Journal de celui qui à force d'essayer d'être heureux est en train d'y parvenir

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mercredi 10 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

INTERNET EST VIVANT !
Page 38 :
« Le Net s’est développé comme un système darwinien, de manière buissonnante, comme la vie elle-même, à l’image de l’arbre de l’évolution du vivant. Une petite contribution est saisie au vol, puis améliorée par quelqu’un. Comme l’a dit le biologiste et prix Nobel François Jacob : « L’évolution biologique, c’est du bricolage... » La convergence n’existe pas toute seule. Elle n’est possible que parce que certains esprits créatifs, intuitifs, ont la curiosité de tenter des expériences, de combiner des idées... C’est ainsi qu’Internet est né, s’est construit et continue de se développer, technologie convergente à la fois sur le plan humain et sur le plan technologique (intelligence humaine, logiciels, ordinateurs, réseaux...). »

« La convergence n’existe pas toute seule. Elle n’est possible que parce que certains esprits créatifs, intuitifs, ont la curiosité de tenter des expériences, de combiner des idées... »

Si je pouvais participer à cette convergence, je serais le plus heureux des hommes, j’aurais réussi ma vie et pourrais mourir comme on s’endort sur ses deux oreilles.

LA DURE LOI DE LA VIE, DE LA SURVIE...
Page 39 :
« En biologie, les espèces vivantes constituent un réservoir d’ADN. Ce réservoir subit en permanence des agressions dues à l’environnement (rayons cosmiques, faim, compétitions interespèces, stress...), lesquelles provoques des mutations dans l’ADN. Ce processus continu peut être comparé à un « générateur aléatoire de diversité », qui donnera naissance à des espèces différentes. Celles-ci s’adapteront ou non à l’environnement, c’est-à-dire seront ou non capables de mieux se nourrir, de courir plus vite, de développer des griffes plus longues que leurs semblables pour attaquer leurs ennemis. Si elles s’adaptent, voire évoluent suffisamment pour donner naissance à une population qui reconstitue ce réservoir d’ADN, se crée alors une « boucle de renforcement » de ceux qui ont réussi : c’est le célèbre survival of the fittest (la survie des mieux adaptés) de Darwin. En revanche, si elles ne parviennent pas à s’adapter, elles disparaissent, et leur ADN avec elles. »

INTERNET EST VIVANT
Page 39 :
« Le principe est analogue en informatique. Un pôle d’informaticiens crée de nombreux logiciels. Ceux-ci sont « agressés » par l’environnement : des utilisateurs les testent et décident de leur apporter ou non des modifications. S’ils le font, des mutations voient le jour. Les programmes qui ont ainsi « muté » sont alors envoyés à des « bêta-testeurs », qui les utilisent tels quels ou les modifient avant de les renvoyer sur le réseau. De même que pour les espèces animales, les programmes qui ont réussi à s’adapter à leur environnement survivent, les autres sont détruits. Comme dans tout système darwinien, ce processus chaotique fait émerger des propriétés nouvelles favorisant la naissance d’organismes (ou de logiciels) plus organisés et conduisant à une complexité croissante. »

mardi 9 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

HISTOIRE D’INTERNET
Page 36 :
« Internet est né d’ « une personne plus trois »... Cette personne s’appelle Paul Baran et était ingénieur au Stanford Research Institute lorsque le département de la Défense américain lui commanda l’écriture d’un logiciel spécifique. Celui-ci devait permettre aux informations de circuler par « paquets » dans les réseaux informatiques, de telle sorte que les paquets arrivent à destination même si une partie importante du réseau était détruite à la suite d’une attaque nucléaire. Baran inventa une sorte de « train » d’informations contenant l’adresse en tête de convoi et des « wagons » se succédant dans un ordre bien déterminé. Ces derniers pouvaient se dissocier, c’est-à-dire suivre des chemins différents, puis se reconstituer une fois arrivés à destination.
Ce principe a ensuite été renforcé par Vinton Cerf, l’un des trois vrais promoteurs d’Internet avec Marc Andreesen et Tim Berners-Lee. Ce sont eux qui ont permis la convergence qui donna naissance à l’Internet du début des années 90. Vinton Cerf s’est inspiré des travaux de Paul Baran pour développer le protocole TCP/IP qui a officialisé et standardisé la procédure en vertu de laquelle les paquets arrivaient à destination et attendaient les suivants afin de reconstituer l’information complète et dans le bon ordre.
(Plus tard) Le département de la Défense se désintéressa du protocole et le céda à la National Science Foundation, qui le diffusa d’abord auprès des grandes universités, puis au monde entier.
C’est à ce moment qu’intervint Marc Andreessen, un jeune informaticien de 24 ans qui eut l’idée d’appliquer à Internet le système hypercard de la société Apple. Apple avait en effet imaginé un procédé selon lequel chaque carte était reliée à toutes les autres. Il suffisait de cliquer sur une carte pour passer de l’une à l’autre selon la nature et l’objet du lien sélectionné.

