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Michel Houellebecq

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samedi 5 novembre 2005

Houellebecq - Fin

Et je ne suis pas mécontent de passer à autre chose.

NATURE, DROIT
Page 454 :
DANIEL25
« Nous avons aujourd’hui un peu de mal à comprendre ces concepts de « nature » et de « droit » qu’ils (les humains) manipulaient avec tant de légèreté ».

J’ai moi aussi du mal à comprendre parfois ; et je nous trouve, aussi, avec ces concepts, légers.

ART, PENSEE, TECHNOLOGIE
Page 455 :
DANIEL25
« Alors que le soleil commençait à chauffer, à illuminer de reflets dorés la surface du lac, je méditai quelques temps sur la grâce, et sur l’oubli ; sur ce que l’humanité avait eu de meilleur : son ingéniosité technologique. Rien ne subsistait aujourd’hui de ces productions littéraires et artistiques dont l’humanité avait été si fière ; les thèmes qui leur avaient donné naissance avaient perdu toute pertinence, leur pouvoir d’émotion s’était évaporé. Rien ne subsistait non plus de ces systèmes philosophiques ou théologiques pour lesquels les hommes s’étaient battus, étaient morts parfois, avaient tué plus souvent encore ; tout cela n’éveillait plus chez un néo-humain le moindre écho, nous n’y voyions plus que les divagations arbitraires d’esprits limités, confus, incapables de produire le moindre concept précis ou simplement utilisable. Les productions technologiques de l’homme, par contre, pouvaient encore inspirer le respect : c’est dans ce domaine que l’homme avait donné le meilleur de lui-même, qu’il avait exprimé sa nature profonde, il y avait atteint d’emblée à une excellence opérationnelle à laquelle les néo-humains n’avaient rien pu ajouter de significatif. »

Esprits limités, confus...

TRISTE CONSTAT
(Après l’observation d’une scène de sauvagerie entre humains - rares survivants de la Deuxième Diminution – qui en sont revenus, en quelque sorte, à des comportements préhistoriques.)
Page 464 :
DANIEL25
« Je supposai qu’il s’agissait d’un rite d’union, un moyen de resserrer les liens du groupe – en même temps que de se débarrasser des sujets affaiblis ou malades ; tout cela me paraissait assez conforme à ce que je pouvais connaître de l’humanité. »

On se croit trop souvent évolués, intelligents, irréprochables, et on en oublie que nous ne sommes, dans le fond, que des sauvages.
Il ne faut pas oublier ce que nous sommes.

HOMME MACHINE
Page 469 :
DANIEL25
"Comme eux, nous n’étions que des machines conscientes ; mais, contrairement à eux, nous avions conscience de n’être que des machines."

L’humain croit généralement qu’il a beaucoup de pouvoir sur lui-même et sur les choses, il parle de libre arbitre, se fait des nœuds dans la tête avec des notions telles que la liberté...
Nous avons extrêmement peu de pouvoir (cf le film d’Alain Resnais, Mon oncle d’Amérique, qui expose la pensée d’Henri Laborit).

vendredi 4 novembre 2005

Houellebecq

La possibilité d'une île

CA SENT LA MORT
Page 427 :
« Nous sommes en septembre, les derniers vacanciers vont repartir ; avec eux les derniers seins, les dernières touffes ; les derniers micro-mondes accessibles. Un automne interminable m’attend, suivit d’un hiver sidéral ; et cette fois, j’ai réellement terminé ma tâche, j’ai dépassé les toutes dernières minutes, il n’y a plus de justification à ma présence ici, lus de mise en relation, d’objectif assignable. Il y a toute fois quelque chose, quelque chose d’affreux, qui flotte dans l’espace, et semble vouloir s’approcher. Avant toute tristesse, avant tout chagrin ou tout manque nettement définissable, il y a autre chose, qui pourrait s’appeler la terreur pure de l’espace. Etait-ce cela, le dernier stade ? Qu’avais-je fait pour mériter un tel sort ? Et qu’avaient fait, en général, les hommes ? Je ne sens plus de haine en moi, plus rien à quoi m’accrocher, plus de repère ni d’indice ; la peur est là, vérité de toute chose, en tout égale au monde observable. Il n’y a plus de monde réel, de monde senti, de monde humain, je suis sorti du temps, je n’ai plus de passé ni d’avenir, je n’ai plus de tristesse ni de projet, de nostalgie, d’abandon ni d’espérance ; il n’y a plus que la peur. »

Eh, oui... cela nous fait peur.

