être vivant

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jeudi 22 juillet 2010

Extase

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 94:

"Hier après-midi, je suis tombé amoureux d'un arbre. Il passe ses jours au bord d'une route départementale, à une dizaine de kilomètres d'ici. Son feuillage surplombe une partie de la route. En traversant l'ombre qu'il donne, j'ai levé la tête, regardé ses branches comme à l'entrée d'une église les yeux se portent d'instinct vers la voûte. Son ombre était plus chaude que celle des églises. Une des plus fines expériences de la vie est de cheminer avec quelqu'un dans la nature, parlant de tout et de rien. La conversation retient les promeneurs auprès d'eux-mêmes, et parfois quelque chose du paysage impose le silence, impose sans contraindre. L'apparition de cet arbre a fait surgir en moi un silence de toute beauté. Pendant quelques instants je n'avais plus rien à penser, à dire, à écrire et même, oui, plus rien à vivre. J'étais soulevé à quelques mètres au-dessus du sol, porté comme un enfant dans des bras vert sombre, éclairci par les taches de rousseur du soleil. Cela a duré quelques secondes et ces secondes ont été longues, si longues qu'un jour après elles durent encore. Je ne retournerai pas voir cet arbre - ou bien dans longtemps. Ce qui a eu lieu hier m'a comblé. Il me semblerait vain d'en vouloir la répétition. Vain et inutile: en une poignée de seconde, cet arbre m'a donné assez de joie pour les vingt années à venir - au moins."

mercredi 21 juillet 2010

Début de vacances et de vie commune moyennement réussi - à cause de moi, de mes humeurs bizarres

Samedi 17 juillet 2010

Nous avons été mous hier avec Franck. Très mous. Et on se l'est dit. Pour moi, c'était un mauvais mou. Je me sentais carrément à côté de mes pompes. Mutique. Franck a dû s'en rendre compte. Aujourd'hui, ça va mieux, puisque j'ai retrouvé mon chez moi. Je suis comme une plante verte. Si l'on me déplace, il me faut du temps pour m'adapter. Et à Auger, je ne peux m'adapter. Ce n'est pas un endroit pour moi. Les plantes tropicales ne se sentent pas bien dans le désert.

Dimanche 18 juillet 2010

A mon retour, vers 18h, malgré un apéro, j'étais à nouveau mutique. Ce lieu ne me réussi vraiment pas. Je suis sûr que joue aussi la nouvelle vie commune avec Franck - qui doit me faire peur. Dernière chose, j'avais imaginé ces quelques jours ensemble, avant que nous ne partions chacun de notre côté pour une semaine, au château. J'avais dû mal écouter encore une fois, parce que Franck m'a sûrement dit qu'il serait avec son fils (qui nous rejoint aujourd'hui) et donc le château n'était pas une possibilité.

J'avais envie de regarder la télé, une rétrospective de la mini série Kamelot, faire découvrir à Franck leur humour qu'il ne connaissait pas, mais il n'avait pas envie de rire. Dérouté probablement, et blessé par mon comportement. Au bout d'un moment, il en a eu marre. Il m'a proposé autre chose. Et j'ai dit ok pour Ghost rider - que j'avais trouvé près de la télé au château dans une pile de DVD. Me sentant pas très causant, j'en avais emporté trois. Un truc avec du feu, le diable, la vie et la mort, le bien et le mal et l'amour. Ca nous a occupé avant de nous mettre au lit. Franck avait envie, pas moi. Nouvelle déception pour lui. Nouvelle épreuve pour moi qui ai dû le repousser. Son excitation sexuelle était telle qu'il aurait insisté jusqu'à obtenir ce qu'il voulait. Je ne pouvais pas. J'étais coincé. Même pour lui faire plaisir je n'aurais pas pu. Ca aurait ressemblé à un viol ou à une passe. Rien à voir avec de l'amour.

