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mardi 15 août 2006

Nietzsche - fin

LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)

IV – La science et la sagesse en conflit (1875)

« AVEC SOCRATE COMMENCENT LES VIRTUOSES DE LA VIE »
Page 148 :
« Souvent chez les Grecs une forme plus ancienne est une forme supérieure, par exemple le dithyrambe et la tragédie. Le danger pour les Grecs se tenait dans leur virtuosité en tout genre ; avec Socrate commencent les virtuoses de la vie, Socrate, le nouveau dithyrambe, la nouvelle tragédie, l’invention du rhéteur ! Le rhéteur est une invention grecque de l’époque tardive. Ils ont inventé la « forme en soi » (et aussi le philosophe qui y convient).
Comment faut-il comprendre le combat de Platon contre la rhétorique ? Il envie son influence. »

MERVEILLEUSE MISSION
« Ma tâche, d’une façon générale : montrer comment la vie, la philosophie et l’art peuvent avoir l’une envers l’autre une relation de profonde parenté, sans que la philosophie devienne plate ni la vie du philosophe mensongère. »

NIETZSCHE PAS ZEN
Page 149 :
« La fausse opposition de la vie pratique et de la vie contemplative est asiatique. Les Grecs comprenaient mieux les choses. »

UN MOYEN AGE SPIRITUEL ? DRÔLE ?
Page 151 :
« Les hommes sont devenus plus spirituels durant le Moyen Age : le calcul selon deux poids deux mesures, la subtilité de la conscience, l’interprétation de l’écriture en ont été les moyens. Cette façon d’aiguiser l’esprit sous la pression d’une hiérarchie et d’une théologie a manqué à l’Antiquité. Au contraire les Grecs ont été à l’inverse, sous le règne de la grande liberté de pensée, polythéistes et plats, on se mettait à volonté à croire et à ne plus croire. Il leur manque pour cela de prendre plaisir à la finesse du jeu de mots et de ce fait au genre de plaisanterie préféré des temps modernes. Les Grecs furent peu spirituels ; c’est pourquoi on a fait tant de cas de l’ironie de Socrate. Je trouve en cela Platon souvent quelque peu lourd. »

DE LA PRODUCTION DU GENIE
Page 155 :
« Etant donné l’état défavorable des cités grecques après les guerres des Perses, un certain nombre de conditions propices à la naissance et au développement de grandes individualités ont été détruites : c’est ainsi que la production du génie dépend sans contredit du destin des peuples. Car si les dispositions au génie sont très fréquentes, il est rare de voir réunies toutes les conditions les plus nécessaires.
Cette réforme des Hellènes, telle que je la rêve, serait devenue un terrain merveilleux pour la production des génies : comme il n’y en eut jamais. Ce serait à décrire. Là nous avons perdu quelque chose d’indicible. »

L’HOMME SIMPLIFIE, ANIMAL
« La nature hautement morale des Hellènes se montre dans son caractère de totalité et de simplicité ; en nous montrant l’homme simplifié, ils nous réjouissent comme le fait la vue des animaux. »

LE PHILOSOPHE
« L’effort des philosophes tend à comprendre ce que ses contemporains ne font que vivre. Tandis qu’ils interprètent pour eux-même leur existence et qu’ils comprennent ses dangers, en même temps ils donnent aussi à leur peuple le sens de son existence.
C’est une nouvelle image de l’univers que le philosophe veut poser à la place de l’image populaire. »

ET POUR FINIR, CET EXTRAIT D’UNE NOTE
Page 162 :
« Nietzsche montre que la science « s’élance alors irrésistiblement jusqu’à ses limites, où vient échouer et se briser son optimisme latent inhérent à la nature de la logique ». En effet, au-delà de l’explicable commence l’inexplicable, quand « l’homme théorique » parvient à ce point extrême « alors surgit devant lui la forme nouvelle de la connaissance, la connaissance tragique, dont il lui est impossible de supporter seulement l’aspect, sans la protection et le secours de l’art ». »

Ou de la religion !
Intéressons nous à cette « connaissance tragique »…

lundi 14 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)

IV – La science et la sagesse en conflit (1875)

SOCRATE ET NIETZSCHE
Page 144 :
« Socrate, simple aveu de ma part, m’est si proche que je suis en un perpétuel combat avec lui. »

Combat des chefs, comme chez les animaux, dominant-dominé ?

