être vivant

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vendredi 6 août 2010

Un jour triste et pluvieux

Paul Léautaud (1872-1956) - Journal littéraire (Tome I, novembre 1893 - juin 1928) - Mercure de France

Page 1681:

"Samedi 19 Décembre. - Il fait un temps affreux: la pluie, la neige, le jardin transformé en marécage. Il ne se passe pas soir que je pense à tous mes chéris enterrés là, à quelques pas de mes fenêtres, tous ces petits êtres délicieux, que j'ai tant embrassés, qui m'ont été une si charmante compagnie, mon Riquet, ma Minne, ma Lolotte, mon Boulot, mon boule, mon Chati, tant d'autres, et mes chiens: le Barbet, Span, Pataud, Loup, Nana, le cher petit Monkey. Je pleure presque en me les rappelant tous."

vendredi 2 juillet 2010

La maîtresse de Léautaud est soucieuse des apparences - Léautaud, lui, reste taquin

Paul Léautaud (1872-1956) - Journal littéraire (Tome I, novembre 1893 - juin 1928) - Mercure de France

La maîtresse de Léautaud est soucieuse des apparences

Nous sommes en 1924

Page 1432:

"Vendredi 22 Février. - Ma chère amie sait que je déjeune demain chez les époux Maurice Martin du Gard. Elle ne fait que me parler de mes maladresses de maintien, de mon manque d'éducation, de mon sans-gêne partout, de mon manque d'habitude du monde, en me recommandant de tâcher de ne pas faire rire de moi par derrière. Il est toujours amusant d'entendre ces gens qui sont férus d'éducation vous donner des conseils, et notamment les petits bourgeois du genre de ma chère amie et de son vieil époux. Quand on l'a entendu raconter que, lorsqu'elle était jeune et qu'elle allait au restaurant, elle mangeait soigneusement les plats jusqu'à la dernière bouchée, "ne voulant rien laisser de ce qu'elle payait", quand on la voit dire à ses invités le prix de ce qu'elle leur sert, quand on l'entend, quand nous allons manger à l'hôtel, soit à Préfailles, soit à Pornic, calculer ce que coûte chaque plat qu'on apporte, quand on l'entend considérer tout ce qui se trouve chez elle sous l'aspect de la valeur marchande, qu'il s'agisse même du moindre chromo - quand on le voit, lui, manger de la façon la plus répugnante, écrasant tout dans son assiette, la salissant jusqu'à l'extrême bord, se moucher et cracher à table en étalant tout grand son mouchoir, fumer en vous soufflant sa fumée en plein visage, se mettre à lire sur une table couverte de débris de pain, d'assiettes et de couverts sales, quand on l'entend parler sans cesse de son catarrhe et de sa constipation, quand on voit et entend cela de la part de tous les deux, on ne peut que rire de les voir se poser en professeurs de bienséance. Comme je l'ai dit souvent à ma chère amie: "Vous croyez donc que je ne suis jamais allé chez personne avant de venir profiter de vos belles manières. Je suis tout de même un peu sorti, vous savez, avant de vous connaître." Comme elle recommençait ce soir son couplet avant mon départ, je lui ai dit: "Parlez toujours, ma chère amie. Vous êtes fort drôle. Il y a tout de même des points de vue qui vous échappent." Elle s'est récriée que rien de lui échappe et qu'elle comprenait parfaitement. En réalité, elle ne soupçonnait pas un mot de ce que je voulait dire, à savoir ceci: que je suis tout de même pour Maurice Martin du Gard un aîné d'une certaine espèce et que cela agit sur nos rapports, que de plus il a probablement plus de fantaisie dans l'esprit et ne doit pas tout juger si protocolairement comme de petits bourgeois du modèle de ma chère amie, et qu'enfin, depuis le temps qu'il me connaît, rien ne l'obligeait, lui, comme sa femme, à m'inviter et qu'ils m'auraient laissé tranquille si j'étais si "choquant". Ma chère amie ne se doute pas, malgré toute sa bonne éducation, qu'elle commet quelque goujaterie à me parler comme elle fait dans des circonstances de cette sorte."

Léautaud taquin après un déjeuner s'est parfaitement déroulé

Page 1437:

"Quand je suis rentré, ma chère amie m'a demandé comment s'est passé mon déjeuner chez Martin du Gard. J'ai répondu: "Oh! pas très bien. - Comment cela? - Oui, je me suis mal tenu à table. Martin du Gard m'a fait des reproches. Je me suis moqué de lui. Il s'est fâché."

mercredi 30 juin 2010

Paul Fort à dévorer, Beaumarchais possédé par Folette

Paul Léautaud (1872-1956) - Journal littéraire (Tome I, novembre 1893 - juin 1928) - Mercure de France

Nous sommes en 1924

Page 1415:

"Mercredi 16 Janvier. - La petite Barbette est certainement toute jeune. Le jour qu'elle s'est échappée, elle avait mis en miette des papiers posés sur le petit bureau qui se trouve au milieu de mon cabinet de travail, où elle est enfermée seule. Ce matin en partant je lui ai laissé sur ce petit bureau deux volumes de Paul Fort à déchiqueter, si le besoin la prenait de recommencer.

