Samedi 7 août 2010
Quand Franck est rentré, je l'ai déjà signalé, j'ai fermé son clapet à
Sollers. Il était un peu tôt pour l'apéro mais j'avais une idée derrière la
tête. Une envie pour être précis. Mais je n'ai pas osé en parler. J'ai attendu
le second apéro, la tête qui me tournait un peu pour la lui avouer. Ensuite, je
suis allé me doucher et l'attendre dans la chambre. Je me suis assis au bord du
lit, face à la fenêtre. "Tu médites, m'a-t-til dit en entrant?" Je n'ai rien
répondu. Je l'ai laissé se déshabiller et venir m'enlasser par derrière. Puis
je lui ai demandé de se mettre debout devant moi et de me donner sa queue. Je
l'ai ressortie de ma bouche pour lui préciser mon envie: qu'il jouisse ainsi,
en me baisant la bouche pendant que je me branlais. Et c'est ce qui s'est
passé.
Il n'y aura pas de musée Léautaud à Fontenay aux roses. J'y avais cru un peu
en découvrant la maison abandonnée la dernière fois que j'y étais allé. Les
travaux sont en cours, mais c'est pour diviser la maison en appartements. Un au
premier étage (où il écrivait, dormait), un au rez de chaussée ou vivait sa
bonne. Je me suis dit que j'y retournerai dans quelques mois, que j'aurai le
culot de demander aux habitants la permission de visiter cette maison.
Pause ensuite au Château, deux heures. Nous avons écouté Anna Gavalda parler
de Françoise Sagan. C'était très beau. Spectacle ensuite - plutôt réussi -
avant de vider une bouteille d'Anjou Trottignon à l'apéro. Libre dans mon corps
et dans ma tête en ce moment, j'avais envie de me faire baiser longuement. Mais
nous avons mangé d'abord. Ensuite il a pris un Get et moi je suis monté
l'attendre dans le lit. Je lui ai dit mon envie dès qu'il est arrivé et, après
divers préliminaires et positions pénétrantes, nous avons trouvé celle qui nous
convenait. J'ai joui comme une femme, de la pénétration en me touchant la queue
juste ce qu'il fallait. Même si je suis en manque de femme, cette façon de
jouir est la plus épanouissante pour moi.
En parlant de femme, Véronique, mon grand amour, m'a répondu qu'elle était
surprise de me voir attiré par les hommes. Je lui ai donc écrit pour lui
expliquer tout cela. Que j'étais finalement, dans ma psychologie, mes zones
érogènes, à moitié femme. Que j'avais longtemps occulté ce fait et que c'était
sûrement pour cette raison que j'avais eu toutes ces difficultés: dépression,
anxiété, manque de confiance en moi.
Dimanche 8 août 2010
Franck est parti hier après-midi. Cela fait du vide. Un vide pas très
agréable parce que nous étions bien tous les deux au château ces derniers
jours. Quand je parle de vie paisible, c'est comme si je parlais de bonheur. Il
sera de retour ce soir. J'ai comblé ce vide en écoutant Onfray et Sollers. Le
premier m'amuse plus que le second. Et puis en allant voir Copacabana, le film
ou Isabelle Huppert joue avec sa fille. J'ai trouvé Aure Atika très bien. Aussi
une vieille peau (le personnage) que joue admirablement Chantal Banlier.
Presque trop bien, trop fort, trop crédible. D'ailleurs, aucun comédien ne
faisait tache dans ce film. Ils étaient tous bien. Un beau blond, nordique, m'a
fait penser à mon homosexualité, Isabelle huppert m'a fait penser à Isis.
Pourquoi suis-je attiré par ce genre de femme? Leur fragilité, je pense, et
leur secret. J'ai trouvé le film un peu triste, et un peu amusant aussi, rien
qu'un peu, comme la vie. Au moins il n'était pas raté car comme la vie il était
vivant. Léautaud pour finir ma journée, au lit.