UNE VISION DE LA SURPOPULATION
page 445 :
DANIEL25
« "Jusqu’à quand se perpétueront les conditions du malheur ?" s’interroge la Sœur suprême dans sa Seconde Réfutation de l’Humanisme. "Elles se perpétueront, répond-elle aussitôt, tant que les femmes continueront d’enfanter." Aucun problème humain, enseigne la Sœur suprême, n’aurait pu trouver l’ébauche d’une solution sans une limitation drastique de la densité de la population terrestre. Une opportunité historique exceptionnelle de dépeuplement raisonné s’était offerte au début du XXIe siècle, poursuivait-elle, à la fois en Europe par le biais de la dénatalité et en Afrique par celui des épidémies et du sida. L’humanité avait préféré gâcher cette chance par l’adoption d’une politique d’immigration massive, et portait donc l’entière responsabilité des guerres ethniques et religieuses qui s’ensuivirent, et qui devaient constituer le prélude à la Première Diminution. »

J’espère que nous trouverons de meilleures solutions que les deux exposées ici.

AMOUR
Page 449 :
DANIEL25
« Malgré ma lecture attentive de la narration de Daniel1 je n’avais toujours pas totalement compris ce que les hommes entendaient par l’amour, je n’avais pas saisi l’intégralité des sens multiples, contradictoires qu’ils donnaient à ce terme ; j’avais saisi la brutalité du combat sexuel, l’insoutenable douleur de l’isolement affectif, mais je ne voyais toujours pas ce qui leur avait permis d’espérer qu’ils pourraient, entre ces aspirations contraires, établir une forme de synthèse. A l’issue pourtant de ces quelques semaines de voyage dans les sierras de l’intérieur de l’Espagne jamais je ne m’étais senti aussi près d’aimer, dans le sens le plus élevé qu’ils donnaient à ce terme ; jamais je n’avais été aussi près de ressentir personnellement « ce que la vie a de meilleur », pour reprendre les mots utilisés par Daniel1 dans son poème terminal, et je comprenais que la nostalgie de ce sentiment ait pu précipiter Marie23 sur les routes, si loin de là, sur l’autre rive de l’Atlantique. J’étais à vrai dire moi-même entraîné sur un chemin tout aussi hypothétique, mais il m’était devenu indifférent d’atteindre ma destination : ce que je voulais au fond c’était continuer à cheminer avec Fox par les prairies et les montagnes, connaître encore les réveils, les bains dans une rivière glacée, les minutes passées à se sécher au soleil, les soirées ensemble autour du feu à la lumière des étoiles. J’étais parvenu à l’innocence, à un état non conflictuel et non relatif, je n’avais plus de plan ni d’objectif, et mon individualité se dissolvait dans la série indéfinie des jours ; j’étais heureux. »

Je ressens pour ma part beaucoup mieux cet amour au sens général (« dans le sens le plus élevé » écrit M.H.) que l’amour comme on en parle le plus souvent - pour la personne aimée par exemple - que je considère parfois de façon pratique, comme un échange, une communication privilégiée entre deux êtres.