Lundi 19 juillet 2010

Ca allait un peu mieux hier. J'ai repris mes exercices d'abdominaux pour contrôler mon ventre rond. Une bonne bouffe à midi préparée par son fils qui désire devenir un grand cuisinier. Un plat anglais. Un boeuf Perching. Une longue promenade dans l'après-midi avec Franck au milieu des blés et du colza. Apéro ensuite avec des voisins. Depuis le temps, ils n'avaient jamais visité la maison de Franck. Comme il va bientôt la vendre, il était temps d'aller y jeter un oeil. Une bouffe ensuite, toute simple, genre pic-nic, face au soleil. Franck est fatigué et ne tarde pas à se mettre au lit. Je regarde quelques images d'Harry Potter avec R., le fils de Franck, des images que j'ai déjà vues avec le mien, puis je le rejoins.

mardi 20 juillet 2010

Sagesse, danse et folie

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 94:

"Finalement je n'aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l'on subit, mais celle avec laquelle on danse."

samedi 17 juillet 2010

Trop de travail, de soucis, pas d'écriture, fin d'un morceau de vie important pour Franck, nous ne ferons pas l'amour avec la belle K.

Lundi 12 juillet 2010

Impossible d'écrire en ce moment, je travaille trop. Cette phase intense se terminera demain soir. Ensuite, je n'aurai plus que le mercredi 21, et du temps, des vacances jusqu'au 6 septembre.

Mardi 13 juillet 2010

Un grand moment pour Franck ce matin. Il signe. Dans quelques mois il aura sont argent. Bouffe avec ses employés hier. J'étais fatigué. J'avais du mal à être avec eux, à les écouter, à participer aux conversations. Mais c'était important parce que, jusqu'à ce que j'arrive au restau, ces derniers pensaient que j'étais une femme. J'ai trouvé ça bien de venir pour Franck.

Son appartement à Paris est vide maintenant. Des choses entassées, prêtes à être emportées. Demain nous livrons quelques meubles et un lave-vaisselle chez son amie. Et après demain, nous emmenons tout le reste à la campagne. Ce sera vraiment la fin pour lui.

J'ai la tête pleine et fatiguée, en désordre. Ce soir, c'est fini. Dès vendredi, trois jours de repos. J'éviterai de boire.

Découvrir la couverture de Connaissance des Arts hier dans la vitrine du kiosque du parvis de la gare à Rosny a été un bonheur. Giacometti, Modigliani, Morandi, Alechinski. Bonheur de découvrir sur internet que tout cela se trouve proche de Grasse où nous irons en août. Avec des gens comme ça, j'ai des chances de m'y retrouver. Quand je ne les vois pas, je me perds. Et je trouve la vie sans intérêt.

Vendredi 16 juillet 2010

Premier jour de calme. Je suis à la campagne, à Auger, à côté de Provins. Demain, j'irai faire un tour à Noisy - pour retrouver internet, faire la lessive et ranger quelques affaires.

Avec K., l'amie de Franck, les choses se sont classées rapidement. Nous l'avons trouvée belle et sensuelle mercredi, mais elle était avec sa fille. Il était hors de question de lui faire des avances. Nous avons pensé que nous avions le temps. Quelques verres, un repas. Je l'ai trouvée bien plus féminine et désirable qu'il y a un an, quand je l'avais comparée à un camioneur. Hier, alors que l'on faisait des allers-retours entre Auger et Paris, nous avons décidé de ne pas attendre. Franck lui a envoyé un sms courtois mais assez clair sur ce que nous avions derrière la tête. Réponse de sa part tout aussi claire le soir même: pas de mélange entre sexe et amitié. Ils se connaissent depuis très longtemps avec Franck. Je suppose qu'il représente plus un grand frère pour elle et qu'elle n'a pas voulu prendre le risque d'abîmer cette belle amitié. Cela m'a chagriné parce que vraiment je l'avais sentie partante mercredi soir. Encore une fois, mon imagination avait dû tordre la réalité.

mardi 13 juillet 2010

Mort, lenteur et précipitation

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 84:

"La mort est dans la précipitation comme chez elle. La lenteur, en revanche, la surprend, la déconcerte. L'homme pressé et l'homme lent mourront tous les deux, oui, mais l'homme lent aura à cet instant parcouru une bien plus grande distance que l'homme pressé."

dimanche 11 juillet 2010

Huit fois debout, nouvelle vie

Vendredi 9 juillet 2010

J'ai dormi comme un loir ce matin. Journée de repos aujourd'hui. Un seul américano en rentrant hier soir. Une sieste d'une heure. Un repas et un joli film: Huit fois debout. J'aime ce genre de film, drôle, léger et grave, tragique. Des personnages qui ne sont pas faits pour la vie, dont je me suis senti proche évidemment. J'en ai profité pour tomber amoureux de Julie Gayet.