Après quelques recherches, le beau blond s'appelle Jurgen Delnaet, et sa
tête ne m'était pas inconnue puisque je l'avais vu dans Moscow, Belgium. La
blonde de ce film (Barbara Sarafian) m'avait bien évidemment fait penser à
Isis.
Véronique m'a répondu que j'avais toujours aimé la provocation. Je me suis
demandé un bon moment ce que ça voulait dire. Et la seule explication que j'ai
dénichée est qu'elle m'avait peut-être trouvé un peu trop direct, brutal, voire
cru dans ma façon de lui exposer ma vie, de lui parler de ma sexualité, de mon
côté femme. Elle a écrit aussi que je n'étais plus celui que j'étais. Et puis
elle m'a dit au revoir comme on dit adieu. Pour ma part, je lui ai répondu:
"Heureusement, que je n'étais plus celui que j'étais! Et ce pour mon plus grand
bonheur!" Je lui ai surtout précisé qu'il n'y avait aucune provocation dans ce
que j'avais écrit, que je lui avais exprimé le plus sincèrement du monde ma vie
passée et ce que j'étais devenu. J'ai ajouté que la provocation, le cynisme,
qui avaient pu me plaire à une autre époque avaient presque complètement
disparus, pour mon plus grand bonheur encore une fois. Ca sentait la fin de
l'histoire. Une histoire très courte cette fois. Et peu douloureuse. Nos corps
s'étaient reconnus à une époque, nos coeurs aussi. Quelque chose avait fait que
l'on n'avait pu s'aimer, construire quelque chose tous les deux. C'était il y a
longtemps. Je n'avais pas de regret. La vie est rarement ce que l'on s'imagine.
Elle nous emporte, se joue de nous - et malheur à ceux qui veulent la
domestiquer, leur vie sera probablement terne, inintéressante, comme eux, et
tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, comme dit mon ami
Voltaire. Par contre, si l'on se laisse aller dans ce flot - si l'on ne se
laisse pas noyer! - si l'on apprend à nager un peu, la vie peut nous apporter
de belles choses, de très belles choses. C'est ce que je crois. Mais en
attendant (ces belles choses par exemple), il ne faut pas avoir peur de
souffrir. Voilà, toute ma philosophie résumée en deux lignes.
Message pour Véronique:
"Il faut laisser le passé là où il est. Il est passé. On ne le changera pas.
Il faut envisager l'avenir (si on le peux) et tenter de vivre le présent (qui
n'est pas toujours drôle). C'est un peu triste comme philosophie, mais je n'en
ai pas trouvé d'autre."
Ce qu'il reste de mes écrits de poivrots:
Il y a quelque chose de pervers en moi, de masochiste. J'ai pu le vérifier
encore hier soir quand j'ai utilisé des légumes rapportés par Franck à des fins
de plaisir. Plaisir qui m'a laissé ensuite des traces de déplaisir. Je ferais
mieux d'écouter les conseils d'Onfray, qui préconise d'éviter les plaisirs qui
apporte dans un second temps un déplaisir annulant plus eu moins le plaisir.
Plaisir masochiste donc, puisque la douleur - ou l'avilissement - a joué pour
une bonne part dans ce plaisir. Cela m'arrive de temps en temps.
En écoutant Onfray, je me sens comme un chercheur qui n' a pas encore de
résultats à présenter. Puis je me dis que j'aurai des résultats un jour. Des
résultats qui seront un feuille de papier agrémentée de vent, de légers
mouvements à sa surface. Ce pourra-t-être aussi une limace qui progresse sur un
sol sec, ou un escargot que l'on tue un jour de pluie.
Lundi 9 août 2010
Il ne faut pas laisser se marier l'alcool et l'écriture.
C'est pourtant ce que j'ai fait hier après-midi, avant de m'écrouler dans
mon lit.
J'avais une bonne excuse. Les poivrots ont toujours de bonnes excuses. C'est
que j'avais été touché plus que je ne pensais par ces retrouvailles (par écrit,
par l'intermédiaire de Facebook) avec Véronique.
