être vivant

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dimanche 11 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

POUVOIR, PEUR, RARETE
(Je trouve que c'est un peu exagéré mais je fais confiance à Serres et à de Rosnay.)
Page 97 :
« Dans l'optique infocapitaliste et vectorialiste traditionnelle, pyramidale, où quelques-uns se partagent le pouvoir, créer de la rareté est vital. Les grands pouvoirs fabriquent artificiellement des manques de manière à ce que les usagers ne puissent avoir accès aux produits et services dont ils ont besoin qu'en passant par leurs circuits et chaînes de commercialisation. C'est le cas par exemple de l'énergie, et en particulier du pétrole : une douzaine de grandes compagnies pétrolières contrôlent l'ensemble de l'énergie mondiale. Le manque est dans ce cas créé par l'organisation coordonnée de l'excès de consommation. Même situation dans la haute finance internationale : quelques organismes financiers détiennent le pouvoir d'agir sur les taux d'intérêt, et même sur la Bourse. Le modèle est identique dans la communication, le commerce de l'art, de la drogue ou de l'armement...
Comme le dit très bien Michel Serres, nos sociétés modernes sont « des sociétés de la mise en scène de la peur ». Le journal télévisé de 20 heures s'appuie, pour créer de l'audience, sur la quantité de morts et sur des faits divers relatés avec force détails : actes de terrorisme, feux de forêt, inondations, catastrophes aériennes, accidents de la route, désastres écologiques, scandales financiers, etc. Cette mise en scène profite non seulement au monde médiatique mais aussi aux mondes politique et juridique, qui ont besoin, pour exister, de susciter directement ou indirectement une peur permanente afin de pouvoir proposer des plans pour y remédier. Ainsi, la gestion de la rareté va de pair avec celle de la peur. Toutes ces peurs, alimentées quotidiennement par les grands canaux d'information, contribuent à faire pression sur les citoyens et à les obliger à accepter des contraintes de plus en plus sécuritaires, ou encore à passer par les vecteurs de distribution des entreprises les plus puissantes. »

DE LA RARETE A L'ABONDANCE !
Page 98 :
« Depuis quelque temps le paysage change. Le public croit de moins en moins aux messages des vectorialistes et fait de moins en moins confiance aux média traditionnels. Chaque jour, des journaux multimédia en ligne, les journaux citoyens, se créent un peu partout sur la planète. De plus en plus de sites Web et de blogs proposent aux internautes d'écrire leurs propres articles et de concurrencer les journalistes professionnels. La gestion de la rareté est progressivement remise en cause par la gestion de l'abondance. «Abondance» est un mot particulièrement difficile à prononcer dans un monde où 60 % de la population des pays en développement vit au-dessous du seuil de pauvreté. Mais de fait nous sommes entrés, avec la société de l'information, dans l'ère de l'abondance numérique. Alors que l'ère de la société de l'énergie est fondée sur le zero sum game (le jeu à somme nulle : si je donne mon argent ou un bien matériel, je le perds) de la « théorie des jeux » utilisée en économie, l'ère de la société de l'information repose sur le stockage et la circulation de flux numériques (images, textes, sons, monnaies...). C'est le non zero sum game (le jeu à somme positive : je peux enrichir l'autre sans m'appauvrir). Selon la théorie des jeux, ce que j'ai, je le conserve. Dans ce système, l'internaute qui enregistre une musique peut créer de la valeur ajoutée en la transformant et en la rediffusant.
La valeur ajoutée classique se crée de manière linéaire : un produit brut se transforme en produit semi-fini, puis en produit fini. Dans la société de l'information, non seulement le numérique ne se perd pas, mais sa vie se poursuit. À la différence de ce qui se passe dans la société de l'énergie, dans la société de l'information le fait de donner quelque chose en confère la propriété au bénéficiaire mais n'en dépossède pas celui qui donne. Cela produit un effet boule de neige, un effet win win (gagnant-gagnant) : l'information reçue peut être une information investie qui va servir une nouvelle fois, ailleurs, via d'autres sources. Ainsi, dupliquer du numérique ne coûte pratiquement rien. Les machines automatiques permettent de dupliquer à l'infini un original auquel tout le monde peut avoir accès. Il est difficile, sur le Net, de savoir si un auteur de musique ou de vidéo est un auteur original ou s'il a emprunté des éléments vidéo ou musicaux à un autre. La valeur ajoutée de ce système se situe dans la création, l'innovation, l'invention, même si le résultat est une combinaison d'éléments qui existent déjà. Elle est importante dès lors que se crée une synergie entre plusieurs niches et entre plusieurs effets qui se cumulent, s'amplifient, ou s'autocatalysent : ce qui est alors engendré, c'est de la « valeur ajoutée matricielle par synergie de niches ».
L'effet autocatalytique du développement de l'information signale l'ère de l'abondance numérique. Les grands média et les grands pouvoirs traditionnels ne semblent pas encore avoir compris que l'abondance numérique va remettre en question le modèle économique classique de gestion de la rareté. »