Samedi 10 juillet 2010

Ca y est, Franck en a fini avec sa boulangerie. Il va prendre six mois de tranquilité avant d'envisager l'avenir.

samedi 10 juillet 2010

Silence

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 79:

"Mon silence dont parfois se plaignent ceux que j'aime n'est pas tourné vers eux, mais vers moi. Je suis le premier à me demander pourquoi je me tais si longtemps. Je n'ai pas de réponse. Je sais seulement que si l'on interrompt ce silence avant qu'il se soit naturellement accompli, je me sens malheureux, inachevé. J'aurais fait un très bon prince au bois dormant - même si un sommeil de cent ans me paraît encore bien court."

Longtemps moi aussi je suis resté silencieux. Cela m'arrive moins maintenant, ou par la force des choses, car je vois ou parle à très peu de monde.

vendredi 9 juillet 2010

Il suffit de ne pas boire

Mardi 6 juillet 2010

Ai appelé Franck ce matin à 7h, juste avant l'ouverture de sa boulangerie. Il ne m'avait pas appelé après sa lecture du mois de juin hier et j'avais peur qu'il ait mal pris l'histoire du Banque Club, qu'il ait compris que je voulais y aller seul. Il n'avait pas le temps de me parler. Il devait ouvrir et accueillir les premiers clients. Pas de problèmes avec le Banque Club. Il avait bien compris que si j'envisageais d'y aller, c'était avec lui. Non, ce qu'il l'a chagriné, c'est de découvrir que je n'allais pas très bien durant ce mois de juin et de ne pas s'en être pas aperçu. Il n'avait pas le temps. Nous reparlerons de tout cela calmement ce soir.

L'après-midi de travail hier m'a tué. Je me suis allongé une demi-heure en arrivant. C'était mieux que de boire un verre. Toute la matinée je m'étais activé à diverses choses pour me secouer, chasser le sale état dans lequel j'étais dimanche. C'était difficile mais je n'avais rien de mieux à faire. Après la sieste, un peu avant 19h, je me suis réveillé affamé. C'était bon signe, cela faisait longtemps, l'alcool de samedi m'ayant complètement bloqué l'appétit. J'ai donc mangé, avant d'aller faire des courses, des choses que j'avais oublié d'acheter le matin. Au lit avec Léautaud ensuite. Un coup de fil à Franck pour lui demander comment s'était passé son dernier lundi de travail et s'il avait lu le mois de juin. Il ne l'avait pas encore lu. Il allait le faire. Il ne m'a pas rappelé ensuite parce qu'il était tard et parce que je lui avais dit que je me couchais tôt pour être en forme pour affronter ce gros mardi.

Jeudi 8 juillet 2010

Tout va bien. Il suffit de ne pas boire. Deux américanos mardi soir. Mais pas en rentrant du travail. En rentrant, je me suis allongé une heure. J'ai attendu d'avoir une lueur positive. Et j'ai fini par l'avoir. Il était 20h15. Bref, deux américanos. Un seul aurait suffit. J'ai eu l'impression de les sentir le lendemain. Mais ce n'était peut-être pas seulement eux, des rêves aussi... En tout cas, ce matin, après une nuit chez Franck et un seul américano, je vais bien. Il y a eu la piscine aussi hier avec mon fils qui m'a sûrement fait du bien. Bref, il suffit de ne pas boire. Parce que la charge de samedi m'a vraiment secoué et pas apporté grand-chose en échange.

jeudi 8 juillet 2010

Christian Bobin et ses conseillers

Autoportrait au radiateur - Christian Bobin - Folio

Page 74:

