Journal de celui qui, à force d'essayer d'être heureux, est en train d'y parvenir

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mercredi 16 mai 2012

Fuite, repli sur soi

Dimanche 13 mai 2012

L'écriture continue de me fuir, mais j'insiste, car j'ai peur de ne pas tenir debout sans elle. C'est peut-être moi qui fuis, qui change de vie. Je ne regarde pas mes e-mails, je n'appelle pas mes amis, j'étais muet comme une carpe hier avec mon fils. Ca ressemble à une catastrophe. Plus simplement, à une phase de repli sur soi. Et je me demande comme à chaque fois si je dois aller au bout de cette phase de repli ou si je dois essayer d'en sortir.

Comme nous allons à un concert cet après-midi avec Mirabelle, j'ai demandé à mon fils que l'on se voie hier. Nous avons déjeuné ensemble et ensuite, ne trouvant pas de reportage qui nous plaise sur internet, nous avons regardé les Guignols de l'info. Après l'avoir raccompagné chez lui vers 15h30, je n'ai rien fait. Envie de rien, à part boire, m'en aller. Ai terminé la bouteille de vin que nous avions entamée avec Mirabelle. J'ai lu, écouté de la musique, beaucoup de musique. J'ai ouvert une autre bouteille que j'ai bu doucement, que j'ai fini un peu avant minuit. Une tisane pour finir et encore un peu de lecture. Mirabelle passait l'après-midi avec des amis - l'assemblée générale de son association. Ensuite elle avait des choses à faire pour son festival. Nous avions prévu en conséquence de nous retrouver seulement dimanche pour le concert.

J'ai bu mais je ne me suis pas soûlé. Je n'ai pas perdu mon temps et mon énergie devant des images pornographiques sur internet. J'ai écouté de la musique - ce qui m'arrive rarement. J'ai lu. Ce n'est donc pas une journée trop négative que j'ai vécue, malgré le sentiment désagréable qu'elle me laisse. Je crois que c'est la fuite, le laisser-aller, l'inaction, ce penchant naturel à me couper du monde, à entrer dans mon terrier où je ne suis pas plus heureux qu'ailleurs, la peur de l'avenir avec Mirabelle, je crois que c'est tout cela qui me met mal. Vais devoir assumer cette tendance à me couper du monde, ne pas la concevoir comme quelque chose de négatif. Vais faire attention à la bouteille, qui est mauvaise conseillère. Vais continuer de faire ce qu'il faut pour rester vivant. Et, de cette phase étrange, il sortira bien quelque chose.

dimanche 13 mai 2012

Malade, en progrès

Vendredi 11 mai 2012

Ces deux jours passés à ne rien faire, mardi et mercredi, m'ont fait beaucoup de bien. Mardi, c'était la fête de je ne sais quoi, la commémoration d'une guerre probablement puisque l'ancien et le nouveau Président de la République étaient côte à côte devant la tombe d'un soldat inconnu, amis à nouveau, courtois, collègues en quelque sorte après s'être bien battus. Mercredi, j'étais malade au point de tout annuler: mon travail le matin, le déjeuner avec mon fils le midi, mon cours de FLE l'après-midi. Je crois que c'est la première fois que je m'autorise ce genre de repos. En d'autres temps, pouvant marcher, parler, j'aurais fait ce que j'avais à faire en m'oubliant, en prenant sur moi et en souffrant, en retardant ma guérison et en accumulant une fatigue qui m'aurait gâché ensuite le reste de la semaine, et peut-être aussi ma relation avec Mirabelle. Je pense que c'est un progrès.

samedi 12 mai 2012

On ne peut pas toujours être baigné dans l'infini d'une présence sans dommages

Mardi 8 mai 2012

Je suis malade. Et je sais maintenant que mon manque d'enthousiasme samedi avec Mirabelle n'était pas seulement dû à une forme de dépression. Je devais être déjà malade pour avoir envie de rester au chaud, au calme, à lire ou à ne rien faire, plutôt que d'aller courir les rues. Mais je n'ai pas osé dire cette préférence à Mirabelle, en pensant que cela lui ferait plaisir d'être accompagnée et que cela ne ferait pas de mal à ma cervelle malade de prendre l'air. Je la rejoins cet après-midi. Je resterai au calme cette fois. Peut-être ferons-nous l'amour. Elle préfère exercer cette activité l'après-midi plutôt que le soir.

