être vivant

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mercredi 29 avril 2009

Méditation

Nouvelles Clés N°61

Page 28

« La neurologue qui a su explorer son extase pendant une paralysie

Pour tenter d’aider son frère schizophrène, Jill Bolte Taylor n’avait eu de cesse, depuis l’enfance, de comprendre les dérèglements du cerveau et elle avait fini par devenir une brillante neuro-anatomiste, à Harvard. Et voilà qu’à 37 ans, le 10 décembre 1996, alors qu’elle se réveille, la chercheuse est victime d’un AVC (accident vasculaire cérébral). La matinée qui suit est incroyable. Jill Bolte Taylor va en effet s’avérer capable, pendant plusieurs heures, d’observer sa conscience quitter peu à peu son cerveau gauche. C’est là, en effet, que l’hémorragie s’est produite. Vague après vague, toutes ses capacités conscientes supérieures – langage, analyse, réflexion, sentiment du moi – la quittent. Avec une douleur épouvantable, elle tente d’appeler à l’aide. Mais chaque fois qu’elle s’approche du téléphone, sa raison rationnelle la quitte et elle ne sait plus ce qu’elle fait. A mesure que l’hémorragie s’étend, elle réussit néanmoins à comprendre pourquoi ses perceptions changent. Le plus étonnant est qu’elle s’en souviendra… Or, malgré la douleur, la chercheuse constate que son cerveau droit, lui, continue à fonctionner, et même mieux que d’habitude, car il n’est plus contrôlé parle gauche. Ses fonctions subconscientes supérieures – sensibilité, intuition, sentiment de participation au monde – s’emballent. Jill connaît un satori ! C’est ce qu’elle racontera dix années après, dans Voyage au-delà de mon cerveau, (éd. JC Lattès). Sa souffrance se trouve effacée par une formidable sensation d’amour cosmique. En fait, elle vérifie sur elle-même ce que les neurologues commencent à découvrir, en équipant d’électrodes les crânes de moines en train de méditer.

Chez des sujets entraînés, la méditation ou la prière ont pour effet de réveiller la vigilance, mais d’endormir les zones corticales nécessaires pour distinguer le moi du reste du monde. C’est que vit la jeune femme qui, plus tard, « remerciera son AVC » de lui avoir fait connaître l’expérience mystique de sa vie. Un sentiment si puissant qu’il lui faudra fournir un effort colossal pour finalement réussir à pousser un grognement au téléphone, qu’un de ses collaborateurs saura décrypter comme un appel au secours. Paralysée, Jill Bolte Taylor passera très près de la mort. Elle mettra dix ans à récupérer ses capacités physiques et mentales, au prix d’efforts quotidiens, démontrant à son tour à quel point le cerveau humain est plastique et adaptable. »

vendredi 10 avril 2009

Sagesse : Alexandra David-Néel

Nouvelles clés N°61

Je n’ai encore lu l’article, mais cette phrase d’accroche me plaît :

« N’envisage pas l’avenir. Les chemins que tu dois parcourir sont un mystère pour toi. Fais ton devoir dans le présent, aie la résolution de le faire dans l’avenir et ne crains pas. »

Cela ne manque pas de bon sens, vous ne trouvez pas ?

Il s’agit d’un article sur Alexandra David-Néel (1868-1969).

lundi 6 avril 2009

La force de l’amour permet les mutations, un enseignant extraordinaire à l’intérieur de nous, communiquer avec soi pour communiquer avec le monde, accueillir l'étranger, l'intégrer

Annick de Souzenelle – suite et fin

Nouvelles Clés N°60

« NC : Mais quand vous dites « nous », c’est…

A de S : L’humanité totale. Aujourd’hui, c’est vraiment la « Pâque des nations » que nous avons à vivre. Nous, peuples d’Europe, sommes devant une impossibilité de gérer les problèmes de l’intégration des peuples qui viennent vers nous. Que ce soient les Maghrébins, les Africains, les gens des pays de l’Est, etc. Impossibilité de gérer cela de façon convenable. Alors, on crée une loi, puis une autre loi qui va la contredire, et encore une autre…