vendredi 9 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

NOUVELLE TELEVISION
Page 82 :
« Qu'il s'agisse du texte, du son, de l'image ou de l'expertise, les média des masses ont déjà commencé à contrebalancer les modèles économiques classiques en en faisant émerger de nouveaux. Le modèle actuel de la télévision est lié à un système de production, de distribution et de consommation. Son organisation est pyramidale : la diffusion s'effectue de « un vers beaucoup » (1VT), avec un mode de rémunération provenant principalement de la publicité, la part du financement public étant chaque fois plus marginale. Ce qui revient à envoyer des audiences vers des annonceurs plutôt que des contenus vers des audiences.
Ce modèle va progressivement être brisé par celui du anytime, anywhere, any support (n'importe quand, n'importe où, n'importe quel support). La télévision de demain permettra soit de suivre un programme en direct (télévision dite « de flux »), ce qui nécessite d'être synchronisé avec les horaires des programmes de diffusion, soit de l'enregistrer pour le regarder plus tard - deux possibilités qui existent déjà aujourd'hui -, soit encore de retrouver des émissions archivées grâce à des moteurs de recherche vidéo (télévision dite « de stock »). Les infos, les films, les actualités, etc., seront en effet stockés sur d'énormes bases de données, ce qui permettra de les voir ou de les revoir au moment de son choix. Cela serait impossible sans trois technologies : la compression d'images, le haut débit et la télévision par câble, Internet ou satellite.

DES INFOMEDIAIRES !
Page 85 :
" Cependant, à côté de ces outils, le besoin de nouveaux médiateurs humains, capables d'aider l'utilisateur à faire le tri, à évaluer, à hiérarchiser, à valider, à organiser l'information, va se faire sentir de façon croissante. Une classe d'intermédiares (des "infomédiaires") est en train de se constituer : ni journalistes, ni personnes de pouvoir, ils contribueront demain à façonner l'opinion publique en étant identifiés par les utilisateurs comme des référents. "

jeudi 8 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - Des mass média aux média des masses

SKYPE, EBAY, NOUVELLE NOUVELLE ECONOMIE
Page 74 :
" Avec ses 54 millions d'utilisateurs dans le monde, Skype incarne, encore mieux que d'autres, un nouveau modèle économique. Comme Amazon, Yahoo, Google ou Netscape à l'origine, il est porté par une vague de jeunes utilisateurs et « surfe sur le flux ». Skype est l'une des premières entreprises d'Internet à avoir misé sur la nouvelle nouvelle économie. Ses créateurs ont donc eu l'idée de créer et de renforcer un flux important d'usagers et de fournir à ceux qui le souhaitaient un service personnalisé en échange d'une somme modique. Ils ont parié sur le débit du flux ainsi généré : des millions d'utilisateurs abonnés à une prestation bon marché conduisent à un chiffre d'affaires annuel conséquent !
Cette initiative a permis à la société de se vendre à eBay pour 2,6 milliards de dollars cash en septembre 2005. Ce montant semble tellement colossal qu'il est perçu par les professionnels de la finance et du venture capital comme ridiculement élevé. En effet, Skype ne réalisera que 60 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2005 et 200 millions en 2006. Les ratios habituels des financiers ne s'appliquent plus. Alors, pourquoi un tel prix ? D'abord, ce n'est qu'un début. La somme a été payée par eBay pour moitié en cash, pour moitié en actions. Et 1,5 milliard de dollars supplémentaire sera versé en 2009 en fonction des performances de Skype.
Meg Whitman, la présidente d'eBay, aurait-elle succombé aux promesses (et au charme) de Niklas Zennstrôm et de son complice Janus Friis, cofondateurs de Kazaa et de Skype ? Pas du tout ! Elle partage avec eux une vision à quinze ans : grâce à Skype, eBay va devenir le magasin virtuel mondial. En effet, la majorité des internautes qui achètent ou vendent sur eBay souhaitent parcourir des rayons virtuels, vivants et animés, voir d'autres personnes et leur parler, interagir en groupes. Ouvrir une boutique « physique » pour vendre n'importe quel produit ou des conseils en management ou en éducation nécessite de suivre un parcours compliqué : immobilier, patentes, devantures, etc. Sur eBay, c'est un jeu d'enfant. Avec les communications téléphoniques gratuites de Skype et très bientôt le visiophone mondial gratuit, les transactions, discussions, évaluations peuvent se faire beaucoup plus facilement, avec plus d'efficacité et surtout avec du fun. "