NIETZCHE A LA RECHERCHE DES PRESOCRATIQUES
« 1. Sous quelles couleurs le monde se montre-t-il à ces Grecs primitifs ?
2. Comment se comportent-ils avec les non-philosophes ?
3. C’est de leur personnalité que beaucoup de choses dépendent : deviner celle-ci est la raison de mon application à étudier leurs doctrines. »

EVITONS LE GRAVE ET LE MONOTONE
« Comment l’homme se cramponne à une poutre.
Il existe aussi une manière ironique et triste de raconter cette histoire. Je veux à tout prix éviter le ton gravement monotone. »

LE REVE CONTRE LE SERIEUX
Page 145 :
« Il est bizarre de tout prendre si sérieusement. Toute la philosophie la plus ancienne est comme un étrange labyrinthe que parcourt la raison. Il faut adopter un style de rêve ou de conte. »

CONTRE LE SERIEUX ENCORE
Page 146 :
« La fuite des meilleurs à l’écart du monde fut un grand malheur. A partir de Socrate : l’individu se prit trop au sérieux tout à coup. »

POURQUOI MICHEL ONFRAY ET SA CONTRE-HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE SONT IMPORTANTS
Page 147 :
« L’hellénisme affaibli, romanisé, devenu grossier et simple décor ; ensuite accepté comme civilisation de décor par le christianisme affaibli, qui y voit un allié ; répandu de force parmi les peuples non civilisés – telle est l’histoire de la civilisation occidentale. Le tour est joué, et réunis l’élément grec et l’élément clérical. »

REVE DE NIETZSCHE
« Je veux faire la somme de Schopenhauer, Wagner et de la Grèce archaïque : cela ouvre une perspective sur une civilisation magnifique. »

POUR LES PRESOCRATIQUES ET CONTRE LES POSTSOCRATIQUES
« Comparaison de la philosophie archaïque avec celle des postsocratiques.
1. La plus ancienne est apparentée à l’art, sa solution de l’énigme universelle s’est souvent laissée inspirer par l’art.
2. Elle n’est pas la négation de l’autre manière de vivre, mais comme une fleur rare, elle en sort ; elle en exprime les secrets (Théorie - pratique).
3. Elle n’est pas si individuelle-eudémono-logique : dénuée de l’infâme prétention au bonheur.
4. Ces philosophes archaïques eux-même montrent dans leur vie une sagesse supérieure et non pas la vertu froidement prudente. Leur genre de vie est plus riche et plus complexe, les socratiques simplifient et banalisent. »

vendredi 11 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)

III – Introduction théorique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (été 1873)

NIETZSCHE LE CUL ENTRE DEUX CHAISES AU SUJET DE LA VERITE
Page 134 :
« Sans non-vérité ni société ni civilisation. Le conflit tragique. Tout ce qui est bon et tout ce qui est beau dépend de l’illusion : la vérité tue – qui plus est, elle se tue elle-même (dans la mesure où elle reconnaît que son fondement est l’erreur). »

Nietzsche, comme la vérité, se serait tué lui-même ?

UNE BONNE PHILOSOPHIE : LA FOI EN LA VIE
Page 136 :
« Par là il est démontré que la foi en la logique et surtout la foi en la vie est nécessaire, que le domaine de la pensée est donc eudémonique. »

PAS TRES LOGIQUE MAIS INTERESSANT
Page 137 :
« Ce qu’il y a de plus vrai en ce monde : l’amour, la religion et l’art. Le premier, à travers toutes les dissimulations et toutes les mascarades, voit jusqu’au noyau de l’individu souffrant et compatit avec lui ; et le dernier, en tant qu’amour pratique, console la douleur en parlant d’un autre ordre du monde et en apprenant à mépriser celui-ci. Ce sont les trois puissances illogiques qui se reconnaissent comme telles. »

ART
Page 139 :
« Comme l’art est-il seul possible en tant que mensonge ?
Mon œil, fermé, voit en lui-même d’innombrables images changeantes – celles-ci sont le produit de l’imagination et je sais qu’elles ne correspondent pas à la réalité. Je ne crois donc en elles qu’en tant qu’images, non en tant que réalités.
Surfaces, formes. »

L’art, ces images, ne correspondent pas à la réalité, mais correspondent (dialoguent) avec la réalité, et c’est ce qui est important.