On sent très bien que nous sommes perdus par rapport à cela. Pourquoi ? Parce que nous n’intégrons pas l’inaccompli à l’intérieur de nous. Il y a cette formule dans Le Cantique des cantiques : « L’amour est plus fort que la mort. » La traduction la plus juste est : la force de l’amour permet les mutations. Si vraiment, par amour, nous transmutons ces énergies, elles construiront cet amour. Elles nous en donneront un beaucoup plus grand. C’est ça le processus d’intégration et ce qui fait le processus de mutation, justement. Le fait d’intégrer les énergies. Je dis toujours que nous avons un enseignant extraordinaire à l’intérieur de nous, qui est le rôle du globule blanc : garder intact le corps, afin qu’il ne soit pas attaqué par les microbes, les virus, etc. Le globule blanc est vraiment le gardien de notre intégrité. Nous naissons avec un système HLA (human-leucocytes-antigènes) qui est propre à chacun de nous. C’est notre carte d’identité. Il n’y a pas deux systèmes HLA semblables, c’est fantastique.

Nous avons à nous construire au cours de notre vie, et de telle sorte que, s’il nous arrive un microbe, un virus, etc., le système HLA agira de la façon suivante : celui que l’on peut appeler le général en chef, le T4, va aller vérifier que toutes les cellules du corps sont bien protégées par le système. Il va identifier le virus ou le microbe et mettre une barrière, entre le « soi » et le microbe qui est le « non soi ». Ils sont intéressants, les termes de la biologie, aujourd’hui ! Par cette frontière entre le non soi et le soi, le globule va vérifier, à l’intérieur du soi, que le soi est porteur du non soi ! A ce moment-là, le système HLA mobilise toute sa petite armée d’antigènes et il va ingérer le microbe en question. Pas le tuer : l’ingérer, l’intégrer. C’est ce processus d’intégration qui devrait présider à la conscience aujourd’hui.

Si nous parvenons à faire ce travail à l’intérieur de nous, si nous intégrons ce potentiel d’énergie, une immense créativité peut se déclencher. Il y a pourtant un tueur en vous et en moi. Nous sommes capables de tout. Mais si nous savons repérer ce non soi en nous et que nous réussissons à l’intégrer, alors, à l’extérieur, nous n’aurons plus aucun problème pour intégrer l’étranger.

NC : Cela me fait penser à l’ermite tibétain Milarepa qui disait : « Bien difficile est d’aider autrui pour celui qui n’a pas réussi à se comprendre lui-même. »

A de S : Exactement. Si l’on n’a pas la communication avec soi-même, on ne peut pas avoir une vraie communication avec l’autre. On manipule. Ou on est manipulé, beaucoup plus qu’on ne le pense, même inconsciemment. La véritable communication doit commencer par la communication avec soi. »

Et pour celles et ceux qui voudraient approfondir le sujet, le dernier livre d’Annick de Souzenelle s’appelle : Nous sommes coupés en deux (livre plus CD audio).

dimanche 5 avril 2009

Un enseignement corporel pour se reconnecter, une gymnastique mentale

Annick de Souzenelle – 10

Nouvelles Clés N°60

« NC : Mais alors, conseillez-vous des techniques particulières pour y arriver ? En Orient, il y a par exemple les méditations, zen ou autres, les postures du yoga, qui préconisent un chemin gymnosophique, pourrait-on dire, des gymnastiques de sagesse ou des postures de sagesse, pour essayer de toucher du doigt, de l’être devrais-je dire plutôt, le silence qui est en nous et qui est au-delà, justement, du bruit qui nous habite.

A de S : Je vais jusqu’à dire que si les bouddhistes sont venus sur nos terres, ce n’est peut-être pas par hasard, mais pour nous réapprendre tout cela. C’est pour ré-ensemencer un enseignement corporel très, très concret que nous avons perdu. Car il existait, autrefois. Les Pères du désert savaient prendre ces postures. Ils les décrivent. Mais c’est totalement oublié. L’Occident a non seulement coupé tout à fait avec cela, mais il a méprisé le corps. Nous avons vraiment à retrouver ces postures. Il y a donc tout ce travail corporel. Mais il est aussi très important qu’il soit accompagné, pour notre tradition, par la prière. La méditation en est une forme. Mais il a aussi toutes les autres formes de prières, dont l’essentiel est d’être relié à ce noyau divin. Cela dit, je pense que des attitudes corporelles justes nous permettent de recontacter ce noyau, nous donnent la possibilité de nous ancrer de nouveau en lui. A ce moment-là, on découvre une tout autre dimension de notre être, où l’on devient capable des « audaces » dont je parlais à l’instant.

