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mardi 4 juillet 2006

Joël de Rosnay - fin

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

LA COMPLEXITE S'ACCROIT ET S'AUTO-ORGANISE, PAS BESOIN DE DIEU (DE DIEUX) NI D'INTELLIGENT DESIGN POUR CA
Page 209 :
" La leçon que nous apporte la biologie est la suivante : la complexité émerge de la dynamique des interactions entre agents, qu'il s'agisse de molécules, de fourmis ou d'acheteurs dans un marché. Des propriétés nouvelles émergent de cette collectivité organisée. L'individu n'a pas de plan d'ensemble de la structure qu'il construit "de l'intérieur". Les propriétés de ces systèmes complexes ne sont en aucun cas programmées dans les éléments qui les constituent. La vie, la conscience réfléchie, l'économie, Internet, naissent de manière chaotique, de la dynamique des interactions. "

L'individu n'a pas de plan d'ensemble de la structure qu'il construit "de l'intérieur".
J'ajouterais : personne ne l'a.
Voilà une bizarrerie que l'humain va devoir avaler bientôt.
L'humain ne maîtrise rien (vraiment), il vit, ou survit, comme un animal qu'il est.
Personne ne dirige vraiment quoi que ce soit, et pourtant, tous ensembles, nous dirigeons, nous maîtrisons notre avenir...

LA NATURE...
Page 210 :
" C'est pourquoi le phénomène Internet nous fait entrer dans un nouveau paradigme : il nous oblige à tenter de comprendre, par la synthèse plutôt que par l'analyse, comment les éléments se combinent dans des ensembles plus complexes. Cette démarche nous rapproche de la nature, de notre rôle au sein de l'écosystème informationnel Internet. Ce qui fonde et légitime toute action consciente au coeur de la dynamique du réseau. "

NOUS SOMMES TOUS CORESPONSABLES DE NOTRE AVENIR
C'est le titre de la conclusion, page 211.

NOUVELLE "RELIGION"
Page 213 :
" Bien au-delà de ce qu'on appelle aujourd'hui l'"opinion publique", que mesurent régulièrement les sondages, et bien au-delà de ce que Jung, après freud, appelait la "conscience collective", on voit émerger une "coconscience collective réfléchie". A un moment donné, il est fort possible que le sytème global de communication que nous avons "exporté" de nous-même, extériorisé de notre corps, prenne conscience de soi et se pose cette grande question : qui décide, pour faire quoi, pour aller où ? Cette coconscience collective peut rester en lutte en son sein et donc devenir schizophrène. Elle peut aussi allier ses ressources autour de grands desseins pour l'humanité. dans ce cas, reste à savoir lesquels..."

A un moment donné...

Qui décide ?
Pour faire quoi ?
Pour aller où ?

Vous me suivez avec mes histoires de nouvelle "religion" ?

De nouveaux repères métaphysiques seront alors necessaires.

Heureux de constater que je ne suis pas le seul à y penser.

A VOIR
Mon ancien blog (avant l'aventure Tooblog) :
http://www.u-blog.net/hyrst
Et deux blogs qui m'ont trouvé assez intéressant pour me mettre dans leurs liens :
http://www.pileface.com/sollers
http://perso.orange.fr/labyrinthe/accueil.html

