CAHIERS 1957-1972
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« Dans une interview de Claude Simon, celui-ci dit qu’il s’efforce de
s’abstraire du récit, de n’y pas intervenir à la manière du romancier ordinaire
qui s’érige en juge ; il veut être parfaitement objectif, laisser les
choses et les êtres se livrer eux-mêmes.
… Et je pense que si Saint-Simon est aujourd’hui le prosateur français le
plus vivant, c’est parce qu’il est présent dans chaque ligne qu’il écrit, qu’on
le sent palpitant, haletant, derrière chaque « sortie », chaque charge,
chaque adjectif.
Il écrivait, il ne faisait pas la théorie de l’art d’écrire, comme on le
fait communément en France, pour le plus grand dam de la littérature. Tous ces
types exsangues, sclérosés, ratiocineurs, ils manquent de tempérament, ils sont
subtils et ennuyeux : ce sont des cadavres prolixes, déguisés en
esthéticiens. Ils n’ont pas une âme, mais une méthode. Tous, ils n’ont
que ça. Que je déteste tous ces littérateurs, que leur talent m’est
inutile ! »
Il va de soi que je me place du côté de Cioran et de Saint-Simon, même si la
démarche de Claude Simon ne manque pas d’intérêt. En fait, il veut, je pense,
laisser à son inconscient un maximum de liberté et ne pas le laisser se faire
emmerder par un juge, ce qui est tout à fait intéressant et respectable.