BUSINESS
Page 77 :
" C'est la base de la nouvelle nouvelle économie. Toute création collective, en particulier le "logiciel libre" actuellement au coeur d'une bataille juridique, repose sur cette idée simple. Il vaut mieux toucher 10 centimes d'euro sur 10 millions de personnes attirées gratuitement sur un de ces sites fun, avec une marge de près de 90 %, plutôt que 100 euros sur 10 000 clients convaincus à grand-peine par une publicité et un marketing coûteux, le tout pour en tirer une marge bénéficiaire de 20 à 30 % au mieux... "

mercredi 7 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

CONTRE-POUVOIR CITOYEN

Page 70 :

" Internet succède donc à deux autres modes de communication traditionnels. Le premier, le guichet (« un vers un » ou 1V1 dans notre notation), a été inventé pour permettre à l'administration (SNCF, Sécurité sociale, Trésor public ... ) et aux citoyens usagers de se rencontrer sur des sujets personnalisés. Le problème réside dans la complexité, et donc la lenteur de réponse de la machine administrative, fonctionnant en back office. D'où, la plupart du temps, la frustration des usagers. Le deuxième mode de communication, l'image, révolutionnaire en son temps, propose une diffusion pyramidale. Du haut de la pyramide, quelques-uns (les chaînes de télévision, les radios, les éditeurs de journaux ... ) s'adressent à des milliers ou des millions de personnes. C'est le processus top down, caractéristique de l'évolution de ces cinquante dernières années.
Internet, un troisième mode de communication apparaît : le TVT, « tous vers tous » ou « de groupe à groupe » (en anglais many to many). Comme on l'a vu, les utilisateurs peuvent transmettre de l'information à travers leur site Web, un blog ou un vlog. Ils décideront d'agir soit de manière subversive - par exemple en bloquant un site pendant quelques heures (l’attaque contre Yahoo en 2000 est un cas d'école) ou en propageant un virus du type « I love you » -, soit de façon constructive - en participant en direct (grâce à une webcam) à des émissions de télé, de radio ou à des chats.
Internet change la règle du jeu. Face aux pouvoirs publics et privés apparaît un véritable contre-pouvoir citoyen, Internet devenant le support par excellence des média des masses. La preuve : ce ne sont ni les industriels, ni les pouvoirs publics qui ont proposé les grandes applications du Net ou du mobile. Ces nouveaux outils qui emportent l'adhésion - le courrier électronique (même si l'e-mail a souvent été détourné à des fins de marketing), le SMS, la messagerie instantanée (ou IM), le chat - doivent leur succès aux ados. Ils ont été promus par les utilisateurs eux-mêmes.
Si l’IM est aujourd'hui de plus en plus utilisée dans les entreprises, à l'origine personne - sauf les adolescents - n'y croyait... Le chat et la messagerie instantanée ont été inventés par deux jeunes Israéliens, créateurs de ICQ (I seek you), un logiciel permettant aux gens de bavarder avec les personnes dont les noms ou les photos apparaissaient à l'écran dès qu'ils connectaient leur PC. Il leur suffisait de cliquer dessus pour pouvoir chater. C'était une vraie révolution. L'IM a été intégrée dans les grands portails de type MSN et autres AOL. Depuis deux ou trois ans, les entreprises réalisent que cet outil représente un plus marketing pour elles. Elles l'utilisent notamment pour répondre aux questions posées via la messagerie électronique par leurs clients. La question est renvoyée sur un système d'IM où, en temps réel, le client pourra, s'il le souhaite, continuer à communiquer sur le suivi de son projet avec son correspondant d'entreprise, qui lui aura laissé son adresse IM.
Le chat, en revanche, est une sorte de jeu. On est présent en temps réel avec d'autres utilisateurs, connus ou inconnus. Alors que le téléphone est particulièrement prenant car on ressent, à l'intonation de la voix, l'ennui, le souci ou l'intérêt, l'écriture représente une forme de communication complémentaire avec ses caractéristiques propres. Elle est à la fois plus neutre et plus chaude, car la lecture est instantanée. Elle peut aussi se pratiquer en différé. La réponse écrite « en direct », donc en réaction à un SMS ou à un chat, est souvent « émotionnelle». Recevoir ou envoyer des messages instantanés à des correspondants sans le contrôle des parents ou des professeurs, exprimer des sentiments profonds que le téléphone ne permet pas toujours de transmettre, voilà sans doute ce qui est à la base du succès extraordinaire du chat chez les ados, qui en ont fait un de leurs principaux usages d'Internet. De même, le P2P a été utilisé à l'origine par les jeunes pour échanger de la musique, mais les logiciels de P2P se retrouvent désormais sur de grands serveurs d'entreprise afin de favoriser les contacts et échanges entre professionnels. "