lundi 3 juillet 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

SERIONS-NOUS COMME LES FOURMIS ?
Page 204 :
" Les hommes construisent ainsi, "de l'intérieur", un macro-organisme planétaire, une sorte de cerveau dont nous devenons les "neurones" : le Cybionte. Des millions d'usagers, de pronétaires, contribuent à enrichir ce métaordinateur parallèle que l'on appelle aujourd'hui Internet ou World Wide Web. Comme le fait remarquer Kevin Kelly, le plus étonnant dans cette machine gigantesque dont nous sommes les éléments vivants est qu'elle fonctionne sans interruption depuis maintenant plus de quinze ans.
Dans quelques dizaines d'années, le système comportera sans doute son propre système immunitaire, comme celui d'un organisme vivant, capable de lutter contre les virus dans l'intérêt de tous. C'est d'ailleurs l'objectif du futur Internet appelé GENI (Global Environnement for Networking Investigations), lancé à l'initiative de la NSF (National Science Foundation) et fondé sur une architecture informationnelle à même d'améliorer l'e-mail, de lutter contre les virus, les spams ou les hackers.
Le surprenant phénomène global auquel nous contribuons peut être décrit de la manière suivante. Aujourd'hui, nos ordinateurs fonctionnent à partir d'operating systems, en abrégé OS (Microsoft Windows, MacOS ou Linux), sans lesquels écrire, calculer, envoyer des e-mails ou encore stocker ses photos ne serait pas possible. Bientôt, Internet deviendra l'OS universel dont se servira la collectivité. La grande question sera alors : qui sont les programmeurs de cet OS ouvert et collaboratif ? La réponse est simple : ces programmeurs sont déjà en action. Ce sont les internautes eux-même, c'est-à-dire les pronétaires. Le web du futur sera "notre Web". Chacun contribuera à charger (uploader) de l'information vers ce sytème global, à partir de son ordinateur, de son PDA, de sa caméra numérique ou de son camphone.
Chaque fois qu'une personne met sur le web une photo, un article, crée un tag ou envoie des liens cliquables dans un e-mail, elle contribue à créer une nouvelle "idée" dans le cerveau planétaire du Cybionte. Quand une personne clique sur une page, modifie un blog, rédige un commentaire, elle reprogramme le métaordinateur de l'intérieur. De la même manière, chaque fois qu'une personne crée un lien, enregistre un favori ou ajoute une adresse e-mail dans ses contacts, elle contribue à renforcer des liens physiques, presque "biologiques" ou "cyberneurologiques". Et cela selon un processus analogue au processus d'apprentissage qui, dans le cerveau, renforce certaines connexions entre des neurones, contribuant à la mémorisation des informations et des émotions. "

dimanche 2 juillet 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

DEMOCRATIE
Page 200 :
« La montée des média des masses nous laisse entrevoir une opportunité d’équilibrer la société plus efficacement en trouvant un compromis entre la régulation par le haut et la corégulation par le bas. »

Page 202 :
« Dans ce nouveau contexte de participation collaborative et de corégulation, il semble indispensable de réfléchir au devenir des entreprises et à la relation qu'elles entretiennent avec l'État. Les politiques du monde entier ont parfaitement compris l'effet démultiplicateur qu'ils pouvaient obtenir d'Internet, qu'ils ont appelé (à tort) un «nouveau média». Ils ont commencé à utiliser le Web de la même façon qu'ils utilisaient la presse ou la télévision. Pour eux, Internet est un moyen supplémentaire d'exporter leur vision et de convaincre le plus grand nombre de citoyens de son bien-fondé.
Mais considérer Internet comme une simple permanence électorale dans le cyberespace est une erreur. Les politiques n'ont pas compris que l'utilisation efficace d'Internet passe par son feed-back global, par sa réactivité. Mieux vaut ne pas avoir de site ou de blog si l'on n'est pas capable de répondre rapidement aux questions posées en ligne par les citoyens. Signalons tout de même deux expériences intéressantes réalisées par deux sénateurs français René Trégouët et Franck Sérusclat : ils ont lancé un système de corédaction de textes législatifs, soumettant leurs projets de loi aux internautes, qui sont invités à réagir, voire à faire des suggestions.
Il est donc possible de trouver une réelle complémentarité entre les idées des citoyens - qui ne se manifestent plus exclusivement à travers un bulletin déposé dans l'urne, mais également par une intervention concrète (articles, liens) sur le Net - et des politiques dont une des principales fonctions consiste à faire voter des lois. Il devient nécessaire de réinventer une cyberdémocratie qui ne serve pas seulement à faciliter l'administration, notamment en permettant aux contribuables de déclarer leurs revenus en ligne, mais à engager véritablement le dialogue entre le politique et le citoyen. L'accélération de l'évolution de la civilisation du numérique rend indispensable cette adaptation. »

TROIS MONDES !
Page 203 :
« Les mutations portent désormais sur des idées, des visions du monde, des outils techniques, et plus seulement sur le biologique. Les gènes des cellules vivantes sont relayés par des gènes sociétaux, les memes, comme les appelle Richard Dawkins, accélérant l'évolution des idées, notamment par les média et surtout Internet. Dans la biosphère, la sélection darwinienne ne pouvait opérer que sur des êtres réels. Il a fallu attendre des millions d'années pour savoir si le résultat d'une mutation était favorable ou non à la survie et à l'adaptation d'une espèce donnée. Puis un être vivant doté d'un cerveau complexe a créé de la nouveauté et de la variété grâce à ses inventions, analogues à des mutations biologiques.
Alors que des millions d'années avaient été nécessaires pour faire évoluer son espèce, l'homme a pu imaginer avec son cerveau la roue, le crayon, l'aile d'avion, l'eau chaude et le fil à couper le beurre ! Cet «inventeur» vient de séparer deux mondes : le monde réel et le monde imaginaire. Il peut inventer des objets qui n'existent pas dans la nature, créer des prototypes et les tester. Une accélération prodigieuse va résulter de la rencontre entre la biosphère et la technosphère. Avec Internet, l'homme invente un nouvel environnement, reflet de la société : le monde virtuel, qu'on appelle aussi le cyberespace.
Ainsi, trois mondes vont coexister: la biosphère, la technosphère et la cybersphère. La cybersphère provoque un bouleversement dans le temps et dans d'espace : entreprendre des actions et interactions collaboratives, même si les intervenants sont séparés par des milliers de kilomètres, ne prend désormais que quelques secondes. C'est cette prodigieuse accélération que nous vivons aujourd'hui, conduisant à une société en temps réel, comme celle décrite dans Le Macroscope. »

