être vivant

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lundi 22 février 2010

Une manière de vivre

Une bibliothèque de nuages - Christian Bobin - Lettres Vives

Page 61:

"En mars 2006, la main de Dieu, dans laquelle repose mon coeur confiant, s'est soudainement crispée. Une douleur a froissé ma poitrine. La pensée que ce jour pouvait être le dernier m'a illuminé. Je suis d'accord pour mourir n'importe quel jour. Aux urgences, j'ai emmené un livre assez petit pour tenir dans ma poche, assez dense pour éclairer des heures d'attente. Je voudrais n'écrire que des livres qu'on puisse lire aux urgences, là où les questions qu'on nous pose et l'attention qu'on nous porte sont si froides qu'elles nous vident de notre âme. Il y a une manière de vivre - comme si on ne tenait plus à la vie - qui est le nom le plus secret de l'amour."

vendredi 5 février 2010

Une vision de la vie

Une bibliothèque de nuages - Christian Bobin - Lettres Vives

"Vivre - longer une muraille jusqu'à trouver une brèche lumineuse. J'ai découvert de telles fissures dans le jaune assourdissant des pissenlits, ces enfants pauvres du soleil. J'avance très lentement. Je mourrai sans être arrivé au fond du jardin."

jeudi 4 février 2010

L'âme au bord du chemin

Une bibliothèque de nuages - Christian Bobin - Lettres Vives

"Notre âme regarde passer les wagons de nos projets, assise dans le fossé où elle mâche un brin d'herbe."

mercredi 3 février 2010

Bach et Bobin

Une bibliothèque de nuages - Christian Bobin - Lettres Vives

Page 23:

"Je dépose la vieille montre de mon coeur chez Jean Sébastien Bach. Quand je la reprends elle est comme neuve et sonne toutes les secondes.

samedi 9 janvier 2010

Croire ou ne pas croire

Christian Bobin - Autoportrait au radiateur - Folio

Page 128:

"Je pense à toi, Christ guérisseur

à ta salive lumineuse

pleine de soleils, lucioles et autres fées

remèdes contre la lassitude

Prends dans ta bouche, Christ sorcier

ma maigre vie

et le peu d'amour qui y grelotte

serre la petite herbe de mon âme

entre tes dents de feu

et apprends-moi à rire

dans ta langue maternelle"

Je pense que si je croyais en Lui, je m'en sortirais mieux. Mais je ne veux pas y croire. Car ce genre de croyance est sans avenir. Alors je m'en prive. Et il me manque quelque chose. Mais je préfère souffrir plutôt que de croire - pour des raisons de confort - en quelque chose qui n'existe pas.

Pourtant, apprendre à rire dans Sa langue maternelle, cela me plairait bien...

mercredi 6 janvier 2010

Optimisme

Prisonnier au berceau - Christian Bobin - Mercure de France

Page 94:

"J'admire chaque jour en sortant de chez moi la grande confiance des nuages, leur inlassable candeur qui roule au-dessus de nos têtes, comme s'il y avait une provision de bien éternellement plus grande que celle du mal."

Cela me rappelle ce que j'ai ressenti aux Açores en nageant avec les dauphins de Risso.

mardi 5 janvier 2010

Un soleil dans la poitrine

Prisonnier au berceau - Christian Bobin - Mercure de France

Page 92:

"Un grand livre clair brûle en silence sur ma table: L'ange qui boite. Tout le temps dehors, préservé de rien, son auteur, le poète Jean-Marie Kerwich, a eu une vie exactement contraire à la mienne: rien donc ne nous sépare. Les ronces des grands chemins et la dent des hommes mauvais ont ouvert son âme de gitan à l'adorable fragilité du ciel. Il n'a pas plus que moi choisi sa vie. Le soleil qui est dans sa poitrine donne une lumière qui l'isole des autres hommes. La grande intelligence lui est tombée dessus dès la petite enfance: au Canada où il passait avec son père il a connu les impériales forêts d'érables. La maîtresse demanda aux élèves d'écrire un poème. Il écrivit: "Les feuilles d'automnes sont si belles que je ne comprends pas pourquoi mes camarades marchent dessus." Pour celui qui vagabonde sous la lune comme pour celui qui reste sur sa chaise, "ici" est le nom de tous les miracles."

lundi 4 janvier 2010

Mon coeur est tapissé de blanc

Prisonnier au berceau - Christian Bobin - Mercure de France

Page 90:

"Les nuages passent devant la fenêtre du salon sans s'arrêter. La joie qui rayonne de leur lenteur, de leurs métamorphoses, de leur velouté, toute cette joie déborde d'eux, tombe de leurs chariots neigeux aux roues lumineuses et s'entasse dans mon coeur. Mon enfance n'a jamais eu d'autre substance que cet amour pour une lumière qui sans fin m'abandonnait et sans fin revenait vers moi. J'ai toujours repris courage en regardant le ciel par une fenêtre. Il est si beau lorsqu'il éclaire un bâtiment de briques orangées ou des toits d'usine - comme si un seigneur se mettait au service d'un gueux. Mon coeur est tapissé de blanc par tous les nuages que j'ai vus passer au-dessus du Creusot. Il y a quelque chose d'ennuyeux dans tout spectacle, qui ne se trouve jamais dans les miracles surabondants du ciel pauvre."

dimanche 3 janvier 2010

Hauts et bas, changements

Prisonnier au berceau - Christian Bobin - Mercure de France

Page 89:

"A quinze heures je désespère de tout, à quinze heures une minute tous les chemins se rouvrent."

Moi qui suis si changeant, je vais essayer de me souvenir que je ne suis seul dans ce cas. Et que ce n'est pas si grave.

samedi 2 janvier 2010

Lire

Prisonnier au berceau - Christian Bobin - Mercure de France

Page 69:

"Par la lecture je m'éloignais du Creuzot et de toute terre connue. Lire c'est débrousailler dans son âme un chemin que les ronces et les arbres effondrés ont depuis longtemps recouvert, puis avancer jusqu'à découvrir un château en ruine dont les fougères sont les princesses et les liserons les sentinelles. Une légende est attachée à ce château jadis construit par un seigneur si bon qu'il n'a voulu laisser son nom nulle part. Lire c'est rechercher ce nom dans les livres mais aussi dans les fleurs ou sur les visages: partout où passe une douceur si grande que nulle explication ne peut en être donnée."

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