Journal de celui qui à force d'essayer d'être heureux est en train d'y parvenir

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 30 juillet 2007

Jean d'Ormesson

La création du monde

ASSASSINATS, KAMIKAZES
Page 30 :
« Vers l’extrême fin du XIe siècle et le début du XIIe, au temps de la première croisade, au sud-ouest de la Caspienne, au nord-ouest de l’Iran, une forteresse réputée imprenable : Alamut. Son maître, Hassan ibn al-Sabbah, était le chef d’une secte religieuse et guerrière qui appartenait à la frange la plus dure de l’islam chiite. Plus connu sous le nom de « Vieux de la montagne » qu’il avait rendu illustre et redoutable des rivages de la Méditerranée aux confins de la Chine et de l’Inde, Hassan s’opposait avec violence et s’alliait tour à tour, selon les circonstances et les besoin de sa situation, aux envahisseurs francs, à ses frères ennemis, les musulmans sunnites, ou aux Turcs Seldjoukides qui occupaient le Khorassan, le Kharezm, la Perse, le califat de Bagdad, une bonne partie de l’Anatolie et de l’Asie Mineure. Les ressources considérables en hommes et en matériel dont disposaient ses adversaires lui faisant défaut, il maniait avec férocité une arme qu’il avait mise au point dans les moindres détails : l’assassinat.
( …)
Recrutés en Syrie, en Egypte, en Arabie, en Perse, quelques centaines de jeunes gens entre douze et trente ans lui étaient dévoués corps et âme. Un par un ou parfois en groupes de deux ou trois, déguisés en ascètes ou en marchands, il les envoyait tuer ceux qui gênaient ses desseins et il régnait par la terreur. Les préparatifs des crimes se faisaient dans le plus grand secret, mais les meurtres eux-même étaient accomplis en public et, pour mieux frapper les esprits, au cœur de foules aussi nombreuses que possible. Ces expéditions constituaient autant de missions de sacrifice et, appelées fedayin, c’est-à-dire « commandos-suicides », les kamikazes du Vieux de la Montagne aspiraient à la mort avec une sombre résolution qui épouvantait les croisés, les sunnites, les Turcs. »

BELLE PHRASE, BELLE PENSEE
Page 66 :
« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes ».

Sans me prendre pour un dieu, je m’en ris aussi !

LE MAL
Page 76 :
« Les hommes n’ont jamais cessé de s’interroger sur le mal. Dieu lui-même a besoin du mal parce qu’il fait surgir le monde du néant infini. »

Variante :

Les hommes n’ont jamais cessé de s’interroger sur le mal. Parce qu’ils ont créé (ou choisi) un dieu qui a besoin du mal pour régner, pour faire peur à ses abrutis de sujets qui l’on créé à leur image.

UNE BELLE DEFINITION DE L’ART CONTEMPORAIN
Page 84 :
(C’est Dieu qui parle.)
« Elle (la beauté) s’incarnera dans des formes différentes et souvent opposées. Elle se retournera contre elle-même jusqu’à se confondre avec l’horreur et avec le désespoir comme je me suis retourné contre moi pour faire sortir de tout du rien, en me confondant avec le mal. Et elle sera comme un cri qui montera vers mon absence. »

Et elle sera comme un cri qui montera vers mon absence…

Non, sincèrement, je trouve que c’est une belle définition de l’art du XXe siècle !

UNE BELLE DEFINITION DE LA PENSEE
Page 147 :
« Une destruction chargée de construire. »

UNE BELLE DEFINITION DE L’HISTOIRE, OPTIMISTE ET REALISTE
Page 175 :
« L’histoire est une espérance appelée à se changer en ruines pour repartir de plus belle. »

A PART CA, JE N’AI PAS AIME SON LIVRE.