PS :
En attendant que je sache afficher mes liens (ou qu'on me le permette) en voici un qui me concerne :
http://u-blog.net/hyrst

lundi 26 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

OU VA GOOGLE ?
Page 175 :
" Sa stratégie multidimensionnelle permet de s'en faire une idée. Avec son célèbre moteur de recherche, avec Google Desktop pour les disques durs des PC, Google Mail, Google Maps, Google Earth, Google Print (numérisation automatique des livres du monde entier à raison, pour le moment, de 5000 livres par jour), Google Phone en Wifi et une future plate-forme de paiement en ligne, la "pieuvre" Google est en train de s'attaquer à de grands concurrents comme Microsoft, Yahoo ou eBay. A terme, son objectif est de faire vivre les internautes, dans toutes leurs activités quotidiennes, avec un écran Google devant les yeux, que ce soit par l'intermédiaire de leur PC, de leur mobile, de leur PDA, de la télévision ou des consoles de jeux. Cela représente un gigantesque panneau publicitaire mondial dont vit la société.
De plus, grâce à ses statistiques en temps réel sur les questions que posent les internautes, Google dispose du plus efficace outil de prospective stratégique au monde. Un outil qui ne lui coûte rien puisqu'il lui suffit d'écouter ce que cherchent et demandent les utilisateurs (de les espionner ?) à chaque seconde et dans toutes les langues du monde. car Google peut visualiser en temps réel ce à quoi pensent les internautes du monde entier quand ils sont devant leur écran. Cette utopie est réalisable grâce à Live Query, un immense écran de visualisation développé par Google et sur lequel on voit s'afficher le flux continu des mots clés et phrases de recherche, en anglais, japonais, chinois, français, italien, hollandais, espagnol et coréen. Un étonnant laboratoire de recherche sociologique est en train de naître, intéressant aussi bien les philosophes que les spécialistes du marketing et du renseignement. "

TAGGING
Page 178 :
" Un certain nombre de développeurs d'Internet et d'experts de logiciels "ouverts" estiment que ces nouvelles phases d'innovation du réseau vont permettre d'accéder à un vieux rêve d'augmentation par ordinateur des capacités humaines connectées en temps réel. par exemple, les étiquettes (tags) du site My Yahoo permettent à des internautes de "marquer" les pages qu'ils jugent intéressantes et d'ajouter des annotations, ce qui crée un système de classification et d'organisation des données géré par des millions d'utilisateurs, du bas vers le haut de la pyramide - tous vers un (TV1). Cela restait jusqu'à présent impossible à réaliser avec les moyens classiques de communication. Ce nouveau concept est de plus en plus en vogue sur internet. Dans Wikipédia, le tagging devient la folksonomy, un clin d'oeil à la taxonomy qui pourrait signifier "génération spontanée de classification" (people's classification management).
Comme l'explique Tilly Bayard-Richard sur son blog, "l'idée de base du "tagging" est la suivante : l'inondation d'informations (texte, images, son), ou "infopollution", rend de plus en plus urgente et nécessaire une dose d'organisation, de classification, pour que les recherches donnent des résultats suffisamment pertinents et que les informations puissent être partagées entre des communautés d'utilisateurs ayant des intérêts voisins. D'où l'idée de regroupements virtuels (pas physiques), par thèmes (catégories, mots clés, tags), des informations disséminées sur la toile (géographiquement et dans le temps). "

Page 179 :
" Le phénomène du tagging contribue, à son niveau, à l'avènement d'un Web "sémantique", capable de retrouver les informations par leur contexte et pas seulement par des mots clés. Une forme d'"intuition" du Web, en quelque sorte... "