« L’art fait dériver sur une illusion – mais nous ne sommes pas trompés ».

jeudi 10 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)

III – Introduction théorique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (été 1873)

RATIONNEL OU INTUITIF ?
Page 132 :
« Il y a des époques où l’homme rationnel et l’homme intuitif se tiennent l’un à côté de l’autre, l’un dans la peur de l’intuition, l’autre dans le dédain de l’abstraction ; et le dernier est presque aussi irrationnel que le premier est sensible à l’art. Tous deux désirent dominer la vie : celui-ci en sachant affronter les besoins les plus importants par la prévoyance, la prudence, la régularité ; celui-là en tant que héros « trop joyeux », en ne voyant pas ces besoins et en ne prenant comme réelle que la vie déguisée en apparence et en beauté. Là où, peut-être comme dans la Grèce antique, l’homme intuitif dirige ses armes avec plus de force et plus victorieusement que son adversaire, une civilisation peut se former favorablement, la domination de l’art peut se fonder sur la vie : cette dissimulation, ce reniement de l’indigence, cet éclat des intuitions métaphoriques et surtout cette immédiateté de l’illusion accompagnent toutes les extériorisations d’une telle vie. Ni la maison, ni la démarche, ni le vêtement, ni la cruche d’argile ne trahissent que la nécessité les atteignît : il semble qu’en eux dût s’exprimer un bonheur sublime, une sérénité olympienne et en quelque sorte un jeu avec le sérieux. Tandis que l’homme conduit par les concepts et les abstractions n’en fait qu’une défense contre le malheur, sans même obtenir le bonheur à partir de ces abstractions, tandis qu’il aspire à être libéré le plus possible des souffrances, au contraire, posé au cœur d’une culture, l’homme intuitif récolte déjà, à partir de ses intuitions, à côté de la défense contre le mal, un éclairement au rayonnement continuel, un épanouissement, une rédemption. Il est vrai qu’il souffre plus violemment quand il souffre : il souffre même plus souvent parce qu’il ne s’entend pas à tirer des leçons de l’expérience, il retombe toujours dans l’ornière dans laquelle il est déjà tombé. Il est aussi déraisonnable dans la douleur que dans le bonheur, il crie fort et reste sans consolation. Au sein de la même disgrâce, combien est différent le stoïcien, instruit par l’expérience et se maîtrisant au moyen de concepts ! Lui qui ne cherche d’ordinaire que sincérité, vérité, liberté devant les illusions et protection contre les surprises trompeuses, il pose maintenant dans le malheur le chef-d’œuvre de la dissimulation, comme celui-là dans le bonheur ; il n’a pas un visage humain mobile et animé, mais porte en quelque sorte un masque aux traits dignement proportionnés, il ne crie pas et n’altère pas le son de sa voix : quand une juste nuée d’orage se déverse sur lui, il se cache dans son manteau et s’éloigne d’un pas lent sous l’averse. »

Beau morceau de littérature.

« Tous deux désirent dominer la vie ».

Folie que de vouloir dominer la vie !

« Un jeu avec le sérieux ».

Cela me convient mieux.

Pourquoi opposer le rationnel et l’intuitif ?

Je pense que l’on peut s’en faire (comme nous le faisons tous probablement) selon les circonstances, des alliers, en utilisant la meilleure part de notre côté intuitif quand il le faut et la meilleure part, quand il le faut aussi, de notre côté rationnel.

mercredi 9 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)

III – Introduction théorique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (été 1873)

