être vivant

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jeudi 21 mai 2009

Sollers et Walter Benjamin, beaux propos sur l’art de la citation

Les voyageurs du temps, page 234 :

« Les arriérés d’aujourd’hui, consommateurs colonisés de la bouillie littéraire anglo-saxonne, croient qu’on fait des citations pour briller, remplir la page, s’épargner un effort, alors qu’il s’agit d’un art très ancien et très difficile. Les écrits essentiels en sont pleins, le Talmud, par exemple. Le subtil Walter Benjamin, expérimentateur de haschisch et auteur d’un « principe du montage dans l’Histoire », le définit ainsi :

« Les citations, dans mon travail, sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes, et dépouillent le promeneur de ses convictions. » »

J’ai trouvé la comparaison superbe.

Sollers m’a fait rire lui aussi, mais pas de la même façon

D’une façon plus ironique.

Les voyageurs du temps, page 213 :

« Mais quel est le courageux écrivain, déjà, qui a commencé un gros roman rapide, vers la fin du 20e siècle, par cet énorme blasphème de plus en plus actuel :
« Le monde appartient aux femmes.
C'est-à-dire à la mort.
Là-dessus, tout le monde ment » ? »

Il m’a fait rire parce qu’il aurait pu parler de Femmes plus simplement.

lundi 18 mai 2009

Céline m’a fait rire

Sollers parle de lui dans Les voyageurs du temps.

Page 209 :

« Céline, en 1948, en exil au Danemark où il vient de passer 18 mois en prison dans le quartier des condamnés à mort, a la vison d’une « planète de fous homicides ». »

Page 210, après une introduction, il le cite. C’est cette citation qui m’a fait rire :

« Là-dessus, il reçoit des lettres sentimentales et vaguement jalouses de son amie Marie Canavaggia (qu’il aurait, dit-il, vite « déjalousée » autrefois en l’emmenant en partouze), et cela lui inspire cette lettre du 4 octobre 1948 :

« Chère Marie –

Je vous embrasse et n’en parlons plus – Tout ce cafouillage sentimental m’écœure, de vous, de tous, de toutes… Je n’ai qu’à en foutre bon dieu ! Je voudrais vous voir dans ma peau et mon état si vous iriez perdre une seconde à ces balivernes ! Une bite au cul la belle affaire ! Et bouffer depuis 5 ans du ciel ? Et pourtant pas lourd ! et dans ce climat horrible… et ne pas retomber en prison ! ah comme deux ans de prison vous feraient du bien, vous simplifieraient une fois pour toutes ! vous guérirait de cette manie d’arguties et de mots ! et de mandolines !

« Ramassez toute cette brocaille ! Que voulez-vous qu’un bagnard foute de votre guitare ! Je vous aime bien, mais pas dans cet infernal babillage autour du cul ! du cœur ! enfin de ce que vous voulez ! Soyez simple et sérieuse – Vous n’avez jamais même pressenti l’horreur de l’état dans lequel nous nous trouvons ! Vous n’avez pas d’imagination. Quand je serai retourné (si j’y retourne jamais) chez les libres, alors vous me reparlerez de ces histoires raciniennes… Conneries pures… Je serai redevenu con comme tous les gens libres – Mais dans le moment, elles me sont en horreur – »

Plus bas, page 211, c’est encore Céline qui parle :

« Priez le diable pour moi, il va plus vite que le Bon Dieu ! Tout le prouve. »

samedi 16 mai 2009

Le corps d’enfance et la frappe des mots sont tout

Une phrase de Rimbaud, qui m’a plu, pêchée dans Les Voyageurs du temps, de Sollers, page 201 :

« Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée ».

Et, si vous voulez la citation en entier, la voici :

« Je me souviens des heures d’argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées. - Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée. – Exilé ici, j’ai eu une scène où jouer les chefs-d’œuvre dramatiques de toutes les littératures. »

A la fin du chapitre, page 202, Sollers précise :

« Il ne raconte pas une expérience, il est cette expérience, moment, lieu et formule. Le produit pris est secondaire. Le corps d’enfance et la frappe des mots sont tout. »

Cela me plaît beaucoup. Je me sens concerné.

samedi 18 avril 2009

Une belle phrase de Sollers

Un morceau de phrase plutôt, qui m'a parlé.