« ON LUI REPONDIT QU’IL N’EXISTAIT AUCUN MARCHE PARCE QUE LES GENS N’AVAIENT RIEN A SE DIRE ! »
Page 38 :
« Tim Berners-Lee, chercheur au CERN (Centre européen de recherche nucléaire) de Genève, eut l’idée de connecter tous les PC du centre entre eux pour permettre aux employés d’échanger leurs fichiers. Pour cela, il mit au point un « log », l’ancêtre du www (World Wide Web), permettant d’un simple clic (via le protocole HTLM) d’échanger des informations et des fichiers avec le PC désiré. Fort de son invention, il proposa à des investisseurs de financer son projet pour l’étendre à tous les PC de la planète. On lui répondit qu’il n’existait aucun marché parce que les gens n’avaient rien à se dire ! Les entreprises possédaient leurs réseaux, leurs protocoles et leurs logiciels propriétaires... L’idée de Berners-Lee était déjà de créer un réseau universel, mais les industriels craignaient de s’engager dans un projet aussi ambitieux. Comprenant qu’il n’aboutirait pas, Berners-Lee céda gratuitement son logiciel. Ainsi, c’est la conjonction, la convergence à la fois technologique et humaine, la rencontre des inventions de Vinton Cerf, Marc Andreessen et Tim Berners-Lee, qui a conduit à faire émerger le Web, la « toile ». C’est cette aventure collective qui a permis l’extraordinaire et passionnant développement d’Internet. »

Même si nous n’en sommes pas conscients la plupart du temps, nous « jouons » collectif.
C’est magique, non ?

lundi 8 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

DU BAS VERS LE HAUT... DEBUT D'UNE NOUVELLE DEMOCRATIE ?
Page 32 :
" Les principaux usages d’Internet se sont développés grâce aux utilisateurs eux-mêmes. Les producteurs de logiciels ou les grandes entreprises ont certainement joué un rôle de facilitateurs en proposant des logiciels performants, mais ce sont bien les utilisateurs qui ont adapté les outils Internet à leurs besoins. C’est ainsi qu’on a vu émerger, du bas vers le haut (bottom up), les grandes applications d’Internet : la messagerie instantanée, la messagerie électronique, le bavardage en ligne ou « chat », les navigateurs, le peer to peer ou P2P... Pour Michel Bauwens, rédacteur en chef de la revue belge Wave, « le P2P est la dynamique humaine intersubjective à l’œuvre dans les réseaux « distribués ». Avec ce système, les agents sont donc autonomes, libres d’agir et de contribuer (et donc aussi de se retirer, de ne pas participer), et ne sont pas soumis ni contrôlés par une autorité hiérarchique, ni motivés par es signaux économiques comme le « prix » ou le « salaire ». (...) Les processus P2P sont donc généralement associés à une production de valeur. Le profit pour eux n’est pas une fin, mais une valeur d’usage. Leurs " produits " sont rarement vendus sur le marché mais sont la plupart du temps mis gratuitement à la disposition des utilisateurs et du public, sous des formes propriétaires nouvelles, de " bien public " ou " bien communautaire " ». "