J’ai l’impression qu’il s’est déguisé en curé, qu’il est monté en chaire et nous a balancé sa pensée à deux balles.

vendredi 27 octobre 2006

Virginie Despentes

VIRGINIE DESPENTES PENSE A NOUS AUSSI
Page 30 :
« Car la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité. Qu’est-ce que ça exige, au juste, être un homme, un vrai ? Répression des émotions. Taire sa sensibilité. Avoir honte de sa délicatesse, de sa vulnérabilité. Quitter l’enfance brutalement, et définitivement : les hommes-enfants n’ont pas bonne presse. Etre angoissé par la taille de sa bite. Savoir faire jouir les femmes sans qu’elles sachent ou veuillent indiquer la marche à suivre. Ne pas montrer sa faiblesse. Museler sa sensualité. S’habiller dans des couleurs ternes, porter toujours les mêmes chaussures pataudes, ne pas jouer avec ses cheveux, ne pas porter trop de bijoux, ni aucun maquillage. Devoir faire le premier pas, toujours. N’avoir aucune culture sexuelle pour améliorer son orgasme. Ne pas savoir demander d’aide. Devoir d’être courageux, même si on n’en a aucune envie. Valoriser la force quel que soit son caractère. Faire preuve d’agressivité. Avoir un accès restreint à la paternité. Réussir socialement, pour se payer les meilleures femmes. Craindre son homosexualité car un homme, un vrai, ne doit pas être pénétré. Ne pas jouer à la poupée quand on est petit, se contenter de petites voitures et d’armes en plastique supermoches. Ne pas prendre soin de son corps. Etre soumis à la brutalité des autres hommes, sans se plaindre. Savoir se défendre, même si on est doux. Etre coupé de sa féminité, symétriquement aux femmes qui renoncent à leur virilité, non pas en fonction des besoins d’une situation ou d’un caractère, mais en fonction de ce que le corps collectif exige. Afin que, toujours, les femmes donnent des enfants pour la guerre, et que les hommes acceptent d’aller se faire tuer pour sauver les intérêts de trois ou quatre crétins à vue courte. »

jeudi 26 octobre 2006

Virginie Despentes

King Kong Théorie

LA FEMME QU N’EXISTE PAS
Page 14 :
« Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toute façon je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. »

lundi 23 octobre 2006

Virginie Despentes

King Kong Théorie

D'OU ELLE ECRIT
Page 12 :
« Je me suis toujours sentie moche, je m’en accommode d’autant mieux que cela m’a sauvée d’une vie de merde à me coltiner des mecs gentils qui ne m’auraient jamais emmenée plus loin que la ligne bleue des Vosges. Je suis contente de moi, comme ça, plus désirante que désirable. J’écris donc d’ici, de chez les invendues, les tordues, celles qui ont le crâne rasé, celles qui ne savent pas s’habiller, celles qui ont peur de puer, celles qui ont les chicots pourris, celles qui ne savent pas s’y prendre, celles à qui les hommes ne font pas de cadeau, celles qui baiseraient avec n’importe qui voulant bien d’elles, les grosses putes, les petites salopes, les femmes à chatte toujours sèche, celles qui ont des gros bides, celles qui voudraient être des hommes, celles qui se prennent pour des hommes, celles qui rêvent de faire hardeuse, celles qui n’en ont rien à foutre des mecs mais que leurs copines intéressent, celles qui ont un gros cul, celles qui ont les poils drus et bien noirs et qui ne vont pas se faire épiler, les femmes brutales, bruyantes, celles qui cassent tout sur leur passage, celles qui n’aiment pas les parfumeries, celles qui se mettent du rouge trop rouge, celles qui sont trop mal foutues pour pouvoir se saper comme des chaudasses mais qui en crèvent d’envie, celles qui veulent porter des fringues d’hommes et la barbe dans la rue, celles qui veulent tout montrer, celles qui sont pudiques par complexe, celles qui ne savent pas dire non, celles qu’on enferme pour les mater, celles qui font peur, celles qui font pitié, celles qui ne font pas envie, celles qui ont la peau flasque, des rides plein la face, celles qui rêvent de se faire lifter, liposucer, péter le nez pour le refaire mais qui n’ont pas l’argent pour le faire, celles qui ne ressemblent plus à rien, celles qui ne comptent que sur elles-mêmes pour se protéger, celles qui ne savent pas être rassurantes, celles qui s’en foutent de leurs enfants, celles qui aiment boire jusqu’à se vautrer par terre dans les bars, celles qui ne savent pas se tenir ; aussi bien et dans la foulée que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne savent pas se battre, ceux qui chialent volontiers, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés, ni agressifs, ceux qui sont craintifs, timides, vulnérables, ceux qui préfèreraient s’occuper de la maison plutôt que d’aller travailler, ceux qui sont délicats, chauves, trop pauvres pour plaire, ceux qui ont envie de sa faire mettre, ceux qui ne veulent pas qu’on compte sur eux, ceux qui ont peur tout seuls le soir. »

