Voyage au bout de la Lumière

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mardi 29 mai 2018

Cioran humoriste

Le 2 janvier 1969

« On me dit que je devrais donner des cours dans une de ces facultés qu’on vient de créer. Je veux bien. Mais des cours de quoi? De -neurasthénie-? C’est à peu près la seule spécialité dont je puisse me réclamer et où j’aie acquis quelque autorité. »

Cahiers 1957-1972
Page 661

vendredi 4 mai 2018

Sculpter des nichons sur une vache

(Aux éditeurs de Coastlines)
Fin 1962

Une bio ? Je suis fêlé, vieux et radotant, fume comme les cheminées de l’enfer, mais me sens chaque jour un peu mieux, autrement dit - le pire, mieux c’est. Et quand je m’installe devant la machine à écrire c’est comme si je sculptais des nichons sur une vache, un truc absolument fabuleux. Et puis aussi, je réalise que je dois me confronter au Latin est à l’équilibre et à la prestance ainsi qu’au Pound et au Shake(speare), et salut salut saleté - tout ce que qui pourra faire tenir l’affaire debout, hourra ! Mais je fais un bien piètre faussaire, donc j’écris plus souvent un mauvais poème par moi-même plutôt qu’un bon poème écrit partiellement par un autre. Après, bien sûr, je ne peux jurer de rien. Interrogatoire et contre-interrogatoire. Pourquoi se donner tant de mal ? Ce qui passent leur vie à l’opéra adore la création mais n’ont pas le pouvoir de création. Je fréquente les champs de course où il y a aussi des bars. Loués soit les dieux insensés qui ont créé ces manèges enchantés.

Charles Bukowski
SUR L’ÉCRITURE
Au Diable Vauvert

Les os des hommes

Sous le ciel
la ville
le bitume
les pavés
la plage
goudronnée
les os des hommes
mêlés aux plumes
d'un ange fossile.

Paul Lambda

Page 47

La mer en dernier - journal de bords 1 - été, automne, hiver 2014

Lambda

À force
de se prendre les pieds
dans le tapis de nos ombres.

Paul Lambda

Page 46

La mer en dernier - journal de bords 1 - été, automne, hiver 2014

lundi 30 avril 2018

Paul Lambda continue de me parler

Je finirai bien par naître.
(Mort-vivant ou vif argent.)

Paul Lambda

Page 44

La mer en dernier - journal de bords 1 - été, automne, hiver 2014

jeudi 26 avril 2018

La lumière de Paul Lambda

Il faudrait s’éclaircir au point
d’être lumineux
d’une transparence
à laisser traverser la lumière.

Paul Lambda

Page 39

La mer en dernier - journal de bords 1 - été, automne, hiver 2014

mercredi 25 avril 2018

Une leçon d'art signée Charles Bukowski

Lettre à Jon Webb
Fin octobre 1962

« (…) Pour ce qui est de Stefanile; les gens comme Félix sont paumés. Ils ont toutes ces théories et idées préconçues sur ce que devrait être la poésie. Ces gens pour la plupart du temps vivent encore au 19e siècle. Si un poème ne ressemble pas à Lord Byron, ils n’en fermeront pas l’œil de la nuit. Les politiciens et les journaux parlent beaucoup de liberté mais du moment que tu commences à l’exercer, que ce soit dans la Vie ou dans le monde de l’Art, tu es bon pour la prison, la moquerie ou l’incompréhension. J’y pense parfois quand je glisse une feuille de papier blanc dans la machine à écrire… Bientôt tu seras mort, bientôt nous serons tous morts. Même si là maintenant ce ne serait peut-être pas une si mauvaise chose d’être mort le mieux serait de vivre en écoutant la voix qui résonne au fond de toi, et si tu es assez honnête tu pourrais finir en cellule de dégrisement 15 ou 20 fois et perdre quelques boulot ainsi qu’une femme ou 2 ou peut-être même étaler quelqu’un dans la rue et dormir de temps en temps sur un banc dans un parc; et là si tu en reviens au poème, tu n’auras plus trop à te soucier d’écrire comme Keats, Swinburne, Shelley; ou agir comme Frost. Tu ne te soucieras pas du nombre de pieds, de vers, ou si les phrases riment bien. Tu veux que ça sorte, que ce soit dur ou brut ou autre - peu importe du moment que tu peux restituer l’idée avec justesse. Je ne crois pas que ça implique de pouvoir « gambader dans les champs »… « marcher sur les mains » et encore moins, comme le dit M. S, « d’agiter ses poèmes comme un drapeau. » Ça dénote surtout l’envie d’être entendu à tout prix. Ça justifie l’art médiocre au nom de la gloire. Ça révèle en un sens le factice et la mise en scène. Mais ces travers se perpétuent depuis des siècles dans tous les Arts - et ils perdurent actuellement dans la peinture, la musique, la sculpture, le roman. Les foules, aussi bien la vraie foule que la foule artistique (seulement au sens du grand nombre de pratiquants) sont toujours à la traîne, privilégiant la sécurité non seulement dans la vie matérielle et économique mais aussi dans la vie soi-disant spirituelle. Si tu porte un chapeau de paille en décembre tu es mort. Si tu écris un poème qui échappe à l’hypnose de masse de la poésie soyeuse du 19e siècle ils croiront que tu écris de façon médiocre car tu ne sonnes pas comme il faut. Ils veulent entendre ce qu’ils ont toujours entendu. Mais ils oublient qu’il faut 5 ou 6 braves hommes par siècle pour faire avancer les choses au-delà de la pourriture et de la mort. Je ne suis pas entrain de te dire de te dire que Je suis un de ces hommes mais je peux te garantir que je ne suis pas un des autres. Ce qui me laisse quelque part entre les deux - DEHORS.
Voilà, Jon, Je dirais prends le sillage de Stefanile si tu y trouves ton compte. C’est un point de vue. Et j’aime autant qu’on me décrive comme un maçon ou un castagneur plutôt qu’un poète. Donc tout ne vas pas si mal. »

Charles Bukowski Sur l’écriture Page 90

Encore un costard pour Nietzsche, taillé sur-mesure par Monsieur Cioran

« Je ne peux plus lire Nietzsche ni m’y intéresser. Il me semble par trop naïf. Il y a déjà longtemps que j’ai cessé de l’admirer. Une idole en moins. Lui aussi s’est complu dans la prolixité, le remplissage, le diffus grandiose. »

Cahiers 1957-1972, page 659

Cioran (prononcez Tchorane) me rassure sur mon avenir d’écrivain

« Je vais m’accrocher à ces cahiers, car c’est l’unique contact que j’ai avec l’« écriture ». Cela fait des mois que je n’ai plus rien écrit. Mais cet exercice quotidien a du bon, il me permet de me rapprocher des mots, et d’y déverser mes obsessions, en même temps que mes caprices : l’essentiel est l’inessentiel y seront également consignés. Et ce sera tant mieux. Car rien n’est plus desséchant et plus futile que la poursuite exclusive de l’« idée ». L’insignifiant doit avoir droit de cité, d’autant plus que c’est par lui que l’on accède à l’essentiel. L’anecdote est à l’origine de toute expérience capitale. C’est pourquoi elle est autrement captivante que n’importe quelle idée. »

Cahiers 1957-1972, page 657

jeudi 29 mars 2018

Temps forts

Je vis des temps forts
Quand je joue sur des temps morts.

Paul Lambda

Page 39

La mer en dernier - journal de bords 1 - été, automne, hiver 2014

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