LE NET EST VIVANT ?
Page 34 :
« La densité des nœuds du réseau associée à la capacité de tisser des liens entre eux peut-être comparée aux neurones d’un cerveau et à ses ganglions interneuronaux : chaque neurone (il y en a 15 à 20 milliards dans notre cerveau) est connecté à 10 000 autres neurones, ce qui donne une idée de la densité de ce réseau ! Qu’on le veuille ou non, le Net est en train de se constituer à la manière d’un cerveau, avec ses synapses, ses interconnexions, ses dendrites... »

Un cerveau planétaire ?
L’intelligence collective est en bonne voie...

dimanche 7 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

UN ECOSYSTEME INFORMATIONNEL
Page 31 :
« Après l’imprimerie, la radio et la télévision, une quatrième grande révolution se produit au milieu des années 90 : c’est Internet. A la différence des précédents, ce média ne se contente pas de communiquer vers les gens. C’est un « double média » (TVT) qui permet de recevoir et d’émettre de l’information : les utilisateurs s’écrivent, créent de l’information, en donnent, en vendent ou en achètent (à condition, bien entendu, de se former ou d’être formé à ces nouveau usages). L’émergence des média des masses serait impensable sans les formes d’accessibilité propres à Internet. On peut considérer Internet comme une technologie de rupture (en anglais disruptive technology). En effet, avec son invention, une mutation fondamentale s’est opérée, favorisant l’essor de nouveaux champs d’expansion à la fois dans le domaine de la connaissance et dans celui de la prise de pouvoir et des rapports de forces. Internet serait ainsi le résultat de convergences technologiques provenant à la fois de l’ordinateur, des routeurs, des réseaux de communication et d’aiguillage, des réseaux de communication à bas, moyen et haut débit et des terminaux qui se sont améliorés ces dernières années, sans oublier les logiciels de navigation qui permettent de « surfer » sur le Net. De ce fait, il n’est pas un nouveau média, comme on l’a souvent dit, pas plus qu’un support d’informations en tout genre ; il est un « écosystème informationnel ». Dans la mesure où les nœuds et les liens du réseau sont interdépendants, où ce qui bénéficie à l’ensemble du système bénéficie à chacun de ses nœuds et où le progrès de chacun des nœuds profite à l’ensemble, Internet possède bien les caractéristiques d’un écosystème. Un écosystème évolutif dans lequel les êtres vivants s’échangent en permanence non seulement de la monnaie, comme dans l’économie classique, mais surtout de l’information. »

vendredi 5 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

NOUVEAUX MEDIA, NOUVELLE DEMOCRATIE
Page 24 :
« D’autres éléments agissent pour décrédibiliser les grands média, et en particulier les quotidiens. Il convient de citer tout d’abord l’extraordinaire essor et le succès des quotidiens gratuits, comme Metro et 20 Minutes. Aujourd’hui, les statistiques parlent d’elles-mêmes. En France, en terme d’audience, 20 Minutes est en tête de toutes les diffusions et touche plus de 2 millions de lecteurs par jour en moyenne, devant Le Parisien (1,7 million) et Metro (1,6 million). Problème pour les journaux traditionnels, dont la majeure partie des revenus provient de la publicité : les annonceurs ne font plus la différence entre les lecteurs payants et les lecteurs gratuits. Pour eux, il s’agit de toucher le plus de monde possible, ce qui devient une réalité avec des circulations de plus de 2,5 millions de lecteurs. »

« Une autre raison de la crise des mass média est évidemment le succès croissant d’Internet, et surtout la création d’information par les internautes eux-mêmes. »

Page 25 :
« Pour Ignacio Ramonet, « cet engouement montre que beaucoup de lecteurs préfèrent la subjectivité et la partialité assumée des blogueurs à la fausse objectivité et la l’impartialité hypocrite d’une certaine presse ». »

Subjectivité assumée : cela me plaît.