Page 181 :
" Tout ce qui pourra être évalué par une collectivité dans l'intérêt d'une collectivité le sera. On est loin des critiques de films ou de livres, toujours signées par les mêmes personnes, qui paraissent dans les journaux ou sont diffusées par les radios. Le mode de fonctionnement des jurys pourrait également se trouver bouleversé. Ces nouveaux moyens de marquage numérique montrent que l'innovation est en train de naître à partir des internautes de la base, du pronétariat, et ne constitue plus le seul privilège des entreprises traditionnelles d'Internet. "

TOUS AVEC TOUS (TAT) ?
Page 192 :
" L'association paradoxale des infocapitalistes et des pronétaires, bien différente des luttes de classes caractéristiques de la société de l'énergie et de la production de masse centralisée, sera peut-être une des solutions du futur pour un codéveloppement respectueux de la diversité et de l'environnement. "

mercredi 21 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

LA MORT DE LA TELE DE MAUVAIS GOUT ?
Page 151 :
" Ce type de recette "force" les gens à regarder la télé. Mais cette télévision-là est peut-être en train de mourir. Même si elle connaît un succès incontestable aujourd'hui, elle paraît être en fin de règne... Avec la montée des média des masses - qui diffuseront également le meilleur et le pire -, les spectateurs auront une palette de choix plus large et des moyens de plus en plus efficaces d'échapper à la publicité. "

NOUVELLE TV ?
Page 152 :
" Une coopération entre infocapitalistes et pronétaires est en train de s'amorcer avec l'initiative lancée par Jeremy Allaire, un jeune millionnaire du Net, grâce à sa start-up BrightCove.com, opérationnelle depuis janvier 2005. BrightCove utilise le pouvoir d'Internet pour transformer le média télévision en permettant aux producteurs de vidéo, autant les grands groupes que les pronétaires, de proposer leurs programmes en ligne et à haut débit, contre une rémunération soit directe, soit par l'intermédiaire de la publicité. Ainsi, chaque producteur de vidéos pourra proposer son oeuvre sur Internet (grâce au pack logiciel proposé par BrightCove) et gagner de l'argent si quelqu'un la regarde.
Allaire s'inspire du modèle de Google, qui génère des revenus grâce aux annonces publicitaires placées sur les sites de ses clients. BrightCove prévoit de laisser une place importante aux clips vidéo de courte durée analogues à ceux qui prolifèrent déjà sur le Net. L'idée est simple : il suffit de placer la pub de 30 secondes en tête de la vidéo. Les annonceurs acceptent déjà de payer 25 dollars pour 1000 spectateurs, plus que ce qu'ils paient pour la télévision classique.
Il existe aujourd'hui plus d'un million de clips vidéo sur internet, qui peuvent être vus sans attente grâce au steaming (flux continu) ou téléchargés pour une visualisation ultérieure. L'entreprise de marketing Forrester Research estime que la moitié de la population des internautes regarde des vidéo en ligne. BrightCove n'est plus seul : sont venues le rejoindre sur ce nouveau marché marché d'autres start-up comme Blinks, Akimbo ou ThePlatform. Les grands de la communication comme Viacom cherchent désormais à collaborer avec ces jeunes entreprises qui inventent une nouvelle façon de faire de la télévision.
Les entreprises de communication qui ne possèdent pas de réseaux cablés se tournent vers le haut débit sur Internet pour diffuser leurs programmes. Par exemple, la société Eco-Nova, productrice d'émissions pour le Discovery Network et le National Geographic Magazine, lance une émission d'exploration sous-marine en Web TV, sous la forme d'un blog multimédia permettant même de cliquer sur des vidéos en "live" en provenance directe des casques des plongeurs qui explorent les grands fonds marins. Certaines start-up pronétariennes comme ManiaTV ou ChannelBlast sont encore plus ambitieuses : elles veulent entrer en compétition directe avec les grandes chaînes. leur argument est qu'en diffusant leurs émissions sur Internet elles sont d'emblée "globales", alors que les chaînes classiques ne le sont pas ou doivent passer par des relais satellites coûteux.
C'est peut-être par l'intermédiaire de la Web TV nouvelle formule que l'"Empire" des majors entrera dans un cycle vertueux de complémentarité avec le pronétariat, inventant ainsi, collectivement, le futur des média des masses... "

lundi 19 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

INTELLIGENCE COLLECTIVE D'ABEILLE
Page 144 :
" Les réseaux d'individus connectés à Internet sont capables de réactions d'adaptation rapides confirmant l'existence de cette forme émergente d'intelligence collective - un phénomène d'essaims (swarm intelligence) comme ceux formés par les abeilles ou les termites. Les scientifiques les considèrent désormais comme un organisme vivant et non comme une collection d'individus. On pourrait appeler de tels regroupements, temporaires ou permanents, des « cyberessaims » d'internautes. Ainsi, au moment de grands événements mondiaux, les utilisateurs d'eBay réagissent pratiquement en temps réel pour mettre en vente sur le site les produits les plus variés en relation avec ces faits précis. "

