Henri Tincq, dans Le Monde (10.02.2006) parle d'un choc des ignorances.
Notre ignorance - ou bêtise - (France Soir, Charlie Hebdo), notre fameuse liberté d'expression, notre fierté mal placée d'occidental et plus précisément de Français, ont mis de l'huile (qui n'était pas nécessaire) sur le feu, ont fait le jeu des intégristes musulmans, ce qui n'est pas vraiment notre intérêt. En tout cas, je ne crois pas que ce soit la bonne façon de les combattre.
"Ignorance des ressorts intérieurs à la foi musulmane d'un côté. De l'autre, ignorance de la liberté de création dans un monde arabo-islamique privé de droits et de démocratie."
"Le souvenir de la colonisation continue d'atteindre des pays qui, par exemple, se sentent écartés de la relation à leur propre histoire, depuis que l'Europe chrétienne, puis l'Europe capitaliste et laïque ont satellisé et marginalisé les peuples et les cultures de la Méditerranée, ensuite, du monde entier."
"Mais qui dira assez la misère de la réflexion théologique aujourd'hui en islam ? Les "docteurs de la Loi" se terrent et se taisent. Autrefois tout-puissants dans l'interprétation des textes, ils ont été domestiqués par les pouvoirs politiques en place et ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes."
"La dérision occidentale d'un côté, le verrouillage de la pensée de l'autre, ne peuvent qu'encourager une "victimisation" de l'oumma (communauté musulmane) qui est le pain bénit des intégristes."
"Une course de vitesse est engagée entre eux (les intégristes) et un islam dit modéré qui voudrait se réapproprier le meilleur de sa tradition humaniste de l'âge classique. Il n'en a aujourd'hui plus les moyens, mais il serait périlleux de l'enfermer dans les caricatures de mauvais goût."
"Mauvais goût", c'est tout à fait l'expression qui convient : "bêtise et mauvais goût".
Les musulmans modérés sont nos alliés. C'est avec eux que se construira le monde de demain. Ne l'oublions pas.