NIETZSCHE A TOUT COMPRIS FINALEMENT ET NOUS ENCOURAGE A ALLER CHERCHER LA VERITE AU-DELA DE LA VERITE
Page 129 :
« A la construction des concepts travaille originellement, comme nous l’avons vu, le langage, et plus tard la science. Comme l’abeille travaille en même temps à construire les cellules et à remplir ces cellules de miel, ainsi la science travaille sans cesse à ce grand columbarium des concepts, au sépulcre des intuitions, et construit toujours de nouveaux et de plus hauts étages, elle façonne, nettoie, rénove les vieilles cellules, elle s’efforce surtout d’emplir ce colombage surélevé jusqu’au monstrueux et d’y ranger le monde empirique tout entier, c’est à dire le monde anthropomorphique. Alors que déjà l’homme d’action attache sa vie à la raison et aux concepts pour ne pas être emporté par le courant et ne pas se perdre lui-même, le savant construit sa cabane tout près de la tour de la science pour pouvoir y aider et pour trouver lui-même protection sous le bastion existant. Et il a besoin de cette protection, car il y a des puissances redoutables qui font continuellement pression sur lui et qui opposent à la « vérité » scientifique des « vérité » d’un tout autre genre aux enseignes les plus hétéroclites. »

Ainsi, on lui pardonne son obsession de La Vérité. Conscient que quelque chose doit évoluer - va évoluer - et notamment grâce à lui. En avance sur son temps.

L’humain attache sa vie à la raison et aux concepts (et à la croyance) pour ne pas être emporté par le courant, ne pas se perdre lui même.

Un jour, nous saurons nous laisser emporter (ou plutôt « porter ») sans pour autant nous perdre.

NIETZSCHE, L’INTELLECT LIBERE OU LE PENSEUR ARTISTE, INTUITIF
Page 131 :
« Mais l’homme lui-même a une tendance invincible à se laisser tromper et il est comme enchanté de bonheur lorsque le rhapsode lui raconte, comme s’ils étaient vrais, des contes épiques, ou bien lorsque l’acteur joue sur scène le rôle d’un roi d’une manière plus royale que ne le montre la réalité. »

Ce doit être ça qui l’énerve, ce doit être pour ça qu’il parle sans cesse de vérité.

« L’intellect, ce maître de la dissimulation, est libre et déchargé de son travail d’esclave aussi longtemps qu’il peut tromper sans préjudice et il célèbre alors ses saturnales. Jamais il n’est plus exubérant, plus riche, plus fier, plus agile ni plus téméraire : avec un plaisir créateur, il jette les métaphores pêle-mêle et déplace les bornes des abstractions, de sorte qu’il connote par exemple le courant comme le chemin mouvant qui porte l’homme là où il va d’ordinaire. Il a maintenant rejeté loin de lui le signe de la servitude : occupé d’ordinaire à la morne activité de montrer le chemin et les instruments à un pauvre individu qui aspire à l’existence et, comme un serviteur, tirant proie et butin pour son maître, il est maintenant devenu le maître et peut se permettre d’effacer de son visage l’expression de l’indigence. Tout ce qu’il fait désormais porte en soi, par comparaison avec son action passée, la dissimulation, comme son action antérieure portait en soi la distorsion. Il copie la vie humaine, la prend cependant pour une bonne chose et semble s’en montrer satisfait. Cette charpente et ces planches monstrueuses des concepts auxquels se cramponne le nécessiteux, sa vie durant, pour se sauver, n’est plus pour l’intellect libéré qu’un échafaudage et un jouet pour ses œuvres les plus audacieuses : et quand il le casse, le met en pièces, le recompose ironiquement en accouplant ce qui est le plus différent, en séparant ce qui est le plus proche, il manifeste qu’il n’a pas besoin de cet expédient de l’indigence et qu’il n’est pas conduit désormais par des concepts, mais par des intuitions. De ces intuitions, aucun chemin régulier ne mène au pays des schèmes fantomatiques, des abstractions : le mot n’est pas fait pour elles, l’homme devient muet quand il les voit, ou bien il ne parle que par métaphores interdites et par assemblages conceptuels inouïs pour répondre de manière créatrice, au moins par la destruction et la dérision des anciennes barrières conceptuelles, à l’impression de la puissante intuition du présent. »

mardi 8 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE (GF Flammarion)

III – Introduction théorique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (été 1873)

CONTRE LA PHILOSOPHIE COMPLIQUEE (MOI, PAS NIETZSCHE)
Page 125 :
« Il faut admirer l’homme pour ce qu’il est un puissant génie de l’architecture qui réussi à ériger, sur des fondements mouvants et en quelque sorte sur l’eau courante, un dôme conceptuel infiniment compliqué ».

Et si l’humain, et les philosophes parmi les humains, avaient toujours jusqu’à présent recherché la « solidité » ? En oubliant le côté mouvant, l’eau courante qu’est la vie ?

