et toutes les valeurs passées seront dévaluées. »

Sûr qu'il aura joué son rôle dans les bouleversements qui nous attendent. Probable, comme le laisse entendre Sollers, que l'on se souviendra de lui à ce moment-là.

NIETZSCHE ET DIONYSOS
Page 244 :
" « Tu me sembles avoir de noirs desseins, dis-je un jour au dieu Dionysos : à savoir détruire les hommes ? » - « Peut-être, répondit le dieu, mais de telle sorte que j'en tire quelque chose pour mon profit. » - « Quoi donc ? » demandai-je avec curiosité. - « Qui donc ? devrais-tu demander. » Ainsi parla Dionysos, puis se tut de la façon qui lui est propre, de sa façon tentatrice... Vous auriez dû le voir ! C'était au printemps, et tous les arbres étaient dans la jeunesse de leur sève. "

La vie (mon dieu à moi) détruira les hommes le jour où cela sera nécessaire. (Comme Dionysos : « à mon profit ».)

UN ORGASME ?
Page 256 :
« Ces révélations, par exemple. Tout à coup, dans un demi-sommeil, l'action fulgurante d'un big-bang, explosion, projection à une vitesse folle, chaos, cosmos, terre, existence, fusée tirée d'on ne sait où vers on ne sait où. Vitesse du son ? Non, bien plus. De la lumière ? Non, trop lente. C'est une propulsion instantanée à travers la matière, atomes et cellules, un coup de canon dans le vide, coup de semonce, coup de semence, avec pour seul résultat d'être là. Là, mais où ? Plus de . Trouée dans le où. Et voilà une grande certitude sans rien ni personne. C'est là, c'est peut-être moi. Je reprends mon crâne et ma forme habituelle et, en effet, c'est moi. »

LIBERTE
Page 258 :
« Eh bien, je décide. Et je l'écris. Et rien ni personne ne peut m'en empêcher. Et tout est parfait. Et tout est gratuit. »

Je ressens parfois cela depuis que je tiens mon blog philo, depuis que j'ai des lecteurs.

NIETZSCHE CONVAINCU DE SA MISSION, DE SON HISTOIRE
Page 274 :
« Mon histoire n'est pas seulement une histoire personnelle, je sers les intérêts d'hommes nombreux en vivant comme je vis. »

L'EPOQUE
Page 279 :
« Cette époque, dit encore M.N., est comme une femme malade : laissez-là simplement crier, se répandre en invectives, tempêter et briser tables et assiettes. »

CONSEIL
« Fuyons, mes amis, devant ce qui est ennuyeux, devant le ciel couvert, devant l'oie dandinante, devant l'épouse respectable, devant les vieilles filles mûrissantes qui écrivent et « pondent » des livres – la vie n'est-elle pas trop courte pour qu'on s'ennuie ? »

LA BELLE VIE
Page 292 :
« Alors, on peut être « à l'aise au milieu des hasards comme au milieu des flocons de neige ». »

Superbe.

ECRIRE
« On reste en alerte, on écrit pour ne pas s'encroûter, s'abrutir, dormir, tituber, parler comme tout le monde pour ne rien dire, correspondre au temps, se veiller. Je me rêve, je me veille, je me rerêve et je me réveille. »

Sollers, poète et penseur.

jeudi 23 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

ECRIRE AGIT
Page 229 :
« Ecrire agit, propulse dans une autre dimension, et la publication, même sans aucun retentissement, agit cette action. »

J'aime vivre dans une autre dimension : rêvasser, écrire une ou deux lignes de commentaire ; et pour la publication, je confirme : même dans un simple blog, ça agit.

SOLLERS CITE NIETZSCHE ENCORE
Page 230 :
« Quiconque a jamais bâti un « nouveau ciel », de quelque époque que ce soit, n'a trouvé la puissance à cela que dans son propre enfer. »

INSTINCT (NIETZSCHE ET SOLLERS)
" « Tout ce qui est bon sort de l'instinct – et c'est par conséquent léger, nécessaire, libre » (formule qu'aucun prêtre ou prêtre masqué philosophe n'acceptera jamais). "

NIETZSCHE + LE ROI LION (LE CYCLE DE LA VIE)
Page 234 :
« L'histoire future : cette pensée triomphera toujours plus – et ceux qui n'y croient pas devront finalement, selon leur nature, disparaître ! Seul subsistera celui qui considère que son existence est apte à la répétition éternelle : pour des êtres pareils, un mode de vie est possible auquel aucun utopiste n'a encore pensé. »

« Répétion éternelle », le fonctionnement même de la vie ? Accepter cette répétition ? Accepter notre retour à la poussière ? notre retour en tant que matière à la vie, au Grand Bordel duquel nous sommes issus ?

AH, AH !
Page 235 :
« D'ailleurs plus personne ne lit depuis longtemps, M.N. ! Ah, ah ! »

« Ah, ah ! » Je soupçonne Sollers d'avoir emprunté cette expression à Vincent Ravalec (qui l'utilise souvent et avec brio, qui est aussi un très bon écrivain, même si depuis quelques années, parti dans des histoires de sorcellerie, il devient parfois difficile à suivre), à moins que ce ne soit Vincent qui l'ait empruntée à Bukowski (qui dit parfois aussi : oh, oh !)

