être vivant

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samedi 23 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

SAGESSE
6 avril 1967
Page 494 :
« Je suis le moins sage de tous les sages, mais sage tout de même… »

J’ai voulu être sage à une époque, et puis j’ai voulu être « heureux ». Tout cela se tient.
Je suis devenu « chercheur » en fait, étudiant permanent, « philosophe de terrain ». Et sûrement aussi un peu « sage ». Car je trouve que je me démerde de mieux en mieux avec la vie, avec moi-même ; que ma vie me correspond, que je suis ma vie (verbe « être ») et que nous nous amusons plutôt bien tous les deux.
Je persiste à croire que plus je vieillirai plus je serai heureux, plus je ferai de belle choses - aussi bien pour moi que pour les autres.
Je suis la voie de l’épanouissement de mon être en fait (verbe « suivre »), le reste - sagesse, bonheur… – en découle.

jeudi 21 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

VIE ET OEUVRE
6 avril 1967
Page 493 :
« Parfois j’incline à penser qu’il vaut mieux sacrifier sa vie à une œuvre que de vivre.
Mais parfois, je pense le contraire. Et, dans les deux cas, j’ai raison. »

Moi, j’ai choisi : je fais les deux.

mardi 19 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

HUMAINE
6 avril 1967
Page 493 :
« Passé l’après-midi avec une dame qui voulait me connaître. Pendant deux heures elle m’a parlé d’elle-même. A la fin, elle m’a consacré tout de même cinq minutes. Cependant elle n’est nullement antipathique, elle est même humaine dans le meilleur sens du mot. »

jeudi 14 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

EGO, RECONNAISSANCE
5 avril 1967
Page 492 :
« Il fut un temps où je souffrais d’être inconnu ; - maintenant j’y éprouve une certaine jouissance.
(Est-ce que Chamfort, est-ce que Joubert étaient connus ? ou traduits ? Ils ne le sont même pas aujourd’hui).
De temps à autre quelqu’un se démène pour moi, à l’étranger, auprès de tel ou tel éditeur. Invariablement, on me répond : refus. Je m’y attendais, mais cela ne fait pas toujours plaisir de se voir « recalé » partout, et à chaque « examen », d’autant plus que ces démarchent sont faites indépendamment de moi : le plus souvent on m’en communique seulement la réponse négative. N’accordons pas à ces vétilles plus d’importance qu’elle ne méritent. »

Il fut un temps où je souffrais d’être inconnu. Maintenant, je m’en fous. Je fais ce que j’ai à faire.

mercredi 13 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

FRAGMENTS, RECHERCHE
3 avril 1967
Page 492 :
« Je n’écrirai plus que des fragments ; - ma pensée, déjà brisée, je la pulvériserai. Ce sera ma façon d’avancer. »

Ses fragments… c’est ce que je préfère ; je ne peux pas lire le reste.

lundi 11 juin 2007

Cioran poète

CAHIERS 1957-1972

VOYAGE IMMOBILE
28 mars 1967
Page 490 :
« Ces gros nuages, traqués par le soleil, vus à travers ma lucarne, me dispensent du monde extérieur : ils me comblent chez moi, et remplacent tous les paysages dont je rêve. »

dimanche 10 juin 2007

Cioran sur Sartre

CAHIERS 1957-1972

CIORAN DE NICE (COMME BRICE)
25 mars 1967
Page 489 :
« Sartre – essayé de lire ou relire certains essais. Malaise. Trop systématique. Mauvaise fois permanente. Rien de profond. Il vise au brillant, souvent il y atteint. Je ne sais pas pourquoi il me fait penser à un Giraudoux rigoureux, germanique. Ironie ininterrompue, lourde, ironie alsacienne. Avec cela, précieux, oui. C’est par là qu’il s’apparente à Giraudoux. Je n’ai besoin ni de l’écrivain ni du penseur. Je lui préfère n’importe qui. Je suis injuste à son égard, mais je ne vois pas la nécessité de lui rendre justice. Et quelle signification cette élégance aurait-elle, puisqu’elle m’est inutile ?
Ce qui me gêne chez Sartre, c’est qu’il veut toujours être ce qu’il n’est pas. »

jeudi 7 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

GRAND ENNEMI QUE L’ENNUI...
25 mars 1967
Page 488 :
« Toute souffrance morale sans cause évidente est morbide. Or l’ennui est une souffrance de ce genre.
A vrai dire, chaque fois que je l’éprouve il m’apparaît comme légitime, raisonnable, justifié. Quel autre sentiment pourrait m’inspirer ce monde ?
Il en est ainsi de la peur, du dégoût, et même de l’enthousiasme. »

lundi 4 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

LA VIE EST BELLE
25 mars 1967
Page 487 :
« Journée extraordinairement belle. Tout à l’heure, au Luxembourg, même cette odieuse fourmilière paraissait acceptable tant le ciel, d’un bleu suprême, rehaussait tout, jusqu’à l’homme. »

samedi 2 juin 2007

Cioran 1911-1995

CAHIERS 1957-1972

ENVIE DE FUIR
23 mars 1967
Page 486 :
« On ne peut supporter ce monde qu’en état d’ébriété. Encore faudrait-il que cet état durât vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Mais même alors tout ne serait pas résolu, la pire lucidité, la plus destructrice en tout cas, étant celle qui surgit dans les interstices de l’ébriété précisément : lucidité fulgurante – comme une entaille de l’esprit. »

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