NC : Certains reviennent aux rituels et à la prière, mais beaucoup trouvent que ce sont un peu des vieilles lunes. Peut-être serait-ce différent si on leur expliquait que ce sont aussi des formes de gymnastique mentale. Car prier et chanter aide à faire taire le mental, ce cheval incontrôlable, ce singe fou, comme disent les Orientaux, qui est sans arrêt en train de nous traverser et qu’un adage populaire exprime bien en disant que l’on se noie dans ses pensées. C’est-à-dire que l’on perd toute conscience parce qu’on reste acteur de ses pensées, collé à elles, au lieu d’en être le spectateur distancié.

A de S : Mon professeur de théologie appelait cette sarabande du mental : « La salle des pas perdus » ! Ca va, ça vient dans tous les sens. Faire taire le mental aide à faire advenir cette voie divine qui est là à l’intérieur de nous. C’est là où le désir prend une place extrêmement importante. Désir qui est aussi inscrit dans le nom d’Adam, d’ailleurs. Nous sommes faits de désirs, mais nous avons aussi un désir en nous d’absolu, d’infini. Qu’on va traduire par désir de bonheur, de perfection… Mais aussi, qui va se perdre dans tous les objets de désir mis à notre disposition, que la société d’aujourd’hui nous offre uniquement dans le sens de l’avoir, jamais dans le sens de la verticalisation de l’être. Voilà le drame de notre société. »

samedi 4 avril 2009

Et le drame, c’est qu’on les a érigés en absolu… Se retourner vers le noyau de notre être pour avoir l’information

Annick de Souzenelle – 9

Nouvelles Clés N°60

« NC : Vous dites aussi que le bien et le mal sont des concepts dépassés. Vous niez l’existence du mal ?

A de S : Je ne nie pas l’existence du mal. Je dis que les notions de bien et mal doivent être dépassées après avoir été intégrées. Mais qu’elles demandent à être dépassées. Le bien et le mal n’ont pas d’ontologie. Il n’y a pas de création du bien et du mal. Ce sont des valeurs mises en place pour mettre de l’ordre dans notre situation d’oubli et d’exil, car nous sommes en exil nous-mêmes.

Ce sont des concepts très relatifs, suivant les temps, suivant les lieux. Ce ne sont pas des concepts qu’on peut ériger en absolu. Et le drame, c’est qu’on les a érigés en absolu, un absolu différent pour chaque culture, et cela provoque des guerres…

NC : En vous écoutant, je pense, avec mes références orientales, à cette notion qu’on trouve dans le bouddhisme et qui dit : « Chaque être a la culture de Bouddha. » Mais c’est à chacun de la trouver en soi, justement.

A de S : C’est exactement ce que notre tradition porte, avec d’autres mots. C’est pour cela que j’insiste beaucoup sur les Evangiles qui sont, véritablement, la réactivation d’une mémoire complètement enfouie à l’intérieure de nous, et qu’il faut retrouver d’urgence. C’est en nous. Et chacun de ces enfants dont vous me parliez tout à l’heure, de ces jeunes qui sont autour de nous dans un tel désarroi, si nous réussissions à les faire se retourner vers ce noyau de leur être, ils auraient l’information. Voilà ce que nous avons à faire aujourd’hui. »

J’ai aussi dit ça quelque part, que les notions de bien et de étaient sont des concepts dépassés - et il n’y a aucune gloire à cela, c’est tellement évident. Et l’interviewer est vraiment con d’ajouter : « Vous niez l’existence du mal ? » Soit il la prend pour une abrutie, soit il pense qu’il s’adresse à des abrutis. Je penche pour la seconde solution : il fait son métier de journaliste.

Moi, les Evangiles, je les mettrais bien à la poubelle, mais j’écoute Annick de Souzenelle, parce qu’après les jeux olympiques, j’ai mis beaucoup de choses à la poubelle, et ça n’a servi à rien. J’ai dû me guérir autrement ensuite, et je regrette parfois de n’avoir pas plus de souvenirs de cette période de ma vie.