Au café, je m'étais déjà un peu emflammé dans mon écriture. Comme on s'était
déjà dit ce qu'on avait à se dire, et que j'en parlais dans mon journal, je me
suis dit que j'allais en sélectionner quelques morceaux pour les envoyer à
Véronique. Et c'est ce que j'ai fait en arrivant au château. Avant, je m'étais
servi un grand américano. Raisonnablement, j'ai envoyé ce que j'avais à envoyer
à Véronique avant de boire. Mais c'était trop tard. Alcool ou pas alcool,
j'étais grisé de toute façon. Ensuite, j'ai écouté Onfray. Satisfait de moi,
heureux d'être sur terre. Et les propos intelligents (et souvent drôles) de
l'auteur de la Contre-histoire de la philosophie ont continué de me griser.
Alors, au lieu de me calmer et de manger quelque chose, je me suis servi un
deuxième américano. Et puis, ma cervelle bouillonnant, je me suis mis à écrire
des trucs - des trucs que je relirai cet après-midi, pas maintenant - qui sont
probablement des élucubrations de poivrot mégalomane - pas vraiment ce qu'il me
faut pour commencer la journée aujourd'hui. Bref, un peu d'Onfray, un peu
d'écriture, et beaucoup trop d'alcool. J'étais parti. Je m'en servi un
troisième et dernier avant d'aller me coucher.
C'est Franck qui m'a réveillé - pour que je lui ouvre la porte du château.
Puis un appel d'Emilie. Elle se demandait ce que je foutais. Je lui ai dit que
je m'étais laissé prendre par l'alcool et qu'en conséquence je n'avais pu lui
rendre visite comme c'était prévu. On devait prendre le thé ensemble. Je devais
lui ramener ses clés qu'elle m'avait laissées pour que j'arrose ses plantes
durant ses vacances avec Pierre. Au passage, perturbé par l'alcool et par cette
histoire avec Véronique, j'ai fait volontairement une sale réflexion au sujet
de Franck, qui était à côté. Le truc débile, gratuit. Il était fâché - à juste
titre. Ca nous a donné l'occasion d'une belle discussion, doucement arrosée
d'un très vieux et bon Bordeaux. Cela me fait vraiment du bien de parler avec
lui. Tout devient clair et simple. Beaucoup plus de bien que de converser par
écrit avec Véronique ou d'écouter Onfray en me versant de l'alcool plein la
tête. Bref, on s'est réconciliés. On a passé un bon moment. Une belle soirée.
C'est une vraie petite lune de miel que l'on vit depuis mon retour du Vieux
Boucau. Surprise! pour finir cette belle journée, il avait envie d'inverser les
rôles. Je pensais que cette pratique ne lui manquait pas. Eh bien si, ça lui
manquait. Et ça ne m'a pas déplu.
Mercredi 11 juillet 2010
Pas d'écriture hier. Préparation des affaires nécessaires pour notre séjour
à Chinon et départ. Le soir, à Chinon, je me suis aperçu que j'avais oublié le
petit déjeuner et le papier toilette. Plus grave, je n'avais pas pris les
oreillers, la couette et le drap house. Heureusement que Franck n'avait pas
oublié son duvet. Même effet que la première nuit au Vieux Boucau. La fraîcheur
venue du sol imprégnait le matelat gonflable et venait jusque dans mon dans le
dos (je m'endors sur le dos), contrastant avec la chaleur d'un duvet fait pour
le grand nord qui me chauffait le ventre. Deux températures sur le même corps.
Ca n'allait pas du tout. Je me sentais tomber malade. La solution a été de
dormir sur le flanc. Un quart du corps seulement au contact du froid. Franck
collé à moi derrière et le duvet me chauffant au-dessus et devant. Il fallait
que je reste bien vertical dans cette position, parce que si je me mettais à
moitié sur le ventre, Franck m'écrasait. Il est comme ça: affectueux.
Aujourd'hui, il pleut. Un crachin très léger, vaporeux, mais qui mouille. De
grosses gouttes de pluie nous l'avaient annoncé dans la nuit.