jeudi 18 mai 2006

Joël de Rosnay

CONTRE-POUVOIR PRONETARIEN
Page 66 :
« Après la musique et les films, le nouveau domaine conquis par les pronétaires est celui de l'édition presse, avec l'avènement et l'extraordinaire succès des journaux en ligne rédigés par des blogueurs ou des non-journalistes. Le modèle du genre est OhMyNews, journal coréen âgé d'à peine cinq ans et comptant déjà 1 million de visiteurs par jour. Pour rédiger ses articles, OhMyNews utilise un réseau collaboratif de pratiquement 40 000 « journalistes citoyens ». Ces derniers écrivent 200 articles par jour, et ce dans tous les domaines. Aux États-Unis les initiatives bourgeonnent, telles que Backfence, Global Voices, Now Public, WikiNews ou Bayosphere. Le New York Times et Business Week s'engagent également dans la voie du citizen journalism en favorisant des initiatives de ce type.
Un des premiers «journaux citoyens » européens, AgoraVox, a été lancé en France en juin 2005 par la société Cybion, spécialisée dans la recherche d'informations sur Internet et la veille concurrentielle, technologique et économique. À partir d'un travail de proximité, l'objectif d’AgoraVox est de publier des actualités concernant des événements de préférence inédits, bien qu'il soit également possible de soumettre des articles d'analyse critique ou des commentaires. Six mois après son lancement, le journal comptait plus de 1500 rédacteurs et accueillait près de 250 000 visiteurs par mois. (…)
On observe un même phénomène de coédition pronétarienne dans le monde de la radio FM. Comme le souligne Pierre Bellanger, PDG de Skyrock, les 2,5 millions d'adolescents qui animent la communauté Skyblog se sont réappropriés ce nouveau média, jusqu'à transformer en profondeur la radio qui a lancé le site Web. Il en résulte un nouveau média hybride, dont le Web et les téléphones mobiles sont les vecteurs les plus porteurs et les plus efficaces. Le phénomène n'est pas réservé aux riches ni aux pays du Nord. A Barcelone, dès 1998, les jeunes du quartier défavorisé Raval ont monté leur radio communautaire en ligne, entièrement réalisée par leurs soins. À Rio de Janeiro, l'association Viva Rio a mis en place des sites collaboratifs pour les habitants des favelas, dans lesquels ces derniers publient des articles sur la vie de leurs quartiers.
La création collaborative et le partage se situeront tous les niveaux dans l'Internet de demain. Comme un organisme vivant, Internet connaît en effet une nouvelle et spectaculaire évolution. À partir des encyclopédies gratuites en ligne, des films réalisés par des amateurs, des journaux citoyens rédigés par des non-journalistes, des sites d'échange de photos et d'agendas ou encore des jeux vidéo multi-utilisateurs, le Net se réorganise et s'adapte aux nouvelles demandes de ses utilisateurs. »

