être vivant

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mardi 2 février 2010

La mort de Proust

Journal littéraire - Paul Léautaud - 1922

"Lundi 11 décembre. - J'ai travaillé hier dimanche, toute la journée et jusqu'à minuit, à ma chronique dramatique pour la N.R.F. du 1er janvier. Ce matin, en arrivant au Mercure je trouve une lettre de Jacques Rivière m'informant que ce numéro, consacré entièrement à Marcel Proust, ne comprendra pas de Chronique dramatique. La mort de Marcel Proust me coûte ainsi 250 francs. C'est une jolie couronne."

samedi 11 avril 2009

Léautaud rattrapé par ses névroses, ses blessures d’enfance

Journal Littéraire Tome 1, page 673

Nous sommes en 1908. Il a 36 ans.

« Dimanche 11 octobre. – Je suis de plus en plus malade des nerfs. Le moindre bruit me fait souffrir. Chez moi, les angles des murs, des meubles, le coin d’une cheminée, la proximité d’un bouton de porte, du battant d’une fenêtre ouverte, me sont intolérables. C’est une douleur sous le front si vive que j’en grimace et qu’il faut que je quitte la place. La même chose couché. Pendant une demi-heure, l’obsession du mur devant moi ou derrière moi, selon que je lui fais face ou lui tourne le dos, et du bois de lit en haut de ma tête. Il me faut étendre les bras, comme pour me protéger, ou me couvrir la tête et le front de mes mains. J’ai toujours eu cela, plus ou moins. Depuis quelques années, ça devient un vrai supplice. »

lundi 9 mars 2009

Style

Journal Littéraire Tome 1 - Mercure de France

Page 651

(Nous sommes en 1908. Léautaud a 36 ans.)

« Dimanche 20 septembre.- Le voyage à Rouen m'a donné l'idée de relire Madame Bovary. Vallette m'a prêté son exemplaire. Je l’ai lu pendant ces derniers soirs. Eh ! bien, s’il faut être franc, cela ne me prend pas. Je ne me rappelle pas mon impression d’autrefois. Aujourd’hui, ce que je crois qui m’ennuie, c’est le style. Il y a vraiment trop là dedans l’amour de la forme. Il en résulte des longueurs infinies, à mon sens, quelque chose qui n’est pas vivant, ce que donne le style rapide, spontané, négligé un peu. Il y a aussi trop de détails sur un même objet. Flaubert ne dit pas : Cet homme avait une casquette. Il décrit au long la casquette. Ce qu’on appelle les beautés du style ne m’intéresse décidément pas. Je compare le style de Flaubert à du vernis, et je n’aime pas les choses vernis. Je ne sais pas ce que Flaubert pensait de Voltaire, mais Madame Bovary ne vaut pas Candide ou Zadig. Il y a dans tout Flaubert un manque d’abandon qui m’est profondément antipathique, je puis bien dire ce mot. »

lundi 22 octobre 2007

Léautaud au théâtre

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

Moréno, Sardou (de la même famille que notre Sardou ? dont les parents étaient comédiens ?) Sarah Bernhardt

14 Janvier 1904
Page 103 :
« Nous sommes ensuite montés dîner, au premier étage. J’étais à côté de Moréno. C’est une remarque que j’ai déjà faite, elle ne m’intimide pas du tout, effet que me font d’ordinaire les femmes. Cela tient certainement à ce qu’elle n’a aucune pose, que son esprit est naturel, sans aucun apprêt.
Elle joue dans La sorcière de Sardou. A neuf heures et demi, elle a été s’habiller, après nous avoir fait placer, Théry, Toulet et moi dans la salle, où nous avons vu les trois derniers tableaux, assommants au possible. Schwob était rentré sitôt après le dîner. Nous sommes allés voir Moréno dans sa loge. Elle joue une très vieille sorcière. Elle était grimée en conséquence et comme je la regardais sans cesse : « Cela me change, hein ? » - Mon Dieu ! je n’aime guère vous voir comme cela. – Ce n’est pas Sarah qui paraîtrait ainsi, dit Théry. – Oh ! rassurez-vous, répondit Moréno. Cela lui arrive aussi, … le matin ! »

