Journal de celui qui à force d'essayer d'être heureux est en train d'y parvenir

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jeudi 13 septembre 2007

Léautaud apprécie l’écriture de l’idole d’Henry Miller

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

23 Novembre 1903
Page 94 :
« Je viens de lire La Faim, de Knut Hamsun, acheté dix sous chez le bouquiniste en face de chez moi. J’en suis tout remué. Grand talent simple et dur. Un vrai livre. »

mardi 11 septembre 2007

Pas fait pour le couple non plus

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

25 Août 1903
Page 81 :
« Départ Bl… Elle va décidément vivre chez elle. J’ai été cette après-midi voir son appartement. C’est très bien. Seul de nouveau comme autrefois, avec ceci en plus, que je suis malade. A quoi bon cinq ans et demi de liaison, dont trois et demi de ménage. Enfin, depuis plus d’un mois qu’elle était à Vincennes, j’ai pu m’habitué un peu. Les soirées vagabondes, les dimanches pesants, toute l’affreuse vie que me créent mes incessants accès de fatigue, de goût à rien, de doute, vont recommencer. A quoi est-ce que je tiens, bien au fond, et quoi ou qui tient à moi ? N’y pas songer. La réponse serait peut-être : rien, et personne. Tâcher de vivre. J’ai trente et un ans passés. Quarante et un viendra bientôt, puis cinquante et un, puis peut-être soixante et un, puis il faudra s’en aller, quitter tout, tout, et pour quel toujours. Et il en sera de même pour elle, et deux êtres qui auront vécu si près, vieilliront séparés. Tout à l’heure, elle pleurait en embrassant Boule sur le lit. Pauvre femme, elle est aussi sensible que moi, aussi attachée, aussi tendre en cachette. Qu’elle est jolie quand elle est heureuse ! Je l’ai bien fait pleurer, et elle m’a aussi souvent fait de la peine. Allons, une croix sur tout cela. Tout à l’heure, rue Gay-Lussac, je la reconduisais, elle m’a fait la quitter comme si elle avait quelqu’un à voir.

Je dois noter, pour être vrai, ce ridicule : j’ai deux ou trois larmes en écrivant ceci. »

Tâcher de vivre…
Heureux si possible.

vendredi 7 septembre 2007

Léautaud commence à comprendre qu’il n’est pas fait pour le roman

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

15 Août 1903
Page 78 :
« Il n’y a décidément que moi, que ce qui m’est arrivé, que ce qui me touche, que j’aime ou recherche qui m’intéresse, et j’aurais certainement de la peine à inventer les bêtises nécessaires dans un roman. »

mercredi 5 septembre 2007

Marqueterie

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

14 Juillet 1903
Page 74 :
« Mon opinion depuis longtemps sur la littérature de Schwob. Au fond, très au fond, je n’y trouve aucun intérêt. C’est de la fabrication, de la marqueterie et je sens comment c’est fait et avec quoi. De vastes lectures, dans tous les genres, - des phrases et es idées notées sur fiches, - puis arrangement, combinaison de ces phrases et de ces idées classées par catégories, en un tout quelconque. Il n’y a à retenir qu’un art merveilleux, une adresse inimitable, une grande délicatesse dans l’art de choisir, un considérable savoir, mais, au fond, tout cela sent les vieux livres. C’est truqué au possible. Il n’en ressort qu’une intelligence exceptionnelle, un sens critique poussé à son dernier développement, ce qui, certes, est beaucoup. Il y a aussi des pages de critique, sur Meredith, sur Stevenson, sur Courteline, qui sont uniques. Schwob sait toujours dire, sur tous les sujets, une parole définitive, juste, exacte, mais dans ses livres, qui sont trop travaillés, aucune sensibilité ne paraît. Seule une impression d’étrange, de mystérieux, qui doit lui venir de Poe et de la fréquentation de Shakespeare.
Il faudra que je développe cela un jour. »

Inutile de développer. On a très bien compris.

mardi 4 septembre 2007

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

11 Juillet 1903
Page 74 :
« Il n’y a plus que des livres comme ceux de Stendhal et ceux de Nietzsche, - ces derniers si difficiles qu’ils me soient le plus souvent, - pour me mettre le cerveau en mouvement. »

samedi 25 août 2007

C'est si bon de rêver...

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

10 Juin 1903
Page 73 :
« Il y a des moments, trop fréquents, hélas ! où j’aime mieux rêver sur ce que j’ai à écrire ou sur ce que j’écrirais, que d’écrire. »

vendredi 24 août 2007

Léautaud se lance !

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

8 Avril 1903
Page 69 :
« Donné aujourd’hui ma démission à l’Etude Lemarquis pour la fin du mois. Je ne ris pas. Que va-t-il advenir de ce moi si peu hardi, si peu illusionné sur son propre compte, lancé en pleine littérature ? Mais s’y lancera-t-il vraiment, du reste ? »

On ne vit pas sans risque…

Et qui veut avoir une vie un peu épanouie, excitante, qui lui corresponde vraiment doit prendre des risques…

mercredi 22 août 2007

A un dîner chez les parents de Tinan, avec Albert - Henri Haug -, traducteur de Nietzsche

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

7 Avril 1903
Page 69 :
« Ce soir encore, je ne me suis guère amusé. Cela me fait pourtant plaisir de voir des gens, des lumières, d’entendre bavarder. Ah ! réussir ! Comment y arriver, si je m’ennuie autant partout, si partout je ne pense qu’à moi ? Toujours la même chose : rien ne m’étonne, ne me ravit, ni les choses, ni les gens, et je ne crois pas que ce soit parce que je m’en fais avant une trop grande imagination. J’étais comme cela quand j’étais enfant. J’arrive, je me mets dans un coin, et là je pense à moi, à mes affaires. Oui, c’est là le vrai : je ne pense qu’à moi. De plus, de quelque endroit qu’il s’agisse, de quelques gens aussi, en deux fois j’ai vu ce qu’est le premier et ce que valent les seconds. »

J’étais comme cela quand j’étais enfant.

mardi 21 août 2007

Humour noir

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

24 Février 1903
Page 65 :
« Ce matin, une dépêche de mon frère. Mon père ne va pas mieux. Il faut que je vienne. J’avais rendez-vous à cinq heures avec Vallette. En allant à la gare Saint-Lazare, je lui ai mis à la poste une carte postale :

Cher Monsieur,

Excusez-moi. Je ne pourrai pas venir ce soir. Il me faut retourner à Courbevoie. Mon père ne va pas mieux. Il va même plus mal. C’est la fin, certainement. Quelle singulière idée pour un mardi-gras de s’habiller en mort.
Cordialement à vous. »

samedi 18 août 2007

Parution du premier livre de Léautaud

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

18 Février 1903
Page 65 :
« Le Petit Ami a paru aux étalages des librairies cette après-midi, vers trois heures, environ trois exemplaires à chacun. La vue de cela n’est pas gaie, de ce livre que personne ne feuillette. Boulevard des Italiens, à la librairie Flammarion, un flâneur l’a pris, l’a ouvert, et lu en divers endroits, et l’a reposé.
Ce matin, a paru aussi Vérité, l’épais et lourd roman de Zola. Il en est déjà au quarante-et-unième mille.
Je ne suis jamais bien sûr d’avoir du talent. C’est même bien rare que je me sente quelque chose… Ce soir, en regardant tous ces étalages, je m’en sentais encore moins. Question grave : que pense le passant qui s’arrête, prend Le Petit Ami, le feuillette, le lit ça et là, et le repose ? »

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