Comme un organisme vivant…

Page 69 :
« Le contre-pouvoir pronétarien émerge du retour d’informations venant d’Internet. A l’origine, le Net était conçu comme un système de diffusion favorisant la navigation d’un site à l’autre – des sites offrant des informations essentiellement fondées sur le texte. Comma l’a fait remarqué dès 1994 Jim Clark, le fondateur de Netscape Communications Corp., « le vrai défi d’Internet n’est pas d’envoyer des informations à des internautes, mais bien de répondre à leurs demandes personnalisées. L’avenir du réseau repose sur sa capacité à faire remonter et à prendre en compte le gigantesque « feed-back » d’Internet ». Or aucune entreprise, aucun organisme public ou groupe politique n’est capable, avec les outils actuels que représentent l’e-mail, l’IM ou les agents intelligents et les robots de réponses automatiques, de répondre en temps réel au raz de marée des demandeurs. Seul un système transversal, de groupe à groupe, le permet. C’est une des bases du contre-pouvoir pronétarien. »

mardi 16 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des mass

« RESEAUX PERVASIFS » : LES OPERATEURS TRADITIONNELS VONT AVOIR LA VIE DURE EUX AUSSI…
ET NOUS, NOUS ALLONS TOUT DOUCEMENT VIVRE AUTREMENT, ENTOURES D'OBJETS INTELLIGENTS...
Page 64 :
" Dans moins de cinq ans, la majorité des appels dans le monde transiteront par Internet à partir de mobiles ou de PDA (assistants personnels) équipés de logiciels gratuits comme ceux de Skype. Les opérateurs seront dans l’incapacité d’arrêter ou de ralentir cette évolution. Certains se résignent déjà en offrant des services comparables, ou en se disant qu’il faudra quand même, dans certains cas, passer par des lignes ADSL et souscrire obligatoirement un forfait... British Telecom est actuellement le seul opérateur européen à proposer un service, Fusion, n'utilisant qu'un seul téléphone pour le mobile et le fixe. Il suffit pour cela d'être abonné à l'ADSL, de disposer d'un téléphone Motorola adapté (offert gratuitement par BT) et, chez soi ou au bureau, d'une sorte de modem fixe, lequel transforme les appels du mobile entrant dans sa zone en appels au tarif du fixe. BT s'est en effet aperçu que 53% des appels en provenance de mobiles étaient passes en position fixe, au domicile ou au travail. Les prévisions des experts indiquent que le nombre de mobiles Wifi atteindra 13,5 millions en 2007, 52,8 millions en 2008, pour exploser vers 2010 (136 millions). Des outils puissants de média des masses aux mains des pronétaires ?
Mais l'avenir appartient aussi à ce que l'on appelle les «réseaux pervasifs» et aux mesh networks. « Pervasif » signifie que le réseau est on, connecté de façon ininterrompue. La société Ozone.net, à Paris, offre de se connecter à un coût très bas tout en laissant la possibilité à chaque personne qui installe une antenne Wifi au-dessus de sa maison de répercuter son signal Wifi dans un rayon de 4 à 5 kilomètres. Ce réseau, également baptisé mesh network, s'auto-organise, de manière analogue à la formation de synapses entre les neurones...
Selon Rafi Haladjian, fondateur de Ozone.net, le réseau pervasif est un réseau omniprésent. Ses composantes sont transparentes pour l'utilisateur final. Il est toujours ouvert, assurant une permanence de la connexion en tout lieu. Il est agnostique en terme d'applications puisque fondé sur les protocoles mêmes d'Internet. Il doit permettre de connecter tout type d'appareil et se présente donc comme l'infrastructure nécessaire à l'émergence des objets intelligents. Le réseau pervasif contribue au développement d'un écosystème informationnel d'interactions homme/homme. Mais il peut être également destiné à des utilisations à la fois homme/ machine et machine/machine. Il a notamment pour vocation de rendre intercommunicants le plus grand nombre d'appareils possible, de banaliser la notion de communication et de « désinsulariser » l’archipel des objets qui entourent l'utilisateur. Il s'inscrit en cela dans la tendance générale de l'informatique répartie sur des ensembles hétérogènes : grid computing, Web services, etc. Le réseau pervasif est le réseau de la continuité et de la permanence de la communication. Il est le socle d'une informatique répartie, dans laquelle les objets sont interdépendants. De ce fait, il se doit naturellement d'être connecté en permanence et sans rupture, et ce indoor et outdoor. L’utilisateur ne doit plus avoir à changer de « prothèse » lorsqu'il passe le pas de sa porte. Par conséquent, l'utilisation du réseau pervasif ne peut se faire que pour un prix extrêmement modique, le coût de chaque transaction étant imperceptible à l'utilisateur. "

lundi 15 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des mass

TELEVISON
Page 54 :
« De nouvelles technologies vont rendre irréversible la profonde mutation que va subir la télévision dans les prochaines années. »