Les voyageurs du temps

Page 127

« Le passé fleurit comme l’avenir du présent ».

lundi 26 janvier 2009

Les Voyageurs du Temps

STYLE

Page 37

« Il connaît comme personne ses classiques, (…), mais il aime encore plus les grands espaces de paix nerveuse qu’on trouve dans le style, quel qu’en soit l’auteur. »

Les grands espaces de paix nerveuse…

Cela fait aussi partie de mon travail, de ma recherche...

mercredi 14 janvier 2009

LES VOYAGEURS DU TEMPS

SON CORPS PARLE

Page 11

« Il me dit que c’est lui, rien d’autre, qui a toujours pris les décisions, choisi les orientations, les situations. Les maladies, les douleurs ? C’est lui. Les dépressions, les crises, les pertes, les oublis ? Lui encore. Les détentes, les joies, les plaisirs ? Toujours lui. Je ne suis à toi, dit mon corps, mais à moi. Comment as-tu pu me faire ça ? Et ça ? Et puis ça ?
« Il me parle sèchement, mon corps. Ta main, insiste-t-il, est la mienne. Si tu respires à fond, tu me trouveras tout au fond. Tu ne contrôles quand même pas tes poumons, ton cœur, ta circulation, tes os, tes cellules ? Laisse-moi faire comme j’ai toujours fait, ne me trouble pas, ne me gêne pas. »

Si tu respires à fond, tu me trouveras tout au fond.

Laisse-moi faire comme j’ai toujours fait, ne me trouble pas, ne me gêne pas.

Ne me gêne pas.

samedi 28 juillet 2007

Les Lettres de Sophie, Portrait du Joueur

Vendredi, en fin d'après-midi

Suis tombé par hasard, en me promenant sur le net, chez Bruno, sur les Lettres de Sophie. Un article en première ligne sur le site dédié à Philippe Sollers : Pileface.com.

C'est très intéressant. Et cela m'a rappelé de bons souvenirs, car ces lettres sont issues d'un des livres de Sollers que je préfère : Portrait du joueur.

Vous pouvez aussi lire le livre ! qui est plus qu'intéressant lui aussi.

mercredi 24 janvier 2007

Sollers et Cioran

Voici ce que j'ai envoyé à Pileface.com - site destiné à Philippe Sollers :

SOLLERS UNIVERSITAIRE ?

CIORAN
CAHIERS 1957-1972
Page 497 et 498 :
10 avril 1967
« La crétinisation par la philosophie – phénomène nouveau en France. Jusqu’à présent l’Allemagne seule paraissait en avoir le privilège. »

« Je tombe sur le livre de Foucault Les mots et les choses, que je n’ai nulle envie de lire, sur une phrase où il met sur le même plan Hölderlin, Nietzsche et Heidegger. Seul un universitaire pouvait commettre une telle faute de lèse-génie. Heidegger, un prof à côté de Nietzsche et de Hölderlin ! Cela me rappelle ce critique qui s’est permis d’écrire : « de Leopardi à Sartre » - comme si de l’un à l’autre il pouvait y avoir la moindre filiation. Un poète, un esprit suprêmement vrai d’un côté, un faiseur doué, mais faiseur, de l’autre. Ce genre de rapprochements, cette confusion des valeurs me mettent hors de moi. »

Sollers ne fait-il pas le même rapprochement (Hölderlin, Nietzsche et Heidegger) dans ses Illuminations ?

mercredi 7 juin 2006

Philippe Sollers

(et celui-là, du 28 février 2006, est attaqué aussi)