« Voilà ce que nous avons à faire aujourd’hui ». Cela m’encourage, parce que mon Journal, s’il aboutit, aura cette fonction : faire se retourner les lecteurs vers ce noyau de leur être, pour qu’ils aient l’information.

vendredi 3 avril 2009

Faire de la lumière

Annick de Souzenelle – 8

Nouvelles Clés N°60

« NC : Vous aimez citer le mot du philosophe Berdiaev qui dit : « L’espèce humaine, en fait, a horreur de la liberté. » Qu’en pensez-vous ? Il est vrai que la plupart des êtres vivent dans une sorte de frilosité intérieure…

A de S : Dans notre situation d’oubli, nous pensons que la liberté, c’est de pouvoir faire ce que l’on veut. Elle est réduite à une liberté de choix. Mais la vraie liberté, ce n’est pas la liberté de consommer, ou de s’amuser, qui sont finalement liées à l’avoir. Mais si je ne sais pas quel est le choix juste qui va me construire, je demeure prisonnière de mon ignorance. Donc, la liberté est intimement liée à la connaissance. Or, l’expérience montre que c’est seulement lorsqu’on entre dans la dynamique du chemin personnel que l’on a à faire que la connaissance nous est donnée. C’est ainsi que l’on fait croître l’arbre de la connaissance qui, encore une fois, n’a rien à voir avec celui du bien et du mal. Le bien et le mal réduisent la vie à des choix, justement : « Ca c’est bien, ça c’est mal, tu as le droit, tu n’as pas le droit. » Nous sentons bien qu’il nous faut passer à un autre paradigme. L’arbre de la connaissance, disions-nous, est celui de ce qui est accompli et pas encore accompli, avec son pôle lumière et son pôle ténèbres, nous dirions aujourd’hui son pôle conscient et son pôle encore inconscient. La question urgente devient donc d’enlever les voiles de cet inconscient, pour faire du conscient, faire de la lumière. Et c’est là que l’on découvre ce qu’est la véritable liberté, si mal supportée par nos semblables. Parce que la liberté, au sens où nous la comprenons ici, dans notre situation d’oubli tellement douloureuse, tellement tragique, cette liberté exige une audace fantastique. Or nous, que faisons-nous ? Nous coupons les ailes à nos enfants ! Et les jambes. Nous ne leur disons pas ce que c’est que cette dimension d’audace. Du coup, ils n’ont aucun sens des mondes invisibles qui sont en eux et à l’extérieur d’eux. Ils ne savent pas à quel point, en témoignant de cette audace, ils seraient portés par des forces formidables, qu’ils ignorent. Personne ne leur a appris, pour la bonne raison, hélas, qu’aujourd’hui, même les soi-disant adultes, pour la plupart, ne le savent pas non plus. Ces « adultes »-là sont les premiers à vouloir être assurés ici, assurés là, assurés partout. Ils n’ont aucune idée de ce que c’est que cette audace. »

mercredi 1 avril 2009

Erreur de traduction, la loi du levain

Annick de Souzenelle – 7

Nouvelles Clés N°60

« NC : Au lieu d’enfermer les jeunes dans leurs peurs (finalement, que faisons-nous d’autre ?), il vaudrait mieux leur apprendre et leur commenter l’adage tibétain qui dit : « Vous qui avez eu la chance de prendre forme humaine, ne perdez pas votre temps. »

A de S : Je ne connaissais pas cet adage, il est magnifique ! C’est exactement ça. Nous avons oublié que nous portons en nous une finalité, que nous avons une vocation intérieure absolument irrépressible.

NC : Beaucoup de jeunes et d’adultes disent souvent : « Mais comment aider le malheur du monde ? C’est impossible. Il nous dépasse incroyablement. Or, la souffrance et le scandale font vendre ! Croyez-vous que les médias soient en partie responsables de cette ambiance délétère ?