« Comme pour la musique, ou le téléphone avec Skype, chaque PC devient, avec BitTorrent, le relais d’autres ordinateurs connectés en réseau et réalise un double travail : rerouter le flux tout en améliorant la qualité. Avec ce logiciel, plus vous « downloadez », plus vous vous transformez en « uploader ». Chaque personne qui télécharge devient lui-même un site miroir de téléchargement pour un autre téléchargeur, ou downloader. Ainsi, plus les internautes seront nombreux à télécharger une vidéo, plus l’opération s’effectuera rapidement. C’est le système des vases communicants numériques, une réaction en chaîne, en quelque sorte. Ce phénomène de rediffusion libre va concurrencer les diffuseurs de programmes télévisés. Déjà, des émissions de « séries » en P2P, sans coupures publicitaires et avec une grande qualité vidéo, sont très populaires aux Etats-Unis, comme on peut le voir par exemple sur le site MiniNova. »

LES « INFOCAPITALISTES » VONT AVOIR LA VIE DURE…
Page 55 :
« Les « vectorialistes », qui voient leur pouvoir s’amenuiser et leur monopole être entamé un peu plus chaque jour, devront imaginer de nouveaux modèles économiques pour subsister. Les instances de régulation auront également des difficultés à maîtriser ce phénomène. Comment réussiront-elles, par exemple, à réglementer la Web TV ou la vidéo sur Internet alors que n’importe qui peut émettre à partir de n’importe quel site ? Compte tenu des nouveaux usages pronétariens qui ont été décrits, le droit d’auteur pourrait donc être amené à évoluer de manière significative. Au départ droit exclusif d’autorisation, il pourrait, dans le cyberespace, se cantonner à un simple droit à rémunération, résultant d’extensions, de dérogations ou d’exceptions au droit exclusif et d’une mise en œuvre de mécanismes alternatifs de rémunération et de compensation.
Imaginons – les experts le prédisent déjà – une convergence, par exemple, entre le RSS Feed, les wikis, le P2P TV et BitTorrent. Chaque fois qu’une émission nouvelle apparaît, les abonnés aux chaînes de télévision pronétariennes sont avertis par le système RSS : des « agents intelligents » se connectent automatiquement et enregistrent, sur un disque dur, les émissions qu’ils sont allés glaner aux quatre coin du monde. Par un système appelé enclosures, le « torrent » de bits se télécharge automatiquement et se transforme en une sorte de podcasting vidéo que l’on pourra enregistrer ou regarder plus tard. La majorité d’entre nous préférera probablement continuer de regarder les programmes traditionnels, parce qu’ils seront plus faciles à maîtriser, mais d’ici une à deux générations la question ne se posera plus. La clientèle sera principalement constituée de jeunes qui apprécieront de pouvoir créer leurs propres programmes et navigueront d’une chaîne pronétarienne à une autre. »

Page 58 :
« C’est ce qu’ont parfaitement compris deux géants des média, Rupert Murdoch, président de New Corp, et John Malone, le grand entrepreneur du cable et PDG de Liberty Media. En Avril 2005, Murdoch a fait sensation en affirmant lors d’une conférence de presse que les « grands groupes de communication devaient se réinventer pour faire face à la iPod génération, désormais capable de court-circuiter les fournisseurs traditionnels de contenus en consommant des news, de la musique et de la vidéo, directement depuis Internet ».
Quelques semaines après cette déclaration fracassante, John Malone montait d’un cran en expliquant que « les utilisateurs veulent une seule facture, la portabilité et la possibilité de regarder de la vidéo sur toutes les plates-formes disponibles (…). Nous allons nous trouver confrontés à des accès aléatoires vers des contenus variés, et les consommateurs ne paieront que pour ce qu’ils consomment ». Pour ces deux magnats des média, l’industrie de la communication doit évoluer d’un système traditionnel fondé sur le push, dans lequel les diffuseurs distribuent des contenus en décidant des programmes et des horaires, vers un marché ouvert au sein duquel les consommateurs tirent (pull) leurs contenus préférés grâce à une grande variété de terminaux, fixes ou mobiles. »