Je crois que cette relation fait bouger des choses en moi. Des choses profondes. J'ai lu récemment un texte de Bobin qui semble à propos:

"Dès les premiers jours, nous savons ce qui est à savoir: l'éternité, c'est une odeur, une voix qui chante et s'adoucit jusqu'à ne plus rien dire. La mort, c'est pareil, c'est un parfum, le bruit d'une porte qui claque, un verre qui se brise. L'enfant qui vient de naître dépend de ce qui s'approche, dépend de ce qui s'éloigne, dépend de tout, car tout arrive: une mouche, un ange, un effroi. Mais avant toutes ces choses, première venue, il y a la mère, celle qui gouverne la parole, c'est-à-dire le silence. Sa voix est la voix des rivières, toujours égale, toujours chantante, nuit comme jour. L'eau du langage ruisselle sur les chairs du nouveau-né. La poussière d'astres morts depuis des siècles effleure sa joue. Un silence caresse ses ongles. Emmailloté dans un prénom, il s'endort auprès des anges et de leurs conseillers. Son corps baigne dans l'infini d'une présence sans dommages."

Je crois que j'ai vécu trop longtemps une relation privilégiée avec ma mère, au point de ne vouloir que ça: être baigné dans l'infini d'une présence sans dommages, au point de n'être pas adapté à la vie ensuite - toujours trop douloureuse ou anxiogène -, au point d'avoir toujours besoin de me réfugier quelque part.

vendredi 11 mai 2012

Un nouveau Président

Lundi 7 mai 2012

Cette déprime sournoise ne me quitte pas. Nous nous sommes promenés sous la pluie samedi avec Mirabelle. Je crois que j'ai pris froid. Hier soir, chez Bruno, avec Guy, Mirabelle et Martine, nous avons regardé le résultat de l'élection présidentielle. J'avais apporté de quoi ne pas mourir de faim. Saucisson, guacamole, tzatziki, houmous, tarama. Pouilly Fuissé, Bergerac, Cahors, Champagne. Ce mélange de vins et de choses grasses ne m'a pas réussi. Le travail jusqu'à vingt-deux heures va me secouer, me dégraisser.

jeudi 10 mai 2012

Christian Bobin

L'éloignement du monde

"La prière est l'unique lien au réel - si par "prière" on entend simplement une attention extrême et insoucieuse d'aucun résultat, une attention si pure que celui qui l'exerce ignore même qu'il l'exerce."

mercredi 9 mai 2012

Quelque chose cloche à l'intérieur

Samedi 5 mai 2012

La semaine de travail a été courte mais fatigante. Je n'avais pas envie de travailler. Je me donnais à fond une heure, deux heures, trois heures, et puis j'étais épuisé. Pas d'envie, pas d'espoir, des sensation me rappelant les symptômes de la dépression. Et ça continue aujourd'hui, même si j'ai la chance de ne pas travailler, de ne rien avoir à faire de particulier. La seule explication valable que j'ai est celle-là: la difficulté de passer d'une vie à une autre. La première fois que Mirabelle est partie, en avril, j'ai souffert, je me suis transformé en légume assez rapidement. Ensuite elle est revenue puis repartie, j'ai moins souffert, me suis installé dans une autre vie, vivable. Je pensais qu'à son retour je retrouverais de la joie, de l'énergie. Eh bien non, comme je viens de l'exprimer. Quelque chose cloche à l'intérieur.