Une vie divine

SOLLERS ET HOUELLEBECQ
Page 348 :
« Une fois à Paris, j'ai rendez-vous, en fin d'après-midi, au bar du Lutétia, avec mon vieil ami Daniel, cinéaste désormais mondialement célèbre, comme le prouve son dernier grand entretien dans Destroy. Il a l'air à la fois en pleine forme et très déprimé, résultat probable des tranquillisants et des somnifères qu'il absorbe à haute dose. Il bois des alexandras, parle peu, savoure le triomphe de son dernier film, La Vie éternelle (accueil mitigé en Asie, gros succès, en revanche, à Berlin, Madrid, San Francisco et Toulouse). Il glisse, les larmes aux yeux, sur la mort de son chien adoré, Trott, le seul grand amour de sa vie. Daniel est le type même du nihiliste actif et professionnel d'aujourd'hui, pornographe et sentimental. Il reste obsédé par la baise, frémit à la vue de la moindre jeune salope locale, a peur de vieillir, poursuit un rêve d'immortalité génétique, et a même donné son ADN, pour être cloné, à l'Eglise de la Vie Universelle (l'EVU), laquelle est partie à l'assaut des comptes en banque des déprimés du monde entier, tentés par le suicide et la réincarnation corporelle. La vie humaine, on le sait, n'est qu'une vallée de larmes, et la science en a établi la vérité fatale. La chair, pour finir, est triste, les livres sont inutiles, on ne peut fuir nulle part dans un horizon bouché, l'argent permet de vérifier tout cela, et le cinéma, lui-même inutile, l'exprime. Où sont passés Dieu, l'espoir d'une vie éternelle, toute la salade de jadis ? Les religions sont balayées, vous qui entrez laissez toute espérance, faites-vous prélever pour plus tard, mais sans garantie absolue, car il se pourrait bien que le vieux Dieu demi-mort irascible, qui a déjà confondu les langues au moment de la Tour de Babel, reprenne du poil de la bête, et utilise un jour des terroristes pour foutre le bordel dans les laboratoires, mélanger et brouiller les codes sinistres tarés du futur.

Daniel souffre, et il lui sera donc beaucoup pardonné socialement (c'est-à-dire fémininement), « à la chrétienne », comme d'habitude. Nous n'allons pas recommencer notre ancienne polémique vaseuse pour savoir s'il faut préférer Schopenhauer (lui) ou Nietzsche (moi). De toute façon, la question est réglée : Schopenhauer a vaincu, Nietzsche est définitivement marginal. Il me demande quand même si je crois à la vie éternelle, et il sait que je vais lui répondre bof, que c'est là encore un fantasme humain, trop humain, que l'éternel retour est tout autre chose, qu'il vaudrait mieux parler d'éternité vécue. Il me jette un drôle de regard, à la fois plombé, apeuré, vide. Je ne suis même pas digne d'être un chien, pense-t-il comme un banal humaniste, non, je ne suis même pas digne d'être un chien, et il n'a pas tort. Allez, encore un alexandra pour lui, un whisky pour moi, et basta. On ne parle même pas de l'objet du rendez-vous pris par son agent : une petite évaluation philosophique de son oeuvre, par mes soins, mais sous pseudonyme, dans une revue confidentielle et radicale, douze lecteurs pointus, un record. Il est vrai que la pige aurait été misérable. Il est vrai aussi que je n'en ai pas envie. J'ai été content de revoir Daniel, son courage et sa détestation provocatrice, glauque, drôle et fanatique du genre humain. Mais précisément : humain, trop humain... »

Je ne suis allé qu'une fois au Lutétia – j'habitais à côté à l'époque, rue Saint-Placide – le serveur m'a ignoré, puis regardé comme si j'étais un clochard, j'ai compris que ma place n'était pas ici, et je suis sorti. Ce devait être la nuit, il n'y avait pas un chat en tout cas. Je n'ai jamais fait d'autre tentative. Ce devait être la nuit, je devais être de retour de mon petit voyage rue des Canettes et rue Princesse... peut-être pas clochard finalement, peut-être que le serveur, très professionnellement, a tout simplement estimé que j'avais assez bu.

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