LIVRES
Page 59 :
« Après la musique, la vidéo, la radio, le même phénomène est en passe de se produire dans le domaine du livre. Deux voies risquent de faire sérieusement concurrence à l’édition traditionnelle. La première est la voie des auteurs. En effet, les auteurs peuvent décider de publier directement leur livre sur Internet au lieu de passer par un éditeur. Certains s’organiseront en consortium afin de permettre à des jeunes d’être publiés sur le Web. Les best-sellers dans le cyberespace intéresseront alors des éditeurs, qui proposeront d’imprimer le livre en version étrangère. »

samedi 13 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

P2P (PEER TO PEER OU PAIR A PAIR)
Page 47 :
« A côté des wikis, des blogs et des vlogs apparaît le P2P (peer to peer ou pair à pair), un protocole de communication décentralisé permettant, notamment, d’échanger de la musique et dont la presse s’est largement fait l’écho à la suite du téléchargement et de la mise en circulation de musiques sous copyright (problème de Napster et du téléchargement illégal de musique). Il est intéressant de noter que le concept de pair à pair est au cœur de la définition même du protocole Internet, de l’idée que toute machine a vocation à être à la fois récepteur, émetteur et transmetteur. La télévision en P2P (l’échange de vidéos) connaît également un grand succès. Selon de récentes études, les internautes téléchargent désormais davantage de vidéos que de musique. Qu’elle soit payante ou non, la télévision en P2P peut être utilisée par les consultants qui souhaitent échanger leur savoir-faire, mais également dans le domaine de la coéducation (en complément de l’université, de l’école ou des cours de formation professionnelle). »

Page 48 :
« Au-delà des simples applications à la musique, à l’image et à la vidéo, la « philosophie » P2P favorise donc les rencontres entre individus partageant les mêmes valeurs, appartenant à la même « tribu ». Ces individus sont friands des outils portables, qu’ils utilisent pour se connecter les uns avec les autres ou se réunir dans des lieux publics. Howard Rheingold, un sociologue américain spécialiste des implications sociologiques des nouvelles technologies, a baptisé ce nouveau phénomène smart mobs : des foules se rassemblent pendant quelques minutes ou quelques heures, puis se séparent une fois l’objectif atteint. »

PODCASTING
Page 48 :
« Un autre système commence également à prendre de l’ampleur : il s’agit du « podcasting », un nouveau moyen de diffusion de fichiers sonores ou vidéo qui s’appuie lui aussi sur le format RSS et s’inspire de l’iPod, une création d’Apple. Le podcasting a d’abord été conçu pour pouvoir et diffuser ses radios personnelles : chacun peut, avec un outillage simple, lancer sa propre émission. Mais l’usage en a très vite été étendu. Ainsi, il suffit de capter une émission à partir de n’importe quelle radio FM, soit directement sur son PC, soit grâce à de nouveau appareils capables de convertir la musique radiodiffusée au format MP3 de haute qualité audio, puis de la rediffuser sur le Net. Chaque correspondant pourra ensuite écouter cette émission à loisir sur son lecteur MP3, par exemple un iPod. »

vendredi 12 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

UNE ECONOMIE DE L’ABONDANCE
Page 45 :
« Parallèlement aux blogs et aux vlogs sont apparus les « wikis ». Cet outils de média des masses tire son nom de l’expression hawaïenne wiki wiki, qui signifie « vite ». Le wiki le plus important et le plus renommé est Wikipedia.org, une encyclopédie gratuite en ligne, continuellement remise à jour par un collectif pronétarien soutenu, notamment, par la Wiki Foundation. Elle contient plus d’un million et demi d’articles, disponibles en près de 40 langues, et progresse à raison de 2500 articles par jours (la célèbre Encyclopoedia Britannica, elle, ne contient « que » 120 000 articles en 32 tomes...).
Dans notre culture marchande, il est rare que des individus acceptent de travailler sans rémunération, et dans l’intérêt de tous. L’Internet des média des masses a donné naissance à une nouvelle nouvelle économie. Il ne s’agit plus seulement d’une économie de marché, mais d’une économie avec marché, doublée d’une « économie de la gratuité ». L’économie de marché traditionnelle ne va pas disparaître, mais une économie « plurielle » va favoriser des échanges autres que marchands (temps contre temps, temps contre valeur, temps contre info, info contre temps, info contre info...).
Ainsi, sur le site Web d’un scientifique (comme www.derosnay.com), il est possible de mettre gratuitement des informations à la disposition de tous. On constate qu’une partie des visiteurs qui collectent ces informations en renvoient d’autres, tôt ou tard. Il s’agit en quelque sorte d’une rémunération indirecte. Ce système de média des masses, à travers par exemple les wikis, invente, en marge de l’économie classique, de nouveaux marchés, de nouvelles économies plurielles. Au-delà du modèle économique traditionnel de gestion de la rareté fondé sur l’énergie et les biens matériels, une économie de l’abondance fondée sur le numérique permet ainsi aux utilisateurs de gagner de l’argent. »

jeudi 11 mai 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat – Des mass média aux média des masses

