La possibilité d’une île
UNE BELLE PHRASE
Page 168 :
« J’ai connu les yeux qui se ferment, le rythme cardiaque qui s’interrompt sans altérer la paix profonde, animale, du beau regard brun. »
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mardi 25 octobre 2005
Par sanieptia le mardi 25 octobre 2005, 13:35
La possibilité d’une île
UNE BELLE PHRASE
Page 168 :
« J’ai connu les yeux qui se ferment, le rythme cardiaque qui s’interrompt sans altérer la paix profonde, animale, du beau regard brun. »
lundi 24 octobre 2005
Par sanieptia le lundi 24 octobre 2005, 12:53
La possibilité d’une île
NOUS NE SOMMES PAS GRAND-CHOSE
Page 114 :
« Daniel 24, 9
Une espèce de joie descend du monde sensible. Je suis rattaché à la Terre.
Les falaises, d’une noirceur intégrale, plongent aujourd’hui par paliers verticaux jusqu’à une profondeur de trois mille mètres. Cette vision, qui effraie les sauvages, ne m’inspire aucune terreur. Je sais qu’il n’y a pas de monstre dissimulé au fond de l’abîme ; il n’y a que le feu, le feu originel.
La fonte des glaces intervint au terme de la Première Diminution, et fit passer la population de la planète de quatorzes milliards à sept cent millions d’hommes.
La Seconde Diminution fut plus graduelle ; elle se produisit tout au long du Grand Assèchement, et continue de nos jours.
La Troisième Diminution sera définitive ; elle reste à venir.
Nul ne connaît la cause du Grand Assèchement, du moins sa cause efficiente. On a bien entendu démontré qu’il venait de la modification de l’axe de la rotation de la Terre sur le plan de son orbite ; mais l’évènement est jugé très peu probable, en termes quantiques.
Le Grand Assèchement était une parabole nécessaire, enseigne la Sœur suprême ; une condition théologique du Retour à l’Humide.
La durée du Grand Assèchement sera longue, enseigne également la Sœur suprême.
Le Retour de l’Humide sera le signe de l’avènement des Futurs. »
Il n’y a que le feu, le feu originel...
dimanche 23 octobre 2005
Par sanieptia le dimanche 23 octobre 2005, 13:16
La tentation d'une île
OPTIMISTE !
Page 79 :
Daniel 24, 6
« La bonté, la compassion, la fidélité, l’altruisme demeurent donc près de nous comme des mystères impénétrables, cependant contenus dans l’espace limité de l’enveloppe corporelle d’un chien. De la solution de ce problème dépend l’avènement, ou non, des Futurs.
Je crois en l’avènement des Futurs. »
TEILHARD DE CHARDIN
Page 81 :
Daniel 1, 7
« S’il y a une chose qui m’a toujours plongé dans la tristesse ou la compassion, enfin dans un état excluant toute forme de méchanceté ou d’ironie, c’est bien l’existence de Teilhard de Chardin (...). En présence d’un lecteur de Teilhard de Chardin je me sens désarmé, désarçonné, prêt à fondre en larmes. A l’âge de quinze ans j’étais tombé par hasard sur Le Millieu Divin, qu’un lecteur probablement écoeuré avait laissé sur une banquette de la gare d’Etréchy-Chamarande. En l’espace de quelques pages, l’ouvrage m’avait arraché des hurlements ; de désespoir, j’en avais fracassé la pompe de mon vélo de course contre les murs de la cave. »
RIRE
Page 96 :
Daniel 1, 8
Après une absence d’une année, le personnage retrouve sa compagne « bouffie, couperosée, les cheveux gras et en désordre (...) affreuse. »
« Des bouteilles de Cointreau vides jonchaient le sol de la chambre ; le ménage, ceci dit, était fait. (...)