jeudi 3 novembre 2005

Houellebecq

La possibilité d'une île

HONNETETE
Page 400 :
« Je compris alors la gêne qui les avait tous, plus ou moins, saisis : ma découverte sur le bonheur réservé à la jeunesse et sur le sacrifice des générations n’en était nullement une, tout le monde ici l’avait parfaitement compris ; Vincent l’avait compris, Lucas l’avait compris, et la plupart des adeptes aussi. Sans doute Isabelle aussi en avait-elle été consciente depuis longtemps, et elle s’était suicidée sans émotion, sous l’effet d’une décision rationnelle, comme on demande une deuxième donne une fois la partie mal engagée – dans les jeux, peu nombreux, qui le permettent. Etais-je plus bête que la moyenne ? demandai-je à Vincent le soir même alors que je prenais l’apéritif chez lui. Non, répondit-il sans s’émouvoir, sur le plan intellectuel je me situais en réalité légèrement au-dessus de la moyenne, et sur le plan moral j’étais semblable à tous : un peu sentimental, un peu cynique, comme la plupart des hommes. J’étais seulement très honnête, là résidait ma vraie spécificité ; j’étais, par rapport aux normes en usage dans l’humanité, d’une honnêteté presque incroyable. Je ne devais pas me formaliser de ces remarques, ajouta-t-il, tout cela aurait déjà pu se déduire de mon immense succès public ; et c’était également ce qui donnait un prix incomparable à mon récit de vie. »

« Etais-je plus bête que la moyenne ?
Non. (...) J’étais seulement très honnête, (...) d’une honnêteté presque incroyable. »

JE ME JETTE DES FLEURS
Page 413 :
DANIEL25,15
« Inaugurant une tradition de désinvolture par rapport aux données scientifiques qui devait conduire la philosophie à sa perte, le penseur humain Friedrich Nietzsche voyait dans l’homme « l’espèce dont le type n’est pas encore fixé ». Si les humains ne justifiaient nullement une telle appréciation – moins en tout cas que la plupart des espèces animales -, elle ne s’applique pas davantage aux néo-humains qui prirent leur suite. »

Je me jette des fleurs car, si je suis philosophe, ma pensée repose justement sur des données scientifiques.

HAINE
Page 417 :
« Je haïssais l’humanité, c’est certain, je l’avais haïe dès le début, et le malheur rendant mauvais je la haïssais aujourd’hui encore bien davantage. En même temps j’étais devenu un pur toutou, qu’un simple morceau de sucre aurait suffit à apaiser (je ne pensais même pas spécialement au corps d’Esther, n’importe quoi aurait convenu : des seins, une touffe) ; mais personne ne me le tendrait, ce morceau de sucre, et j’étais bien parti pour terminer ma vie comme je l’avais commencée : dans la déréliction et dans la rage, dans un état de panique haineuse encore exacerbée par la chaleur de l’été. »

Dans un magazine Psychologie datant de septembre 2005, on apprend que la mère de Michel Houellebecq « a confié son éducation à ses grands-parents parce qu’elle reconnaissait être incapable de s’occuper de lui. » On apprend aussi que son père « en revanche, s’est occupé de lui, qu’il a toujours été entouré matériellement... »
Matériellement...
Il ne voit plus sa mère – qui habite à La Réunion - depuis 1991.
L’article dit aussi qu’il ne laisse personne indifférent, que nous l’aimons ou le haïssons, parce qu’il « pointe ce que nous nous efforçons de ne pas voir. (...) Il nous rappelle au réel le plus quotidien, le plus banal, le plus « moyen » de la classe moyenne. (...) Il nous contraint au principe de réalité et nous met en rapport avec nos propres failles. »

HEGEL
Page 420 :
« Peut-être ce grossier imbécile de Hegel avait-il vu juste, au bout du compte, peut-être étais-je une ruse de la raison. »

Je ne sais pas ce que peut être une ruse de la raison.
M.H. défend ensuite l’idée que l’espèce qui nous succèdera ne sera pas au même degré que nous une espèce sociale :

« La sociabilité avait fait son temps, elle avait joué son rôle historique ; elle avait été indispensable dans les premiers temps de l’apparition de l’intelligence humaine, mais elle n’était plus aujourd’hui qu’un vestige inutile et encombrant. »

Vu la façon dont vivent Daniel et ses clones, oui ; mais je ne peux m’empêcher de penser que dans un avenir assez proche, la solidarité (si ce n’est la sociabilité) s’intensifiera pour que nous puissions faire face - ensemble - aux problèmes du monde très moderne - et étrange et difficile - que nous abordons. Quant à la sociabilité, je n’ai aucune idée de ce qu’elle deviendra.