"Une situation ordinaire: je veux écrire et n'écris pas. C'est qu'une main de plomb s'est posée sur ma main droite, l'immobilisant pour la journée entière. Si je m'obstine, un deuxième empêchement s'ajoute au premier: l'ennui. L'ennui de faire une chose sans y être. La lourdeur et l'ennui sont la marque des conseillers qui orientent ma vie, les seuls que j'écoute. Peu bavards, ils m'indiquent là où je dois m'abstenir. Pour le reste, ils se taisent. Leurs raisons me sont impénétrables et je me contente de les suivre. Je les aime bien, mes conseillers paresseux, celui qui alourdit et celui qui ennuie. Je ne fais des choses qu'en leur absence. Dès qu'ils reviennent, j'arrête tout, je m'allonge sur le lit et nous fumons une cigarette - à trois."

mercredi 7 juillet 2010

Cuite, bisexualité

Dimanche 4 juillet 2010

J'écrivais il n'y a pas longtemps qu'avec l'alcool, ça allait mieux, que la gueule de bois je ne savais plus ce que c'était. Eh bien, je sais à nouveau.

Trois jours intenses de travail, chargés de rencontres, d'échanges, d'émotions, auraient suffit à me mettre par terre? Probable que cela a joué, mais il y a aussi d'autres choses.

La principale serait, si l'alcoolisme fonctionne de cette façon, qu'après un temps plus ou moins long de sobriété, j'ai besoin de m'imbiber. Je vérifierai cela bientôt puisqu'à partir d'aujourd'hui, avec raison et sérénité, je commence une nouvelle phase de sobriété.

Il y a cette histoire d'inversion des rôles - qui ne paraît pas si importante aujourd'hui. Aujourd'hui, j'ai plutôt l'impression que c'est le manque de femme qui me monte à la tête. Franck a une amie qui est dans ce cas - manque d'homme pour elle. Elle fait des rencontres par internet. Elle cherche un compagnon. Mais, en attendant, elle lui a dit qu'en bas ça la démangeait. Il n'a pas encore osé lui proposer de l'aide, mais y a pensé. De mon côté, dans un premier temps, je n'y ai pas trop prêté attention. Je me suis dit: pourquoi pas, à l'occasion, que cela pourrait être agréable. Lorsque l'on se connaîtra mieux, lorsque nous serons installés avec Franck, nous l'inviterons et peut-être... Seulement, quand j'y pense maintenant, j'aimerais que cela se passe rapidement.

Il y a aussi une collègue de travail à qui je ne déplaîs pas en ce moment. Plus agée que moi, plus agée qu'Isis, encore belle et désirable. Je crois que je ne vais rien faire, même si ça me démange. A l'occasion, peut-être dans les dix jours qui viennent, je lui demanderai si le désir que je vois dans son regard est réel ou le fruit de mon imagination. Je vois bien la scène, elle ne me fait pas peur. Et, si elle le désire, je lui proposerai de parler de tout ça calmement autour d'un verre ou d'un repas.

En attendant, le mieux que j'ai à faire est d'en parler ce soir avec Franck.

Lundi 5 juillet 2010

Cette cuite m'a bien assommé. La dernière, c'était il y a un mois. Je vais surveiller la fréquence de cet anéantissement nécessaire.

Soirée calme avec Franck. Un seul américano. Nous nous sommes couchés tôt pour récupérer de notre débordement de samedi soir. Nous avons parlé. Il n'aimerait pas que je vive quelque chose avec une femme sans lui. Mais, avec lui, ça ne lui déplairait pas. Le hasard faisant bien les choses, nous donnons un coup de main le 14 à son amie. Des meubles actuellement chez Franck qu'elle va récupérer. Nous verrons bien à ce moment-là son comportement vis à vis de nous. Montrera-t-elle du désir, de l'indifférence, de l'amitié? Nous verrons bien.

Quant à moi, je vais vivre ce manque au mieux, éviter d'en faire quelque chose de grave. Je n'ai pas envie de courir après une paire de fesses comme je l'ai déjà fait, c'est trop douloureux. Je n'ai pas non plus envie de faire des choses qui risquent de faire souffrir Franck.

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