« Cyril Fievet, cofondateur et rédacteur en chef de pointblog.com, mais aussi journaliste sur InternetActu.net, reste optimiste quant à la fiabilité des blogs : « Le risque de dérives existe : manipulation, fausse information. Dans la masse publiée, ils est de plus en plus difficile de voir d’où vient une information. Mais je suis assez confiant. Il se met en place un écosystème qui arrive à valider avec des outils de popularité et des liens croisés. (...) C’est une étape majeure : la perte du monopole des média et des journalistes sur l’information. Ils ne sont plus les seuls à rapporter ce qui se passe dans le monde. On a aujourd’hui des précurseurs d’un journalisme citoyen qui va se démultiplier. » »

« Dan Gillmor, qui a une longue expérience de blogueur, estime qu’Internet peut sauver le journalisme aujourd’hui en perte de crédibilité. Il prédit un rassemblement de journalistes, d’informateurs et de lecteurs transformant le journalisme en une sorte de conversation assistée par la technologie, au lieu du monologue descendant du haut vers le bas (top down) qui est trop souvent la norme aujourd’hui. »

Page 26 :
« En France, déjà plus de 7 millions de foyers ont accès, à haut débit, à la presse en ligne. Il faut savoir que 80 % des journaux du monde, au Nord comme au Sud, possèdent désormais des éditions en ligne. Les expatriés peuvent lire en direct leur journal favori sur le Net depuis n’importe quel pays de la planète. »

Page 27 :
« Les statistiques montrent qu’aujourd’hui une grande partie de la population, et surtout des jeunes, passe plus de temps devant son PC pour s’informer en texte ou en vidéo que devant la télévision ou à lire des journaux ! »

« L’ensemble de ces pratiques, auxquelles s’ajoutent des outils numériques puissants conférant de nouveaux pouvoirs aux pronétaires, conduit à l’émergence irréversible des média des masses, confrontés désormais aux mass média traditionnels. Il est impératif que les pronétaires qui se préoccupent du respect de la démocratie se rassemblent et organisent un mouvement de masse pour réformer le media system. Evidemment, ce dernier, né de la concentration des infocapitalistes, se sent menacé par la montée des média des masses. Il sera difficile de rééquilibrer l’important contrôle exercé par les grands groupes de communication. Plus il se matérialisera, plus la lutte sera rude. L’essentiel, comme le disent McChesney et Nichols, ainsi que Gillmor, est que le public, c’est-à-dire les pronétaires, prenne conscience progressivement qu’une autre voie est possible. Que des actions peuvent être entreprises pour changer le media system. D’où l’importance de l’influence croissante des blogs, des journaux citoyens participatifs et de toutes les initiatives de création collaborative et de diffusion en réseau des informations.
Pour paraphraser la célèbre formule de Karl Liebknecht : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! », il conviendrait désormais de dire :

Pronétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Je n’arrête de le dire : ENSEMBLE.

jeudi 4 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

CRISE DE CONFIANCE
Page 17 :
« Une des principales raisons de la montée du pronétariat et de l’influence croissante des média des masses est la crise de confiance des lecteurs et des utilisateurs vis-à-vis des mass média traditionnels. »

Page 18 :
« En effet, selon l’étude « The State of News Media 2004 », seulement 49 % des Américains jugent les médias traditionnels « hautement professionnels », contre 72 % en 1985. Par ailleurs, le nombre de personnes qui estiment que les journalistes tentent de couvrir leurs erreurs passe de 13 à 67 % ! »

DANGER
Page 20 :
« D’après Ignacio Ramonet, du Monde diplomatique, « si cette chute de la diffusion venait à se poursuivre, la presse écrite indépendante risquerait peu à peu de tomber sous le contrôle d’un petit nombre d’industriels - Bouygues, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault, Boloré, Bertelsmann... – qui multiplient les alliances entre eux et menacent le pluralisme ». »

Page 21 :
« Les groupes de communication internationaux sont capables aujourd’hui de générer des profits allant bien au-delà de ce qui a été obtenu depuis les débuts de l’histoire de la presse et des média. Ils y parviennent en intégrant le journalisme dans une « machine marketing » pour d’autres produits, tels que les livres, les CD et DVD, les réseaux de télévision et les revenus assurés par des licences. Il en résulte la création de ce que McChesney et Nichols appellent un media system, qui repose sur le monde politique et le journalisme professionnel. Ce système fonctionne de manière fluide grâce à trois composantes : la concentration des média, la propriété des contenus et la confiance indiscutable dans les sources officielles. Son développement aux Etats-Unis, d’après les auteurs, est préjudiciable aux exigences de la démocratie et d’une société participative.
Le résultat, après un siècle de confrontations et de regroupements, est que le journalisme en est venu à se fier presque entièrement aux sources gouvernementales ou industrielles. Ainsi, trop souvent, les principaux articles « sensibles » sont rédigés à partir d’informations confidentielles distillées à des journalistes sélectionnés par les entreprises et les porte-parole gouvernementaux. »