RECHERCHE & DEVELOPPEMENT
Page 146 :
" De plus en plus d'industries ont compris les avantages qu'elles pouvaient tirer des participations collaboratives en ligne ou même d'une forme d'intelligence collective pour créer de nouveaux produits, anticiper des marchés, évaluer des services. Par exemple, Eli Lilly, grande entreprise pharmaceutique, a lancé en 2001 une start-up appelée InnoCentive dont l'objectif est de résoudre des problèmes posés à la recherche du groupe et à certains de ses partenaires. Elle s'appuie sur un réseau interconnecté de 80 000 chercheurs indépendants issus de 170 pays. Chaque chercheur, ou découvreur de solution, est récompensé s'il est capable de répondre à un problème de R&D.
Rapidement, d'autres grandes entreprises, comme Dow ou Procter & Gamble, qui consacre 1,7 milliard de dollars à la R&D, ont compris l'intérêt de cette forme de recherche mondiale mutualisée et sont venues rejoindre InnoCentive. La start-up compte aujourd'hui une cinquantaine de clients, tels Boeing ou DuPont. Les entreprises en quête de solutions à des problèmes de recherche s'inscrivent sur le site www.innocentive.com, forum d'échanges en temps réel, en tant que « chercheuses » (seekers). Un département d'InnoCentive les aide à poser leurs questions tout en préservant leur anonymat.
Les problèmes sont mis en ligne sur le site avec un résumé de la demande, une date limite de réponse et le montant prévu de la récompense qui sera attribuée à la meilleure solution (entre 2000 et 100000 dollars). Pour que sa demande soit mise en ligne, l'entreprise verse un acompte d'environ 20000 dollars à InnoCentive. Pour avoir accès aux demandes des entreprises, il faut s'inscrire comme solver. Des scientifiques ou ingénieurs de n'importe quel pays peuvent s'inscrire s'ils acceptent le règlement émis par InnoCentive, précisant la politique de confidentialité et les questions relatives aux droits de propriété intellectuelle.
Les échanges entre les chercheurs et les membres d'InnoCentive responsables du problème s’effectuent par l'intermédiaire d'un espace sécurisé en ligne appelé Project Room (la salle des projets), qui contient les détails correspondant à chaque problème. Les chercheurs soumettent leurs solutions à InnoCentive dans le cadre de la Project Room qui leur a été désignée. InnoCentive évalue les solutions proposées et met à la disposition des entreprises clientes des scientifiques appartenant à ses équipes pour sélectionner les meilleures d'entre elles. Les réponses peuvent être plus ou moins longues et offrent parfois une stratégie de mise en oeuvre dans un laboratoire, ce qui implique des taux de récompense différents.
Lorsque le problème a été résolu, InnoCentive règle la question du transfert des droits de propriété intellectuelle, puis celle du paiement. Elle paie le chercheur et se rémunère en réclamant à l'entreprise demandeuse entre 60 et 100 % de la récompense offerte au titre de la rémunération de son service. Et ça marche ! Plus d'un tiers de la vingtaine de questions soumises par Procter & Gamble à InnoCentive ont trouvé leurs réponses. Grâce à ce réseau, la société a fait passer le nombre de projets provenant de l'extérieur à 35 %. Il était de 20 % il y a trois ans. "

samedi 17 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - des mass média aux média des masses

Page 141 :
" Les infocapitalistes tentent également de conserver leur pouvoir en cherchant simplement, de manière moins violente, à ignorer l'émergence des média des masses. "

" On sait pourtant que la France compte 25 millions d'internautes et que de plus en plus de gens, des jeunes en particulier, formés aux média interactifs par les jeux, le chat ou le SMS, dédaignent les média traditionnels pour s'informer par Internet. Lorsque la grande presse ou les grandes chaînes parlent d'Internet, c'est généralement pour évoquer des revendications terroristes faites par le biais du Web, la fréquentation des réseaux pédophiles, la traque par des policiers spécialisés, l'invasion de nouveaux virus, les dangers des pirates pour les entreprises ou encore l'espionnage effectué par les spécialistes de l'"intelligence économique" grâce à Internet. Le phénomène étonnant de la montée des média des masses et de la prise de conscience du pronétariat passe totalement inaperçu, comme s'il existait une sorte de censure tacite des infocapitalistes pour éviter de favoriser l'engouement de masses croissantes d'utilisateurs pour les réseaux collaboratifs, avec sa conséquence : l'effritement de leur pouvoir. "