lundi 7 mai 2012

Incompréhension

Jeudi 3 mai 2012

Mirabelle n'a pas apprécié ma surprise dans la nuit de mardi à mercredi. Et c'est vrai qu'elle était un peu froide quand elle est entrée dans le lit. Après que nous ayons fait l'amour, elle m'a avoué qu'elle avait imaginé autre chose, du genre, même si j'étais au lit et dormais, un peu de lumière, un brin de muguet, un mot disant que je l'attendais dans le lit. De façon maladroite, me souvenant de sa conception chinoise de l'hygiène, je m'enfonçais un peu plus en lui avouant que j'avais eu la flemme de changer les draps qui avait été occupés durant quelques jours par une locataire. Hier, j'ai essayé de me rattraper. Il y avait des fleurs chez moi quand elle est arrivée, des draps propres et de bonnes choses à manger.

samedi 5 mai 2012

Soleil, amis, Fandango

Mardi 1er mai 2012

Après la pluie hier, le soleil est de retour. Imaginer Mirabelle entrer dans le lit cette nuit me met en joie. Plus que ça. C'est comme si j'allais revivre, ou que ma vie allait se dilater à nouveau.

Ironie du sort (concernant les dépenses). Bruno hier me propose un restaurant. Il veut m'inviter. Mais j'ai m'a fierté. Je lui ai dit que ça allait, que je lui ferai signe quand ça n'irait plus et me laisserais alors inviter. Aujourd'hui, en fin d'après-midi, billard avec Guy. Cela ne me gêne pas. Il est plus important de voir ses amis que de ne pas dépenser d'argent.

Ai entendu une très belle chose à la radio en allant chez Bruno hier soir, l'ai retrouvée sur internet ce matin. Cela s'appelle Fandango del Señor Scarlate. Ca a été écrit par Domenico Scarlatti et c'était joué par Rafael Puyana sur un clavecin espagnol de 1728. Une belle rencontre, un grand bonheur ce matin. Vais l'écouter et le réécouter jusqu'à ce qu'il disparaisse du site de France Musique.

jeudi 3 mai 2012

Une façon d'écrire

Christian Bobin

L'enchantement simple et autres textes

"Sous un arbre voûté. Poser la bouteille d'encre bleu nuit dans une touffe d'herbe sèche, doucement pour ne pas la renverser. Attendre dès lors le passage de Dieu ou d'un insecte ou de rien."

mardi 1 mai 2012

Faire face

Lundi 30 avril 2012

Il fait beau ce matin. D'après la météo, la pluie devrait à nouveau se montrer cet après-midi. Autant le mois de mars aura été ensoleillé, autant le mois d'avril aura été pluvieux. Les arbres sont devenus verts. Je suppose qu'ils apprécient.

Une journée très calme hier. De la lecture, très peu de mouvement. Ce soir, j'irai faire la lessive chez Bruno - le lave-linge de Mathurine est en panne. Ce sera l'occasion de se revoir. Pas de travail aujourd'hui. Je prévois le même genre de journée qu'hier. Peu de dépenses, peu de mouvement. C'est ma nouvelle marotte: dépenser le moins possible. C'est comme ça à chaque fois que je n'ai plus de marge financière. Ca dure un moment. Et puis ça s'arrête. Je ne vais déjà plus au cinéma depuis Mirabelle. Je n'achète plus de livre (nous en avons échangé beaucoup). Je ne vais plus au billard. Et les restaurants, ça s'est arrêté aussi depuis cette dent à 500 euros. L'autre marotte est de "faire face" - j'ai commencé hier - de ne pas chercher à m'occuper, accepter l'ennui, le temps qui passe doucement.

L'étudiant est venu visiter le sous-sol hier après-midi. Il est O.K. Ce sera pour début juin. Reste plus qu'à demander à Mathurine quand elle va me rendre ma caution. Si tout se passe bien, elle demandera la même somme à l'étudiant et elle me la redonnera rapidement.

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