Page 22 :
« Des liaisons parfois « incestueuses » se sont ainsi progressivement nouées entre les mass média et le monde politique. »

« L’influence des grands groupes de communication, propriétaires des principaux média, souvent en connivence avec le pouvoir politique, conduit à un manque d’objectivité, parfois même à des mensonges, à des manipulations ou à passer sous silence des informations capitales, comme on l’a vu dans le cas des véritables raisons de la guerre en Irak ou de certains scandales politiques et financiers récents. L’entretien permanent de la peur de la rareté et la mise en scène de la terreur quotidienne (catastrophes naturelles, terrorisme, scandales, drogues, criminalité...) par les grands média contribuent à maintenir « dans le rang » des foules de plus en plus difficilement « contrôlables » par les pouvoirs en place. »

mercredi 3 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

L’ORDINATEUR A LA PORTEE DE TOUS ?
Page 13 :
« Aujourd’hui, avec les nouveau outils d’empowerment qui confèrent du pouvoir aux pronétaires et qui s’appuient sur le numérique (logiciels et outils de production sur PC et Web), la révolution est encore plus marquée et plus rapide. Il devient facile de rassembler les moyens de production et de distribution à un coût très bas. Evidemment, la production du pronétariat a ses limites. Il ne vient à l’esprit de personne de faire fonctionner par ces moyens une centrale nucléaire, de construire une voie de chemin de fer ou de bâtir un gratte-ciel. Mais déjà des visionnaires comme Neil Gershenfeld, du MIT, étudient les conditions de production domestique d’objets grâce à des machines personnalisables. C’est le concept des fab labs, des laboratoires de fabrication d’objets ou de bricolage intelligent à domicile, dont on reparlera. Un autre chercheur du MIT, Joseph Jacobson, propose de fabriquer chez soi ou au bureau des ordinateurs performants en téléchargeant les plans des circuits, lesquels seront produits par une imprimante spéciale fonctionnant avec une encre à semi-conducteurs. »

CRISE DE LA DEMOCRATIE, BESOIN DE PARTICIPATION, DE SOLIDARITE ?
Page 14 :
« Quelles sont les raisons de l’émergence du pronétariat et du rassemblement de personnes et de talents aussi différents ? Certainement l’arrivée de nouvelles technologies typiques de la culture Internet venant à la rencontre de l’aspiration profonde d’une partie de la société à des formes d’organisation plus participatives. Un besoin de participation lié à des facteurs positifs (comme l’augmentation du niveau culturel global), mais aussi négatifs (comme la crise de la démocratie représentative). »

COMME DE PETITES GOUTTES DE MERCURE SUR UNE SUFACE PLANE...
Page 14 :
« Des applications d’abord isolées et seulement utilisée par des « fanas » et des spécialistes vont ensuite « interagir » pour s’étendre à des secteurs incontournables. A la manière de petites gouttes de mercure sur une surface plane : elles roulent et s’interpénètrent jusqu’à ne plus former qu’une seule bille. C’est à ce phénomène planétaire que nous assistons aujourd’hui, à un rythme accéléré, et il nécessite une analyse ainsi qu’une prise de conscience de la part des responsables industriels, politiques et universitaires. »

Une économie mondiale, une nation (ou organisation) mondiale, une intelligence collective... comme de petites gouttes de mercure ?