INTERNET, DEMAIN ; UN CINQUIEME POUVOIR, UNE NOUVELLE FORCE CIVIQUE CITOYENNE
Page 40 :
« L’Internet de demain reposera sur trois piliers qui se renforceront mutuellement : le multimédia, le haut débit et le « sans fil », avec la « portabilité ». Avec le multimédia, Internet n’est plus seulement du texte, de l’image et du son. C’est également du film, de la vidéo et de l’interactivité en ligne. Par exemple, une vidéo-conférence interactive est possible aujourd’hui en haut débit (environ 10 mégabits/seconde), et elle le sera bientôt en VTHD (vraiment très haut débit : 10 gigabits/seconde). A titre d’exemple, le VTHD permettra de télécharger une vidéo d’une durée de deux heures trente en seulement quelques minutes.
Ainsi, l’Internet de demain, avec ses blogs, e-mail vidéo, messageries, etc., favorisera une plus grande interaction entre les utilisateurs. Le téléchargement de vidéos interactives jouera un rôle de plus en plus important dans les processus d’éducation, d’acquisition de connaissances et, surtout, de comparaison des informations entre elles. Grâce à ces données, la fois techniques, technologiques, sociologiques, économiques, industrielles et culturelles, les média des masses commencent à apparaître dans cette écosystème informationnel comme un cinquième pouvoir. A la différence des quatre autres, qui sont tous descendants, celui-ci laisse la place à de nouveaux enjeux et menace les détenteurs de pouvoir « classiques ». C’est une nouvelle « force civique citoyenne », comme l’appelle Ignacio Ramonet. »

LE PLUS ANCIEN BLOG DE L’HUMANITE
Page 42, 43 et 44, Joël de Rosnay cite Cyril Fievet et Emily Turrettini :
« Juin 1993 : La page « What’s New de NCSA Mosaic, un répertoire de nouveau sites Web (Mosaic était l’un des premiers navigateurs Web, précurseur de Netscape, créé par Mark Andreessen), est créée.
Janvier 1994 : Justin Hall lance un site personnel qui deviendra ensuite « Links to the Underground ».
Avril 1997 : Dave Winer débute son blog, « Scripting News », qui existe toujours et peut donc être considéré comme le plus ancien blog toujours actif. »

PREMIERS BLOGS FRANCOPHONES AU QUEBEC
« Dans le monde francophone, les toutes premières initiatives qui s’apparentent à du blogging – ou du diarisme – remontent à la fin des années 90, au Québec. « Pssst », aujourd’hui fermé, est considéré comme le premier « blog collaboratif ». Les premiers blogs personnels francophones apparaissent en 2000 : Karl Dubost, Stéphanie Booth, Emmanuelle Richard, Emmanuel Bizieau et d’autres débutent leur journal en ligne. Certains de ces blogs sont toujours actifs. »

BLOGS ET VLOGS : UN REGARD DIFFERENT SUR L’INFORMATION
Page 44, Joël de Rosnay reprend la parole :
« Les blogs eux-mêmes ont donné naissance à d’autres outils, comme les vlogs (ou videoblogs : cette fois, le texte est remplacé par des images et de la vidéo). Les pronétaires disposent désormais d’outils d’empowerment : des outils professionnels qui donnent aux amateurs un réel pouvoir. Ils utilisent ainsi des téléphones caméras (camphones) ou des caméras numériques pour filmer des scènes de rue qu’ils peuvent mettre immédiatement en ligne. Leurs reportages sont souvent aussi intéressants que ceux des journalistes professionnels car ils portent un regard différents sur l’information.
Blogs et vlogs participent donc à la montée d’un nouveau pouvoir, lequel se démarque du pouvoir du journaliste traditionnel, qui filtre l’information devenue un bien de consommation comme un autre. Les professionnels de la téléphonie ont bien compris l’avantage qu’ils peuvent en tirer et commencent à accompagner ce mouvement. Ainsi, à Nantes, SFR et Motorola sponsorisent l’opération menée par la télévision associative locale, qui a confié 200 téléphones mobiles aux habitants, devenus reporters. »

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