PHILIPPE AIGRAIN
Page 142 :
" Des programmeurs de logiciels libres distribués dans le monde entier créent, sans recours aux transactions monétaires, des réalisations techniques plus complexent que ce que l'humanité a pu rêver jusqu'à il y a peu. Le partage des goûts et des créations réinvente la divertsité culturelle autant qu'il la brasse. L'usage des technologies de l'information et de la communication (...) favorise l'apparition de nouvelles solidarités mondiales et locales. L'émergence de ressources et d'outils partagés pour l'information, par la preuve qu'elle apporte des bénéfices de la coopération et de la solidarité, renforce l'idée qu'il existe des biens communs porteurs d'avenir. "

TRANSFORMER DES INTERETS PERSONNELS EN AVANTAGES COLLECTIFS
ALCHIMIE DU XXIe SIECLE ?
Page 143 :
" La grande différence entre les tendances et les évolutions pronétariennes qui ont été décrites et celles de l'Internet des débuts est que les premières conduisent à transformer des intérêts personnels en avantages collectifs, et donc en valeur ajoutée économique. Multipliée par des millions, une action personnelle simple telle que créer un lien avec un site qu'on aime, poster un avis sur un livre ou un disque, répondre à un sujet sur un blog, devient utile pour des millions d'autres personnes. Une intelligence des foules est en train de naître, telle celle décrite dans L'Homme symbiotique en 1995, où l'on découvre que, même si elles peuvent devenir incontrôlables, voire destructrices, des foules connectées en temps réel peuvent résoudre des problèmes complexes mieux que le meilleur des experts. "

jeudi 15 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - Des mass média aux média des masses

LE PEER TO PEER INCONTROLABLE ?
Page 135 :
" Depuis quelques années, les grandes maisons de disques et les chaînes de télévision multiplient les initiatives pour tenter de réduire l'impact du phénomène de téléchargement de musique et de vidéo en P2P sur Internet. Mais, surtout, les majors utilisent l'arme de la répression contre les internautes : procès, amendes, coupures de connexion Internet... Cette forme de répression aveugle a conduit à des résultats contestables. Depuis la fermeture de Napster, en 2001, on doit constater que les sommes considérables investies par les majors dans la lutte contre les réseaux P2P n'ont pas servi à grand-chose. Aujourd'hui, selon l'entreprise CacheLogic, les réseaux P2P consommeraient jusqu'à 80 % de la bande passante d'Internet. Ils constitueraient même une des principales raisons conduisant les consommateurs à s'équiper en ligne à haut débit.
Les infocapitalistes sont donc partis en guerre contre les pronétaires. Depuis le Digital Millenium Act, entré en vigueur aux États-Unis en 2000, les internautes qui ne respectent pas les moyens de protection logicielle ou matérielle du copyright sont automatiquement hors la loi. Les multinationales de la communication ont ainsi réussi à faire traiter par les mêmes instruments juridiques la contrefaçon des objets matériels et l'échange d'informations sans but lucratif. "

Page 136 :
" La très puissante Motion Picture Association of America (l'association des producteurs américains) a récemment tenté de porter un coup sérieux à l'utilisation virale du réseau BitTorrent. Des poursuites ont été lancées contre les gestionnaires d'une centaine de réseaux utilisant BitTorrent dans le monde. Les grands studios de cinéma ont réussi, dans un premier temps, à obtenir leur fermeture. Mais la victoire de la MPAA sera probablement provisoire. Certains serveurs attaqués ont en effet décidé de contrer la démarche des majors et lancé une souscription pour financer leurs frais d'avocats. En quelques jours, ils ont réussi à collecter plus de 35 000 dollars sur le Net. Cependant, la réponse la plus dangereuse des pronétaires à la contre-attaque de la MPAA pourrait bien se présenter sous la forme d'un nouveau logiciel baptisé eXeem et permettant au réseau de fonctionner sans les serveurs qui ont été fermés. Au grand dam des majors, eXeem combinerait les avantages de BitTorrent et de Kazaa ! "