SOYONS ACTEURS, CONSTRUISONS NOTRE AVENIR
Page 14 :
« En effet, la nouvelle nouvelle économie née de la montée du pronétariat pose des problèmes culturels, politiques, sociologiques et économiques inédits. Les gouvernants doivent revoir leurs priorités en matière d’allocation des ressources pour le développement des réseaux. Les universitaires ont à réviser leur enseignement pour rendre perceptible et opérationnelle la nouvelle culture d’Internet, des média des masses et du temps réel. Les industriels, enfin, doivent remettre en question les techniques qu’ils utilisent pour toucher les consommateurs selon un mode pyramidal, car les pronétaires, par l’utilisation des blogs, vlogs, wikis, journaux citoyens, IM, téléphone mondial gratuit tel que Skype, etc., comme outils stratégiques de production et de distribution, créent un univers commercial parallèle à celui des firmes classiques. Mais la révolution pronétarienne est d’abord sociétale avant d’être économique. D’où les défis et les enjeux auxquels sont aujourd’hui confrontés entreprises et gouvernements. D’où l’importance aussi de l’information et de la formation permettant à chaque acteur de la vie économique et sociale de mieux comprendre ces évolutions pour construire son avenir. »

Mieux comprendre... Voilà ce qui risque de nous arriver.

mardi 2 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

LA REVOLUTION EST EN MARCHE ?
Page 11 :
« Dans la société de l’information, l’économie d’échelle ne s’applique plus selon les mêmes normes. La reproduction de contenus numériques se fait à un coût marginal et la diffusion peut être mondiale et instantanée. La création collaborative, ou intercréative, fait appel à des réseaux d’intelligence collective et non plus à des organisations humaines pyramidales. On voit donc apparaître une nouvelle forme de lutte des classes entre ceux qui détiennent les moyens de production et de diffusion des informations et ceux qui, jusqu’alors considérés comme spectateurs, lecteurs ou usagers passifs, prennent une part croissante aux processus planétaires de création et de distribution d’informations. »

INFOCAPITALISTES, PRONETAIRES...
Page 11 :
« J’appelle « infocapitalistes » les détenteurs des moyens de création, de production et de diffusion de contenus informationnels dits « propriétaires » (sous copyrights, droits de licence...), généralement sous forme numérique. Ils forcent les utilisateurs et acheteurs à passer par les vecteurs de diffusion ou de distribution qu’ils contrôlent en organisant intentionnellement la rareté autour de ces vecteurs. En ce sens, on peut également les considérer comme des « vectorialistes ». Ce sont les grandes chaînes de télévision, les grands éditeurs, les majors de la musique... Ils font partie de ce qu’on appelle généralement les mass média.
J’appelle « pronétaires » ou « pronétariat » (du grec pro, devant, avant, mais aussi favorable à, et de l’anglais net, qui signifie réseau et est aussi l’appellation familière en français d’Internet – le « Net ») une nouvelle classe d’usagers des réseaux numériques capables de produire, diffuser, vendre des contenus numériques non propriétaires, en s’appuyant sur les principes de la « nouvelle nouvelle économie ». C’est-à-dire capables de créer des flux importants de visiteurs sur des sites, de permettre des accès gratuits, de faire payer à bas prix des services très personnalisés, de jouer sur les effets d’amplification... « Professionnels amateurs » (ou « pro-ams »), ils utilisent pour cela des outils analogues à ceux des professionnels et facilement accessibles sur Internet. Il s’agit d’usagers, d’internautes, de « blogueurs », de citoyens comme les autres, mais qui entrent de plus en plus en compétition avec les infocapitalistes traditionnels, auxquels ils ne font plus confiance, pour s’informer, écouter de la musique, voir des vidéos, lire des livres ou communiquer par téléphone. Cela en raison des coûts trop élevés des produits et services proposés et de leur accès difficile pour les moins favorisés.
Enfin, j’appelle « média des masses » les nouveaux modes, massifs et distribués, d’expression pronétaire. Les média des masses utilisent des techniques numériques de création collaborative, de connexion et d’échange qui supplantent progressivement certains des vecteurs traditionnels des mass média (télévision, radio, édition, télécommunications, publicités...). »

La révolution est en marche.

