Mardi 8 mai 2012
Je suis malade. Et je sais maintenant que mon manque d'enthousiasme samedi
avec Mirabelle n'était pas seulement dû à une forme de dépression. Je devais
être déjà malade pour avoir envie de rester au chaud, au calme, à lire ou à ne
rien faire, plutôt que d'aller courir les rues. Mais je n'ai pas osé dire cette
préférence à Mirabelle, en pensant que cela lui ferait plaisir d'être
accompagnée et que cela ne ferait pas de mal à ma cervelle malade de prendre
l'air. Je la rejoins cet après-midi. Je resterai au calme cette fois. Peut-être
ferons-nous l'amour. Elle préfère exercer cette activité l'après-midi plutôt
que le soir.
Je crois que cette relation fait bouger des choses en moi. Des choses
profondes. J'ai lu récemment un texte de Bobin qui semble à propos:
"Dès les premiers jours, nous savons ce qui est à savoir: l'éternité, c'est
une odeur, une voix qui chante et s'adoucit jusqu'à ne plus rien dire. La mort,
c'est pareil, c'est un parfum, le bruit d'une porte qui claque, un verre qui se
brise. L'enfant qui vient de naître dépend de ce qui s'approche, dépend de ce
qui s'éloigne, dépend de tout, car tout arrive: une mouche, un ange, un effroi.
Mais avant toutes ces choses, première venue, il y a la mère, celle qui
gouverne la parole, c'est-à-dire le silence. Sa voix est la voix des rivières,
toujours égale, toujours chantante, nuit comme jour. L'eau du langage ruisselle
sur les chairs du nouveau-né. La poussière d'astres morts depuis des siècles
effleure sa joue. Un silence caresse ses ongles. Emmailloté dans un prénom, il
s'endort auprès des anges et de leurs conseillers. Son corps baigne dans
l'infini d'une présence sans dommages."
Je crois que j'ai vécu trop longtemps une relation privilégiée avec ma mère,
au point de ne vouloir que ça: être baigné dans l'infini d'une présence sans
dommages, au point de n'être pas adapté à la vie ensuite - toujours trop
douloureuse ou anxiogène -, au point d'avoir toujours besoin de me réfugier
quelque part.