Vendredi 27 janvier 2012
Tout s'est bien passé hier. Une forme de perfection.
Mirabelle avait cachée sa clé dans sa cour intérieure, sous un pomelo, un
arbre que je ne connaissais pas - et que je ne connais toujours pas parce qu'il
est enveloppé dans un tissus blanc pour être protégé du froid. Elle ne
rentrerait qu'à 15h alors que j'avais prévu d'arriver vers 13h. Je trouvais
inutile, du boulot, de rentrer chez moi avant de repartir à Paris. Je me
faisais une joie aussi d'être chez elle sans elle, de faire une sieste
peut-être, de l'attendre. Mais, comme je n'étais pas pressé, j'ai pris du
retard, et elle était en avance. A 14h, on a commencé à s'envoyer des sms:
"As-tu mangé? J'ai de la salade. Veux-tu que j'achète quelque chose? On
pourrait manger dehors? On se rejoint rue des Pyrénées, Café des Ours. Je suis
à Ménilmontant. Un verre chez Magi d'abord?" Etc. On a fini à table chez les
Ours un peu avant 15h, devant une entrecôte savoureuse et un tout aussi
savoureux Cairanne. Elle devait travailler un morceau au piano, mais il fallait
digérer avant, s'enlasser, debouts, puis allongés, habillés parce que l'idée
n'était pas de faire l'amour mais de travailler après un petit temps de repos.
Et mon idée à moi, vous le savez depuis plusieurs jours, c'était de lui avouer
enfin ma bisexualité. Je ne me rappelle plus tout ce que l'on s'est dit en se
reposant, en partageant de la tendresse, mais je sais qu'à un moment donné, je
me suis dit: "c'est le moment". Ensuite, sans trop d'efforts, sans trop de
confusion dans mes mots, mon esprit et mes émotions, je lui ai dit ce que
j'avais à lui dire. Il y a eu un blanc. Assez long. Je la regardais. Un peu
au-dessus d'elle, appuyé sur un coude, à bonne distance. Son visage ne bougeait
pas. Ni positif, ni négatif. Pourtant, je savais que c'était O.K. Et elle me
l'a confirmé quelques secondes plus tard avec des mots. J'étais heureux. Je le
suis encore. De façon très honnête, altruiste, elle m'a prévenu que dans
quelques jours elle réagira peut-être différemment, le temps que les émotions
fassent leur chemin en elle, mais a priori c'était O.K. Elle vivait une sorte
de rêve, un truc heureux et étrange qu'elle ne voulait pas analyser, qu'elle
n'avait pas attendu, n'avait pas espéré. Elle voulait le vivre simplement comme
on respire, sans y penser. Ca me convenait de faire partie de ce rêve, d'être
un fantôme ou un ange, peu importe, car je sentais bien, moi, en lui parlant,
en l'embrassant, en la caressant, que tout cela était réel.
Je ne vais pas détailler ainsi toute la journée, ce serait fastidieux, aussi
bien pour vous que pour moi. Vais me contenter de signaler deux trois trucs qui
me plaisent, qui marquent cette journée.
Après ces aveux, vous vous en doutez, j'étais détendu. Mirabelle, émue ou
échauffée par ces derniers, cette tendresse, ces caresses, s'est un peu
déshabillée et m'a déshabillé aussi pour me faire découvrir un truc que je ne
connaissais pas, qui s'appelle branlette espagnole ou cravatte de notaire.
C'était assez beau. Mon sexe coincé entre ses seins volumineux qu'elle pressait
l'un contre l'autre. Après avoir lubrifié la vallée entre ses seins avec ma
langue, c'était encore meilleur, et nous avons trouvé la bonne position.
Mirabelle avait mis ses mains à plat comme une planche au-dessus de ses seins
et les maintenait rapprochés en conservant mon sexe à la bonne place. C'était
étrange et beau. Un peu pornographique mais doux. Et ce qui donnait une belle
dimension à toute cette affaire, c'est que l'on était ensemble tous les deux,
très présents, très impliqués dans ce qui se passait.
L'autre moment important fut de l'entendre jouer, travailler, Gershwin, la
Rapsodie in Blue, dans sa formule destinée à deux pianos qu'elle
devait jouer au mois d'avril. J'ai appris qu'à l'origine, cette musique était
faite pour un piano et un orchestre et que, dans le cas du morceau que
travaillait Mirabelle, un des deux piano tenait le rôle de l'orchestre. Je fus
assez fasciné d'apprendre qu'il existait aussi une formule où le piano, un seul
piano, tenait les deux rôles!
Je lisais en même temps l'interview de François Cluzet dans
Télérama. Et, régulièrement, j'étais ému par ce que racontait le
comédien. Je pense qu'il y avait beaucoup d'émotions dans l'air ce jour-là. A
cause de ce que je venais de vivre avec Mirabelle bien sûr (et je ne parle pas
de cravate de notaire, je présise cela pour les petits libidineux, ou
libidineuses, qui s'intéresseraient à ma littérature), à cause de Gershwin, de
Mirabelle qui était belle devant son clavier, concentrée sur ce qu'elle
faisait, et puis A l'origine, Un dernier pour la route,
Intouchables, L'été meurtrier que j'avais vu il y a bien
longtemps, et ce que racontait François Cluzet de son parcours d'artiste et
d'humain alors que vibrait en moi, en arrière plan, mon propre parcours... je
vous assure qu'il y avait de quoi être ému, de quoi trouver cette interview
profonde, brillante, de quoi avoir envie de remercier Télérama pour ce
merveilleux moment.