lundi 1 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

INTRODUCTION
Page 9 :
« Les citoyens du monde sont en train d’inventer une nouvelle démocratie. Non pas une « e-démocratie », caractérisée par le vote à distance via Internet, mais une vraie démocratie de la communication. Cette nouvelle démocratie, qui s’appuie sur les « média des masses », émerge spontanément, dynamisée par les dernières technologies de l’information et de la communication auxquelles sont associés de nouveau modèles économiques. Ni les média traditionnels, ni les hommes politiques n’en comprennent véritablement les enjeux. Les média des masses, seuls véritables média démocratiques, vont radicalement modifier la relation entre le politique et le citoyen, et, par voie de conséquence, avoir des impacts considérables dans les champs culturel, social et politique. Les internautes commencent seulement à réaliser à quel point le Net du futur va leur permettre d’exercer leur pouvoir, si tant est qu’ils parviennent à se montrer solidaires et organisés.
Le modèle industriel traditionnel a placé le pouvoir entre les mains d’élites ou de grandes familles propriétaires du capital financier et de production. Ces classes de capitalistes riches et puissantes ont par la suite cherché à transposer ce modèle à la société de l’information. Or les règles du jeu ont changé. L’accumulation du « capital informationnel » - représenté notamment par les savoirs, les connaissances, les contenus, les informations stratégiques accumulées dans des bases de données, des bibliothèques, des archives – se fait aujourd’hui de manière exponentielle. La création collaborative ou la distribution d’informations de personne à personne, contribuant à l’accroissement de cette nouvelle forme de capital, confèrent donc de nouvelles prérogatives aux utilisateurs, jadis relégués au rang de simples « consommateurs ». De nouveau outils « professionnels » leurs permettent de produire des contenus numériques à haute valeur ajoutée dans les domaines de l’image, de la vidéo, du son, du texte, jusque-là traditionnellement réservés aux seuls producteurs de masse, détenteurs des « mass média ». »

Les règles du jeu ont changé...

mercredi 8 mars 2006

Joël de Rosnay

Il y a quelques années - plus, moins, je ne sais pas - j’ai eu un choc intellectuel. Peut-être était-ce Joël de Rosnay, je n’en suis pas sûr, en tout cas, ça venait de la collection La plus belle histoire de... aux éditions du Seuil. Bref, cette fameuse personne, de Rosnay ou un autre, disait à peu près ceci : « Nous n’avons pas vraiment évolué depuis le néolithique : nous sommes sédentaires, nous cultivons la terre et pratiquons l’élevage pour nous nourrir, nous créons des outils pour améliorer notre confort. Le néolithique, dans l’histoire de l’humanité, est une révolution, une rupture totale avec la vie que nous menions avant de chasseurs-cueilleurs. Eh bien, nous sommes en train d’en vivre une autre, nous allons en vivre une autre, tout aussi importante, car l’informatique, les technologies de l’information et de la communication, vont créer un changement aussi important que celui qui a eu lieu il y a 10 000 ans ! »

Quand j’ai lu ça, je me suis dit que c’était « énorme » – comme on dit maintenant – et je l’ai mis en mémoire. Aujourd’hui, j’ai acheté ce livre de Joël de Rosnay : La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses. Je n’ai lu que la quatrième de couverture, mais elle en dit long. La voici :

" Comme en leur temps la machine à vapeur ou l’imprimerie de Gutenberg, les techniques et pratiques émergeant du nouvel Internet sont sur le point de révolutionner l’histoire de l’humanité, tant sur le plan économique que social ou politique. Or ni les média traditionnels, ni les dirigeants ne semblent avoir saisi l’ampleur de ces enjeux.
Evoquant la naissance des blogs, des wikis ou encore des « journaux citoyens », Joël de Rosnay décrit les principes d’une économie reposant en grande partie sur des relations de pair à pair plutôt que sur la distribution de masse de contenus culturels, caractéristiques des média dominés par les « infocapitalistes ». Face à ces derniers se développe un « pronétariat », classe d’usagers capables de produire, de diffuser et de vendre des contenus non propriétaires, mais aussi de permettre un accès largement gratuit à l’information.
S’organisant en une seule entité, le Web peut faire émerger une intelligence et même une véritable conscience collectives. Il met ainsi en question les relations de pouvoir verticales qui régissent aujourd’hui les sphères de l’économique et du politique.
Loin de proposer une vision « béate » du Net, car bien conscient des dangers d’une communication sans contrôle, Joël de Rosnay montre qu’il devient en fait un outil puissant entre les mains des citoyens pour faire naître une économie et une démocratie nouvelles. "

Je trouve cela tout aussi étonnant que porteur d’espoirs.

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