SOLLERS BOURGEOIS ET PRECIEUX
Page 238 :
« Il n'y a pourtant, dans cette chambre, que l'imperceptible bruissement d'une plume d'or sur du papier velouté. »

UN SUPERBE PORTRAIT (NIETZSCHE)
Page 239 :
« Quand j'essaie de m'imaginer le portrait d'un lecteur parfait, cela donne toujours un monstre de courage et de curiosité, et en outre quelque chose de souple, de rusé, de prudent, un aventurier et un explorateur-né. »

Souple, rusé, prudent... explorateur, aventurier...
Cela me plaît beaucoup.
On devrait tous lire de cette façon.

mardi 21 février 2006

Philippe Sollers

Une vie divine

ENCORE UN VISION NEGATIVE DES CHOSES
Page 218 :
« Les papiers de M.N., on le sait, ont été trafiqués après son effondrement. La mère veillait, la soeur surveillait, les amis étaient plus ou moins en veilleuse. Rien de plus instructif que les aménagements ou les censures qui ont visé son ultime chef-d'oeuvre, Ecce homo. Le sous-tire, on s'en souvient, est Comment on devient ce que l'on est. Bizarre formule, qui conjugue à l'envers être et devenir. (...) Il faut traverser une multitude de situations ou d'événements qu'on n'est pas. On ne devient pas forcément ce qu'on est. Les fausses directions abondent. Voilà pourquoi la plupart des humains deviennent ce qu'ils ne sont pas. Ils sont violemment encouragés dans ce sens par l'illusionnisme familial et social à travers les âges. »

On pourrait aussi dire que la plupart des humains manquent de courage pour devenir ce qu'ils sont, ou bien qu'ils se trompent sur qui ils sont, ce qui ramène la responsabilité à l'individu et non à la société. Et s'ils n'ont pas eu ce courage - ou cette audace - ou s'ils l'ont eu et que ce dernier les a amenés ailleurs que là où ils croyaient aller, peut-être que malgré tout ils sont devenus ce qu'ils sont. Tout ça n'est que vison de l'esprit, croyance, impossible d'être objectif sur le sujet. (Un sujet parfait à développer pour celles et ceux qui aiment se faire des noeuds dans la tête.)

NIETZSCHE, SA MERE ET SA SOEUR
Page 219 :
" En devenant ce qu'il est (et qui, pour lui, doit se répéter éternellement), M.N. trouve sur son chemin une objection terrifiante : sa vertigineuse pensée d'abîme (l'éternel retour) implique aussi le retour de sa mère et de sa soeur, qu'il traite directement de « canailles » et de « venimeuses vermines » :
« La manière dont, jusqu'à l'instant présent, ma mère et ma soeur me traitent, m'inspire une indicible horreur : c'est une véritable machine infernale qui est à l'oeuvre, et cherche avec une infaillible sûreté le moment où l'on peut me blesser le plus cruellement – dans mes plus hauts moments... car aucune force ne permet alors de se défendre de cette venimeuse vermine... » "

J'ai bien fait de mettre les miennes à distance.

CONFIRMATION QUE SOLLERS N'EST PAS GAI, ASSEZ PROCHE DE CIORAN FINALEMENT
Page 224 :
« J'ai repris mes dérives sans but dans Paris, quartiers par quartiers, boulevards, avenues, quais, rues, impasses. Deux ou trois heures pour rien, le jour, la nuit. Je prends un autobus, je descends n'importe où, je vais de son départ à son arrivée à travers la ville. J'observe les voyageurs, les filles, les mères de famille, les garçons, les étrangers, les enfants, les vieux. J'aime les endroits déserts, une joie sourde les habite dans la misère. Je me retrouve ensuite sous ma lampe rouge, lisant M.N. :

« Il pourrait venir un jour un tyran qui se rendrait maître de la plèbe et noierait le temps dans des eaux peu profondes. »

Le tyran est désormais invisible, partout, nulle part. Le temps est noyé, pas de doute. La plèbe dort, c'est encore ce qui peut lui arriver de mieux. »

SOLLERS N'AIME PAS LES PHILOSOPHES D'AUJOURD'HUI
Page 227 :
« Des philosophes ? Il y en avait encore récemment, paraît-il, et voici un recueil qui le prouve. On peut voir leurs photos. Ca dit tout. Quelques tronches campagnardes vicieusement honnêtes, une série de cadres dans une entreprise de pharmacie ou d'humanitarisme mondial, des silhouettes morales, l'horrible habillage du Bien aseptisé avec sa grimace forcée habituelle. Quelques-uns essaient de faire compliqué, mais le but est le Bien, aucun doute. On ne les voit pas assis au coin des rues avec une pancarte « Pour penser », ce serait pourtant drôle, ces deux pancartes côte à côte, « Pour penser », « Pour vivre ». On comparerait les recettes en fin de journée pour avoir une idée plus précise de la solidarité ambiante. Après tout, il n'y a pas que les tremblements de terre, les raz-de-marée, les réfugiés, les forçats de la faim, les damnés de la terre. On pourrait aussi ajouter d'autres pancartes : « Pour éviter des révoltes », ou bien : « Ma mort est aussi la vôtre », ou bien : « Faites-vous pardonner ». Que disent les philosophes ? Que la vie est dure, la pensée difficile, le visage de l'autre infini et sacré (pas celui du mendiant, là, sous leurs yeux, mais une image, la plus lointaine possible). Des généralités, toujours, et pas drôles. On sent chez eux, comme a osé le dire M.N., « une débilité intestinale et une neurasthénie fatalement inhérente aux prêtres de tous les temps ». Ce nouveau clergé a eu son heure de puissance et de gloire. Lui aussi est en cours de disparition digérée. »

Nietzsche et Sollers y vont fort : « débilité intestinale » !
Cela me fait rire.

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