A de S : Vous savez bien qu’ils sont eux-mêmes pris dans ce conditionnement , prisonniers de cette situation sociale. Il y a une sorte de psychose collective qui s’intensifie. La plupart des choses superbes, des charismes extraordinaires qui peuvent se vivre aujourd’hui, on n’en parle guère. Pourtant, ils sont nombreux. Mais on n’en parle pas. Quand des jeunes viennent m’interroger sur leur désir d’aider et leur sentiment d’impuissance, je leur dis : « Nous avons certes à aider ceux qui souffrent, dans la mesure où nous le pouvons. Mais si l’on ne se convertit pas soi-même, si l’on ne se retourne pas au-dedans de soi pour faire un chemin personnel, on ne fera pas grand-chose à l’extérieur. C’est seulement dans la mesure où je me construis que je construis le monde. Le monde est en moi. Chaque être humain est unique. Et en même temps, il est toute l’humanité. » Voilà encore un mot extraordinaire en hébreu : ce mot que nous traduisons de façon tout à fait erronée par le « mal » ! Dans l’expression biblique : « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », il n’est en réalité pas du tout question du bien et du mal au sens où nous l’entendons habituellement. Cet arbre est en effet « l’arbre de la connaissance de ce qui est accompli et de ce qui n’est pas encore accompli ». L’accomplissement, c’est la présence de cet enfant divin en nous ; l’inaccomplissement, c’est le fait qu’il ne soit encore qu’à l’état de germe. Ce potentiel à réaliser, cet « autre côté » encore latent, si nous le prenons en main pour nous construire nous-mêmes, nous découvrons que c’est la meilleure façon de construire le monde, et en fait la seule. Ainsi, ce mot que nous traduisons par le « mal », le mot ra en hébreu, signifie tout simplement « l’inaccompli ». Comme il n’y a pas de voyelles en hébreu, je peux aussi le prononcer réa. Ce sont exactement les deux mêmes lettres. Et réa signifie : le prochain. Autrement dit, tout cet inaccompli qui est à l’intérieur de moi, tout ce potentiel qui attend que je l’épanouisse, c’est aussi mon prochain. C’est aussi le monde qui est autour de moi. Si je me construis, je construis le monde. J’avais été très touchée dans un livre de Patrice van Eersel, je crois que c’est La Source noire, par un passage où le physicien David Bohm lui dit : « Si l’humanité aujourd’hui ne prend pas conscience qu’elle est « une », elle va vers les plus graves périls. » En effet, si je ne construis pas cet enfant, ce fils intérieur, donc si je me détruis, eh bien, je détruis du même coup la société et le monde. Alors que si je me construis, je construis en même temps le monde. Bien sûr, un jeune va me rétorquer : « Mais madame, à quoi bon tout cela, nous voyons bien que, d’ici à très peu d’années, le monde et nous tous, nous allons vers la mort… » Ici, la seule réponse qui me semble juste est la loi du levain. Je pense que si quelques poignées d’hommes et de femmes acceptent de se faire le levain de l’humanité, celle-ci peut-être sauvée. Dans la tradition chrétienne, on parle du « second avènement », qui est d’ailleurs celui que nos frères juifs attendent aussi. Je dis toujours que nous n’avons pas attendre ce second avènement. C’est plutôt lui qui nous attend. Parce que c’est à nous de faire croître ce divin, cette dimension divine à l’intérieur de nous. Et si nous le faisons, les choses vont se mettre à changer à l’extérieur. Si nous devenons ce levain et l’introduisons dans la pâte humaine, il la fera lever toute entière. Je peux le dire avec une force très grande, parce que je suis tout de même une femme qui a vécu sa vie et fait beaucoup d’expériences : les humains ne se rendent pas compte à quel point les événements extérieurs peuvent être transformés quand on opère la transformation intérieure. Ce qui se joue au-dedans de nous se joue au-dehors. Intérieur et extérieur sont les deux pôles d’une même réalité. »

mardi 31 mars 2009

Une dynamique extraordinaire qui s’appelle la vie, et qui nous habite !

Annick de Souzenelle – 6

Nouvelles Clés N°60

« NC : C’est aussi le Ku, le vide des Japonais…

A de S : Oui. Et donc, cet enfant divin, nous avons trois matrices pour le faire croître à l’intérieur de nous : matrice d’eau au niveau du ventre, matrice de feu au niveau de la poitrine et troisième matrice au niveau du crâne. Qu’on retrouve dans toutes les traditions. Les Chinois l’appellent le « champ du cinabre ». Le cinabre, c’est la matière, dans laquelle l’homme va vivre ses différentes matrices, jusqu’à recouvrer l’éternité… Pour revenir à votre première question, notre mission d’adulte devrait être de savoir montrer aux jeunes qu’il existe une dynamique extraordinaire, qui s’appelle la vie et qui nous habite. Nous portons en nous un potentiel fou, tout un monde d’énergie, qui soit sera pris en compte pour faire croître cet être essentiel, cet enfant divin au-dedans de nous, soit va se retourner en violence – contre le monde extérieur, ou contre notre propre personne, sous forme de maladie, de dépression, de tragédies personnelles. On constate hélas que, de nos jours, il y a quasiment plus de structure pour juguler ces énergies non accomplies de l’être : elles déferlent dans tous les sens et détruisent tout. »