LA SUITE
« Pour son génie de l’architecture, l’homme s’élève loin au-dessus de l’abeille : celle-ci bâtit avec la cire qu’elle recueille dans la nature, lui avec la matière bien plus fragile des concepts qu’il doit ne fabriquer qu’à partir de lui-même. Il faut ici beaucoup l’admirer – mais non pour son instinct de vérité, ni pour la pure connaissance des choses. Si quelqu’un cache une chose derrière un buisson, la recherche à cet endroit précis et la trouve, il n’y a guère à louer dans cette recherche et cette découverte : il en va de même pourtant de la recherche et de la découverte de la « vérité » dans l’enceinte de la raison. Quand je donne la définition du mammifère et que je déclare, après avoir examiné un chameau, « voici un mammifère », une vérité a certes été mise au jour, mais elle est néanmoins de valeur limitée, je veux dire qu’elle est entièrement anthropomorphique et qu’elle ne contient pas un seul point qui soi « vrai en soi », réel et valable universellement, abstraction faite de l’homme. Celui qui cherche de telles vérités ne cherche au fond que la métamorphose du monde en les hommes, il aspire à une compréhension du monde en tant que chose humaine et obtient, dans le meilleur des cas, le sentiment d’une assimilation. »

Nous ne sommes que des humains, cher Nietzsche, et en tant que tels, il me semble normal que nous voyions le monde avec nos yeux, notre cœur, et notre cervelle d’humain.

Avec les mots « vérité », « pureté », « absolu », « vrai en soi », ce n’est plus en tant qu’humain que Nietzsche intervient, mais en tant que dieu…

NIETZSCHE CONSCIENT DE L’IMPASSE « LA VERITE »
Page 126 :
« Ce n’est que par l’oubli de ce monde primitif de métaphores, ce n’est que par le durcissement et le raidissement de ce qui était à l’origine une masse d’images surgissant, en un flot ardent, de la capacité originelle de l’imagination humaine, ce n’est que par la croyance invincible que ce soleil, cette fenêtre, cette table, est une vérité en soi, bref ce n’est que par le fait que l’homme s’oublie en tant que sujet, et ce en tant que sujet de la création artistique, qu’il vit avec quelque repos, quelque sécurité et quelque conséquence : s’il pouvait sortir un seul instant des murs du cachot de cette croyance, c’en serait aussitôt fait de sa « conscience de soi ». Il lui en coûte déjà assez de reconnaître que l’insecte et l’oiseau perçoivent un tout autre monde que celui de l’homme et que la question de savoir laquelle des deux perceptions du monde est la plus juste est une question tout à fait absurde, puisque pour y répondre on devrait déjà mesurer avec la perception juste, c’est à dire avec une mesure non existante. »

lundi 7 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE

III – Introduction théorique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (été 1873)

ACCROCHES A LA VIE COMME SUR LE DOS D’UN TIGRE

Page 117 :