Page 137 :
" On peut se demander si de telles mesures répressives et parfois violentes ne sont pas disproportionnées par rapport à la réalité de phénomènes technologiques et sociaux difficilement réversibles. Les infocapitalistes mènent-ils un combat d'arrière-garde ? Peut-on continuer à traiter des millions de pronétaires comme des voleurs ? On se souvient des débats passionnés au moment de l'arrivée des magnétoscopes. Ils annonçaient, pour Jack Valenti, le puissant patron de la MPAA, la fin du cinéma. Pourtant, aujourd'hui, les majors tirent une grande partie de leurs revenus de la vente de cassettes VHS et surtout de DVD. Même réaction des éditeurs face aux photocopieurs, qui allaient « tuer le livre ». "

Page 139 :
" L’attitude répressive des majors suscite évidemment de nombreuses réactions, non seulement au sein du pronétariat mais auprès des sociétés de gestion collective des droits d'auteur. Ainsi, l'Adami (la société de gestion collective des droits des artistes interprètes), contrairement aux sociétés de gestion des droits des auteurs compositeurs, a été amenée à faire des propositions alternatives pour tenter de sortir de l'impasse de la répression et du cercle vicieux qu'elle a contribué à créer. Pour elle, «il apparaît aujourd'hui illusoire de vouloir stopper un phénomène qui repose sur l'essence même d'Internet. Ainsi, l'Adami s'oppose aux solutions qui privilégient la répression et la culpabilisation du public, ainsi qu'à celles qui préconisent le verrouillage des oeuvres et le filtrage des flux ». "

" La répression systématique des internautes qui téléchargent de la musique en P2P nécessite de définir un nouveau contrat social entre les créateurs et la nation. "

" Il conviendrait donc à ses yeux d'assimiler définitivement le téléchargement à de la copie privée. C'est ce que fait la jurisprudence actuelle, mais elle sanctionne en revanche l'upload, c'est-à-dire la mise à disposition des fichiers pour les autres internautes. "

mardi 13 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - Des mass média aux média des masses

LE POUVOIR DES BLOGS
Page 113 :
« Internet semble être aujourd'hui à l'origine de nouveaux enjeux pour l'information et entraîner de nouvelles formes d'interactions. Chaque individu est en mesure de trouver sa place et de prendre activement part à la construction du Net, sans qu'interviennent les distinctions coutumières et particulières régissant le monde réel. En effet, la « hiérarchie sociale » semble atténuée et, à première vue, chacun peut participer, de manière anonyme ou non, de façon plus ou moins active, aux discussions dont les forums, les chats, les newsgroups, les blogs sont les vecteurs ou outils les plus caractéristiques.
Les média traditionnels ont joué un rôle important pour asseoir la démocratie. Il semblerait que, dorénavant, ils soient contraints de s'adapter aux NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), dont les possibilités d'utilisation métamorphosent le paysage. L'accès gratuit à la presse en ligne (du moins, le plus souvent, à l'information du jour actualisée), grâce aux sites mis en place par la plupart des grands quotidiens, est un des nombreux éléments contribuant à créer un climat de concurrence. Le secteur traditionnel de la presse papier est inévitablement conduit à se diversifier. Or la tendance actuelle - afin que la presse en ligne ne soit pas la simple reproduction de ce qu'elle est sur le papier et acquière un certain avantage comparatif - est à la personnalisation de l'information. Celle-ci, techniquement, passe notamment par la possibilité de modeler son interface et ses rubriques favorites.
Cette évolution est illustrée par ce formidable outil d'expression, apparu au milieu des années 90 et tendant à se multiplier aujourd'hui, qu'est le blog. Le blog est en quelque sorte un carnet d'actualités, de faits et d'opinions mis en avant par son ou ses auteurs. S'il se rapproche du journal « intime » mais offert à tous, il est également particulièrement apprécié, et de plus en plus utilisé comme moyen de communication par les journalistes, les politiciens et les professionnels. Les blogs d'opinion s'appliquent à promouvoir des informations sous un angle subjectif: ils sont plus ou moins partisans et le revendiquent clairement.
S'il n'existe encore aucune étude faisant l'unanimité sur la mesure du phénomène des blogs en Europe, on sait que 50 millions de visiteurs uniques surfaient sur les blogs au premier trimestre 2005 aux États-Unis (soit 30 % des internautes américains et 16 % de la population). Aujourd'hui, un blog s'y créerait toutes les 6 secondes, d'après Loïc Le Meur, PDG de SixApart Europe. Lors de la dernière campagne présidentielle américaine, pour la première fois, les conventions des partis républicain et démocrate ont accrédité des blogueurs aux côtés des journalistes. Initialement accusés d'être de simples vecteurs de rumeurs, les blogs ont commencé à démontrer leur capacité à informer en forçant à la démission le journaliste vedette de CBS, Dan Rather, ou encore en couvrant la guerre en Irak.
Pour le juriste et blogueur américain Richard Posner, "accuser les blogs de manquer de mécanismes de contrôle comme le font certains journalistes traditionnels n'a pas beaucoup de sens. Il y a plus de garde-fous dans la bolgosphère que dans les média traditionnels ; c'est juste qu'ils sont différents. (...) En fait, la blogosphère est une entreprise collective - non pas 12 millions d'entreprises distinctes, mais une seule entreprise disposant de 12 millions de rédacteurs, grands reporters et éditorialistes, et tout cela pour un coût presque nul. Comment les média d'information traditionnels peuvent-ils faire face à cette concurrence ?". "