UNE VISION DE L’AMOUR
Page 421 :
"Quand à l’amour, il ne fallait plus y compter : j’étais sans doute un des derniers hommes de ma génération à m’aimer suffisamment peu pour être capable d’aimer quelqu’un d’autre, encore ne l’avais-je été que rarement, deux fois dans ma vie exactement. Il n’y a pas d’amour dans la liberté individuelle, dans l’indépendance, c’est tout simplement un mensonge, et l’un des plus grossiers qui puisse se concevoir ; il n’y a d’amour que dans le désir d’anéantissement, de fusion, de disparition individuelle, dans une sorte comme on disait autrefois de sentiment océanique, dans quelque chose de toute façon qui était, au moins dans un futur proche, condamné."

Serait-ce cette liberté individuelle, cette indépendance, qui rendraient mes amours difficiles ?
Je crois bien.

mercredi 2 novembre 2005

Houellebecq

La possiblité d'une île

J’AIME BIEN M.H., MAIS PARFOIS, IL M’ANGOISSE
Page 379 :
Isabelle, la femme de sa vie (bien avant Esther, ils ne sont plus ensembles depuis longtemps) vient de mettre fin à ses jours. C’est elle qui avait la garde du chien après la séparation ; lui le prenait de temps en temps, pour quelques jours ou plus longtemps. Là, il vient de le récupérer au chenil où sa maîtresse l’avait laissé.

« C’est le jour de Noël, en milieu de matinée, que j’appris le suicide d’Isabelle. Je ne fus pas réellement surpris : en l’espace de quelques minutes, je sentis que s’installait en moi une espèce de vide ; mais il s’agissait d’un vide prévisible, attendu. Je savais depuis mon départ de Biarritz qu’elle finirait par se tuer ; je le savais depuis un regard que nous avions échangé, ce dernier matin, alors que je franchissais le seuil de sa cuisine pour monter dans le taxi qui m’emmenait à la gare. Je me dotais aussi qu’elle attendrait la mort de sa mère pour la soigner jusqu’au bout, et pour ne pas lui faire de peine. Je savais enfin que j’allais moi-même, tôt ou tard, me diriger vers une solution du même ordre.
(...)
Je passai un réveillon étrange, seul dans ma chambre de la Villa Eugénie, à ruminer des pensées simples et terminales, extrêmement peu contradictoires. Au matin du 2 janvier, je passai chercher Fox. Il me fallait malheureusement, avant de partir, retourner dans l'appartement d'Isabelle pour prendre les papiers nécessaires au règlement de la succession. Dès notre arrivée à l'entrée de la résidence, je remarquai que Fox tressaillait d’impatience joyeuse ; il avait encore un peu grossi, les Corgi sont une race sujette à l'embonpoint, mais il courut jusqu'à la porte d’Isabelle, puis, essoufflé, s'arrêta pour m'attendre alors que je remontais, sur un rythme beaucoup plus lent, l’allée de marronniers dénudés par l'hiver. Il poussa de petits jappements d'impatience au moment où je cherchais les clefs ; pauvre bonhomme, me dis-je, pauvre petit bonhomme. Dès que j'eus ouvert la porte il se précipita à l’intérieur de l'appartement, en fit rapidement le tour, puis revint et me jeta un regard interrogateur. Pendant que je cherchais dans le secrétaire d'Isabelle il repartit plusieurs fois, explorant une à une les pièces en reniflant un peu partout puis revenant vers moi, s'arrêtant à la porte de la chambre et me regardant avec une expression dépitée. Toute fin de vie quelconque s'apparente plus ou moins au rangement ; on n'a plus envie de se lancer dans un projet neuf, on se contente d’expédier les affaires courantes. Toute chose que l'on n'a jamais faite, fût-elle aussi anodine que préparer une mayonnaise ou disputer une partie d'échecs, devient peu à peu inaccessible, le désir de toute nouvelle expérience comme de toute nouvelle sensation disparaît absolument. Les choses, quoiqu’il en soit, étaient remarquablement rangées, et il ne me fallut que quelques minutes pour retrouver le testament d'Isabelle, l'acte de propriété de l'appartement. Je n’avais pas l'intention de voir le notaire tout de suite, je me disais que je reviendrais ultérieurement à Biarritz, tout en sachant qu'il s'agirait d'une démarche pénible, que je n'aurais probablement jamais le courage d'accomplir, mais cela n'avait plus beaucoup d'importance, plus rien n'avait beaucoup d'importance à présent. En ouvrant l'enveloppe, je m'aperçus que cette démarche elle-même serait inutile : elle avait légué ses biens à l'Église élohimite, je reconnus le contrat type ; les services juridiques allaient s'en occuper. »