jeudi 19 octobre 2006

Christine Angot et Hemingway

Rendez-vous

ET HEMINGWAY POUR FINIR : UNE BELLE CITATION SUR LE PRINTEMPS, LE BONHEUR, TIREE DE PARIS EST UNE FÊTE
Page 373 :
« Quand le printemps venait, même le faux printemps, il ne se posait qu’un seul problème, celui d’être aussi heureux que possible. C’était toujours les gens qui mettaient des bornes au bonheur, sauf ceux, très rares, qui étaient aussi bienfaisants que le printemps lui-même. »

mercredi 18 octobre 2006

Christine Angot

Rendez-vous

WHITMAN, GUIBERT
Page 344 :
« Un soir au théâtre j’entendais ce poème de Walt Whitman. Un acteur, avec un livre à la main, disait :
Camarade, ceci n’est pas un livre :
celui qui touche ce livre touche un homme,
(Fait-il nuit ? Sommes-nous bien seuls ici tous les deux ?)
C’est moi que vous tenez et qui vous tiens,
d’entre les pages, je jaillis dans vos bras,
la mort me fait surgir.
C’était un poème que citait souvent Guibert. J’étais une femme, je n’étais pas morte, mais il était valable.
Eric, ceci n’est pas un livre :
celui qui touche ce livre touche une femme,
(Fait-il nuit ? Sommes-nous bien seuls ici tous les deux ?)
C’est moi que tu tiens et qui te tiens,
d’entre les pages, je jaillis dans tes bras,
… mais… je ne sais pas comment finir, ce n’est pas la mort en tout cas qui me fait surgir. Je ne sais pas, qu’est-ce que c’est ? »

La vie, peut-être ?

mardi 17 octobre 2006

Christine Angot et Bukowski

Rendez-vous

BUKOWSKI PARMI LES RARES AUTEUR CITES DANS RENDEZ-VOUS
Page 288 :
« Je me reposais. Le dimanche j’allais voir un film sur Bukowski. Je savais qu’Eric était en train de lire. »

Je n’arrête pas de le dire : Bukowski est un grand, un très grand.

lundi 16 octobre 2006

Virginie Despentes

King Kong Théorie

VIRGINIE DESPENTES EST EN FORME
VOICI LE DEBUT :
« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire. »

mercredi 6 septembre 2006

Alina Reyes - fin

Le carnet de Rrose

AMOUR
Page 67 :
« 67
Qu’est-ce que l’amour ? Quand ma rrose veut absolument que cet homme-là l’arrose, est-ce de l’amour ? Quand elle n’en a plus le désir, est-ce du désamour ? Dois-je obéir à ma rrose chaque matin nouvelle, ou à mon cœur fidèle ? »

Je me suis longtemps torturé l’esprit avec ces questions, jusqu’au jour où je me suis aperçu que l’amour n’était qu’un échange de bons procédés, d’intérêts, une recherche d’harmonie, de mieux être, et depuis, cela va beaucoup mieux.

dimanche 3 septembre 2006

Alina Reyes

Le Carnet de Rrose

ECRITURE
Page 58 :
« 58
Les esprits chagrins pensent avec une grimace que Rrose écrit sur sa rrose pour se faire de l’argent. Oui, certes. Mais elle ne pourrait le faire si ne lui venait, régulièrement, le besoin de jouir en écrivant.
Et si Rrose devait passer trente ans de sa vie en prison, nul doute qu’elle noircirait d’encre des rouleaux entiers de papier, ou remplirait des disques durs de rroseries encore plus ardentes et désespérément, rageusement, joyeusement extrémistes – même sans possibilité de publication.
Ecrire, même quand elle ne parle ni de rrose ni de tige, est la plus grande et la meilleure des perversions érotiques de Rrose. »

- page 1 de 6