« En quelque coin écarté de l’univers répandu dans le flamboiement d’innombrables systèmes solaires, il y eut une fois une étoile sur laquelle des animaux intelligents inventaires la connaissance. Ce fut la minute la plus arrogante et la plus mensongère de l’ « histoire universelle » : mais ce ne fut qu’une minute. A peine quelques soupirs de la nature et l’étoile se congela, les animaux intelligents durent mourir. – Telle est la fable que quelqu’un pourrait inventer, sans parvenir cependant à illustrer quelle exception lamentable, combien vague et fugitive, combien vaine et quelconque, l’intellect humain constitue au sein de la nature. Il y eu des éternités dans lesquelles il n’était pas ; et si de nouveau c’en est fait de lui, il ne se sera rien passé. Car il n’y a pas pour cet intellect une mission plus vaste qui dépasserait la vie humaine. Il n’est qu’humain et il n’y a que son possesseur et producteur pour le prendre aussi pathétiquement que si les pivots du monde tournaient en lui. Mais si nous pouvions nous entendre avec la mouche, nous conviendrions qu’elle aussi évolue dans l’air avec le même pathos et sent voler en elle le centre de ce monde. Il n’est rien de si mauvais ni de si insignifiant dans la nature qui, par un petit souffle de cette force du connaître, ne soit aussitôt gonflé comme une outre ; et de même que tout portefaix veut avoir son admirateur, ainsi l’homme le plus fier, le philosophe, entend bien avoir de toutes parts les yeux de l’univers braqués avec un télescope sur son action et sur sa pensée.
Il est remarquable que ce soit l’intellect qui produise cet état de fait alors qu’il n’a justement été donné aux êtres les plus infortunés, les plus délicats et les plus éphémères que pour les maintenir une minute dans l’existence ; c’est l’intellect, ce surplus, sans lequel ils auraient tout sujet de se sauver aussi vite que le fils de Lessing. Cet orgueil lié au connaître et au sentir, bandeau de nué posé sur les yeux et le sens des hommes, leur fait illusion quant à la valeur de l’existence en portant lui-même sur le connaître l’appréciation la plus flatteuse. Son effet le plus général est l’illusion, mais aussi les effets les plus particuliers portent en eux quelque chose du même caractère.
En tant qu’il est un moyen de conservation pour l’individu, l’intellect développe ses forces principales dans la dissimulation ; celle-ci est en effet le moyen par lequel les individus plus faibles, moins robustes, subsistent en tant que ceux à qui il est refusé de mener une lutte pour l’existence avec des cornes ou avec la mâchoire aiguë d’une bête de proie. Chez l’homme cet art de la dissimulation atteint son sommet : l’illusion, la flatterie, le mensonge et la tromperie, les commérages, les airs d’importance, le lustre d’emprunt, le port du masque, le voile de la convention, la comédie pour les autres et pour soi-même, bref le cirque perpétuel de la flatterie pour une flambée de vanité, y sont tellement la règle et la loi que presque rien n’est plus inconcevable que l’avènement d’un honnête et pur instinct de vérité parmi les hommes. Ils sont profondément plongés dans les illusions et les songes, leur œil ne fait que glisser à la surface des choses, il y voit des « formes », leur sensation ne conduit nulle part à la vérité, elle se contente seulement de recevoir des excitations et de jouer comme sur un clavier sur le dos des choses. En outre, une vie durant, l’homme se laisse tromper dans le rêve sans que son sens moral cherche jamais à l’en empêcher : alors qu’il doit y avoir des hommes qui, à force de volonté, ont supprimé le ronflement. Que sait à vrai dire l’homme de lui-même ? Et pourrait-il même se percevoir intégralement tel qu’il est, comme exposé dans une vitrine illuminée ? La nature ne lui cache-t-elle pas la plupart des choses, même sur son corps, afin de le retenir enfermé à l’écart des replis de ses boyaux, du courant rapide de son sang, des vibrations complexes de ses fibres, dans une conscience fière et chimérique ? Elle a jeté la clé : malheur à la curiosité fatale qui aimerait regarder par une fente bien loin hors de la chambre de la conscience et pressentirait alors que c’est sur ce qui est impitoyable, avide, insatiable, meurtrier, que repose l’homme dans l’indifférence de son ignorance, accroché au rêve comme sur le dos d’un tigre. D’où, par le monde, dans cette constellation pourrait venir l’instinct de vérité ! »

Il y eu des éternités dans lesquelles il n’était pas.

Si nous pouvions nous entendre avec la mouche...

L’intellect pour nous maintenir une minute dans l’existence.

La dissimulation : utile pour la vie, la survie.

L’avènement d’un honnête et pur instinct de vérité parmi les hommes.
Est-ce souhaitable ?
Est-ce possible ?

Et si les illusions et les songes (que Nietzsche n’aime pas trop) conduisaient tout de même à une forme de vérité ?

Que sait à vrai dire l’homme de lui-même ?
Pas grand-chose.

La nature ne lui cache-t-elle pas la plupart des choses, même sur son propre corps ?
La nature ne lui cache rien.
Elle est seulement un peu trop complexe pour nos petites têtes…

jeudi 3 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE

I - Le dernier philosophe – le philosophe. Considérations sur le conflit de l’art et de la connaissance (automne-hiver 1872)

NOTES POUR LA PREFACE

NIETZSCHE VA SE FAIRE DES AMIS…
158
« Je ne prends dans ce livre aucune considération des érudits contemporains et je donne ainsi l’impression de les compter au nombre des choses indifférentes. Mais si l’on veut réfléchir tranquillement aux choses sérieuses, on ne doit pas être dérangé par un spectacle répugnant. Je tourne maintenant à contrecœur les yeux vers eux pour leur dire qu’ils ne me sont pas indifférents mais que je souhaiterais volontiers qu’ils me le fussent. »

« Si l’on veut réfléchir tranquillement aux choses sérieuses, on ne doit pas être dérangé ». Ce serait pour cette raison que je ne vois personne ?

