Hier soir, dans le Journal littéraire de Léautaud, je remarque ce passage:
"Mercredi 14 décembre (1927) - Ce matin, en arrivant rue de Condé, je vois les ouvriers du petit atelier de typographie Flammarion, avec un rat pris dans un piège, l'arrosant d'essence et se préparant à y mettre le feu. J'interviens et leur montre la cruauté du procédé. Moqueries grossières. Je vais requérir l'agent posté à la porte du Sénat. Il refuse de se déranger, amusé lui-même de l'opération. Je reviens à l'atelier de typographie. Le rat flambait. Nouvelles moqueries grossières et la porte fermée violemment. J'ai écrit à Flammarion, et de façon que ma lettre lui parvienne personnellement.
Un rat n'est qu'un rat, c'est entendu. Mais ce n'en est pas moins un être qui vit, qui a ses besoins, ses habitudes, ses inquiétudes, ses angoisses, sa sensibilité, ses satisfactions physiques, qui sait? un certain état moral peut-être? enfin, un être vivant. savons-nous ce que sont ces bêtes? les connaissons-nous? Ma pitié est la même que pour un animal dit domestique. Et non seulement ces gens de ce matin ne voyaient pas la cruauté de leur procédé, mais encore c'était un bon moment pour eux, une distraction, et cela est courant: on brûle un rat tout vivant comme on fait une chose toute naturelle. Comme on voudrait voir ces gens payer par un bon petit malheur la souffrance qu'ils infligent ainsi de gaîeté de coeur!"
Et ce matin, au café, je lis dans Le Parisien que des inconscients ont fait subir le sort du rat à un jeune roumain. Ca s'est passé à Nîmes ou pas loin, je crois que le projet était de brûler toute la famille (qui dormait dehors). Le garçon n'a pas eu de chance. Il est actuellement entre la vie et la mort.