Une seule entreprise...

lundi 12 juin 2006

Joël de Rosnay

La révolte du pronétariat - Des mass média aux média des masses

SOCIETE DE L’INFORMATION, GESTION DE L'INFORMATION
Page 103 :
« Historiquement, au cours des siècles, nous sommes passés d’une société à dominante agricole à une société industrielle (société de l’énergie), pour atteindre finalement ce que l’on appelle communément la société de l’information. L'avènement de l'électronique, de l'informatique et le développement des télécommunications a naturellement marqué ce passage. La télévision par satellite et surtout Internet ont amplifié le phénomène de manière radicale ces dix dernières années. Cette brusque accélération a bouleversé les notions de temps et d'espace.
En conséquence, on constate une contraction croissante du temps nécessaire pour collecter, traiter et analyser les informations nécessaires à une prise de décision efficace. En revanche, il faut plus de temps pour filtrer, donner du sens, classer et diffuser cette information pléthorique. Car, en réalité, nous vivons dans une société de la surinformation et de la désinformation. L'ensemble des média véhiculent en permanence une masse de données difficiles à analyser, à valider, voire à comprendre. Les grandes entreprises qui, depuis des années, mettent en place des dispositifs plus ou moins perfectionnés de recherche d'informations, de knowledge management ou des cellules de veille ont été les premières à sentir le vent du changement. »

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« Aujourd’hui, l’objectif de Cybion est de démontrer que la recherche d’informations et la veille individuelle vont continuer de se développer et d’évoluer grâce à Internet. En d’autres termes, il s’agit d’expliquer s'agit d'expliquer pourquoi Internet constitue un «accélérateur» favorisant le développement de l'intelligence individuelle (et non pas uniquement de l'intelligence économique). Il faut pour cela établir un parallèle entre l'entreprise (intelligence économique) et l'individu (intelligence individuelle) qui permettrait de vérifier si, confrontés à des problèmes en apparence similaires, les individus adoptent une démarche ou des solutions identiques à celles mises en oeuvre par les entreprises. L’objectif est notamment d'essayer d'étendre les principes de la science de l'information appliquée à Internet (sans les cantonner uniquement à l'univers de l'entreprise) et de promouvoir la recherche d'informations afin qu'elle devienne une discipline d'étude à part entière. La clé d'une telle approche, que l'on retrouvera dans le cadre du journalisme citoyen, consiste à informer le grand public des risques de la surinformation et de la désinformation en lui apprenant à les détecter et à les contrer, ainsi qu'en lui fournissant des outils efficaces pour trouver la bonne information et la valider en vue d’une prise de décision rationnelle et optimale. »

VEILLONS
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" Au-delà des entreprises, ce qui va donc révolutionner les comportements individuels sur Internet, c'est bien cette attitude de "veilleur". Elle consiste à garder les yeux ouverts pour se cultiver et s'enrichir, que l'on cherche à dénicher une information inédite, à vérifier une rumeur, à accroître ses connaissances, connaissances, à forger ses croyances, à comparer les prix avant d'acheter un livre, à identifier le chirurgien qui a mis au point la dernière technique pour soigner une maladie rare... Cela dit, avoir un accès illimité aux informations ne signifie pas pour autant disposer d'un accès automatique au savoir, et, par conséquent, cela n'entraîne pas a coup sur un « enrichissement personnel ». Encore faut-il disposer du bagage intellectuel et cognitif adéquat. C'est là tout le défi auquel sont confrontés les systèmes éducatifs du XXIe siècle. "

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