Quand on n’a envie de rien, quand toute motivation a disparue, quand on a l’impression que rien ne sert à rien, que rien n’a plus vraiment d’importance... Il faut vite se faire aider, ou, comme les héros de ce livre, disparaître.

lundi 31 octobre 2005

Houellebecq

La possibilité d’une île

M.H. N’EST PAS MISOGYNE
Page 329 :
« (...) les hommes vivent de naissance dans un monde difficile, un monde aux enjeux simplistes et impitoyables, et sans la compréhension des femmes il en est bien peu qui parviendraient à survivre. »

Avec une pensée pour Emilie.

BELLE DESCRIPTION
(du plaisir fulgurant et étrange que l’on appelle orgasme)
Page 333 :
« La vue brouillée par la sueur, ayant perdu toute notion claire de l’espace et du temps, je parvins cependant à prolonger encore un peu ce moment, et sa langue eut le temps d’effectuer trois rotations complètes avant que je ne jouisse, et ce fut alors comme si tout mon corps irradié par le plaisir s’évanouissait, aspiré par le néant, dans un déferlement d’énergie bienheureuse. »

VIDE
(Esther le quitte, part pour les Etats-Unis)
Page 335 :
« Je me sentais l’esprit singulièrement vide, comme je pense les condamnés à mort dans l’attente de l’exécution de la sentence : à part peut-être ceux qui croient en Dieu, je n’ai jamais cru qu’ils passent leurs dernières heures à revenir sur leur vie passée, à faire un bilan ; je crois simplement qu’ils essaient de passer le temps de manière la plus neutre possible ; les plus chanceux dorment, mais je n’étais pas dans ce cas, je ne crois pas avoir fermé l’œil durant ces deux jours. »

On sent qu’il a déjà expérimenté ce vide, qu’il est peut-être un spécialiste de ce neutre.

TOLERANCE, PAS DE JUGEMENT HATIF
Page 338 :
(Anniversaire d’Esther et grande fiesta avant son départ)
« Lorsqu’elle s’agenouilla à son tour sur le sol, sa jupe remonta très haut sur son cul. Elle introduisit le tube de carton dans sa narine et au moment où elle sniffa rapidement, d’un geste habile et précis, la poudre blanche, je sus que je garderais gravée dans ma mémoire l’image de ce petit animal innocent, amoral, ni bon ni mauvais, simplement en quête de sa ration d’excitation et de plaisir. »

Il souffre terriblement mais ne la juge pas, la prend comme elle ; innocente et amorale, ni bonne ni mauvaise, simplement en quête de sa ration d’excitation et de plaisir.
Je trouve que c’est une attitude sage.
Je trouve aussi que si nous regardions les humains de cette façon (et soi-même, cela va de soi), leur organisation sur la Terre – sociétés et globalisation – nous verrions beaucoup de choses, nous apprendrions beaucoup de choses, et nous comprendrions mieux les choses ; et la vie elle-même.