« Mais celui qui aime quelqu’un pour sa beauté, l’aime-t-il ? Non : car la vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus. » Pascal ne connaissait pas le Cointreau. »
mercredi 28 septembre 2005
Par sanieptia le mercredi 28 septembre 2005, 12:10
Page 44 :
« Daniel 24, 2
Aujourd’hui que tout apparaît, dans la clarté du vide, j’ai la liberté de regarder la neige. C’est mon lointain prédécesseur, l’infortuné comique, qui avait choisi de vivre ici, dans la résidence qui s’élevait jadis – des fouilles l’attestent, et des photographies – à l’emplacement de l’unité Proyecciones XXI,13. Il s’agissait alors – c’est étrange à dire, et aussi un peu triste – d’une résidence balnéaire.
La mer a disparu, et la mémoire des vagues. Nous disposons de documents sonores, et visuels ; aucun ne nous permet de ressentir vraiment cette fascination têtue qui emplissait l’homme, tant de poèmes en témoignent, devant le spectacle apparemment répétitif de l’océan s’écrasant sur le sable. »
Un peu triste, en effet.
Page 53 :
Daniel 1, 3
« Mon plus grand succès en tant que scénariste principal fut certainement « DIOGENE LE CYNIQUE » ; contrairement à ce que le titre pourrait laisser supposer, il ne s’agissait pas d’un film en costumes. Les cyniques, c’est un point oublié de leur doctrine, préconisaient aux enfants de tuer et de dévorer leurs propres parents dès que ceux-ci, devenus inaptes au travail, représentaient des bouches inutiles ; une adaptation contemporaine aux problèmes posés par le développement du quatrième âge n’était guère difficile à imaginer. J’eus un instant l’idée de proposer le rôle principal à Michel Onfray, qui bien entendu se montra enthousiaste ; mais l’indigent graphomane, si à l’aise devant des spectateurs de télévision ou des étudiants plus ou moins benêts, se déballonna complètement face à la caméra, il était impossible d’en tirer quoi que ce soit. »
Apparemment, il n’aime pas Michel Onfray.
Page 56 :
"Optimisme"
« Daniel 24, 3
Les falaises dominent la mer, dans leur absurdité verticale, et il n’y aura pas de fin à la souffrance des hommes. »
Page 70 :
« Daniel 24, 5
Connaissant la souffrance des hommes, je participe à la déliaison, j’accomplis le retour au calme. »
Page 72 :
Amour, couple
« Daniel 1, 6
La solitude à deux est l’enfer consenti. Dans la vie du couple, le plus souvent, il existe dès le début certains détails, certaines discordances sur lesquelles on décide de se taire, dans l’enthousiaste certitude que l’amour finira par régler tous les problèmes. Ces problèmes grandissent peu à peu, dans le silence, avant d’exploser quelques années plus tard et de détruire toute possibilité de vie commune. »
dimanche 18 septembre 2005
Par sanieptia le dimanche 18 septembre 2005, 19:48
Page 24 :
« Poésie »
« Quant aux droits de l’homme, bien évidemment, je n’en avais rien à foutre ; c’est à peine si je parvenais à m’intéresser aux droits de ma queue. »
Page 26 :
« Daniel 24, 1
Regarde les petits êtres qui bougent dans le lointain ; regarde. Ce sont des hommes.
Dans la lumière qui décline, j’assiste sans regret à la disparition de l’espèce. (...) Pour eux je n’éprouve aucune pitié, ni aucun sentiment d’appartenance commune ; je les considère simplement comme des singes un peu plus intelligents, et de ce fait plus dangereux. »
Pas très optimiste sur l’avenir de l’espèce, Michel. J’aime bien le : « et de ce fait plus dangereux ».
Page 31 :
Société de consommation.
« J’avais ainsi consommé, avec joie, des chaussures principalement ; puis peu à peu je m’étais lassé, et j’avais compris que ma vie, sans ce soutien quotidien de plaisirs à la fois élémentaires et renouvelés, allait cesser d’être simple. »
Je découvre pour ma part une certaine qualité de vie depuis que je suis fauché. Dans deux ans, quand ça ira mieux, j’essaierai de la conserver.
Page 32 :
Visiblement, il n’aime pas Nabokov.