lundi 30 mars 2009

Adam ne serait pas Adam ! La vie est vivante ! Notre triste niveau horizontal… Notre lourdeur qui aplati tout… Un rien qui n’est pas rien

Annick de Souzenelle – 5

Nouvelles Clés N°60

« NC : Quels sont les mots et les grandes notions de la Bible qu’il nous faudrait d’urgence actualiser aujourd’hui ?

A de S : Ne serait-ce que le nom d’Adam. Puisque Adam, c’est vous, c’est moi. Un premier homme qui aurait vécu il y a des milliers d’années, cela ne nous intéresse que très secondairement. Adam, c’est l’humanité totale. Aujourd’hui, ce mythe, comme d’ailleurs tous les mythes, nous avons à le lire au présent. Le nom d’Adam contient des merveilles. Et avant tout ceci : la présence divine dans le sang. Aleph, la première lettre, c’est le nom de Dieu en tant qu’ « il crée », et « dam », c’est le sang. C’est cette présence divine qui fait aussi battre la sève du brin d’herbe. La vie est vivante. Et dans le nom d’Adam, on peut déceler aussi une vocation de maternité. Il ne s’agit plus à ce moment-là de l’enfant biologique, que seule la femme va porter et mettre au monde. Nous parlons de cet enfant divin, noyau fondateur de notre être, qui nous habite tous en germe et que nous avons à devenir. Quand il nous est dit, dans nos textes, que Dieu a tout créé de rien, ce rien est un vide qui soutient quelque chose comme le zéro soutient toutes les mathématiques. Ce n’est pas « rien ». Mais nous, nous l’avons aplati à notre niveau horizontal et en avons fait le « néant ». Alors que pour les mystiques de la tradition juive, le rien n’est rien d’autre que le premier nom divin. C’est aussi ce que les Hébreux appellent le Tsim Tsoum cette aspiration divine jusqu’au rien, que les Grecs vont reprendre avec la notion de kenosis, cet évidement divin jusqu’au rien. On va retrouver ça dans toutes les autres traditions. Les hindous vont dire : « Tu es cela » et parler de l’ « Atman ». Pour les Chinois, c’est le Tao, etc. On va retrouver ce rien partout. »

« La vie est vivante », je crois bien avoir déjà écrit ça quelque part. Et mon Journal, même s’il est encore peu clair, mal foutu, défend cette idée, tente de partager cette idée.

dimanche 29 mars 2009

Le chant, la danse ; le corps ! Nos ancêtres catholiques ne devaient pas beaucoup aimer les oiseaux

Annick de Souzenelle – 4

Nouvelles Clés N°60

« NC : Si je prends la Bible, que vais-je y trouver qui puisse m’aider à décoder le monde dans le sens que vous dites ?

A de S : Notre culture occidentale est à ce point modelée sur des structures grecques et latines que la tradition sémite, qui est aussi la nôtre, se trouve réduite à des concepts intellectuels. Alors qu’avant tout, cette tradition sémite se chante et se danse. Elle est essentiellement corporelle et nous conduit dans une expérience du corps et de l’esprit – justement vers ces autres niveaux du réel dont nous parlions. C’est dans Nouvelles clés (n°58) que j’ai lu une interview de Marc-Alain Ouaknin, où il rappelait que dans chaque lettre hébraïque se cachait un oiseau aux ailes repliées, et que dès qu’on scrutait le texte, l’oiseau déployait ses ailes et qu’il fallait vite le chevaucher pour qu’il nous emporte vers le haut ! C’est magnifique, cette image. Et c’est comme ça que je travaille. Avec ces lettres, ces mots hébreux, qui ont une dimension extraordinaire. »

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