dimanche 30 octobre 2005

Houellebecq

La possibilité d’une île

SEXE, ANIMAL HUMAIN
Page 326 :
« DANIEL25,8
L’importance incroyable que prenaient les enjeux sexuels chez les humains a de tout temps plongé leurs commentateurs néo-humains dans une stupéfaction horrifiée. (...) Au long des périodes historiques la plupart des hommes avaient estimé correct, l'âge venant, de faire allusion aux problèmes du sexe comme n'étant que des gamineries inessentielles et de considérer que les vrais sujets, les sujets dignes de l'attention d'un homme fait, étaient la politique, les affaires, la guerre, etc. La vérité, à l'époque de Daniel1, commençait à se faire jour; il apparaissait de plus en plus nettement, et il devenait de plus en plus difficile à dissimuler que les véritables buts des hommes, les seuls qu'ils auraient poursuivis spontanément s'ils en avaient conservé la possibilité, étaient exclusivement d'ordre sexuel. Pour nous, néo-humains, c'est là un véritable point d'achoppement. Nous ne pourrons jamais, nous avertit la Sœur suprême, nous faire du phénomène une idée suffisante ; nous ne pourrons approcher de sa compréhension qu'en gardant constamment présentes à l'esprit certaines idées régulatrices dont la plus importante est que dans l'espèce humaine, comme dans toutes les espèces animales qui l'avaient précédée, la survie individuelle ne comptait absolument pas. La fiction darwinienne de la « lutte pour la vie » avait longtemps dissimulé ce fait élémentaire que la valeur génétique d'un individu, son pouvoir de transmettre à ses descendants ses caractéristiques, pouvait se résumer, très brutalement, à un seul paramètre : le nombre de descendants qu'il était au bout du compte en mesure de procréer. Aussi ne fallait-il nullement s'étonner qu'un animal, n'importe quel animal, ait été prêt à sacrifier son bonheur, son bien-être physique et même sa vie dans l'espoir d'un simple rapport sexuel : la volonté de l'espèce (pour parler en termes finalistes), un système hormonal aux régulations puissantes (si l'on s'en tenait à une approche déterministe) devaient le conduire presque inéluctablement à ce choix. Les parures et plumages Plus d'optionsBloc-notes URL titre Essayer Langue Sélection oui non Commentaires Ouverts Fermés Trackbacks Ouverts Fermés Pinguer les URLs (Pour faire un "Trackback" sur le billet d'un autre blog.)  AideMéthode rapidePour poster un billet, rien de plus simple :Saisissez tout simplement un titre dans le champ "Titre" et votre texte dans le champ "Billet".Cliquez sur " chatoyants, les parades amoureuses bruyantes et spectaculaires pouvaient bien faire repérer et dévorer les animaux mâles par leurs prédateurs ; une telle solution n'en était pas moins systématiquement favorisée, en termes génétiques, dès lors qu'elle permettait une reproduction plus efficace. Cette subordination de l'individu à l'espèce, basée sur des mécanismes biochimiques inchangés, était tout aussi forte chez l'animal humain, à cette aggravation près que les pulsions sexuelles, non limitées aux périodes de rut, pouvaient s'y exercer en permanence ? les récits de vie humains nous montrent par exemple avec évidence que le maintien d'une apparence physique susceptible de séduire les représentants de l'autre sexe était la seule véritable raison d'être de la santé, et que l'entretien minutieux de leur corps, auquel les contemporains de Daniel1 consacraient une part croissante de leur temps libre, n'avait pas d'autre objectif. »

Nous ne sommes effectivement individuellement pas grand-chose. Le groupe, la survie de l’espèce, prime ; et primera toujours.

samedi 29 octobre 2005

Houellebecq

La possibilité d’une île

DOULEUR, PERDITION
Page 320 :
« Je crois surtout que mes actes n'avaient plus réellement de sens, que je commençais à me comporter comme un vieil animal blessé à mort qui charge dans toutes les directions, se heurte à tous les obstacles, tombe et se redresse, de plus en plus furieux, de plus en plus affaibli, affolé et enivré par l'odeur de son propre sang. »

J’ai déjà ressenti cela. J’ai déjà été perdu de cette façon.