A CEUX QUI MERITENT D'ETRE INITIES A LA PHILOSOPHIE
159
« Je fais une tentative pour être utile à ceux qui méritent d’être initiés opportunément et sérieusement à l’étude de la philosophie. Que cette tentative réussisse ou non, je sais cependant trop bien qu’il faut la surpasser et je ne lui souhaite rien de plus, pour le bien de cette philosophie, que d’être imitée et surpassée. »

Surpassons, surpassons…

« A ceux-là, il faut conseiller, pour de bonnes raisons, de ne pas s’en remettre aux directives de quelques universitaires, philosophes de métier, mais de lire Platon. »

Méfions nous des universitaires, des philosophes de métier…
Mais pas de Michel Onfray ! qui nous apprend, justement, à remettre à sa juste place le grand Platon, à « déplatoniser » en quelque sorte notre histoire de la philosophie - un peu trop "chrétienne" selon MO.

« Ils doivent avant tout désapprendre toutes sortes de bourdes et devenir simples et naturels. »

Peut-être est-ce pour cela que j’ai décidé il y a longtemps de me "sous-cultiver", afin d'utiliser mon temps et mon énergie à d’autres choses : devenir simple et naturel par exemple, chercher (et éventuellement trouver) par moi-même.

« Danger de tomber en de mauvaises mains. »

Avec un peu de bon sens, on en sort, des mauvaises mains.

NIETZSCHE EN A
160
« Les philologues de ce temps se sont montrés indignes de pouvoir me compter des leurs, moi et mon livre : il manque de peu l’assurance que même en ce cas je m’en remette à eux pour savoir si oui ou non ils veulent apprendre quelque chose ; mais je ne me sens pas enclin à leur faire des avances de quelque façon que ce soit.
Ce qui s’intitule à présent philologie et que je n’indique à dessein que de façon neutre, pourrait cette fois encore négliger mon livre : car il est de nature virile et ne vaut rien pour les castrats. Il leur convient bien mieux de rester assis devant le métier à tisser la conjecture. »

Nietzsche de Nice…

NETZSCHE VEUT DE VRAIS LECTEURS
161
« A ceux qui ne veulent ressentir qu’une satisfaction d’érudit, je n’ai pas rendu la chose facile parce qu’au bout du compte, je ne comptais pas du tout sur eux. Les citations manquent. »

Nietzsche de Nice...

UN ANGE GLACIAL
164
« Je voulais traiter la question de la valeur de la connaissance comme un ange glacial qui perce tout le fatras. Sans être méchant mais aussi sans aménité. »

mercredi 2 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE

I - Le dernier philosophe – le philosophe. Considérations sur le conflit de l’art et de la connaissance (automne-hiver 1872)

PESSIMISME
137
« Notre science de la nature va à la ruine, vers la même fin que celle de la connaissance. »

PEUR DE LA SCIENCE, DES CONNAISSANCES ACCUMULEES ?
138
« Quand je parle de l’effroyable possibilité que la connaissance tende à la ruine, je suis moins disposé à faire un compliment à la génération présente : elle n’a rien en elle de telles tendances. Mais quand on voit la marche de la science depuis le XVe siècle, une telle puissance et une telle possibilité s’y manifestent sans aucun doute. »

NIETZSCHE ET SON OBSCESSION DE LA VERITE
149
« Le fait de connaître est seulement le fait de travailler sur les métaphores les plus agréées, c’est donc une façon d’imiter qui n’est plus sentie comme imitation. Il ne peut donc naturellement pas pénétrer dans le royaume de la vérité. »

Il aurait pu mettre des majuscules : Le Royaume de la Vérité. C’est presque religieux comme expression, et je n’aime pas ça, et je répète que sans cette obsession : la Vérité, l’Absolu… il ne se serait porté que mieux.

