Ce qui dépend de nous – Manuel et Entretiens / Arléa
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« Ne pas remettre à demain...
Si tu relâches un moment ton attention, ne t’imagine pas que tu pourras la retrouver quand tu voudras. Dis-toi qu’à cause de l’erreur que tu fais aujourd’hui, ta situation risque d’empirer à tous les autres points de vue. Tout d’abord – et c’est là le plus grave -, l’habitude de l’inattention prend racine en toi ; puis vient celle de différer ton attention. Tu t’habitues à remettre sans cesse, d’un jour à l’autre, ta conversion à une vie tranquille, réglée, et qui se conforme à la nature avec persévérance. Si tu estimes qu’il est de ton intérêt de remettre à plus tard cet objectif, c’est qu’il vaut mieux y renoncer complètement. Sinon, pourquoi ne lui consacres-tu pas une attention de tous les instants ? « Aujourd’hui j’ai envie de jouer. – Qu’est-ce qui t’en empêche ? Mais en t’y donnant ! » « J’ai envie de chanter. – Qui t’empêche de chanter attentivement ? » Y a-t-il dans la vie des activités à part et dans lesquelles l’attention ne serait pour rien ? Que peut-on faire mieux sans attention qu’avec ? Voit-on, dans la vie, qu’une tâche soit mieux réussie parce que ceux qui l’accomplissent n’y consacrent pas toute leur attention ? Le charpentier travaille-t-il avec plus de précision quand il est distrait ? Le pilote dirige-t-il mieux son navire ? Existe-t-il, en général, aucune activité, fût-elle minime, mieux exécutée dans l’inattention ? Ne vois-tu pas que si une fois tu laisses échapper ta concentration, il ne sera plus jamais en ton pouvoir de la reprendre pour l’appliquer à une conduite convenable, au respect de toi, à la modération ? Mais non, tu fais tout ce qui te passe par la tête et n’obéis qu’à tes désirs.
Eh quoi ! serait-il possible de vivre, désormais, sans se tromper ? Non, mais ce qui est notre pouvoir, c’est de faire un effort continuel pour éviter l’erreur. Il nous suffit d’échapper, grâce à une attention sans relâche, ne fût-ce qu’à un petit nombre d’erreurs. Mais si tu te dis : « Je ferai attention demain », sache que cela veut dire : « Aujourd’hui, je serai effronté, inconvenant, abject ; il dépendra des autres qu’ils me fassent souffrir ; je me mettrai en colère, je serai jaloux... » Rends-toi compte des maux que tu consens à t’infliger ! S’il est bon, pour demain, de faire attention, cela vaut encore mieux aujourd’hui ; si demain c’est dans ton intérêt, ce l’est plus encore aujourd’hui : tu pourras, demain, continuer ton effort au lieu de le remettre sans cesse au jour suivant. »
Ne pas relâcher son attention...
Que de temps et d’énergie ai-je perdu en me relâchant (ou en fuyant...) Et cela m’arrive encore, mais beaucoup moins.
« ta conversion à une vie tranquille »...
Je n’avais pas envie d’une vie tranquille. Maintenant, je peux à la fois avoir « une vie tranquille, réglée, et qui se conforme à la nature », tout en poursuivant une vie d’artiste pleine d’aventures. Pourquoi ? Parce que je suis persévérant, parce que je ne « lâche pas l’affaire » facilement...
« Aujourd’hui j’ai envie de jouer. – Qu’est-ce qui t’en empêche ? Mais en t’y donnant ! »
Il faut se donner...
« Ne vois-tu pas que si une fois tu laisses échapper ta concentration, il ne sera plus jamais en ton pouvoir de la reprendre pour l’appliquer à une conduite convenable, au respect de toi, à la modération ? Mais non, tu fais tout ce qui te passe par la tête et n’obéis qu’à tes désirs. »
J’ai eu du mal pendant un temps avec le respect de moi, la modération ; je cherchais le bonheur, la liberté, ailleurs que là où il fallait.
« Eh quoi ! serait-il possible de vivre, désormais, sans se tromper ? Non, mais ce qui est notre pouvoir, c’est de faire un effort continuel pour éviter l’erreur. »
Il faut y croire, et puis ensuite, être courageux ; un effort continuel...