HUMOUR ET POESIE
Page 322 :
« A la station Montparnasse-Bienvenüe je repensai à la poésie, probablement parce que je venais de revoir Vincent, et que ça me ramenait toujours à une plus claire conscience de mes limites : limitations créatrices, d'une part, mais aussi limitations dans l'amour. Il faut dire que je passais à ce moment devant une affiche « poésie RATP », plus précisément devant celle qui reproduisait L'Amour libre, d'André Breton, et que quel que soit le dégoût que puisse inspirer la personnalité d’André Breton, quelle que soit la sottise du titre, piteuse antinomie qui ne témoignait, outre d'un certain ramollissement cérébral, que de l'instinct publicitaire qui caractérise et finalement résume le surréalisme, il fallait le reconnaître : l'imbécile, en l'occurrence, avait écrit un très beau poème. je n'étais pas le seul, pourtant, à éprouver certaines réserves, et le surlendemain, en repassant devant la même affiche, je m'aperçus qu'elle était maculée d'un graffiti qui disait : « Au lieu de vos poésies à la con, vous feriez mieux de nous mettre des rames aux heures de pointe », ce qui suffit à me plonger dans la bonne humeur pendant toute l'après-midi, et même à me redonner un peu de confiance en moi : je n'étais qu'un comique, certes, mais j'étais quand même un comique. »

« L’imbécile, en l’occurrence, avait écrit un très beau poème. »
J’aime bien cette façon de ne pas aimer les gens et de reconnaître leur talent, d’aimer leurs oeuvres, au moins certaines d’entre elles. J’aime bien la façon qu’il a de ne pas mâcher ses mots. C’est peut-être ça, d’ailleurs, qu’on ne lui pardonne pas, qui fait polémique.

vendredi 28 octobre 2005

Houellebecq

La possibilité d’une île

RELIGION
Page 257 :
« C’était une nuit exceptionnelle, me dit-il ; il sentait encore mieux que d’habitude les ondes venues des étoiles, les ondes pleines de l’amour que nous portaient les Elohim ; c’était par une nuit semblable, il en était convaincu, qu’ils reviendraient parmi nous. Je ne savais pas trop quoi lui répondre. Non seulement je n’avais jamais adhéré à une croyance religieuse, mais je n’en avais même jamais envisagé la possibilité. Pour moi, les choses étaient exactement ce qu’elles paraissaient être : l’homme était une espèce animale, issue d’autres espèces animales par un processus d’évolution tortueux et pénible ; il était composé de matière configurée en organes, et après sa mort ces organes se décomposaient, se transformaient en molécules plus simples ; il ne subsistait plus aucune activité cérébrale, de pensée, ni évidemment quoi que ce soit qui puisse être assimilé à un esprit ou à une âme. Mon athéisme était si monolithique, si radical que je n’avais même jamais réussi à prendre ces sujets totalement au sérieux. Durant mes années de lycée, lorsque je discutais avec un chrétien, un musulman ou un juif, j’avais toujours eu la sensation que leur croyance était à prendre en quelque sorte au second degré ; qu’ils ne croyaient évidemment pas, directement et au sens propre, à la réalité des dogmes proposés, mais qu’il s’agissait d’un signe de reconnaissance, d’une sorte de mot de passe leur permettant l’accès à la communauté des croyants – un peu comme aurait pu le faire la grunge music, ou Doom Generation pour les amateurs de ce jeu. Le sérieux pesant qu’ils apportaient parfois à débattre entre des positions théologiques également absurdes semblait aller à l’encontre de cette hypothèse ; mais il en allait de même, au fond, pour les véritables amateurs d’un jeu : pour un joueur d’échec, ou un participant réellement immergé dans un jeu de rôle, l’espace fictif du jeu est une chose en tous points sérieuse et réelle, on peut même dire que rien d’autre n’existe pour lui, pendant la durée du jeu tout du moins.
Cette agaçante énigme, représentée par les croyants se reposait donc à moi, pratiquement dans les mêmes termes, pour les hélohimites. »