VERITE ET ABSOLU, ENCORE
150
Après une démonstration douteuse, c’est-à-dire que je ne l’ai pas trouvée si concluante, ni intéressante que cela, cette phrase :
« cette relation n’est pas la vrai relation absolue ».

Vous connaissez maintenant ma pensée sur cet aspect (cette quête) de Nietzsche que je n’aime pas, inutile de me répéter.

CONTRE L’ANTHROPOMORPHISME DE NOTRE PENSEE
151
« Le philosophe ne cherche pas la vérité mais la métamorphose du monde dans les hommes : il lutte pour la compréhension du monde avec la conscience de soi. Il lutte en vue d’une assimilation : il est satisfait quand il a réussi à poser quelque chose d’anthropomorphique. De même que l’astrologue voit l’univers au service des individus particuliers, de même le philosophe voit le monde comme étant un être humain. »

Heureusement, nous ne pensons plus comme cela de nos jours.

NEGATIF SUR SON EPOQUE
152
« Nous vivons et nous pensons au milieu des seuls effets de l’illogique, dans le non-savoir et le faux-savoir. »

Peu respectueux de la pensée de son époque, au point que sa phrase en devienne elle aussi « fausse ».

mardi 1 août 2006

Nietzsche

LE LIVRE DU PHILOSOPHE

I - Le dernier philosophe – le philosophe. Considérations sur le conflit de l’art et de la connaissance (automne-hiver 1872)

FOLIE ? POESIE ?
87
« Le dernier philosophe, c’est ainsi que je me nomme, car je suis le dernier homme. Personne ne me parle que moi seul et ma voix me parvient comme celle d’un mourant ! Avec toi, voix aimée, avec toi, dernier souffle du souvenir de tout bonheur humain, laisse-moi encore ce commerce d’une seule heure ; grâce à toi je donne le change à ma solitude et je pénètre dans le mensonge d’une multitude et d’un amour, car mon cœur répugne à croire que l’amour est mort, il ne supporte pas le frisson de la plus solitaire des solitudes et il m’oblige à parler comme si j’étais deux. »

Une trop grande solitude est dangereuse.

LA VERITE
91
« Combien la vérité importe aux hommes ! C’est la vie la plus haute et la plus pure possible que d’avoir la vérité dans la croyance. La croyance à la vérité est nécessaire à l’homme. »

La vérité, c’est comme la solitude, il ne faut pas en abuser.
Je dis cela parce que je pense que si Nietzsche avait tenu un peu moins à La Vérité, à L’Absolu, il ne se serait peut-être pas porté plus mal.

L’INFINI
120
« L’infinité est le fait initial originel : il faudrait seulement expliquer d’où vient le fini. Mais le point de vue du fini est purement sensible, c’est à dire illusion.
Comment peut-on oser parler d’une détermination de la terre !
Dans le temps infini et dans l’espace infini il n’y a pas de fins : ce qui est là est là éternellement, sous quelque forme que ce soit. Quel monde métaphysique il doit y avoir, il est impossible de le prévoir.
Sans aucun appui de cette sorte il faut que l’humanité puisse se tenir debout – tâche immense des artistes ! »

Nous allons y arriver.
Nous allons trouver les appuis nécessaires…

CONNAISSANCE
129
« Je ne demande pas quel est le but de la connaissance : elle s’est produite fortuitement, c’est-à-dire sans intention finale raisonnable. Comme une extension ou un durcissement et un raffermissement d’une manière de penser et d’agir nécessaire dans certains cas. »

Tout à fait d’accord : fortuitement, pour face à certains besoins, certaines situations, donc avec une intention finale raisonnable…

FOURMIS
135
« Je tiens pour faux de parler d’un but inconscient de l’humanité. Elle n’est pas un tout comme une fourmilière. Peut-être peut-on parler du but inconscient d’une cité, d’un peuple : mais quel sens cela a-t-il de parler du but inconscient de toutes les fourmilières de la terre ? »

Pour ma part, j’aime bien l’idée que l’humanité (l’ensemble des humains) soit comme une fourmilière, ou plutôt des fourmilières, cela va bien avec mon opinion selon laquelle nous sommes des animaux.
Quand au fameux but inconscient, il est simple encore une fois : la vie… la survie…

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