« Moi non plus je n’avais jamais supporté ce pseudo-poète médiocre et maniéré, ce malhabile imitateur de Joyce qui n’avait même pas eu la chance de disposer de l’élan qui, chez l’Irlandais insane, permet parfois de passer sur l’accumulation de lourdeurs. Une pâte feuilletée ratée, voilà à quoi m’avait toujours fait penser le style de Nabokov. »
J’aime bien la comparaison avec la pâte feuilletée. Et je ne peux rien en dire d'autre puisque je n’ai jamais lu Nabokov.
Page 37 :
« C’est vrai, dit-elle. Il y a chez toi une franchise tout à fait anormale. Je ne sais pas si c’est un évènement particulier de ta vie, une conséquence de ton éducation ou quoi ; mais il n’y a aucune chance que le phénomène se reproduise dans la même génération. Effectivement, les gens ont besoin de toi plus que tu n’as besoin d’eux – les gens de mon âge tout du moins. Dans quelques années, ça va changer. »
Franchise. Houellebecq lui-même ? L’homme par qui le scandale arrive ? L’homme qui ose, contrairement à la plupart d’entre nous, dire ce qu’il pense vraiment ?
Page 38 :
Un peu d’amour, de tendresse, de romantisme, de profondeur.
Daniel et Isabelle viennent de passer la nuit ensemble.
"Il n’y aura pas d’interview ; c’était juste un prétexte pour te rencontrer."
« Elle me regardait droit dans les yeux, et j’étais dans un tel état que ces seules paroles suffirent à me faire bander. Je crois qu’elle fut émue par cette érection si sentimentale, si humaine ; elle se rallongea près de moi, posa sa tête au creux de mon épaule et entreprit de me branler. Elle prit son temps, serrant mes couilles dans le creux de la paume, variant l’amplitude et la vigueur des mouvements de ses doigts. Je me détendis, m’abandonnant complètement à la caresse. Quelque chose naissait entre nous, comme un état d’innocence, et j’avais manifestement surestimé l’ampleur de mon cynisme. »
Cela m’a rappelé une érection sentimentale, humaine. Elle s’appelait Florence.
Sincèrement, je trouve ce passage sentimental, humain. Je trouve ça très bien de sa part d’y parvenir tout en décrivant des choses sexuelles.
lundi 12 septembre 2005
Par sanieptia le lundi 12 septembre 2005, 17:50
La possibilité d’une île
« Poésie », page 12 :
« Les femmes donnent une impression d’éternité, avec leur chatte branchée sur les mystères – comme s’il s’agissait d’un tunnel ouvrant sur l’essence du monde, alors qu’il ne s’agit que d’un trou à nains tombé en désuétude. »
Humour, page 19 :
« À côté de moi, une vieille Anglaise (sèche, méchante, du genre à dépecer des renards pour décorer son living-room) ».
L’extrait en entier :
« C'était au petit déjeuner ; comme chaque matin une queue s'était formée pour les oeufs brouillés, dont les estivants semblaient particulièrement friands. À côté de moi, une vieille Anglaise (sèche, méchante, du genre à dépecer des renards pour décorer son living-room), qui s'était déjà largement servie d’œufs, rafla sans hésiter les trois dernières saucisses garnissant le plat de métal. Il était onze heures moins cinq, c'était la fin du service du petit déjeuner, il paraissait impensable que le serveur apporte de nouvelles saucisses. L’Allemand qui faisait la queue derrière elle se figea sur place ; sa fourchette déjà tendue vers une saucisse s immobilisa à mi-hauteur, le rouge de l'indignation emplit son visage. C'était un Allemand énorme, un colosse, plus de deux mètres, au moins cent cinquante kilos. J'ai cru un instant qu'il allait planter sa fourchette dans les yeux de l'octogénaire, ou la serrer par le cou et lui écraser la tête sur le distributeur de plats chauds. Elle, comme si de rien n'était, avec cet égoïsme sénile, devenu inconscient, des vieillards, revenait en trottinant vers sa table. L'Allemand prit sur lui, je sentis qu'il prenait énormément sur lui, mais son visage recouvra peu à peu son calme et il repartit tristement, sans saucisses, en direction de ses congénères. »
Les gens ordinaires, entre les pauvres et les riches, page 22 :
"ceux qui forment, en quelque sorte, le liant de la sauce."
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