Et la solution de l’énigme est : l’humain a besoin de croire, l’athéisme ne suffit pas (si l’on veut être heureux je veux dire, dans le cas contraire, on peut s’en contenter).

jeudi 27 octobre 2005

Houellebecq

La possibilité d’une île

AMOUR ET SEXE
Page 221 :
« (...) j’avais par contre toujours eu besoin d’estimer pour aimer, jamais au fond je ne m’étais senti parfaitement à l’aise dans une relation sexuelle basée sur la pure attirance érotique et l’indifférence à l’autre, j’avais toujours eu besoin, pour me sentir sexuellement heureux, d’un minimum – à défaut d’amour – de sympathie, d’estime, de compréhension mutuelle ; l’humanité, non, je n’y avais pas renoncé. »

Un peu comme moi lorsque j’écris que je ne peux faire l’amour sans amour.

LA PUISSANCE DE L’AMOUR
OU
QUAND MICHEL HOUELLEBECQ REJOINT JEAN D’ORMESSON
Page 222 :
« Toute énergie est d’ordre sexuelle, non pas principalement mais exclusivement, et lorsque l’animal n’est plus bon à se reproduire il n’est absolument plus bon à rien. Il en va de même pour les hommes ; lorsque l’instinct sexuel est mort, écrit Schopenhauer, le véritable noyau de la vie est consumé ; ainsi, note-t-il dans une métaphore d’une terrifiante violence, « l’existence humaine ressemble à une représentation théâtrale qui, commencée par des acteurs vivants, serait terminée par des automates revêtus des mêmes costumes. » Je ne voulait pas devenir un automate, et c’était cela, cette présence réelle, cette saveur de la vie vivante, comme aurait dit Dostoïevski, qu’Esther m’avait rendue. A quoi bon maintenir en état de marche un corps qui n’est touché par personne ? Et pourquoi choisir une jolie chambre d’hôtel si l’on doit y dormir seul ? Je ne pouvais, après tant d’autres finalement vaincus malgré leurs ricanements et leurs grimaces, que m’incliner : immense et admirable, décidément, était la puissance de l’amour. »

Je ne pouvais que m’incliner devant l’immense et admirable puissance de l’amour...

STYLE
Page 223 :
« J’étais au milieu d’un paysage de montagnes, l’air était si limpide qu’on distinguait le moindre détail des rochers, des cristaux de glace ; la vue s’étendait loin au-delà des nuages, au-delà des forêts, jusqu’à une ligne de sommets abrupts, scintillants dans leurs neiges éternelles. »

Certains disent que Houellebecq n’a pas de style. Ils feraient mieux de dire que son style ne les touche pas, qu’ils ne prennent pas de plaisir à le lire.
On apprend aux enfants à dire « je n’aime pas » au lieu de « c’est pas bon ! ». Il semblerait que beaucoup d’adultes aient oublié ce principe de base intelligent et tolérant et respectueux.

mercredi 26 octobre 2005

Houellebecq

La possibilité d'une île

ECHANGISME
Page 197 :
« L’amour qu’enseignait le prophète, et qu’il recommandait de pratiquer, était l’amour véritable, non possessif : si l’on aimait véritablement une femme, ne devait-on pas se réjouir de la voir prendre du plaisir avec d’autres hommes ? De même qu’elle se réjouissait, sans arrière-pensée, de vous voir éprouver du plaisir avec d’autres femmes ? »

Emilie s’est bien gardée de me parler de ce passage.
A mon avis, elle n’est pas prête à suivre la parole du « prophète ».

HUMOUR TRAGIQUE
Page 198 :
« Robert le Belge hochait la tête avec une approbation désespérée, lui qui n’avait probablement jamais connu d’autre femme que la sienne, à présent décédée, et qui allait sans doute mourir assez vite dans sa maison de retraite du Brabant, croupissant anonymement dans son urine, encore heureux s’il pouvait éviter d’être molesté par les aides-soignants. »

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