Agréable route le long de la Loire entre Blois et Bourgueil. Un arrêt à La
Riche, à côté de Tour, pour voir les vitraux de Zao Wou-Ki récemment installés
dans le réfectoire du prieuré de Saint Cosme. Le prieuré dont le poète Pierre
de Ronsard a eu la charge en 1565, et où il finit ses jours en 1585. Tous les
vitraux du haut sont en noir et blanc. Je n'ai pas trouvé cela très réussi - un
peu triste. Mais c'est peut-être un bon choix pour se recueillir dans le néant.
Par contre, les trois qui illuminent la chaire du lecteur sont très vifs,
presque sanglants. C'aurait plus faire un bel effet de contraste avec tous les
autres si ces derniers n'avaient pas été si haut. Pas de communication possible
entre eux. Zao Wou-Ki est un maître. Les minuscules peintures, originales,
faites pour devenir des timbres poste, nous le criaient. Et certains motifs,
faits pour des assiettes de Sèvres, nous indiquaient que ce jour-là - ou cette
seconde là - un dieu avait guidé sa main. Un film ensuite que l'on n'avait pas
le temps de voir. Il y avait encore de la route et on voulait visiter Chinon
avant la nuit. Cependant, on a eu le temps d'apercevoir quelques merveilles. Ce
bonheur pictural va me permettre de patienter jusqu'au 15, quand nous irons
rendre visite à Modigliani, Morandi et Giacometti - et peut-être aussi
Aléchinski et Matisse.
Un très bon restaurant. Du Vouvray en apéritif, puis un coq au vin largement
arrosé de Chinon. Je ne suis pas un fanatique de ce vin. Je trouve qu'il sent
la terre. Une bonne terre nourricière peut-être, mais de la terre. Et ça ne me
plaît pas. J'ai reparlé à Franck de mes retrouvailles avec Véronique, de
comment finalement elles m'avaient perturbé. Nous sommes tombés d'accord sur le
fait qu'il fallait laisser le passé là où il était. Ca tombait bien. Puisque
c'est ce que j'avais écrit en dernier à Véronique. Avant d'être saoûl et
d'ajouter d'autres choses que je n'ai pas encore osé relire. Je n'ai pas relu
non plus mon journal de poivrot de cet après-midi-là. Vais peut-être le faire
maintenant, si Franck ne me rejoint pas.
Jeudi 12 août 2010
Promenade dans la ville le matin et visite du château l'après-midi. De la
forteresse pour être plus précis, car c'était sa fonction. Une longue histoire.
Un guide à la hauteur - qui aurait pu tout aussi bien être conférencier
tellement il maitrisait son sujet. Nous avons donc appris mille choses
intéressantes dont nous ne nous souviendrons pas. Peu-importe, durant la
visite, toutes ces informations nous ont permis de comprendre ce lieu, de vivre
un peu avec tous ceux qui y ont vécu. Dégustation de vins ensuite chez ma
soeur. Elle vend des bouteilles pour la grande maison Couly-Duteil. Nous avons
convenu d'un rendez-vous pour dîner ensemble. Ce sera pour ce soir. Une douche
après ce long après-midi puis un pique-nique au bord de la Vienne. Une nuit
meilleure que la précédente parce qu'après la douche, nous sommes allés
emprunter à ma soeur un drap et une couverture. Mon corps était content, à
bonne température des deux côtés. il s'est endormi paisiblement. De sales rêves
ensuites, dû à ma chère Véronique, à ma cuite de dimanche et au fait que je
voie ma soeur. Toute cela doit me ramener à un passé lointain et mal digéré. Du
coup, j'ai l'esprit embrumé ce matin, épais et trouble comme une soupe dans
laquelle on aurait ajouté du lait. Pas envie de détailler ce qui s'est passé
hier. En attendant Franck - qui sera là dans vingt minutes - je vais relire et
corriger des choses plus anciennes, voire supprimer mes propos de poivrot de
dimanche après-midi. Perturbé pour perturbé, autant y aller maintenant.