Nouvelles Clés N°61
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« La neurologue qui a su explorer son extase pendant une paralysie
Pour tenter d’aider son frère schizophrène, Jill Bolte Taylor n’avait eu de
cesse, depuis l’enfance, de comprendre les dérèglements du cerveau et elle
avait fini par devenir une brillante neuro-anatomiste, à Harvard. Et voilà qu’à
37 ans, le 10 décembre 1996, alors qu’elle se réveille, la chercheuse est
victime d’un AVC (accident vasculaire cérébral). La matinée qui suit est
incroyable. Jill Bolte Taylor va en effet s’avérer capable, pendant plusieurs
heures, d’observer sa conscience quitter peu à peu son cerveau gauche. C’est
là, en effet, que l’hémorragie s’est produite. Vague après vague, toutes ses
capacités conscientes supérieures – langage, analyse, réflexion, sentiment du
moi – la quittent. Avec une douleur épouvantable, elle tente d’appeler à
l’aide. Mais chaque fois qu’elle s’approche du téléphone, sa raison rationnelle
la quitte et elle ne sait plus ce qu’elle fait. A mesure que l’hémorragie
s’étend, elle réussit néanmoins à comprendre pourquoi ses perceptions changent.
Le plus étonnant est qu’elle s’en souviendra… Or, malgré la douleur, la
chercheuse constate que son cerveau droit, lui, continue à fonctionner, et même
mieux que d’habitude, car il n’est plus contrôlé parle gauche. Ses fonctions
subconscientes supérieures – sensibilité, intuition, sentiment de participation
au monde – s’emballent. Jill connaît un satori ! C’est ce qu’elle
racontera dix années après, dans Voyage au-delà de mon cerveau, (éd.
JC Lattès). Sa souffrance se trouve effacée par une formidable sensation
d’amour cosmique. En fait, elle vérifie sur elle-même ce que les neurologues
commencent à découvrir, en équipant d’électrodes les crânes de moines en train
de méditer.
Chez des sujets entraînés, la méditation ou la prière ont pour effet de
réveiller la vigilance, mais d’endormir les zones corticales nécessaires pour
distinguer le moi du reste du monde. C’est que vit la jeune femme qui, plus
tard, « remerciera son AVC » de lui avoir fait connaître l’expérience
mystique de sa vie. Un sentiment si puissant qu’il lui faudra fournir un effort
colossal pour finalement réussir à pousser un grognement au téléphone, qu’un de
ses collaborateurs saura décrypter comme un appel au secours. Paralysée, Jill
Bolte Taylor passera très près de la mort. Elle mettra dix ans à récupérer ses
capacités physiques et mentales, au prix d’efforts quotidiens, démontrant à son
tour à quel point le cerveau humain est plastique et adaptable. »