lundi 17 septembre 2007

Qu’on est long avant d’oser être soi

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

5 Janvier 1904
Page 99 :
« Qu’on est long avant d’oser être soi. Ce n’est pas qu’on soit soi très tard, non, c’est bien ce que je dis, il faut beaucoup de temps avant de se décider à se montrer tel qu’on est, délivré du soucis de ce qui est admiré et qu’avant on cherchait naïvement à imiter, se forçant à le trouver bien, malgré la secrète différence que l’on sentait avec soi. »

jeudi 13 septembre 2007

Léautaud apprécie l’écriture de l’idole d’Henry Miller

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

23 Novembre 1903
Page 94 :
« Je viens de lire La Faim, de Knut Hamsun, acheté dix sous chez le bouquiniste en face de chez moi. J’en suis tout remué. Grand talent simple et dur. Un vrai livre. »

mardi 11 septembre 2007

Pas fait pour le couple non plus

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

25 Août 1903
Page 81 :
« Départ Bl… Elle va décidément vivre chez elle. J’ai été cette après-midi voir son appartement. C’est très bien. Seul de nouveau comme autrefois, avec ceci en plus, que je suis malade. A quoi bon cinq ans et demi de liaison, dont trois et demi de ménage. Enfin, depuis plus d’un mois qu’elle était à Vincennes, j’ai pu m’habitué un peu. Les soirées vagabondes, les dimanches pesants, toute l’affreuse vie que me créent mes incessants accès de fatigue, de goût à rien, de doute, vont recommencer. A quoi est-ce que je tiens, bien au fond, et quoi ou qui tient à moi ? N’y pas songer. La réponse serait peut-être : rien, et personne. Tâcher de vivre. J’ai trente et un ans passés. Quarante et un viendra bientôt, puis cinquante et un, puis peut-être soixante et un, puis il faudra s’en aller, quitter tout, tout, et pour quel toujours. Et il en sera de même pour elle, et deux êtres qui auront vécu si près, vieilliront séparés. Tout à l’heure, elle pleurait en embrassant Boule sur le lit. Pauvre femme, elle est aussi sensible que moi, aussi attachée, aussi tendre en cachette. Qu’elle est jolie quand elle est heureuse ! Je l’ai bien fait pleurer, et elle m’a aussi souvent fait de la peine. Allons, une croix sur tout cela. Tout à l’heure, rue Gay-Lussac, je la reconduisais, elle m’a fait la quitter comme si elle avait quelqu’un à voir.

Je dois noter, pour être vrai, ce ridicule : j’ai deux ou trois larmes en écrivant ceci. »

Tâcher de vivre…
Heureux si possible.

vendredi 7 septembre 2007

Léautaud commence à comprendre qu’il n’est pas fait pour le roman

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

15 Août 1903
Page 78 :
« Il n’y a décidément que moi, que ce qui m’est arrivé, que ce qui me touche, que j’aime ou recherche qui m’intéresse, et j’aurais certainement de la peine à inventer les bêtises nécessaires dans un roman. »

mercredi 5 septembre 2007

Marqueterie

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

14 Juillet 1903
Page 74 :
« Mon opinion depuis longtemps sur la littérature de Schwob. Au fond, très au fond, je n’y trouve aucun intérêt. C’est de la fabrication, de la marqueterie et je sens comment c’est fait et avec quoi. De vastes lectures, dans tous les genres, - des phrases et es idées notées sur fiches, - puis arrangement, combinaison de ces phrases et de ces idées classées par catégories, en un tout quelconque. Il n’y a à retenir qu’un art merveilleux, une adresse inimitable, une grande délicatesse dans l’art de choisir, un considérable savoir, mais, au fond, tout cela sent les vieux livres. C’est truqué au possible. Il n’en ressort qu’une intelligence exceptionnelle, un sens critique poussé à son dernier développement, ce qui, certes, est beaucoup. Il y a aussi des pages de critique, sur Meredith, sur Stevenson, sur Courteline, qui sont uniques. Schwob sait toujours dire, sur tous les sujets, une parole définitive, juste, exacte, mais dans ses livres, qui sont trop travaillés, aucune sensibilité ne paraît. Seule une impression d’étrange, de mystérieux, qui doit lui venir de Poe et de la fréquentation de Shakespeare.
Il faudra que je développe cela un jour. »

Inutile de développer. On a très bien compris.

mardi 4 septembre 2007

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

11 Juillet 1903
Page 74 :
« Il n’y a plus que des livres comme ceux de Stendhal et ceux de Nietzsche, - ces derniers si difficiles qu’ils me soient le plus souvent, - pour me mettre le cerveau en mouvement. »

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