Je me rappelais ce matin en chemin de fer, à propos de toute cette histoire, l'affection de Beaumarchais pour sa chienne Folette. Elle portait à son collier une médaille sur laquelle se lisait ceci: "Je m'appelle Folette. Beaumarchais m'appartient. Nous habitons tous les deux sur le boulevard." C'est beau comme tout comme trouvaille. Cela en dit long sur le coeur d'un homme."

mercredi 23 juin 2010

Chiens et chats

Paul Léautaud - Journal littéraire, Tome I, novembre 1893 - juin 1928 - Mercure de France

Page 1399:

"Dimanche 9 Décembre. - J'ai passé mon dimanche à faire le relevé de tous les chats recueillis qui ont passé chez moi. Y compris mon premier chat Boule, il est passé chez moi, depuis que je suis à Fontenay, 161 chats successivement. J'en ai actuellement 45. Pour les chiens, cela doit bien aller à 20, et j'en ai actuellement 8."

mardi 2 février 2010

La mort de Proust

Journal littéraire - Paul Léautaud - 1922

"Lundi 11 décembre. - J'ai travaillé hier dimanche, toute la journée et jusqu'à minuit, à ma chronique dramatique pour la N.R.F. du 1er janvier. Ce matin, en arrivant au Mercure je trouve une lettre de Jacques Rivière m'informant que ce numéro, consacré entièrement à Marcel Proust, ne comprendra pas de Chronique dramatique. La mort de Marcel Proust me coûte ainsi 250 francs. C'est une jolie couronne."

samedi 11 avril 2009

Léautaud rattrapé par ses névroses, ses blessures d’enfance

Journal Littéraire Tome 1, page 673

Nous sommes en 1908. Il a 36 ans.

« Dimanche 11 octobre. – Je suis de plus en plus malade des nerfs. Le moindre bruit me fait souffrir. Chez moi, les angles des murs, des meubles, le coin d’une cheminée, la proximité d’un bouton de porte, du battant d’une fenêtre ouverte, me sont intolérables. C’est une douleur sous le front si vive que j’en grimace et qu’il faut que je quitte la place. La même chose couché. Pendant une demi-heure, l’obsession du mur devant moi ou derrière moi, selon que je lui fais face ou lui tourne le dos, et du bois de lit en haut de ma tête. Il me faut étendre les bras, comme pour me protéger, ou me couvrir la tête et le front de mes mains. J’ai toujours eu cela, plus ou moins. Depuis quelques années, ça devient un vrai supplice. »

lundi 9 mars 2009

Style

Journal Littéraire Tome 1 - Mercure de France

Page 651

(Nous sommes en 1908. Léautaud a 36 ans.)

« Dimanche 20 septembre.- Le voyage à Rouen m'a donné l'idée de relire Madame Bovary. Vallette m'a prêté son exemplaire. Je l’ai lu pendant ces derniers soirs. Eh ! bien, s’il faut être franc, cela ne me prend pas. Je ne me rappelle pas mon impression d’autrefois. Aujourd’hui, ce que je crois qui m’ennuie, c’est le style. Il y a vraiment trop là dedans l’amour de la forme. Il en résulte des longueurs infinies, à mon sens, quelque chose qui n’est pas vivant, ce que donne le style rapide, spontané, négligé un peu. Il y a aussi trop de détails sur un même objet. Flaubert ne dit pas : Cet homme avait une casquette. Il décrit au long la casquette. Ce qu’on appelle les beautés du style ne m’intéresse décidément pas. Je compare le style de Flaubert à du vernis, et je n’aime pas les choses vernis. Je ne sais pas ce que Flaubert pensait de Voltaire, mais Madame Bovary ne vaut pas Candide ou Zadig. Il y a dans tout Flaubert un manque d’abandon qui m’est profondément antipathique, je puis bien dire ce mot. »

lundi 22 octobre 2007

Léautaud au théâtre

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

Moréno, Sardou (de la même famille que notre Sardou ? dont les parents étaient comédiens ?) Sarah Bernhardt

14 Janvier 1904
Page 103 :
« Nous sommes ensuite montés dîner, au premier étage. J’étais à côté de Moréno. C’est une remarque que j’ai déjà faite, elle ne m’intimide pas du tout, effet que me font d’ordinaire les femmes. Cela tient certainement à ce qu’elle n’a aucune pose, que son esprit est naturel, sans aucun apprêt.
Elle joue dans La sorcière de Sardou. A neuf heures et demi, elle a été s’habiller, après nous avoir fait placer, Théry, Toulet et moi dans la salle, où nous avons vu les trois derniers tableaux, assommants au possible. Schwob était rentré sitôt après le dîner. Nous sommes allés voir Moréno dans sa loge. Elle joue une très vieille sorcière. Elle était grimée en conséquence et comme je la regardais sans cesse : « Cela me change, hein ? » - Mon Dieu ! je n’aime guère vous voir comme cela. – Ce n’est pas Sarah qui paraîtrait ainsi, dit Théry. – Oh ! rassurez-vous, répondit Moréno. Cela lui arrive aussi, … le matin ! »

lundi 17 septembre 2007

Qu’on est long avant d’oser être soi

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

5 Janvier 1904
Page 99 :
« Qu’on est long avant d’oser être soi. Ce n’est pas qu’on soit soi très tard, non, c’est bien ce que je dis, il faut beaucoup de temps avant de se décider à se montrer tel qu’on est, délivré du soucis de ce qui est admiré et qu’avant on cherchait naïvement à imiter, se forçant à le trouver bien, malgré la secrète différence que l’on sentait avec soi. »

jeudi 13 septembre 2007

Léautaud apprécie l’écriture de l’idole d’Henry Miller

Paul Léautaud 1872 - 1956

Journal littéraire
Tome I : novembre 1893 – juin 1928

23 Novembre 1903
Page 94 :
« Je viens de lire La Faim, de Knut Hamsun, acheté dix sous chez le bouquiniste en face de chez moi. J’en suis tout remué. Grand talent simple et dur. Un vrai livre. »

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